{"id":10181,"date":"2021-10-09T02:36:27","date_gmt":"2021-10-09T00:36:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=10181"},"modified":"2021-10-08T14:46:54","modified_gmt":"2021-10-08T12:46:54","slug":"leur-ecologie-est-un-desastre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2021\/10\/09\/leur-ecologie-est-un-desastre\/","title":{"rendered":"Leur \u00e9cologie est un d\u00e9sastre"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: left;\"><strong>D\u00e9connectons-la.<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-10192 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Affiche-211009-1-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"346\" height=\"490\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Affiche-211009-1-212x300.jpg 212w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Affiche-211009-1.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 346px) 100vw, 346px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Pr\u00e9ambule<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Renforc\u00e9.e.s par nos camaraderies, la diversit\u00e9 de nos lieux de vie et par nos exp\u00e9riences de luttes, nous souhaitons mettre en lumi\u00e8re nos positions communes contre la doxa du monde \u00e9lectrique. Nous amenons ici des arguments non exhaustifs, sans concession, afin de bousculer le climat consensuel et participatif actuel, aliment\u00e9 par leur transition \u00e9nerg\u00e9tique. On a voulu donner un petit coup de pied dans la fourmili\u00e8re des mouvements \u00e9colo. Certaines sc\u00e8nes caustiques sont donc susceptibles de heurter le public sensible. N\u00e9anmoins, toute ressemblance avec des personnes existantes ne saurait \u00eatre que fortuite. On a fait le choix de parler depuis ce qu\u2019on est, de ce qu\u2019on porte et pas forc\u00e9ment depuis des livres et des r\u00e9f\u00e9rences intellectuelles. Il ne faudra donc pas s\u2019\u00e9tonner de ne pas trouver de notes de bas de page qui auraient alourdi la lecture. Cependant, vous pourrez trouver une bibliographie en annexe. Nous avons fait le choix d\u2019utiliser l\u2019\u00e9criture inclusive en grande partie dans le texte. Le genre masculin a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment conserv\u00e9 pour nommer les figures des dominants et des gouvernants. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>** **<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>L\u2019\u00e9nergie est notre avenir, \u00e9conomisons-la<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb, \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>Une \u00e9lectricit\u00e9 100\u00a0% renouvelable, c\u2019est possible avec Enercoop<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb, \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>Rejoignez Engie pour un monde bas carbone<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On \u00e9touffe de votre \u00e9nergie de partout, de tout le temps, on \u00e9touffe d\u2019\u00eatre l\u00e0, pris.e.s dans vos c\u00e2bles et vos lignes, votre bunker mental smart \u00e0 chacun chacune instill\u00e9 si subtilement, telle une appli dans nos chairs. Votre pouvoir il coule, il est fluide, n\u2019est-ce pas\u2009? Comme vos autoroutes sont fluides, comme vos trains vont et viennent, vos datas circulent, c\u2019est presque beau de loin, \u00e7a fait des toiles d\u2019araign\u00e9es fluorescentes ou plut\u00f4t des constellations de LED. Tout un ordre, toute une hi\u00e9rarchie, dont l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est le c\u0153ur vibrant. Votre organisme, comme vous dites, dont vous ch\u00e9rissez tant la sant\u00e9 \u00e9conomique, il carbure \u00e0 la centrale, au transformateur, il se dispatche. Et vous nous avez fait malgr\u00e9 nous les agents et op\u00e9ratrices ob\u00e9issantes de ce monstre froid. Le courant passe si bien entre vos administr\u00e9.e.s. Et le black-out qu\u2019on nous brandit comme ultime risque industriel n\u2019est peut-\u00eatre que votre peur de voir votre cr\u00e9ature s\u2019\u00e9teindre d\u2019un coup, et que vous vous retrouviez seuls, \u00e0 la merci de celles et ceux qui se retourneront contre vous. C\u2019est votre cauchemar ultime, votre pire sc\u00e9nario collapso. Pas \u00e9tonnant que les th\u00e9ories d\u2019effondrement int\u00e9ressent autant le gouvernement. Votre soci\u00e9t\u00e9 aurait-elle des airs d\u2019\u00eele de P\u00e2ques ou de Twin Towers\u2009? Il para\u00eet que plus les r\u00e9seaux sont complexes, plus ils sont fragiles. C\u2019est \u00e7a non\u2009? Eh ben c\u2019est maintenant, et vous avez la trouille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Le d\u00e9sastre, les pandas, moi et les autres<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On sait toutes et tous qu\u2019on court \u00e0 notre perte, qu\u2019on va \u00eatre englouti.e.s par la mont\u00e9e des eaux. Cette peur taraude Linda, 16 ans et tous ses copains. Sa plage favorite o\u00f9 elle vient manger des glaces italiennes au quatre heures, dans son beau bikini bleu \u00e0 paillettes va dispara\u00eetre, et la cabane \u00e0 gaufres avec. Elle angoisse de ce monde, de la mort des b\u00e9b\u00e9s pandas et de la fonte des glaces. Elle en parle sur Instagram avec toutes ses amies, tous les soirs. Elle twitte \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>Trump est un con<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb. \u00c0 part lui et son oncle, tout le monde reconna\u00eet le r\u00e9chauffement climatique. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sastre environnemental est clairement palpable. On parle souvent du r\u00e9chauffement climatique, un peu moins des pollutions g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es de l\u2019eau et des terres caus\u00e9es par l\u2019extractivisme. On en parle quand m\u00eame. On commence \u00e0 savoir que le lithium extrait pour les batteries des voitures \u00e9lectriques z\u00e9ro \u00e9mission, pollue\u00a0; que l\u2019extraction du graphite rend malades ses ouvrier.e.s, qu\u2019ils et elles attrapent la silicose, que les terres agricoles deviennent arides. On sait que l\u2019air est irrespirable \u00e0 proximit\u00e9 des villes, mais aussi pr\u00e8s des centrales \u00e9lectriques au charbon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les probl\u00e8mes environnementaux d\u00e9coulent de l\u2019obsession des firmes de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 creuser les sols, \u00e0 excaver encore et encore, \u00e0 pomper les ressources jusqu\u2019\u00e0 la moelle, \u00e0 vider cette plan\u00e8te de son jus, comme une orange qu\u2019on presserait et presserait encore et encore parce que le jus d\u2019orange est le march\u00e9 le plus juteux qui soit. \u00c9lectrifier toujours plus, num\u00e9riser \u00e0 l\u2019exc\u00e8s le sapin de no\u00ebl plan\u00e8te Terre\u2009! \u00c7a clignote\u00a0: Donuts, Coca, Caca\u2009! \u00c7a parle, \u00e7a chante, c\u2019est beau, c\u2019est lumineux, c\u2019est smart\u2009! C\u2019est Walmart\u2009!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Cannes \u00e0 sucre, extraction et colonies<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sastre n\u2019est pas qu\u2019environnemental. Le march\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie est d\u00e9tenu en grande partie par des multinationales soutenues par les \u00c9tats. On nous vend le frigo connect\u00e9 et l\u2019aspirateur qui fait le m\u00e9nage tout seul, masquant une plus \u00e2pre r\u00e9alit\u00e9. Celle d\u2019un monde violent, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019aventure coloniale du Nouveau Monde, domin\u00e9 par les pratiques mafieuses de Gasprom, Areva, Chevron, Total, EDF, Engie et consorts. Les milices paramilitaires sont leur bras arm\u00e9. On nous a longtemps occult\u00e9 l\u2019horreur de notre histoire, celle du sexocide des femmes, de la colonisation ou de l\u2019esclavage\u00a0; de la haine de l\u2019autre et du sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9 absolue qui guidaient les colons blancs, de leur soif de pouvoir et de domination\u00a0; de leur obsession d\u2019asservissement sanguinaire pour l\u2019or. On nous a endormi.e.s avec la berceuse de l\u2019abolition de l\u2019esclavage et de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On entend la voix de De Gaulle, crachot\u00e9e par un transistor, pour l\u2019autod\u00e9termination du peuple alg\u00e9rien. On serait tent\u00e9.e.s de rel\u00e9guer la colonisation dans les oubliettes de l\u2019histoire. Pourtant, la France continue de d\u00e9ployer son arm\u00e9e pour \u00ab\u2009pacifier\u2009\u00bb des territoires en Afrique. On a entendu parler des mines d\u2019uranium au Niger, de la souverainet\u00e9 nucl\u00e9aire fran\u00e7aise\u00a0: de la fiert\u00e9 de ses centrales et de la bombe atomique. L\u2019extraction des m\u00e9taux rares est en expansion et les prospections se r\u00e9pandent comme la peste \u00e0 travers le monde. Des entreprises anglaises, australiennes, canadiennes exploitent des mines en Asie, en Am\u00e9rique du Sud ou en Oc\u00e9anie. Le g\u00e9ant br\u00e9silien Vale se gave du nickel des Kanaks en Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la colonisation forcen\u00e9e par les entreprises nord-am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Les mers sont de nouveaux territoires \u00e0 conqu\u00e9rir et exploiter. La force des vagues et le vent marin font bander la startup nation et tous ces requins que sont les grandes industries de l\u2019\u00e9nergie. Les territoires inhabit\u00e9s sont leurs nouvelles terres de fantasmes\u00a0: mini-centrales ou \u00eeles artificielles au programme. Les sir\u00e8nes, la baleine Moby Dick et Willy, l\u2019orque adul\u00e9e par toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants sont le dernier \u00eelot de l\u00e9gende et de r\u00eave qui nous reste. La lune n\u2019\u00e9chappe pas non plus au viol g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de notre rapport sensible au vivant. Quand la Chine excave de la poussi\u00e8re lunaire, nos c\u0153urs saignent. Nos flux menstruels s\u2019arr\u00eatent, et l\u2019on hurle notre col\u00e8re \u00e0 la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>20\u00a0h\u00a012, Patrick et Gis\u00e8le, apr\u00e8s avoir mang\u00e9 un bon petit plat bio surgel\u00e9 \u00e9coutent David Pujadas annoncer le prochain reportage\u00a0: \u201cLa Chine vient d\u2019excaver de la mati\u00e8re sur la lune afin de l\u2019analyser.\u201d \u00ab\u00a0Ils sont quand m\u00eame forts ces Chinois\u00a0\u00bb, s\u2019exclame Patrick. Gis\u00e8le n\u2019est pas d\u2019accord. \u00ab\u00a0Je trouve qu\u2019on va un peu trop loin, l\u00e0. Quand m\u00eame la lune, tu te rends compte<\/em><em>\u2009<\/em><em>! On imagine les r\u00e9percussions, les mar\u00e9es perturb\u00e9es tout \u00e7a, quoi<\/em><em>\u2009<\/em><em>! M\u00eame sur nous, nos cheveux, ton ongle incarn\u00e9, et m\u00eame pour nous, les\u2026 femmes, quoi<\/em><em>\u2009<\/em><em>!<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Far West, campagnes et conqu\u00eate \u00e9lectrique<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conqu\u00eate effr\u00e9n\u00e9e des territoires subalternes ne s\u2019est pas cantonn\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l\u2019\u00c9tat. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la boulimie de ses organes vitaux, les villes, il a fallu encore coloniser les terres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de son organisme. Avec moins de force et de violence, mais en r\u00e9pondant aux m\u00eames logiques, il a fallu assujettir les campagnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019aristocratie et les grands propri\u00e9taires terriens avaient d\u00e9j\u00e0 soumis, \u00e9duqu\u00e9, tax\u00e9, dress\u00e9, marchandis\u00e9 et standardis\u00e9 les pratiques de culture. Ils avaient contraint \u00e0 la m\u00e9canisation, d\u00e9truit les sols, provoqu\u00e9 l\u2019exode, bris\u00e9 les communaut\u00e9s. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me naturel et social de ces territoires p\u00e9riph\u00e9riques n\u2019avait plus lieu d\u2019\u00eatre. Ils n\u2019\u00e9taient m\u00eame plus les organes annexes d\u2019un c\u0153ur urbain, dont il s\u2019agissait d\u2019assouvir la voracit\u00e9 de calories alimentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les campagnes n\u2019avaient pas m\u00eame eu le temps de s\u2019adapter \u00e0 cette colonisation interne qui exigeait qu\u2019elles r\u00e9organisent toute leur activit\u00e9 vers la production alimentaire \u00e0 destination des villes que d\u00e9j\u00e0, ces derni\u00e8res se d\u00e9couvraient un autre app\u00e9tit. Un nouveau carburant, qui ne croissait plus sur la terre, mais se cachait en dedans. Le charbon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jaillissant des entrailles de la Terre en m\u00eame temps qu\u2019elles les creusaient, voici surgir les cit\u00e9s ouvri\u00e8res mini\u00e8res au beau milieu des campagnes. Achevant de prol\u00e9tariser cultivatrices et fermiers, elles transforment p\u00e2tures en terrils et hameaux en ghettos. Au milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, elles absorbent leurs voisines, comme Le Creusot qui multiplie par trois sa superficie et par sept sa d\u00e9mographie. Embl\u00e8mes de l\u2019organisation scientifique du travail et de son industrialisation, les mines le sont h\u00e9las aussi du mouvement ouvrier. Alors, on pr\u00e9f\u00e8re vite importer une main-d\u2019\u0153uvre immigr\u00e9e pour mieux la discipliner. Puis, encore mieux, on choisit l\u2019extractivisme n\u00e9ocolonialiste, pour d\u00e9localiser au maximum l\u2019exploitation humaine et son administration trop co\u00fbteuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quand les mines sortent par la porte, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 rentre par la fen\u00eatre. Apr\u00e8s la production d\u2019armes pendant la guerre, Le Creusot peut se reconvertir en fabriquant les pi\u00e8ces des centrales nucl\u00e9aires. Le ch\u00e2teau de la dynastie Schneider qui exploita les mines devient un \u00ab\u2009\u00e9comus\u00e9e\u2009\u00bb, et Schneider Electric rach\u00e8te la branche distribution d\u2019Areva.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9tastase \u00e9lectrique se r\u00e9pand, invasive, c\u2019est le temps des couloirs de lignes Tr\u00e8s Haute Tension qui conqui\u00e8rent les campagnes, dans la lign\u00e9e de leurs a\u00een\u00e9es ferroviaires et t\u00e9l\u00e9graphiques. Le territoire est quadrill\u00e9. Les centrales, ces cath\u00e9drales modernes, s\u2019imposent dans les espaces ruraux les plus disponibles\u00a0; quand les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques des grandes villes voient s\u2019\u00e9riger les transformateurs et d\u00e9chetteries industrielles et se d\u00e9ployer la r\u00e9pression polici\u00e8re. Ce sont toujours des ouvrier.es qui sont exploit\u00e9.e.s dans les usines, fabriquant et assemblant les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires aux infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques, r\u00e9duit.e.s \u00e0 un salariat mis\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut d\u00e9sormais rendre productives les derni\u00e8res \u00ab zones \u00e0 faible densit\u00e9 de population \u00bb. C\u2019est notamment le cas du territoire de la Meuse et de la Haute-Marne, qui gr\u00e2ce \u00e0 ses \u00e9lus locaux et au lobby du nucl\u00e9aire, est promu comme \u00ab p\u00f4le d\u2019excellence nucl\u00e9aire \u00bb sp\u00e9cialis\u00e9 dans la gestion des d\u00e9chets et du vieillissement des centrales. L\u2019argent du Groupement d\u2019Int\u00e9r\u00eat Public finance ainsi \u00e0 hauteur de millions d\u2019euros des dizaines de projets li\u00e9s \u00e0 la fili\u00e8re nucl\u00e9aire : maintenance, transport, logistique, formation, quand les entreprises locales ferment les unes apr\u00e8s les autres sans \u00eatre soutenues par cette instance, suppos\u00e9ment \u00ab d\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00bb. EDF grandit, les usines cr\u00e8vent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut acheter le consentement de la population, \u00e9duquer la g\u00e9n\u00e9ration nucl\u00e9aire et convaincre du bien-fond\u00e9 du projet. Pour cela les communes proches de Bure, village choisi pour \u00eatre le lieu d\u2019implantation du projet Cig\u00e9o d\u2019enfouissement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires, sont arros\u00e9es de subventions g\u00e9r\u00e9es par les \u00e9lus des conseils d\u00e9partementaux \u00e0 travers les GIP. Celles-ci servent \u00e0 \u00e9quiper les bourgs de nouvelles salles des f\u00eates, lampadaires, trottoirs et autres \u00e9quipements urbains dont on peut largement douter de l\u2019utilit\u00e9 quand les commerces locaux ferment les uns apr\u00e8s les autres et que le territoire se d\u00e9sertifie. C\u2019est le temps de l\u2019accaparement des terres par EDF, aur\u00e9ol\u00e9 de la mention \u00ab\u2009service public\u2009\u00bb. Depuis 2007 par exemple, l\u2019Andra b\u00e2tit un empire foncier consid\u00e9rable gr\u00e2ce aux SAFER, \u00e9vitant ainsi des proc\u00e9dures d\u2019expropriation trop longues, trop co\u00fbteuses et n\u00e9fastes sur le plan m\u00e9diatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mod\u00e8le agro-industriel et le remembrement avaient d\u00e9j\u00e0 optimis\u00e9 les rendements agricoles pour permettre de grignoter plus de terres. Il est d\u00e9sormais temps de sp\u00e9cialiser les territoires\u00a0: nucl\u00e9aire, renouvelable ou tourisme de masse ? Des illusoires enqu\u00eates publiques dans les villages jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9pression et les expulsions en banlieue, tous les territoires sont d\u00e9sormais subordonn\u00e9s, destin\u00e9s \u00e0 assouvir ce c\u0153ur battant urbain affam\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Perte des savoir-faire et des imaginaires, r\u00e9ductionnisme et r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e\u00a0: bienvenue \u00e0 l\u2019ubertranshumain\u00a0!<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Exode rural et accaparement des terres aidant, voici poindre les exploitant.e.s agricoles\u00a02.0. Arm\u00e9.e.s de drones \u00e0 cam\u00e9ras et logiciels de calcul de la productivit\u00e9 pour chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 de surface, ils et elles ne sont plus paysan.ne.s, mais industriel.le.s. Les petit.e.s fermes n\u2019existaient d\u00e9j\u00e0 plus, les moyen.ne.s disparaissent. Les coll\u00e8ges de campagne proposent des visites de l\u2019exploitation voisine. Vaches laiti\u00e8res par centaines, granules OGM et m\u00e9thaniseur ou vignes, produits phytosanitaires et panneaux solaires\u2009? \u00ab\u00a0\u00c0 chacun son segment de march\u00e9, mon fils, tu choisiras quand tu seras grand\u2009!\u00a0\u00bb. Ces industriels d\u2019un nouveau genre nous vendent m\u00eame l\u2019\u00e9cologie de demain. Ils sont si proches de la terre, dans leurs usines\u00a02.0\u00a0! Ils exploitent chaque ressource \u00e0 leur port\u00e9e, sur leurs hectares \u00e0 perte de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019extension des r\u00e9seaux \u00e9nerg\u00e9tiques est all\u00e9e de pair avec une perte d\u2019usages directs de l\u2019\u00e9nergie m\u00e9canique et de mani\u00e8re concomitante, de savoir-faire et de connexions sociales. Lorsqu\u2019il devient si simple d\u2019actionner un bouton, d\u2019appuyer sur une p\u00e9dale ou de tourner la clef d\u2019un engin, la traction animale, les moulins hydrauliques et \u00e0 vent ne semblent plus avoir leur place, tout comme les m\u00e9tiers qui gravitent autour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu\u2019on a aussi perdu avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, c\u2019est le sens de faire en commun, nos liens d\u2019interd\u00e9pendance. La machine les a remplac\u00e9s dans les champs. On fait tout, seul.e devant son \u00e9cran, assis.e sur son tracteur. On a cr\u00e9\u00e9 des multitudes de solitudes \u00e0 la place de nos communaut\u00e9s. La centralisation de l\u2019\u00e9nergie nous a fait perdre nos usages sociaux et communaux. S\u2019il reste des agricultrices et mara\u00eechers qui entretiennent un rapport affectif et sensible \u00e0 leurs b\u00eates, les grandes tabl\u00e9es des moissons sont loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les barrages hydro\u00e9lectriques int\u00e8grent la rivi\u00e8re au syst\u00e8me \u00e9lectrique, \u00e0 l\u2019exclusion d\u2019autres usages qui dessinaient toute une organisation sociale autour des bassins versants. Le meunier connaissait le cours d\u2019eau ou le vent, il s\u2019adaptait \u00e0 ses variations saisonni\u00e8res et quotidiennes. Il connaissait les rouages internes de sa machine\u00a0: le bois qui la compose, le rythme des meules adapt\u00e9 pour la mouture de grain d\u00e9sir\u00e9e. M\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas du c\u00f4t\u00e9 du peuple, mais de ceux qui taxaient les r\u00e9coltes, son savoir-faire s\u2019est perdu. L\u2019irrationalit\u00e9 de certains choix d\u2019\u00e9nergie, dont celui du remplacement de la force vive de l\u2019eau par le charbon en Angleterre au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a des \u00e9clairages politiques. Bien que payant, il incarnait par son aspect d\u00e9localisable et accumulable, au plus proche des \u00ab\u00a0gisements de main-d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9nergie parfaite pour dompter les prol\u00e9taires. Le charbon impose ainsi un rythme constant et r\u00e9gulier, quand les fluctuations de l\u2019eau rendaient les journ\u00e9es de travail irr\u00e9guli\u00e8res. C\u2019est l\u2019ajustement du temps et de l\u2019espace \u00e0 la temporalit\u00e9 continue de la production. C\u2019est le temps de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution industrielle\u00a0\u00bb, de la centralisation du travail dans des usines pens\u00e9es sur le mod\u00e8le des prisons, v\u00e9ritables instruments de domestication, assurant hi\u00e9rarchie et d\u00e9pendances des ouvri\u00e8res. On pourrait dire la m\u00eame chose de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Le macro-syst\u00e8me \u00e9lectrique alimente des usager.e.s finaux lointain.e.s, passifs, atomis\u00e9es dans leurs usines, logements, bureaux o\u00f9 le travail est rythm\u00e9 par l\u2019interrupteur \u00e9lectrique, de plus en plus dispensable dans un monde de veille g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Thomas est ainsi compl\u00e8tement d\u00e9connect\u00e9 des rythmes organiques et naturels, \u00e0 ne plus savoir en quelle saison pousse la tomate puisque chaque jour, lorsqu\u2019il se rend au supermarch\u00e9, les \u00e9talages en regorgent. Pour traverser la ville sur son v\u00e9lo, il n\u2019a qu\u2019\u00e0 demander \u00e0 son Assistant Personnel Virtuel de trouver le meilleur itin\u00e9raire. Il n\u2019est pas triste de ne plus utiliser sa connaissance de la ville, de ne plus se laisser surprendre par le hasard de la rencontre en s\u2019arr\u00eatant demander sa route au passant. Thomas n\u2019a plus besoin de personne, il est in-d\u00e9-pen-dant. Son Intelligence Artificielle apporte la r\u00e9ponse \u00e0 toutes ses questions, lui permet de se faire livrer sa nourriture ou de rencontrer l\u2019amour. Thomas re\u00e7oit 15 notifications par seconde. Sa vie est bien remplie. En \u00e9tant noy\u00e9 sous un flux d\u2019informations en continu, il est convaincu d\u2019y prendre part, \u00e0 ce monde, d\u2019y \u00eatre connect\u00e9. Il pense m\u00eame que la 5G c\u2019est n\u00e9cessaire, car il pourra charger plus vite ses contenus vid\u00e9o et y acc\u00e9der en permanence depuis son machin technologique, unique fen\u00eatre sur son monde.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 a irr\u00e9m\u00e9diablement chang\u00e9 notre rapport au temps et \u00e0 la vitesse. On est endoctrin\u00e9\u00b7es par les concepts d\u2019efficacit\u00e9 et de rendement et on a fini par oublier ce que \u00ab\u00a0prendre le temps\u00a0\u00bb signifiait. Les flux incessants d\u2019\u00e9nergie et d\u2019informations assurant la continuit\u00e9 de la production sont bas\u00e9s sur un temps unifi\u00e9\u00a0: il est la m\u00eame heure \u00e0 l\u2019horloge des bourses du monde entier. La seconde, d\u00e9finie par la vibration de l\u2019atome de c\u00e9sium, est la plus petite unit\u00e9 d\u2019un temps disjoint des cycles cosmiques. On essaie de nous faire croire \u00e0 l\u2019id\u00e9al du temps r\u00e9el et unique\u00a0: tout va toujours plus vite et doit aller plus vite. Il faut optimiser la moindre seconde. Les informations, actualis\u00e9es en permanence, sont tout de suite obsol\u00e8tes. L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des temps sociaux et des pulsations du vivant est liss\u00e9e, car seul compte le temps contr\u00f4l\u00e9 et comptabilis\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 productive. Peu importe que Thomas, lorsqu\u2019il appuie sur l\u2019interrupteur, utilise l\u2019\u00e9nergie produite par une temp\u00eate en mer du nord ou par une canicule en Espagne. Tout est reli\u00e9, tout est indiff\u00e9renci\u00e9. Bien que notre lien au monde s\u2019appauvrisse de jour en jour, que des formes de vies disparaissent, le virtuel, lui, s\u2019\u00e9tend. La peur de la d\u00e9connexion ou du manque de r\u00e9seau deviennent les nouvelles angoisses des humain\u00b7es toujours plus connect\u00e9\u00b7es. C\u2019est que la num\u00e9risation du monde et les proth\u00e8ses qu\u2019elle n\u00e9cessite (smartphone, montre connect\u00e9e, capteurs) g\u00e9n\u00e8rent de nouvelles d\u00e9pendances et modifient nos capacit\u00e9s cognitives\u00a0: ce sont ces machines qui d\u00e9sormais nous permettent d\u2019acc\u00e9der au monde augment\u00e9. L\u2019humain est ainsi la nouvelle fronti\u00e8re \u00e0 d\u00e9passer. Il n\u2019est pas assez rapide, pas assez intelligent et justifie bien que l\u2019on fasse confiance \u00e0 des machines pour penser, pr\u00e9dire ce qui va arriver et prendre des d\u00e9cisions \u00e0 notre place. Apr\u00e8s avoir colonis\u00e9 nos imaginaires, l\u2019\u00e9nergie et ses r\u00e9seaux s\u2019attachent d\u00e9sormais \u00e0 coloniser nos chairs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La biom\u00e9trie avait servi de base \u00e0 la phr\u00e9nologie, aux th\u00e9ories racistes et \u00e0 la police scientifique. Elle ouvre une voie vers la r\u00e9duction des formes du vivant \u00e0 leurs caract\u00e9ristiques mesurables. L\u2019ADN serait le \u00ab\u00a0code\u00a0\u00bb du vivant, permettant d\u2019expliquer toutes ses caract\u00e9ristiques. C\u2019est dans ce contexte que le transhumanisme organise la fusion de l\u2019humain avec la machine et le code. Les arm\u00e9es du monde occidental planchent sur le soldat augment\u00e9 via exosquelette et op\u00e9rations chirurgicales. Les investissements massifs de Google font converger I.A., biotechnologies et nanotechnologies en r\u00e9actualisant les vieux d\u00e9lires eug\u00e9nistes. On pr\u00e9tend nous augmenter, gommer nos d\u00e9fauts, on veut en fait lisser et contr\u00f4ler ce qui restait d\u2019al\u00e9atoire et d\u2019unique en nous. Cach\u00e9e sous un vernis social, c\u2019est bien d\u2019une marchandisation de nos \u00eatres dont il s\u2019agit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9connexion ultime, la mort, est le dernier territoire \u00e0 conqu\u00e9rir pour ces patrons richissimes. L\u2019immortalit\u00e9 sera offerte (ou vendue) aux plus m\u00e9ritants sur l\u2019autel de la science et du progr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Smart world, datas et surveillance<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les technologies num\u00e9riques sont un glouton \u00e9nerg\u00e9tique, mais leur boulimie peut \u00eatre assouvie par la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Mieux, num\u00e9rique et \u00e9lectrique se renforcent. L\u2019av\u00e8nement du <em>smart world<\/em> op\u00e8re un r\u00e9ajustement en temps r\u00e9el des flux d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sur le r\u00e9seau international. Il repose sur une capacit\u00e9 accrue de stockage et de transport des donn\u00e9es tr\u00e8s gourmandes en \u00e9lectricit\u00e9. Alors qu\u2019elle sert \u00e0 alimenter les <em>data centers<\/em>, ceux-ci servent en partie \u00e0 collecter des donn\u00e9es rendant compte de la consommation \u00e9lectrique instantan\u00e9e. Pratique\u2009!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Intelligence Artificielle s\u2019immisce aujourd\u2019hui dans tous les aspects de notre vie. Les capteurs et algorithmes se multiplient, car ils sont la source d\u2019une nouvelle gouvernance. L\u2019I.A. nous sauvera. \u00c0 l\u2019instar de la main invisible du march\u00e9, cens\u00e9e r\u00e9guler les diff\u00e9rends entre les humains, la main invisible du num\u00e9rique nous permettra, par sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire le r\u00e9el \u00e0 des donn\u00e9es chiffr\u00e9es transitant via des flux, de rendre le syst\u00e8me plus fluide, mieux g\u00e9rable. Il s\u2019agit d\u2019optimiser la productivit\u00e9 de la terre devenue machine et de ses habitant.e.s. En \u00e9vitant embouteillages, pics de pollutions, de consommation, inflations, comportements suspects, plus rien ne fait obstacle au fonctionnement continu du syst\u00e8me productif et \u00e0 la circulation de ses flux. Pas d\u2019interruption, pas d\u2019intermittence, l\u2019ordre \u00e9lectrique s\u2019en assure. Il est la condition <em>sine qua non<\/em> de la possibilit\u00e9 de la vie sur terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce monde num\u00e9ris\u00e9 et \u00e9lectrifi\u00e9, les cam\u00e9ras se r\u00e9pandent\u00a0: identification automatique des attitudes anormales, reconnaissance faciale et vid\u00e9o-verbalisation. Les drones de Frontex et d\u00e9tecteurs de mouvement aux fronti\u00e8res permettent une vision imm\u00e9diate des flux migratoires dans une tour de contr\u00f4le centralis\u00e9e. Le panoptique s\u2019\u00e9tend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compteurs Linky et autres capteurs collectent en temps r\u00e9el de la donn\u00e9e, \u00e9tablissent des profils de clientes et consommateurs, moralisent les pratiques et emp\u00eachent la fraude. Les GAFAM compilent des milliers d\u2019heures de d\u00e9marches internet quand les smartphones g\u00e9olocalisent. L\u2019assurance Axa offre des montres connect\u00e9es \u00e0 ses client.e.s pour v\u00e9rifier leurs informations de sant\u00e9. FranceConnect cr\u00e9e des profils num\u00e9riques reconnus par l\u2019\u00c9tat pour centraliser toutes les d\u00e9marches administratives d\u2019un.e individu.e. P\u00f4le emploi peut consulter vos relev\u00e9s bancaires pour savoir si vous \u00e9tiez \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. La police est d\u00e9sormais en mesure d\u2019appr\u00e9hender une bo\u00eete de nuit qui ouvre clandestinement en temps de confinement, en se basant sur ses relev\u00e9s Linky. Amazon cr\u00e9e une application de fichage consultable sur les smartphones de flics, mise \u00e0 jour en temps r\u00e9el et compilant renseignement humain, condamnations judiciaires et activit\u00e9 militante sur internet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Industriels, multinationales, \u00c9tats et forces arm\u00e9es se serrent les coudes. Ils parlent la m\u00eame novlangue\u00a0: le FALC (Facile \u00e0 lire et \u00e0 comprendre), qui trouve son \u00e9cho dans leurs spots vid\u00e9o au design aseptis\u00e9. Tous vantent le m\u00e9rite de la ville connect\u00e9e et surveill\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le <em>Cloud<\/em> \u00ab\u00a0d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0 pr\u00e9tend nous assister et nous servir, ses r\u00e9seaux et infrastructures encombrantes envahissent nos sols. Les c\u00e2bles souterrains et sous-marins encha\u00eenent nos esprits, atrophient nos cerveaux. Nous devenons d\u00e9pendant.e.s, avons besoin des \u00e9crans pour voir les autres, des capteurs pour sentir notre environnement et des donn\u00e9es produites sur nous-m\u00eames pour nous conna\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>L\u2019homme moderne et le ventre de la terre <\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique tel que nous le connaissons est indissociable du capitalisme qui l\u2019a fait na\u00eetre, nourri depuis des si\u00e8cles d\u2019expropriation, de destruction et d\u2019exploitation des corps et des territoires. L\u2019extractivisme qui l\u2019alimente est fondamentalement patriarcal et colonial. Il commence avec la chasse aux sorci\u00e8res en Europe, les enclosures, le travail salari\u00e9, la destruction de savoirs inscrits dans le monde et d\u2019organisations sociales autonomes \u2013 tout autant qu\u2019avec la geste colonisatrice de l\u2019Europe moderne, qui consiste \u00e0 exproprier, faire table rase, planter, exploiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit trop souvent les XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles comme une p\u00e9riode de renaissance, de r\u00e9forme et pas assez pour ce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9. \u00c0 savoir, des temps de b\u00fbchers, de pers\u00e9cutions, de tortures, d\u2019expropriation des classes rurales laborieuses hors des terres qu\u2019elles cultivaient jusqu\u2019\u00e0 lors, de destruction de la culture paysanne et des liens communaux. Les classes dominantes ont condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019errance et aux marges celles et ceux dont elles n\u2019avaient plus besoin pour g\u00e9n\u00e9rer du profit. Elles ont offert des salaires d\u00e9risoires \u00e0 une nouvelle frange de journalier.e.s, en compensation de la perte des terres et des droits de glanage. Le capitalisme a pu se d\u00e9velopper sur le dos de ces populations en errance et gr\u00e2ce \u00e0 la rel\u00e9gation \u00e0 la sph\u00e8re domestique de la force de travail des femmes, en s\u2019appropriant leurs domaines de comp\u00e9tence et en les excluant du savoir officiel comme des activit\u00e9s salari\u00e9es. \u00c0 l\u2019instar des gu\u00e9risseuses des classes populaires traqu\u00e9es par les m\u00e9decins. Pourvoyeuses d\u2019un travail gratuit, an\u00e9anties par les pers\u00e9cutions. Voil\u00e0 comment les femmes ont nourri le pouvoir naissant du capital. Par\u00e9 de l\u2019\u00e9thique de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, du droit absolu du poss\u00e9dant, il a justifi\u00e9 \u00e9galement le commencement de l\u2019expansion coloniale par un commerce d\u2019esclaves sans pr\u00e9c\u00e9dent et l\u2019expropriation des populations am\u00e9rindiennes de leurs terres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9ologie sous-jacente au capitalisme alors en plein essor, est celle de l\u2019homme moderne et son mod\u00e8le, celui de l\u2019entrepreneur bourgeois. Cet homme parfait voit le monde par ses lunettes universelles et transcendantes. Ce regard lui suffit puisque seul compte pour lui ce qui est visible. La lumi\u00e8re lui est vitale, il d\u00e9teste l\u2019ombre, il voit tout et loin et s\u2019il le faut, \u00e9limine les obstacles. Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 trouer les montagnes, raser les for\u00eats, combler le lit des rivi\u00e8res pour rendre lisible et accessible le territoire transform\u00e9 en carte de ressources. Il se r\u00eave comme pur esprit et oublie son corps. Il n\u2019en a pas besoin d\u2019ailleurs puisque d\u2019autres, corps subalternes (peuples colonis\u00e9s, femmes, non blanc.he.s, non humain.es), s\u2019occupent de produire les biens et tous les services qui permettent \u00e0 sa raison de se d\u00e9ployer pour percer les myst\u00e8res de la nature. Oui, il est objectif, il sait s\u2019extraire du monde pour le couper en petits morceaux et le diss\u00e9quer. C\u2019est ainsi qu\u2019il le comprend et qu\u2019il d\u00e9voile la V\u00e9rit\u00e9, dont le nombre lui semble la plus pure repr\u00e9sentation. Ainsi distant du monde, il peut le transformer \u00e0 volont\u00e9 pour le parfaire. Car ce qu\u2019il valorise par-dessus tout, c\u2019est l\u2019activit\u00e9, l\u2019affairement. Sa hantise, c\u2019est la perte. C\u2019est le pendant de son obsession pour la production. Jamais il ne perd de temps\u2009! Le repos, oui, mais juste ce qu\u2019il faut pour recharger les batteries. Quant aux d\u00e9chets et aux pertes inh\u00e9rentes \u00e0 sa mani\u00e8re de transformer, il les traque gr\u00e2ce \u00e0 une optimisation permanente des processus. Quelques astuces qui montrent son ing\u00e9niosit\u00e9\u00a0: l\u2019utilisation \u00e9nerg\u00e9tique des d\u00e9chets via leur incin\u00e9ration, qui r\u00e9sout \u00e0 la fois le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9nergie et le probl\u00e8me des d\u00e9chets\u2009! Ou encore, les <em>smart grids<\/em>, ces r\u00e9seaux dits \u00ab\u2009intelligents\u2009\u00bb qui permettent une meilleure corr\u00e9lation entre offre et demande d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Un outil merveilleux de chasse au gaspi\u2009!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XIXe si\u00e8cle, la thermodynamique a permis \u00e0 cet honn\u00eate homme d\u2019assouvir son d\u00e9sir de pouvoir. La construction du concept d\u2019\u00e9nergie en est le r\u00e9sultat. Il permet de mesurer la capacit\u00e9 au travail de toute chose et transforme le monde en un vaste flux dont il est possible de tirer une production. Il est d\u00e9sormais possible de comparer un cheval et un wagonnet de charbon, un fleuve et une parcelle ensoleill\u00e9e, une for\u00eat de ch\u00eanes et un tas de d\u00e9chets, selon un crit\u00e8re objectif et quantitatif. De la tonne d\u2019\u00e9quivalent charbon au franc, du kilowattheure \u00e0 l\u2019euro, l\u2019\u00e9nergie pr\u00e9sente un \u00e9quivalent \u00e9conomique direct. Le r\u00e9seau \u00e9lectrique concr\u00e9tise cet aplatissement de ph\u00e9nom\u00e8nes, de mat\u00e9riaux \u00e9clectiques et capricieux, en ressources homog\u00e8nes et manipulables. Elles sont la base d\u2019un investissement prometteur\u00a0: l\u2019\u00e9nergie c\u2019est le sang de l\u2019industrie, le nerf de la guerre, le fondement de la civilisation moderne. L\u2019entrepreneur de l\u2019\u00e9nergie contribue au progr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral et sert la Soci\u00e9t\u00e9 par son \u0153uvre bienfaisante. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019est-elle pas devenue un besoin fondamental de l\u2019humanit\u00e9\u2009? O\u00f9 en serait l\u2019Afrique sans cet ing\u00e9nieur dou\u00e9 et audacieux\u2009? Notre homme doit poursuivre ce projet humanitaire. Certains gisements d\u2019\u00e9nergie ne sont-ils pas encore inexploit\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 des soci\u00e9t\u00e9s mis\u00e9rables, ignorantes de cette richesse, vivent encore sans \u00e9lectricit\u00e9\u2009? Comme il fertilisa les d\u00e9serts et ensemen\u00e7a le ventre rond de la terre par la force de son vit, il saura engendrer l\u2019\u00e9nergie avec le soc adapt\u00e9 \u00e0 chaque territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Participation, mirages et d\u00e9sillusion<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Roger, sans \u00eatre cet honn\u00eate homme bourgeois, a capitalis\u00e9 toute sa vie et, face au poids de sa trop grande culpabilit\u00e9, veut investir dans un 20<sup>e<\/sup> de pale d\u2019\u00e9olienne, d\u2019un projet participatif et citoyen sur sa commune. Fort heureusement pas dans son jardin, mais \u00e0 l\u2019autre bout du village, chez les Dupont. Il a 60 ans, parle fort, coupe la parole aux voisin.e.s et bombe le torse \u00e0 l\u2019id\u00e9e de sauver la France. Les retomb\u00e9es permettraient de tondre le gazon devant la mairie\u00a0! En plus, il donnera un emploi \u00e0 un enfant de 11 ans, dans l\u2019extraction de lithium, preuve de son ouverture d\u2019esprit face \u00e0 la Chine, qui a quand m\u00eame fait du tort aux entreprises fran\u00e7aises. Un monde plus propre ici et plus pollu\u00e9 l\u00e0-bas. C\u2019est \u00e7a l\u2019avenir, lui a-t-on vant\u00e9. Et il a sorti le porte-monnaie, convaincu d\u2019agir en h\u00e9ros \u00e9colo patriote.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait pu \u00eatre tent\u00e9.e.s de croire en la \u00ab\u2009participation\u2009\u00bb. De croire qu\u2019avec l\u2019\u00e9olien participatif, nous aurions la possibilit\u00e9 d\u2019impacter la d\u00e9cision politique. On aurait pu se rendre aux consultations publiques, lorsque des entreprises sollicitent notre voix, et donner notre avis sur les lieux o\u00f9 implanter cette nouvelle source d\u2019\u00e9nergie. On aurait m\u00eame pu devancer EDF. On aurait mis des panneaux solaires sur notre toit. Mieux encore, on aurait carr\u00e9ment pu monter notre propre projet d\u2019\u00e9olien, avec notre village. Quelle que soit la forme choisie parmi ces trois-l\u00e0, on aurait pu c\u00e9der \u00e0 l\u2019appel du participatif, puisqu\u2019il est \u00e0 la mode partout, dans tous les nouveaux projets industriels et urbanistiques. On aurait pu croire que cela s\u2019inscrivait dans une d\u00e9marche d\u2019autonomie politique, de renforcement de notre pouvoir d\u2019agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, on ne sait que trop bien que nos attentes sont illusoires. Ce nouveau mot d\u2019ordre de l\u2019action publique la l\u00e9gitime en la couvrant d\u2019un vague vernis d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle qu\u2019en soit la source, la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 contribue aux d\u00e9sastres en cours. Le terme m\u00eame de transition \u00e9nerg\u00e9tique est usurp\u00e9. \u00ab\u00a0Transition\u00a0\u00bb supposerait le passage d\u2019une source de production \u00e0 une autre alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, les nouveaux modes de production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 (biomasse, photovolta\u00efque, \u00e9olienne, m\u00e9thaniseur, hydrog\u00e8ne, etc.) ne font que s\u2019ajouter aux anciens et s\u2019appuient m\u00eame largement sur eux. D\u00e9j\u00e0, les acteurs du capitalisme vert \u00e9tendent leurs griffes vers de nouveaux territoires \u00e0 conqu\u00e9rir. Des firmes europ\u00e9ennes comme l\u2019Espagnole Guascor ou EDF \u00c9nergies Nouvelles implantent des centaines et des centaines d\u2019\u00e9oliennes sur des milliers d\u2019hectares dans toute l\u2019Am\u00e9rique latine, avec la m\u00eame obsession que nos anc\u00eatres pour la canne \u00e0 sucre et le tabac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a du mal \u00e0 concevoir l\u2019ampleur de la violence qui accompagne l\u2019appropriation de ces territoires par des entreprises qui nous sont si famili\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019\u00c9DF\u00a0se met aux \u00e9oliennes, c\u2019est l\u2019progr\u00e8s, quoi<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Faut bien \u00e9voluer avec son temps<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Surtout si on n\u2019veut plus de nucl\u00e9aire<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Et puis \u00e7a leur apporte le progr\u00e8s aux autochtones<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Ah qu\u2019elle est belle l\u2019\u00c9DF\u00a0si ch\u00e8re au c\u0153ur des Fran\u00e7ais. L\u2019\u00c9tat mexicain lui aussi doit bien l\u2019aimer pour l\u2019avoir si chaleureusement accueillie. Un quatri\u00e8me parc de plus de 4000 hectares rien que pour elle, pour environ 62 \u00e9oliennes<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Mais \u00e7a doit \u00eatre de tr\u00e8s grosses \u00e9oliennes, \u00e7a dites donc<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Hein Jamie<\/em><em>\u2009<\/em><em>? Fred, dis-nous tout, comment se passent ces tractations<\/em><em>\u2009<\/em><em>?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>H\u00e9 bien Jamie, la population autochtone est inform\u00e9e dans de grandes \u201cconsulta\u201d propos\u00e9es par l\u2019\u00c9tat mexicain, en espagnol et m\u00eame dans leur langue<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Tout le monde est r\u00e9uni sur la grande place du village. Une estrade est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 tout le gratin\u00a0: du pr\u00e9sident du projet d\u2019EDF au Mexique, aux associations des droits humains en passant par le syndicat de l\u2019\u00e9nergie. Ils pr\u00e9sentent rapidement tous les bienfaits sociaux et \u00e9conomiques du projet pour la communaut\u00e9. Puis, la population en d\u00e9bat. C\u2019est pas beau, \u00e7a la d\u00e9mocratie occidentale\u00a0?\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y est all\u00e9.e.s, on peut vous dire que c\u2019est une mise en sc\u00e8ne grotesque devant laquelle ce beau monde se r\u00e9gale \u00e0 la vue de la communaut\u00e9 qui s\u2019\u00e9tripe sous ses yeux, quatre heures durant. Et les \u00e9oliennes ne sont pas si grandes que \u00e7a\u2009! Les pots de vin, qui visent \u00e0 assurer l\u2019acceptation du projet par la population, finissent in\u00e9vitablement par provoquer tensions, conflits et <em>in fine<\/em>, d\u00e9chirements des communaut\u00e9s locales. Le but \u00e9tant de faire des terres communales la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de l\u2019entreprise, via la corruption, mais aussi par des assassinats si la population r\u00e9siste trop. C\u2019est le cas embl\u00e9matique de Berta C\u00e1ceres, dirigeante Lenka au Honduras, qui menait la r\u00e9sistance \u00e0 un projet de barrage hydro\u00e9lectrique, assassin\u00e9e en 2016. Le recours aux pistoleros et \u00e0 des groupes arm\u00e9s est monnaie courante. Les entreprises de BTP locales se m\u00e8nent une guerre acharn\u00e9e pour obtenir les contrats de construction. On peut affirmer que l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, avec sa filiale \u00e9lectrique, poursuit sans vergogne son \u0153uvre colonisatrice\u00a0: m\u00eame soutien \u00e9tatique \u00e0 des entreprises extractives, m\u00eames relations asym\u00e9triques entre blancs et autochtones, m\u00eames d\u00e9sastres humains et environnementaux au final\u2026 Il participe \u00e0 la destruction des structures sociales et des modes de vie locaux. Le vide laiss\u00e9 par cette d\u00e9liquescence favorise les narco-trafiquants dans l\u2019exercice de leur domination. L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais est responsable de meurtres au nom d\u2019une \u00e9cologie mondiale. Et en ce sens, on peut bien affirmer que la France participe \u00e0 l\u2019\u00e9co-techno-fascisme ambiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Crises, individus et responsabilit\u00e9s<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus de savoir que le renouvelable participatif ne tient aucune de ses promesses sociales, on sait trop bien qu\u2019il ne tient pas non plus ses promesses \u00e9cologiques. Qu\u2019une \u00e9olienne EDF install\u00e9e sur notre territoire ne fait pas baisser notre facture et ne nous conf\u00e8re aucune autonomie suppl\u00e9mentaire. On sait trop bien que nous sommes d\u00e9pendant.e.s d\u2019EDF et de ses sous-traitants pour construire, transporter, installer cette \u00e9olienne ou ce panneau solaire. Que nous en sommes aussi d\u00e9pendant.e.s pour l\u2019entretenir, la d\u00e9manteler, la recycler. On sait trop bien que nous n\u2019aurons aucune ma\u00eetrise de cet outil, aucun nouveau savoir-faire, aucune autonomie. Et que l\u2019\u00e9nergie ainsi produite sera de nouveau balanc\u00e9e sur un r\u00e9seau tr\u00e8s haute tension, qu\u2019elle ne nous appartiendra jamais, mais sera vendue sur le march\u00e9, pour alimenter des infrastructures bien loin de chez nous, qui fabriquent des produits polluants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, si on d\u00e9pensait notre \u00e9nergie dans cette illusion de participation et d\u2019autonomie, ce serait offrir notre \u00e9nergie humaine \u00e0 EDF, lui pr\u00e9m\u00e2cher le travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait pu \u00e9couter celles et ceux qui militent pour un \u00ab\u2009Green New Deal\u2009\u00bb. Se f\u00e9liciter du fait que l\u2019\u00e9cologie \u00e9tait enfin inscrite \u00e0 l\u2019agenda politique. Du fait que le r\u00e9chauffement climatique \u00e9tait enfin pris en compte par les COP 21 et suivantes. On aurait pu se dire que toutes ces mesures \u00e9taient positives et incitaient des entreprises polluantes \u00e0 se reconvertir dans le renouvelable, les contraignaient \u00e0 agir en respectant davantage la plan\u00e8te. On aurait pu se dire qu\u2019on \u00e9tait sur la bonne voie, m\u00eame si cela n\u2019\u00e9tait pas assez radical, militer dans des groupes partisans d\u2019une r\u00e9forme de l\u2019action publique et priv\u00e9e. On aurait pu vouloir prot\u00e9ger certains espaces au Costa Rica pour qu\u2019ils restent \u00ab\u2009naturels\u2009\u00bb afin d\u2019y faire de l\u2019\u00e9cotourisme 15 jours \u00e0 l\u2019ann\u00e9e. On aurait pu ignorer qu\u2019exploiter et prot\u00e9ger ne sont finalement que les deux facettes d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous avons compris que derri\u00e8re les d\u00e9clarations d\u2019intention, la critique des \u00e9missions carbone n\u2019\u00e9tait qu\u2019une mutation technologique, une r\u00e9volution industrielle de plus. Nous avons vu comment un march\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9change de \u00ab\u2009cr\u00e9dits carbone\u2009\u00bb permettait aux entreprises du monde entier de polluer toute la plan\u00e8te et de perp\u00e9tuer la colonisation sous une nouvelle forme. Nous avons vu que tout en creusant des mines, en fissionnant des atomes, des entreprises se rachetaient en rasant des for\u00eats africaines pour en faire de la monoculture d\u2019arbres comme l\u2019h\u00e9v\u00e9a, expropriaient les populations et b\u00e9n\u00e9ficiaient, comble supr\u00eame, d\u2019une reconnaissance pour leur action \u00e9cologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne sommes donc pas de celles et ceux qui militent pour un \u00ab\u2009\u00e9tat d\u2019urgence climatique\u2009\u00bb. Les d\u00e9cideurs ne se d\u00e9couvrent pas, soudainement, une br\u00e8che d\u2019humanisme. Ils nous annoncent surtout qu\u2019il faudra d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 un pouvoir centralis\u00e9 et paternaliste le monopole de la gestion d\u2019une nouvelle crise qu\u2019ils ont largement provoqu\u00e9e eux-m\u00eames. Lorsque les dominants admettent une partie du probl\u00e8me en le qualifiant de \u00ab\u2009crise\u2009\u00bb ou d\u2019\u00ab\u2009urgence \u00e9cologique\u2009\u00bb, ce n\u2019est certainement pas pour le r\u00e9soudre, mais plut\u00f4t se d\u00e9clarer comp\u00e9tents pour la prendre en charge. Et on voit bien que la crise sanitaire actuelle n\u2019appelle nullement les \u00c9tats \u00e0 endiguer ses causes que sont la d\u00e9forestation, l\u2019industrialisation agressive ou les \u00e9levages concentrationnaires. La seule r\u00e9ponse qui est donn\u00e9e \u00e0 toutes ces \u00ab\u2009crises\u2009\u00bb, qu\u2019elles soient \u00e9conomiques, s\u00e9curitaires ou sanitaires, ce sont des mesures restrictives pour les libert\u00e9s, des violences, et de brutales avanc\u00e9es dans la centralisation du pouvoir politique. Il n\u2019y a pas de raisons qui laissent penser qu\u2019il en sera autrement pour la crise climatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9milie est \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>z\u00e9ro d\u00e9chet<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb. Elle a d\u00e9couvert le mouvement Z\u00e9ro en r\u00e9pondant \u00e0 un d\u00e9fi sur les r\u00e9seaux sociaux. Depuis, elle ach\u00e8te ses c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 l\u2019\u00e9picerie vrac en centre-ville. Et quand elle va au march\u00e9 bio le dimanche, elle apporte ses propres contenants en verre, qu\u2019elle transporte dans son sac en coton. Elle fait du v\u00e9lo \u00e9lectrique. Mais c\u2019est pas de sa faute si une partie est aliment\u00e9e par les centrales. Elle, elle est \u00e0 Enercoop. Elle re\u00e7oit trois notifications par minute, sur son fairphone dont le Cobalt vient des mines du Congo. Mais \u00c9milie est \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>z\u00e9ro d\u00e9chets<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb, elle voudrait bien que Apple produise local. Et les m\u00e9taux rares de son ordi, \u00e7a compte pas dans ses d\u00e9chets\u00a0: c\u2019est pas des emballages qui s\u2019entassent dans sa cuisine. C\u2019est pas sale, c\u2019est loin.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait pu se laisser s\u00e9duire par le discours appelant \u00e0 l\u2019\u00e9co-responsabilit\u00e9. Se prendre au jeu du \u00ab\u2009consom\u2019acteur\u2009\u00bb, de la responsabilit\u00e9 individuelle. On aurait pu croire au <em>smart world<\/em>. T\u00e9l\u00e9charger les nouvelles applications pour signaler les d\u00e9chets autour de chez nous. On aurait pu se faire la police morale de nos rues, sous couvert d\u2019\u00e9cologie. Essayer d\u2019\u00e9duquer les quartiers et utiliser l\u2019argument \u00e9cologique pour verdir une domination de classe. On aurait pu accepter le Linky, se dire que r\u00e9guler nos consommations, contr\u00f4ler les pics, c\u2019\u00e9tait positif, quand bien m\u00eame c\u2019\u00e9tait au prix de donn\u00e9es personnelles. On aurait pu stigmatiser les pauvres qui ne refont pas leur isolation. Et ceux qui roulent au gasoil. On aurait vot\u00e9 pour que les voitures \u00e9lectriques b\u00e9n\u00e9ficient de stationnements gratuits et de r\u00e9duction aux p\u00e9ages. M\u00eame si elles sont aussi polluantes que les autres en amont, lors de leur fabrication. On aurait pu voter pour la <em>smart city<\/em>, participer aux d\u00e9bats en lignes, soutenir les poubelles connect\u00e9es dans lesquelles il est impossible de fouiller pour se nourrir. On se serait fait \u00e9cocitoyen.ne.s. On aurait dit que cet \u00ab\u2009\u00e9co\u2009\u00bb renvoyait autant \u00e0 l\u2019\u00e9cologie qui nous animait, qu\u2019\u00e0 la volont\u00e9 de faire des \u00e9conomies\u00a0; et qu\u2019en ce sens, c\u2019\u00e9tait un truc inclusif pour les classes populaires. On aurait pu se mentir en soutenant le <em>greenwashing\u00a0<\/em>: le label bio payant, le vrac livr\u00e9 en container, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produite au prix d\u2019expropriations. On aurait pu nier toutes les cons\u00e9quences sociales et extractivistes de ce capitalisme \u00ab\u2009vert\u2009\u00bb et nous targuer sur les r\u00e9seaux sociaux d\u2019en \u00eatre les pionnier.e.s. Mais nous avons choisi de nous construire contre lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Objets objectifs et Chose mouvante<\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sastre que l\u2019on vit n\u2019est pas un probl\u00e8me d\u2019ing\u00e9nieur.e.s qui n\u00e9cessiterait une ou des solutions pour nous sortir d\u2019affaire. Ce n\u2019est pas une externalit\u00e9 que les gestionnaires doivent prendre en compte et int\u00e9grer dans leurs algorithmes pour pouvoir continuer comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Notre mani\u00e8re de vivre le d\u00e9sastre consiste \u00e0 accepter d\u2019aller vers l\u2019inconnu. On ne sait pas comment nous vivrons sans la production actuelle d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Nous en sommes pour l\u2019instant d\u00e9pendant.e.s, certes, mais cela ne nous emp\u00eache pas de nous opposer \u00e0 ce qui nous d\u00e9truit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si aujourd\u2019hui les gouvernements assument de plus en plus une d\u00e9rive autoritaire claire, c\u2019est que des mouvements sociaux remettent de plus en plus en question le patriarcat, la police, le racisme, etc. Nous pensons que c\u2019est aussi le moment d\u2019attaquer l\u2019ordre \u00e9lectrique. Aujourd\u2019hui assis.e.s autour d\u2019une table, des complicit\u00e9s se r\u00e9v\u00e8lent et nous nous prenons \u00e0 r\u00eaver d\u2019une chose\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette Chose a pris naissance il y a bien longtemps d\u00e9j\u00e0, dans les luttes autonomes pass\u00e9es, dans les luttes antinucl\u00e9aires lorsqu\u2019on y trouvait encore une critique radicale de l\u2019\u00c9tat et de l\u2019arm\u00e9e, avant de s\u2019enfermer dans un argumentaire purement \u00e9cologique qui aujourd\u2019hui pr\u00f4ne l\u2019industrie du renouvelable. On a pu la trouver au d\u00e9tour de chantiers collectifs se r\u00e9appropriant savoirs et savoir-faire. Elle a ouvert des squats, cultiv\u00e9 des terres collectives ou fait du pain \u00e0 Calais. Plus r\u00e9cemment on l\u2019a retrouv\u00e9e au pied d\u2019un pyl\u00f4ne en train de le d\u00e9boulonner, construisant des cabanes ou se baladant dans un bois occup\u00e9. Elle se confrontait directement \u00e0 ce monde en prenant la rue avec joie et d\u00e9termination\u2009; laissant derri\u00e8re elle les r\u00e9formistes et leurs outils de contr\u00f4le de sa col\u00e8re. Les ronds-points lui ont appris qu\u2019une multitude de pratiques, de rencontres et de bousculements \u00e9taient en cours, que la mise en lien de tout \u00e7a, que le fait d\u2019accepter de se laisser percuter par l\u2019autre, loin de son confort politique, participe d\u2019un processus d\u2019\u00e9mancipation collectif difficilement r\u00e9cup\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous, les luttes \u00e9cologiques n\u2019ont de sens et ne peuvent r\u00e9ellement avoir un impact que si elles sont men\u00e9es non seulement en lien avec d\u2019autres luttes s\u2019attaquant aux syst\u00e8mes de domination, mais aussi en acceptant d\u2019\u00eatre travers\u00e9es par ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers les luttes qu\u2019on a v\u00e9cues, on s\u2019est pr\u00eat\u00e9.e.s \u00e0 maintes pratiques. Certaines heureuses, d\u2019autres moins. On a jou\u00e9 le jeu du spectacle m\u00e9diatique, on a cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab\u2009massifier\u2009\u00bb et \u00e0 \u00ab\u2009sensibiliser\u2009\u00bb, \u00e0 faire de jolies actions non violentes symboliques, d\u00e9laissant trop souvent les actions directes bien qu\u2019elles soient indispensables \u00e0 la construction du rapport de force. On a parfois su mieux que les autres, et on s\u2019est laiss\u00e9.e.s cloisonner dans un entre-soi militant (mais pas seulement). Avec le num\u00e9rique on a aussi pu devenir des rebelles de canap\u00e9, croyant agir, mais ayant perdu tout ancrage dans le r\u00e9el. On a p\u00e9titionn\u00e9, fait des proc\u00e8s ou essay\u00e9 de changer des lois\u00a0; \u00e7a n\u2019a pas suffi. On a trop souvent \u00e9t\u00e9 somm\u00e9.e.s de se justifier\u00a0: \u00ab\u2009vous \u00eates contre le nucl\u00e9aire et l\u2019\u00e9olien\u2009? Tr\u00e8s bien, mais que proposez-vous\u2009?\u2009\u00bb. Ce monde est incoh\u00e9rent, absurde, nous ne choisirons ni le SRAS ni la grippe H1N1\u00a0! Leurs solutions ne sont que de nouveaux probl\u00e8mes et nous ne serons plus les technicien.ne.s de leur d\u00e9sastre. On ne veut plus passer notre temps \u00e0 apporter des pansements \u00e0 ce syst\u00e8me de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Chose s\u2019attaque \u00e0 EDF, \u00e0 son ordre \u00e9lectrique, ses infrastructures et sa propagande verte. Nous cherchons \u00e0 nous r\u00e9approprier ce qui, au c\u0153ur m\u00eame de nos vies, est contr\u00f4l\u00e9 et g\u00e9r\u00e9 par la force de l\u2019\u00c9tat et du capital. Les r\u00e9seaux \u00e9lectriques sont indispensables \u00e0 leur supr\u00e9matie et \u00e0 toutes les dominations qui en d\u00e9coulent. Nous voulons fouiner, creuser, enqu\u00eater, pour anticiper les projets destructeurs que les am\u00e9nageurs de l\u2019\u00e9nergie cachent le plus longtemps possible. Nous exposerons leurs abus, leurs d\u00e9boires et nous fracturerons leur communication rassurante. Nous montrerons que nous sommes capables de conna\u00eetre dans les moindres recoins ces r\u00e9seaux qui nous enferment, que nous sommes capables d\u2019en identifier les br\u00e8ches et de nous y engouffrer avec fracas. Nous leur ferons savoir que nous les voyons. Que nous les traquerons. Que nous ne les laisserons pas continuer sans vergogne leur d\u00e9lire techno-m\u00e9galo-maniaque. Parce qu\u2019elles sont partout, les infrastructures sont faibles et ind\u00e9fendables\u00a0: pyl\u00f4nes, transformateurs, compteurs et concentrateurs Linky, antennes\u00a05G, aucun de ces n\u0153uds \u00e9nerg\u00e9tiques ne peut tenir sans le consentement de la population.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout, nous serons la rupture. L\u2019ing\u00e9nierie, l\u2019agriculture, l\u2019enseignement ne sont pas l\u2019apanage d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 gestionnaire. Il nous faut en faire les outils d\u2019une contre-proposition radicale et conviviale. Ensemble, au chantier\u00a0! Contre l\u2019\u00e9olien, fabriquons des \u00e9oliennes\u00a0! Abreuvons-nous de savoir-faire artisanaux, laissons la neutralit\u00e9 carbone aux partisans du <em>statu quo.<\/em> Dotons-nous de technologies suffisantes, mais surtout transmettons les outils, la capacit\u00e9 et l\u2019envie de nuire. Construire l\u2019alternative n\u2019a de sens que pour \u00e9branler l\u2019existant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lutte ne peut se renouveler qu\u2019en comptant sur notre capacit\u00e9 \u00e0 nous reconna\u00eetre, \u00e0 nous r\u00e9unir\u00a0; mais aussi \u00e0 supporter l\u2019inconfort de la diversit\u00e9 id\u00e9ologique. \u00c9cologistes consciencieux, anarchistes irr\u00e9ductibles, \u00e2mes errantes terrifi\u00e9es par l\u2019effondrement de notre sophistication\u00a0; profitons des camps pour saisir ces connivences, pour participer au vrombissement imm\u00e9morial des luttes qui essaiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Chose n\u2019est pas un collectif ni un groupe ferm\u00e9. C\u2019est un ensemble de personnes qui se rencontrent, issues d\u2019horizons multiples, d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 en d\u00e9coudre avec l\u2019ordre \u00e9lectrique et \u00e0 cultiver l\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique et politique. La Chose demeure dynamique, elle est un processus qui consiste \u00e0 mettre du lien entre les gens de lutte, les rompus, les incr\u00e9dules. Elle existe contre leurs <em>objets<\/em>, connect\u00e9s, soi-disant autonomes, mais affectivement distants. Elle appelle plut\u00f4t \u00e0 se rencontrer \u00e0 l\u2019occasion de camps, de chantiers collectifs, d\u2019actions\u00a0; th\u00e9\u00e2tres d\u2019une connexion vivante et concr\u00e8te entre les \u00eatres voulant retrouver prise sur leurs moyens d\u2019existence. Elle est pr\u00eate \u00e0 \u00e9chapper encore \u00e0 leurs normalisations et \u00e0 leurs r\u00e9cup\u00e9rations. \u00c0 refuser de se laisser enfermer. Elle cherche \u00e0 construire un rapport de force. Elle cr\u00e9e de l\u2019autonomie, parfois incoh\u00e9rente, toujours partielle, mais n\u00e9anmoins concr\u00e8te et ancr\u00e9e dans des pratiques locales et collectives. Elle n\u2019est pas construite, elle cro\u00eet. Elle est m\u00e9tamorphoses et force d\u2019ouverture aux possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci est une invitation. Nous ne sommes pas dupes, mais nous y croyons quand m\u00eame. Ils ont cru qu\u2019on serait d\u00e9pass\u00e9.e.s par leurs syst\u00e8mes toujours plus complexes, au contraire\u00a0! On embrasse la complexit\u00e9, mais la n\u00f4tre\u00a0! Celle qui relie chaque chose vivante, celle qui nous permet de cr\u00e9er des complicit\u00e9s, celle qui nous bouscule dans nos constructions sociales et politiques, celle qui nous permet d\u2019avancer, d\u2019apprendre, d\u2019\u00e9voluer. R\u00e9torquons \u00e0 leur complexit\u00e9 quelque chose que les algorithmes ne sauront jamais d\u00e9crire\u00a0: la force que l\u2019on nourrit en se comprenant, en construisant et r\u00e9sistant ensemble et de toutes les mani\u00e8res. \u00c9milie\u00a0! Prends ton sac en coton bio, glisses-y une clef \u00e0 molette et viens voir la Chose et ce qu\u2019elle construit au prochain chantier collectif\u00a0! Thomas\u00a0! Et si tu disais \u00e0 Siri d\u2019aller se faire voir ? Ing\u00e9nieur.es, d\u00e9sertez\u00a0! Venez vous confronter au monde r\u00e9el, celui des gens qui vivent, qui se battent contre vos syst\u00e8mes et proc\u00e9d\u00e9s. \u00c9lectriciennes et \u00e9lectriciens qui p\u00e8tent des c\u00e2bles, n\u2019avez-vous pas des petites id\u00e9es pour les d\u00e9brancher\u00a0? Hackers, hackeuses, quelles failles critiques saurez-vous exploiter\u00a0? <em>Copaines, copines, copains, <\/em>o\u00f9 que vous soyez, si ce texte a fait r\u00e9sonner quelque chose en vous, cr\u00e9ons et recr\u00e9ons ces espaces, ces lieux de d\u00e9connexions, de vie et de r\u00e9sistances, relions-les pour constituer cet archipel vibrant qui ne se laissera pas num\u00e9riser, virtualiser, \u00e9lectrifier, \u00e9craser. Qui veille et r\u00e9agira sans d\u00e9tour \u00e0 leurs tentatives totalisantes. Enrageons de joie et lib\u00e9rons-nous de l\u2019emprise de ces r\u00e9seaux de mort. La Chose existe. Faisons-la vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Coordination H\u00e9t\u00e9roclite pour l\u2019Obturation des Syst\u00e8mes Electriques = C.H.O.S.E.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Haut du formulaire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bas du formulaire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lachose.noblogs.org\/\"><strong>https:\/\/lachose.noblogs.org\/<\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9connectons-la.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10181","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10181","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10181"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10181\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10183,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10181\/revisions\/10183"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}