{"id":10420,"date":"2021-12-04T02:52:19","date_gmt":"2021-12-04T01:52:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=10420"},"modified":"2021-11-26T15:55:39","modified_gmt":"2021-11-26T14:55:39","slug":"quand-lhumain-reve-dia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2021\/12\/04\/quand-lhumain-reve-dia\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019humain r\u00eave d\u2019IA"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: left;\"><strong>Rubrique cyber-philo-technique<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-10409 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Macron-211116-300x232.jpg\" alt=\"\" width=\"520\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Macron-211116-300x232.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Macron-211116.jpg 322w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0La question de l\u2019IA s\u2019incarne par la fonction recherche qui s\u2019installe dans nos t\u00eates \u00e0 force d\u2019utiliser google\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"https:\/\/lundi.am\/Quand-l-humain-reve-d-IA\">https:\/\/lundi.am\/Quand-l-humain-reve-d-IA<\/a> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extraits<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s qu\u2019il est question d\u2019Intelligence Artificielle (IA), une question surgit\u00a0: <em>les machines vont-elles nous remplacer\u00a0?<\/em> Elon Musk en est persuad\u00e9 lui qui ne cesse de d\u00e9clarer que l\u2019Intelligence Artificielle (IA) est \u00ab\u00a0notre plus grande menace existentielle\u00a0\u00bb. L\u2019IA repr\u00e9sente selon lui \u00ab\u00a0une menace bien plus grande que les bombes nucl\u00e9aires pour l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Elon Musk sait de quoi il parle. Il d\u00e9veloppe les voitures autonomes TESLA, des projets de vols dans l\u2019espace et de colonisation de Mars pour quitter la Terre bient\u00f4t consum\u00e9e. C\u2019est que, selon lui, \u00ab\u00a0l\u2019homme risque, non pas de dispara\u00eetre mais d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9 par les machines (\u2026) Face \u00e0 la lenteur c\u00e9r\u00e9brale des humains, il craint que les machines ne s\u2019impatientent. Pour elles, \u00ab\u00a0ce sera comme parler \u00e0 un arbre\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Il faudrait donc acc\u00e9l\u00e9rer la cadence vers un horizon trans-humaniste. Jack Ma, le fondateur chinois du g\u00e9ant de l\u2019e-commerce Alibaba, se montre plus optimiste sur les bienfaits d\u2019une telle alliance\u00a0: \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0les ordinateurs sont peut-\u00eatre plus intelligents mais les humains le sont beaucoup plus\u00a0\u00bb, a estim\u00e9 le multimilliardaire chinois (\u2026) \u00ab\u00a0nous avons invent\u00e9 les ordinateurs mais je n\u2019ai jamais vu un ordinateur cr\u00e9er un \u00eatre humain\u00a0\u00bb\u00a0. Dans tous les cas, selon eux, l\u2019IA est in\u00e9luctable, elle nous sauvera ou nous d\u00e9truira. Ces deux personnages se donnent les moyens d\u2019une telle ambition. Qu\u2019annoncent-ils exactement, et en quoi cela nous concerne\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elon Musk et Jack Ma partagent assur\u00e9ment le m\u00eame horizon, celui d\u2019une combinaison entre l\u2019IA et l\u2019humanit\u00e9. Le projet <em>neuralink<\/em> d\u2019Elon Musk \u00ab\u00a0doit permettre \u00e0 l\u2019homme de combiner son intelligence avec l\u2019IA par le biais d\u2019un implant, afin d\u2019augmenter ses capacit\u00e9s cognitives\u00a0\u00bb. La peur qu\u2019il mobilise et les appels \u00e0 la l\u00e9gislation ne sont donc pas contre l\u2019IA. Ce que Musk dit aux gouvernements du monde c\u2019est plut\u00f4t \u00ab\u00a0fa\u00eetes avec moi et mon IA, pas celle des autres, sinon \u00e7a ira mal\u00a0\u00bb. On se passerait bien de ses avertissements, et surtout des solutions qu\u2019il met en \u0153uvre. Au-del\u00e0 de Musk, on se doit d\u2019\u00e9couter avec prudence la menace r\u00e9currente d\u2019un grand remplacement des hommes par les machines et l\u2019automatisation, comme en parlent souvent les experts du Financial Times ou d\u2019autres. On se propose ici d\u2019en explorer les termes et les impasses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que font exactement les machines et l\u2019IA\u00a0? Leur introduction est souvent brandie (par les patrons) comme source de ch\u00f4mage, voire de disparition des ouvriers. Pourtant, de la cha\u00eene fordiste \u00e0 aujourd\u2019hui, les machines ne nous remplacent pas. Elles mettent toujours plus au travail, quitte \u00e0 r\u00e9duire ce travail \u00e0 du clic. L\u2019automatisation transforme le travail mais ne l\u2019abolit pas. Elle ne cr\u00e9e pas m\u00eame de nouveaux emplois et le fait d\u2019\u00eatre connect\u00e9 en permanence a bien au contraire \u00e9tendu consid\u00e9rablement l\u2019emprise du travail pendant que les plateformes permettent de multiplier les activit\u00e9s \u00e0 revendre. Du c\u00f4t\u00e9 du travail, le grand remplacement est une menace utile. Mais quand les termes d\u2019une question nous sont impos\u00e9s par des gens comme Elon Musk, il est plus prudent de s\u2019en d\u00e9faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ouvrir d\u2019autres perspectives, Benjamin H. Bratton, dans le texte \u00ab\u00a0Outing IA. Reckoning with Turing Tests\u00a0\u00bb d\u00e9crit combien les repr\u00e9sentations les plus courantes de l\u2019IA mettent en sc\u00e8ne une super-intelligence artificielle qui adopte des contours humano\u00efdes (dans le cas de Terminator par exemple) et des passions souvent humaines &#8211; trop humaines &#8211; \u00e0 la fa\u00e7on de Pinocchio qui r\u00eave de devenir un enfant comme les autres (le film <em>IA<\/em> de Steven Spielberg reprend ce sch\u00e9ma). Dans cet imaginaire, les intelligences artificielles, parce qu\u2019artificielles, semblent n\u2019aspirer qu\u2019\u00e0 nous ressembler. C\u2019est ce d\u00e9sir qui les rend mena\u00e7antes, d\u00e8s lors qu\u2019elles prendraient le pouvoir telles des dictateurs capables de tout ma\u00eetriser (comme le craint Elon Musk). Une telle intelligence supr\u00eame viendrait prendre la place des \u00c9tats-nations et des gouvernements. Elle ach\u00e8verait la mise en calcul du monde. Cette peur d\u2019une IA nous en apprend plus sur ceux qui l\u2019\u00e9noncent que sur l\u2019IA elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la menace d\u2019un grand remplacement affirme en miroir que le propre de l\u2019humain est ce qu\u2019il y a de plus d\u00e9sirable, le sommet \u00e0 l\u2019aune duquel les autres intelligences sont \u00e9valu\u00e9es. Anthropos se place au centre du monde et \u00e0 la source de tout. M\u00eame quand il parle de l\u2019IA, il ne parle que de sa puissance de cr\u00e9ation \u00e0 lui. Cette perspective est toutefois affirm\u00e9e comme une pure possibilit\u00e9, d\u00e9tach\u00e9e de la r\u00e9alisation concr\u00e8te du calcul et des machines. Ce d\u00e9tachement tend \u00e0 masquer l\u2019existence historique au long cours des syst\u00e8mes de calculs, de l\u2019extraction mondiale de donn\u00e9es et de tout un ensemble de technologies d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 omnipr\u00e9sentes. C\u2019est cet arri\u00e8re-fond d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 qui nous importe et qu\u2019\u00e9vacuent Elon Musk et d\u2019autres, tout en participant activement \u00e0 sa construction. C\u2019est aussi l\u2019occasion d\u2019introduire quelques enjeux de l\u2019intelligence des machines et l\u2019effet de d\u00e9centrement qu\u2019elle provoque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019extension de l\u2019intelligence n\u2019est pas qu\u2019humaine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le souligne Benjamin H. Bratton, l\u2019id\u00e9e de d\u00e9finir l\u2019IA \u00e0 partir de sa capacit\u00e9 \u00e0 passer pour un humain remonte aux ann\u00e9es 1950. Le math\u00e9maticien Alan Turin d\u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans \u00ab\u00a0Computing machinery and intelligence\u00a0\u00bb ce que l\u2019on d\u00e9signe depuis comme le test de Turing. Dans ce test, un humain est confront\u00e9 \u00e0 deux interlocuteurs, un ordinateur et un autre humain. En quelques questions, la personne doit pouvoir dire lequel de ses deux interlocuteurs est un ordinateur. Si elle ne peut les distinguer, le logiciel de l\u2019ordinateur a r\u00e9ussi le test. Turing \u00e9labore ici une variation d\u2019un jeu dans lequel deux interlocuteurs cach\u00e9s, un homme et une femme, essaient de tromper une tierce personne sur leur genre respectif par une s\u00e9rie de questions \u00e9crites. Pour gagner, un des joueurs doit bel et bien faire deviner son genre et l\u2019autre tromper le troisi\u00e8me interlocuteur. Dans le jeu de Turing, lu litt\u00e9ralement, l\u2019ordinateur doit pr\u00e9tendre \u00eatre une femme, en compagnie d\u2019un autre joueur cherchant \u00e0 se faire passer pour un homme ou une femme afin de tromper la tierce personne (tous les cas sont possibles, le jeu peut varier). Dans le monde r\u00e9el, Turing lui-m\u00eame eut \u00e0 cacher son homosexualit\u00e9 pour \u00e9viter la condamnation en vigueur en Angleterre qui soumettait \u00e0 la castration chimique par prise d\u2019\u0153strog\u00e8nes tout homosexuel identifi\u00e9. Alan Turing se suicidera au cyanure le 8\u00a0juin 1954 \u00e0 Wilmslow pour \u00e9viter cette condamnation, et ne sera graci\u00e9 par la reine \u00e0 titre posthume qu\u2019en 2013 (Bratton le souligne, les milliers d\u2019autres homosexuels anglais condamn\u00e9s, moins c\u00e9l\u00e8bres, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 graci\u00e9s). En v\u00e9rit\u00e9, le test de Turing v\u00e9rifie si un ordinateur est capable de bluffer. L\u2019ordinateur r\u00e9ussit le test s\u2019il est capable de se faire passer pour un humain, tout comme Turing eut \u00e0 mentir. Dans les deux cas, se voir soumis au test rel\u00e8ve de l\u2019interrogatoire policier dans des termes impos\u00e9s. Si l\u2019IA existe, elle exige de penser une forme d\u2019intelligence qui n\u2019aura rien d\u2019humaine \u00e0 moins qu\u2019on insiste pour qu\u2019elle pr\u00e9tende l\u2019\u00eatre. Le test de Turing implique, selon Bratton, de se confronter au probl\u00e8me, moralement et psychologiquement intol\u00e9rable pour l\u2019anthropocentrisme humaniste, que \u00ab\u00a0l\u2019intelligence puisse \u00eatre \u00e0 la fois r\u00e9elle et inhumaine\u00a0\u00bb, <em>alien<\/em> (pour reprendre une expression de Bratton et d\u2019autres). Effectivement, le fait de penser acquiert avec les machines une extension qui d\u00e9passe la d\u00e9finition habituelle de l\u2019intelligence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les le\u00e7ons de l\u2019IA se trouvent donc moins dans la preuve qu\u2019une machine peut penser comme nous que dans l\u2019extension de ce que penser peut signifier. Pour faire avec la technique, nous avons tendance \u00e0 l\u2019anthropomorphiser, mani\u00e8re de nous rassurer nous-m\u00eames sur ce que sont les machines qui nous entourent. \u00ab\u00a0Par exemple, nous parlons de connectiques m\u00e2le ou femelle pour les prises jacks, et dans ce cas, l\u2019acte de <em>genrer<\/em> la technologie n\u2019a rien \u00e0 voir avec les processus de traitements informatiques mais bien plus avec notre besoin d\u2019anthropomorphiser\u00a0\u00bb. L\u2019intelligence, telle qu\u2019on l\u2019a d\u00e9crit le plus souvent \u00e0 propos des machines, n\u2019est souvent qu\u2019une fa\u00e7on de nous projeter nous et nos habitudes dans le monde des machines, d\u2019abolir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 pour nous rassurer. La peur de l\u2019IA nous en dit donc souvent plus sur celui qui parle que sur l\u2019objet concern\u00e9. Cela vaut sans doute aussi pour l\u2019humanisation de l\u2019intelligence des plantes ou des arbres que l\u2019on trouve dans des livres comme \u00ab\u00a0la vie secr\u00e8te des arbres\u00a0\u00bb. Bratton propose plut\u00f4t d\u2019examiner comment l\u2019identification marche de notre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019interaction. Cela nous force \u00e0 en passer par des effets de d\u00e9senchantement plus utiles pour comprendre l\u2019intelligence des machines. \u00ab\u00a0Il est de toute \u00e9vidence bien plus simple de fabriquer un robot auquel un humain attribuera des \u00e9motions (et pour lequel, en retour, il aura donc des \u00e9motions, positives ou n\u00e9gatives) que de fabriquer un robot qui a effectivement des \u00e9motions\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Confront\u00e9 \u00e0 un robot, un humain lui conf\u00e8re par empathie des \u00e9motions, voire une personnalit\u00e9, mais ce ne sont que des projections. Le film \u00ab\u00a0Her\u00a0\u00bb de Spike Jonze dans lequel le personnage principal, Th\u00e9odore (jou\u00e9 par Joaquin Phoenix), tombe amoureux de son assistante virtuelle met en sc\u00e8ne ce jeu de dupes. Th\u00e9odore tombe \u00e9perdument amoureux de l\u2019IA. Mais \u00e0 la fin du film, celle-ci abandonne ce compagnon humain, limit\u00e9, et pr\u00e9f\u00e8re s\u2019envoler vers d\u2019autres amours machiniques. Elle le laisse seul avec sa solitude d\u2019humain. C\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat de la notion d\u2019intelligence <em>alien <\/em>\u00a0: prendre garde \u00e0 ne pas subsumer sous notre id\u00e9e d\u2019intelligence les autres formes de pens\u00e9es. Selon Benjamin H. Bratton, le risque est de perp\u00e9tuer \u00ab\u00a0une relation \u00e0 la technique qui nous a amen\u00e9 au bord de la 6<sup>e<\/sup> grande extinction. Il se pourrait que l\u2019anthropoc\u00e8ne elle-m\u00eame vienne moins du d\u00e9veloppement technique devenu fou que de l\u2019h\u00e9ritage humaniste qui comprend le monde comme ce qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 pour nos besoins et cr\u00e9\u00e9 \u00e0 notre image\u00a0\u00bb. Une IA d\u00e9velopp\u00e9e n\u2019est pas une intelligence \u00ab\u00a0pour nous\u00a0\u00bb, model\u00e9e comme la n\u00f4tre. Pour notre propre \u00e9claircissement, l\u2019IA n\u2019est pas \u00e0 regarder comme une intelligence pr\u00e9tendant \u00eatre humaine. \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas seulement d\u2019une grande na\u00efvet\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique, cela peut aussi conduire \u00e0 des souffrances horribles. Ce qu\u2019on ne d\u00e9finit pas comme nous indiff\u00e8re. Par exemple, les c\u00e9tac\u00e9s, telles les baleines et les dauphins ont un langage, mais qui n\u2019a rien du n\u00f4tre, et pendant des si\u00e8cles la philosophie ne pouvait rendre compte de leur intelligence, et donc de la souffrance qu\u2019on leur infligeait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Distribuer les cerveaux, multiplier les machines<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En percevant l\u2019IA comme miroir de nous-m\u00eames, la discussion prend la forme d\u2019un d\u00e9bat moral sur les limites qu\u2019il faudrait imposer ou non \u00e0 la puissance humaine. Cette fa\u00e7on de poser le probl\u00e8me masque ce que vivre au milieu et parmi des intelligences synth\u00e9tiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes de l\u2019intelligence humaine signifie d\u00e8s maintenant. D\u00e8s lors que des capteurs, des senseurs, des syst\u00e8mes de captures et de traitement de donn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle massive se r\u00e9pandent un peu partout dans l\u2019environnement, l\u2019intelligence des machines prend corps, s\u2019inscrit mat\u00e9riellement dans les diverses infrastructures qui la font exister et qui connectent entre elles l\u2019ensemble des machines. Depuis 1945, il existe plusieurs syst\u00e8mes mondiaux de g\u00e9olocalisation, de suivi de l\u2019envoi des missiles, de connaissances du climat et de collecte d\u2019informations. Le monde est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 stri\u00e9 de syst\u00e8mes d\u2019informations, qui sont l\u2019existence concr\u00e8te et non mythique de l\u2019IA aujourd\u2019hui. Aujourd\u2019hui, les syst\u00e8mes de donn\u00e9es massives sont omnipr\u00e9sentes et plus de 12 milliards de puces RFID connectent des marchandises et des choses \u00e0 travers le monde. L\u2019IA n\u2019est pas qu\u2019une potentialit\u00e9 future, mais elle n\u2019est pas non plus l\u2019ultime menace qui nous attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2015, quand Benjamin H. Bratton \u00e9crit son texte, Stephen Hawking, Noam Chomsky, Elon Musk, Dennis Hassabis (alors chef de l\u2019IA chez Google) viennent de signer une tribune demandant l\u2019interdiction des syst\u00e8mes d\u2019armements offensifs autonomes. La tribune annonce une sorte d\u2019apocalypse dans laquelle ces armes pourraient, si on les laisse s\u2019installer, remplir diff\u00e9rentes missions telles que \u00ab\u00a0des assassinats, des interventions de d\u00e9stabilisation des nations, de soumissions des populations et de tueries cibl\u00e9es portant sur des groupes ethniques d\u00e9termin\u00e9s\u00a0\u00bb. D\u00e8s 2015, et plus encore aujourd\u2019hui, force est de constater que ces assassinats cibl\u00e9s ont eu lieu, en l\u2019absence de tout Terminator. Le mythe de l\u2019IA surpuissante permet d\u2019annoncer une fronti\u00e8re qui pourrait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e afin de mieux masquer l\u2019obscurit\u00e9 de la distinction entre autonomie des machines et assassinat \u00e0 distance par drone interpos\u00e9 en Afghanistan ou ailleurs via un programme informatique install\u00e9 sur un ordinateur localis\u00e9 dans une base militaire aux \u00c9tats-Unis. La g\u00e9olocalisation par SIM Card \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en place dans les programmes d\u2019assassinats cibl\u00e9s am\u00e9ricains. La menace brandie dans la tribune oblit\u00e8re la discussion sur l\u2019intelligence bien r\u00e9elle et actuelle de ces syst\u00e8mes autonomes. Le calcul algorithmique proc\u00e8de par r\u00e9duction, abstraction du r\u00e9el en s\u00e9lectionnant certaines caract\u00e9ristiques qui importent ou non. Comme l\u2019\u00e9voque Bratton\u00a0: \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre que le v\u00e9ritable cauchemar, pire encore que celui o\u00f9 une machine veut vous d\u00e9truire, est celui o\u00f9 une machine ne vous accorde aucun int\u00e9r\u00eat, pas m\u00eame en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment discret \u00e0 conna\u00eetre. Le fait de n\u2019\u00eatre pas vu du tout est pire encore que d\u2019\u00eatre per\u00e7u comme un ennemi potentiel\u00a0\u00bb. La conception de syst\u00e8mes donn\u00e9s se fonde sur des m\u00e9thodes de classifications. Tout commence par une mod\u00e9lisation statistique dont les crit\u00e8res doivent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment choisis (c\u2019est tout le travail des <em>data scientists<\/em> et d\u2019autres). Le calcul informatique ne sait donc pas tout du monde. Il n\u2019en rel\u00e8ve que certains aspects pour constituer une abstraction du r\u00e9el. Cette abstraction prend des formes bien d\u00e9termin\u00e9es, et la lecture de Bratton d\u00e9crit la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019intervenir politiquement dans le champ de ces abstractions et mod\u00e9lisations computationelles. Tout en venant de d\u00e9cisions humaines (et non d\u2019une IA magique), elles peuvent \u00eatre inhumaines en tant que \u00ab\u00a0d\u00e9cision sur les param\u00e8tres de la d\u00e9cision \u2013 une d\u00e9cision sur la d\u00e9cision\u00a0\u00bb. Gr\u00e9goire Chamayou en donne des exemples explicites dans sa <em>Th\u00e9orie du drone<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0traduire l\u2019imp\u00e9ratif de \u00ab\u00a0ne cibler que des cibles l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb en lignes de code est une op\u00e9ration vide tant que l\u2019on ne sp\u00e9cifie pas ce que recouvre la variable \u00ab\u00a0Target\u00a0\u00bb. De m\u00eame, on peut toujours essayer de coder une expression formalis\u00e9e du principe de proportionnalit\u00e9 (\u2026) mais il faudra toujours sp\u00e9cifier au programme par une valeur, directe ou indirecte, ce qui constitue le seuil de proportion acceptable entre vies civiles tu\u00e9es et avantages militaires attendus\u00a0\u00bb. Ce sont ces variables qui d\u00e9terminent ce qui compte ou non pour les machines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019une des tensions de l\u2019histoire de la cybern\u00e9tique est celle du dualisme entre le corps et l\u2019esprit, entre l\u2019information et son support. Cette tension s\u2019incarne \u00e9galement dans la distinction entre la logique abstraite, le traitement symbolique de l\u2019information et l\u2019inscription corporelle du calcul, son effectuation pratique. Alan Turing en 1936 a formalis\u00e9 (en plus du test mentionn\u00e9) \u00ab\u00a0sa machine universelle\u00a0\u00bb. Sans entrer trop dans les d\u00e9tails, disons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un petit robot imaginaire qui d\u00e9place une bande, divis\u00e9e en petits carr\u00e9s. Ce robot fictif y lit et \u00e9crit des symboles, selon des r\u00e8gles qui lui indiquent quoi \u00e9crire et o\u00f9, chaque nouveau d\u00e9placement d\u00e9pendant de ce qui est marqu\u00e9e sur la bande. La machine de Turing condense formellement l\u2019essence de l\u2019ordinateur. Turing a d\u00e9montr\u00e9 que toute fonction qui peut \u00eatre mise en algorithme peut \u00eatre calcul\u00e9e par une Machine de Turing. Cette machine est toutefois abstraite, sa mise en \u0153uvre pose d\u2019autres enjeux. On dit souvent qu\u2019un algorithme peut \u00eatre d\u00e9fini comme une recette de cuisine, en ceci qu\u2019il suffit de suivre des \u00e9tapes donn\u00e9es pour produire le r\u00e9sultat voulu. Cette d\u00e9finition est symbolique. Elle passe sous silence le fait que les algorithmes num\u00e9riques sont confront\u00e9s \u00e0 des contraintes d\u2019implantations dans du mat\u00e9riel informatique et qu\u2019ils effectuent leurs op\u00e9rations de fa\u00e7ons r\u00e9p\u00e9t\u00e9es sur des volumes de donn\u00e9es gigantesques en quelques milli\u00e8mes de secondes. Un aspect quantitatif et mat\u00e9riel, l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019efficacit\u00e9 des algorithmes, la programmation, a d\u00fb \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 la machine de Turing pour initier l\u2019informatique moderne. Toutes les perspectives d\u2019immortalit\u00e9 s\u2019engouffrent \u00e0 l\u2019inverse sur le plan des machines abstraites, parmi des corps qui ne comptent pas. Cette conception d\u00e9sincarn\u00e9e de l\u2019information se nourrit de l\u2019analogie qui distingue en informatique le hardware du software, mais le cerveau n\u2019est pas un logiciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Katherine N.Hayles dans son ouvrage <em>How we became posthuman, virtual bodies in cybernetics, literature, and informatics <\/em>se confronte \u00e0 cette d\u00e9mat\u00e9rialisation de l\u2019information. Elle critique le fait que l\u2019information soit \u00ab\u00a0con\u00e7ue comme une sorte de fluide incorporel qui peut circuler entre diff\u00e9rents substrats sans aucune perte de signification ou de forme\u00a0\u00bb. Quand les imaginaires trans-humanistes promettent que l\u2019on pourra cryog\u00e9niser son cerveau pour \u00eatre r\u00e9incarn\u00e9 dans des incarnations \u00e0 venir, le corps est accessoire, seules comptent les donn\u00e9es et les programmes que stockeraient notre cerveau. Katherine N. Hayles montre qu\u2019en d\u00e9finissant ainsi le cerveau, simple outil de collecte et de traitement des informations, un tel projet continue l\u2019humanisme lib\u00e9ral. Le post-humanisme prolonge en ceci une variante d\u2019une part de la pens\u00e9e moderne, continue les projets de math\u00e9matisation du monde. Le monde peut \u00eatre transparent, enti\u00e8rement connu et est en ceci programmable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En v\u00e9rit\u00e9, cette conception d\u00e9sincarn\u00e9e de l\u2019information n\u2019est qu\u2019un seul aspect du calcul informatique. Comme le rappelle Mathieu Triclot dans son ouvrage sur la cybern\u00e9tique, la mise en parenth\u00e8se des consid\u00e9rations sur le transport des messages et les propri\u00e9t\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques du signal ne peut \u00eatre que temporaire. Son universalisation se fait abstraitement dans le champ de la physique th\u00e9orique mais s\u2019op\u00e8re concr\u00e8tement dans le champ des t\u00e9l\u00e9communications et de l\u2019informatique. Le calcul n\u2019existe qu\u2019\u00e9quip\u00e9 mat\u00e9riellement. Saisir ce qu\u2019est l\u2019IA implique de constamment pr\u00eater attention \u00e0 son incarnation concr\u00e8te, au basculement entre le calcul abstrait dont elle rel\u00e8ve et sa concr\u00e9tisation dans des machines. Cette incarnation mat\u00e9rielle d\u00e9pend d\u2019une multiplicit\u00e9 de r\u00e9seaux et bases de donn\u00e9es. Un seul et unique ordinateur n\u2019incarnera jamais la puissance mena\u00e7ante convoqu\u00e9e par Elon Musk. L\u2019argument n\u2019est pas \u00e0 entendre seulement comme un rappel de la mat\u00e9rialit\u00e9 des choses. Il s\u2019agit de rendre indissociable l\u2019informatique et sa mat\u00e9rialisation concr\u00e8te. De fait, l\u2019intelligence des machines repose avant tout sur des machines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intelligence <em>alien <\/em>de l\u2019IA acquiert \u00e0 ce stade un autre sens. D\u2019une part, elle repose sur des processus d\u2019abstractions d\u00e9termin\u00e9es qui chaque fois r\u00e9duisent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une certaine fa\u00e7on. Pour une mitrailleuse autonome, selon sa programmation, ce qu\u2019est un humain, un enfant ou un verre d\u2019eau est une distinction pertinente ou non, qui compte ou pas. D\u2019autre part, l\u2019intelligence se trouve red\u00e9finie comme \u00e9tant distribu\u00e9e. L\u2019intelligence des machines n\u2019existe pas centralis\u00e9e dans un seul et unique ordinateur. Elle d\u00e9pend au contraire d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019appareils, de bases de donn\u00e9es et de r\u00e9seaux techniques. Elon Musk peut affirmer craindre l\u2019IA et en m\u00eame temps multiplier les machines \u00e9lectroniques, la conception de robots ou de voitures autonomes. La sur-exposition d\u2019une menace masque l\u2019avanc\u00e9e des calculs. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019envisager, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 les machines inqui\u00e8tent, que l\u2019histoire de l\u2019esprit humain soit li\u00e9e \u00e0 celle des techniques. L\u2019ethno-arch\u00e9ologie d\u2019Andr\u00e9 Leroi-Gourhan fait de l\u2019invention des outils un processus d\u00e9terminant de l\u2019hominisation. Dans cette perspective, la technique ext\u00e9riorise la m\u00e9moire et lib\u00e8re les organes. L\u2019homme fabrique des proth\u00e8ses artificielles, des artefacts techniques ext\u00e9rieurs \u00e0 son corps et dont l\u2019histoire construit une co-\u00e9volution des organismes vivants et des organismes techniques. L\u2019activit\u00e9 technique est un comportement du vivant, avant d\u2019\u00eatre une op\u00e9ration intellectuelle. L\u2019esprit est donc toujours technique. La technique fonctionne comme ext\u00e9riorisation du spirituel, en fournissant des moyens et des instruments par lesquels l\u2019esprit peut revenir \u00e0 lui-m\u00eame. Elon Musk veut imposer une trajectoire bien d\u00e9termin\u00e9e au d\u00e9veloppement de ces artefacts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l\u2019on adopte ou non cette conception des techniques comme ext\u00e9riorisation, il faut bien admettre que les technologies num\u00e9riques influent sur nos comportements et nos mani\u00e8res de penser. La question de l\u2019IA s\u2019incarne par la fonction recherche qui s\u2019installe dans nos t\u00eates \u00e0 force d\u2019utiliser google, par la red\u00e9finition des relations avec l\u2019extension des smartphones, par la conjonction qu\u2019effectuent les r\u00e9seaux sociaux avec nos liens r\u00e9els, par l\u2019indistinction entre le r\u00e9el et le virtuel, entre nos processus de pens\u00e9e et ceux qui d\u00e9pendent en partie des machines qui nous entourent. Le calcul informatique s\u2019est massivement dispers\u00e9 et diss\u00e9min\u00e9 dans l\u2019environnement. D\u2019ailleurs, le terme d\u2019IA fut, entre les ann\u00e9es 1950 et 1980, peu \u00e0 peu abandonn\u00e9 pour privil\u00e9gier celui \u00ab\u00a0d\u2019apprentissage machine\u00a0\u00bb (<em>Machine Learning), <\/em>moins effrayant \u00e0 priori. Les vis\u00e9es de l\u2019IA changent. Par l\u2019apprentissage machine, chaque entit\u00e9 peut devenir intelligente d\u00e8s qu\u2019elle peut apprendre. Il ne s\u2019agit pas de recr\u00e9er une copie informatique du cerveau humain mais d\u2019imiter le fonctionnement des neurones. Cet apprentissage, pour \u00eatre possible, a d\u00fb se mat\u00e9rialiser dans une multiplicit\u00e9 de bases de donn\u00e9es, de r\u00e9seaux et d\u2019infrastructures. L\u2019emprise de l\u2019IA telle qu\u2019elle existe repose sur ces multiples couches informationnelles plut\u00f4t que sur une forme d\u2019intelligence surpassant toutes les autres. C\u2019est la multiplicit\u00e9 des calculs qui prennent sans cesse des d\u00e9cisions \u00e0 notre place, et d\u00e9cident froidement, <em>robotiquement<\/em>, les distinctions \u00e0 \u00e9tablir selon des modalit\u00e9s chaque fois sp\u00e9cifiques. Comme le souligne l\u00e0 encore Bratton\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Chacun d\u2019entre nous sera confront\u00e9 \u00e0 diverses formes d\u2019intelligence des machines, certaines sont contr\u00f4l\u00e9es \u00e0 distance ou programm\u00e9es par des humains, d\u2019autres sont tr\u00e8s largement automatis\u00e9es, et la plupart se composeront d\u2019un m\u00e9lange des deux, simultan\u00e9ment objet de formes de contr\u00f4les humains et de contr\u00f4les non-humains. Les v\u00e9rifications de CAPTCHA, que les sites internets utilisent pour identifier les usagers humains, sont une sorte d\u2019inversion du Test de Turing dans lequel l\u2019usager passe ou \u00e9choue, oui ou non. Mais dans le champ des interactions quotidiennes entre humains et robots la question de localiser l\u2019intelligence ne se r\u00e9duira pas en une alternative binaire oui\/non. Il faut cesser de poser ainsi le d\u00e9bat.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rubrique cyber-philo-technique<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10420","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10420","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10420"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10420\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10421,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10420\/revisions\/10421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}