{"id":10655,"date":"2022-01-23T02:23:03","date_gmt":"2022-01-23T01:23:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=10655"},"modified":"2022-01-17T07:24:52","modified_gmt":"2022-01-17T06:24:52","slug":"le-consumerisme-a-travers-les-objets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2022\/01\/23\/le-consumerisme-a-travers-les-objets\/","title":{"rendered":"Le consumerisme \u00e0 travers les objets"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-10636 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Castete-220112-3-300x148.jpg\" alt=\"\" width=\"489\" height=\"241\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Castete-220112-3-300x148.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Castete-220112-3.jpg 613w\" sizes=\"auto, (max-width: 489px) 100vw, 489px\" \/><\/strong><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left;\"><strong>Ce que le travail des \u00e9boueurs nous dit du capitalisme<\/strong><\/h4>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Depuis plusieurs ann\u00e9es, Jeanne Guien, cette philosophe sp\u00e9cialiste de l&rsquo;obsolescence des objets, autrice de l&rsquo;enqu\u00eate paru aux \u00e9ditions Divergences en novembre 2021 intitul\u00e9e\u00a0<a href=\"https:\/\/www.editionsdivergences.com\/livre\/le-consumerisme-a-travers-ses-objets\"><em>Le consum\u00e9risme \u00e0 travers ses objets<\/em><\/a>, \u00e9galement travailleuse sociale et militante anti-pub, accompagne et chronique les luttes des travailleuses et travailleurs du d\u00e9chet\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jeanne-guien\">dans son blog<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Gobelets, vitrines, mouchoirs, smartphones et d\u00e9odorants<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lire conjointement ses textes permet de saisir dans toute sa mat\u00e9rialit\u00e9 l&rsquo;engrenage destructeur du syst\u00e8me de production moderne, au ras des objets qui constellent notre monde, et de leur banalit\u00e9.\u00a0<em>\u00ab Attirer l\u2019attention,<\/em>\u00a0pr\u00e9cise-t-elle dans son livre<em>, sur ce que certains fabricants, distributeurs et communicants font au monde, au moyen de discours mais aussi par l\u2019interaction silencieuse des choses mat\u00e9rielles, \u00e0 travers la fa\u00e7on dont notre corps rencontre des objets et s\u2019adapte au monde qu\u2019ils construisent, et parfois qu\u2019ils d\u00e9truisent \u00bb<\/em>. Les lire permet de mieux comprendre cet ordre des choses, et ce que nos poubelles disent du monde, car\u00a0<em>\u00ab\u00a0les formes de socialisation des objets \u00e9tudi\u00e9s sont r\u00e9v\u00e9latrices de la fa\u00e7on dont s\u2019organisent les soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gobelets, vitrines, mouchoirs, smartphones et d\u00e9odorants : c&rsquo;est \u00e0 cet attelage disparate de choses que se collette l&rsquo;enqu\u00eate socio-anthropologique de Jeanne Guien. Ces objets du quotidien, avec leur go\u00fbt d&rsquo;\u00e9vidence, imprim\u00e9s dans les habitudes les plus anodines, normalis\u00e9s, nous apparaissent comme\u00a0<em>\u00ab des choses sans pass\u00e9, sans histoire, sans effets sociaux \u00bb<\/em>\u00a0\u2014ce processus que Marx nommait\u00a0<em>\u00ab f\u00e9tichisme de la marchandise\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>\u2014. Ce leurre, qui fa\u00e7onne l\u2019ordinaire de nos interactions avec les choses, l\u2019autrice l&rsquo;\u00e9branle en r\u00e9tablissant leur historicit\u00e9. Ainsi que celle de l&rsquo;essaim de repr\u00e9sentations sculpt\u00e9es par les industries et les publicitaires au fil du temps, qui leur conf\u00e8rent cet air de banalit\u00e9 les rendant tout \u00e0 la fois indispensables et si t\u00f4t p\u00e9rissables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Transformer la fl\u00e2nerie en achat potentiel<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est, par exemple, au travers des habiles stratag\u00e8mes du marketing \u2013 propre aux roueries du capitalisme pour se r\u00e9inventer \u2013, que le d\u00e9odorant a su prosp\u00e9rer en consolidant des st\u00e9r\u00e9otypes de genre. Le gobelet jetable, quant \u00e0 lui, s&rsquo;est rendu incontournable, notamment, gr\u00e2ce \u00e0 des rh\u00e9toriques sanitaires et des r\u00e9cits hygi\u00e9nistes associant blanchit\u00e9, propret\u00e9 et sant\u00e9, qui ne furent pas sans cons\u00e9quences sur l&rsquo;ordonnancement racial des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes. Le d\u00e9veloppement des vitrines, pour sa part, a modifi\u00e9 notre rapport \u00e0 l\u2019espace urbain \u2014 en muant tout loisir ou toute fl\u00e2nerie en achat potentiel \u2014 et l\u2019\u00e9clairage marchand, \u00e0 la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9taillant l\u2019\u00e9dification de tel ou tel march\u00e9, et suivant la piste des objets, le livre oblige \u00e0 s\u2019extraire de la vision t\u00e9l\u00e9ologique impos\u00e9e par le discours du progr\u00e8s et de l\u2019 \u00ab\u00a0innovation\u00a0\u00bb sous-tendu par ce que Jeanne Guien nomme\u00a0<em>\u00ab\u00a0culture d\u2019obsolescence\u00a0\u00bb<\/em>, cette grande fabrique sempiternelle de besoins artificiels. Les pages sur le march\u00e9 du smartphone sont \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9difiantes : outre l\u2019obsolescence technique, tr\u00e8s document\u00e9e, l\u2019\u00a0<em>\u00ab\u00a0esth\u00e9tique du renouvellement\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>se traduit en une\u00a0<em>\u00ab obsolescence psychologique \u00bb\u00a0<\/em>(par laquelle les industries arrivent \u00e0 rendre sensible et d\u00e9sirable le remplacement des mod\u00e8les de smartphones \u00e0 travers le temps).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Jetabilit\u00e9 des travailleuses et travailleurs<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus encore, le march\u00e9 du smartphone permet de saisir combien le mod\u00e8le d\u2019obsolescence du syst\u00e8me de production capitaliste est ind\u00e9m\u00ealable de l\u2019exploitation des \u00eatres, et participe d\u2019une\u00a0<em>\u00ab obsolescence de l\u2019homme \u00bb<\/em>, pour reprendre la formule de Gunther Anders. Des usines chinoises o\u00f9 l\u2019on se suicide, du travail forc\u00e9 dans les chaines de production de smartphones \u00e0 l\u2019assemblage (80 000 Ouighours d\u00e9tenus dans des camps de r\u00e9duction envoy\u00e9s travailler hors de leur r\u00e9gion entre 2017 et 2019) : \u00e0 la jetabilit\u00e9 de l\u2019objet correspond la jetabilit\u00e9 des travailleurs (cette\u00a0<em>\u00ab humanit\u00e9 jetable \u00bb<\/em>\u00a0dont parle Zygmunt Bauman). Le g\u00e9nocide lui-m\u00eame\u00a0<em>\u00ab repose sur ce discours d\u2019obsolescence \u00bb<\/em>, \u00e9crit Jeanne Guien.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Dans les discours \u00e9tatiques, universitaires ou m\u00e9diatiques, un peuple d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0arri\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb est appel\u00e9 \u00e0 rejoindre la \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0valeurs mat\u00e9rielles\u00a0\u00bb par des processus de \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9ducation\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0et le travail en usine, tout en r\u00e9duisant opportun\u00e9ment le co\u00fbt du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab Les travailleurs du d\u00e9chet doivent \u00eatre mis au centre de la r\u00e9organisation de la consommation\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est tout cela que les d\u00e9chets racontent. Et page 218 du livre de Jeanne Guien, le lien se noue spontan\u00e9ment entre cette longue filature des objets men\u00e9e par la philosophe, et les paroles d\u2019\u00e9boueurs, biffins et autres balayeurs qui peuplent le blog de Jeanne Guien :\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u00e8s lors qu\u2019on leur rend toute leur \u00e9paisseur, \u00e9crit-elle, on se rend compte que ce sont les travailleurs du d\u00e9chet et les travailleuses domestiques qui doivent \u00eatre mis au centre de la r\u00e9organisation de la consommation\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrement dit, regarder en face les d\u00e9tritus du capitalisme emball\u00e9s et suremball\u00e9s, l\u2019ampleur de leur envahissement dans les villes et au fond des oc\u00e9ans, et surtout, ceux qui travaillent \u00e0 leur contact, c\u2019est remettre en question tout un ordre socio\u00e9conomique. Le d\u00e9chet, cette modalit\u00e9 de la mati\u00e8re que l\u2019on a voulu \u00e9liminer du monde social, disqualifi\u00e9 par d\u00e9finition, est aur\u00e9ol\u00e9 du fantasme de leur effacement \u2013 cette fausse disparition que symbolise particuli\u00e8rement bien l\u2019enfouissement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ni plus ni moins le maintien d\u2019un ordre social qui se joue dans le tri entre le propre et le sale, entre ce qui incombe au monde et ce qui ne doit plus en \u00eatre, nimb\u00e9 du tabou qui frappe tout ce qui rel\u00e8ve de la souillure &#8211;\u00a0<em>\u00ab\u00a0sujets qui t\u00e2chent, sujets qui f\u00e2chent\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0-, plaisante Guien dans\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jeanne-guien\/blog\/131021\/marseille-deborde-de-dechets-les-medias-accusent-les-eboueur-ses-en-greve\">un billet d\u2019octobre dernier\u00a0<\/a>sur la gr\u00e8ve des \u00e9boueurs marseillais. Ces ex-biens, extirp\u00e9s du r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9 (comme l&rsquo;explique la philosophe\u00a0<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-chemins-de-la-philosophie\/les-chemins-de-la-philosophie-du-mardi-30-novembre-2021\">dans cette \u00e9mission<\/a>), ne sont \u00e0 personne, et sont \u00e0 tout un chacun. C\u2019est pourquoi le travail du d\u00e9chet est une fonction si centrale de la vie collective, tout en \u00e9tant occult\u00e9, lieu d\u2019un aveuglement qui p\u00e8se tr\u00e8s concr\u00e8tement sur les corps et les vies des travailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La salet\u00e9 des autres et le stigmate<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab On retrouve ici le \u00ab\u00a0stigmate\u00a0\u00bb port\u00e9 par les travailleur.ses des d\u00e9chets \u00bb<\/em>, expliquait Jeanne Guien dans son billet sur la gr\u00e8ve des \u00e9boueurs de Marseille. Et cet apparent paradoxe :\u00a0<em>\u00ab ce n\u2019est pas la personne qui cause une pollution qui est tenue pour responsable de cette pollution, mais la personne qui la traite, la combat, la fait dispara\u00eetre. Comme souvent, la salet\u00e9 est associ\u00e9e \u00e0 la personne qui la nettoie, ce qui engendre (ou renforce) son exclusion sociale\u00a0\u00bb<\/em>. Finalement,\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u2019un c\u00f4t\u00e9, on admet que les \u00e9boueur<strong>\u00b7<\/strong>e<strong>\u00b7<\/strong>s jouent un r\u00f4le crucial dans la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me \u00e9cologique grave (puisqu\u2019on les juge coupables de n\u2019avoir pas \u00e9vit\u00e9 les d\u00e9bordements de d\u00e9chets). De l\u2019autre, on refuse de leur accorder les moyens et le respect que ce r\u00f4le implique\u00a0\u00bb.\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi Jeanne Guien leur tend son micro, et, qui plus est, s\u2019adresse \u00e0 eux en tant qu\u2019experts. Ecouter les \u00e9boueurs ne consiste pas simplement \u00e0 tenter de contrebalancer une injustice li\u00e9e \u00e0 leur invisibilit\u00e9 sociale (sur ce sujet, lire\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/ateliers-travail-et-democratie\/blog\/200420\/les-eboueurs-heros-des-temps-confines-par-stephane-le-lay\">ce texte de St\u00e9phane Le Lay dans le blog \u00ab\u00a0Ateliers travail et d\u00e9mocratie \u00bb<\/a>), mais bousculer le panorama des hi\u00e9rarchies implicites en leur donnant la place qu\u2019ils m\u00e9ritent. Bobby, \u00e9boueur parisien intervenant\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jeanne-guien\/blog\/290321\/sous-traitance-privatisation-reforme-des-statuts-des-eboueurs-parlent\">ici<\/a>, reconna\u00eet volontiers qu\u2019ils ne sont jamais consult\u00e9s.\u00a0<em>\u00ab Tout se passe comme si votre expertise sur la consommation, l\u2019\u00e9cologie, \u00e9tait invisibilis\u00e9e. Vous \u00eates pourtant aux avant-postes des probl\u00e8mes environnementaux \u00bb<\/em>, souligne Jeanne Guien. De m\u00eame que les \u00e9goutier\u00b7e\u00b7s, ajoute Bobby,\u00a0<em>\u00ab qui ont beaucoup d\u2019id\u00e9es sur la production d\u2019\u00e9nergie, la gestion des flux, et qui le travaillent au niveau syndical \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai connu 3 coll\u00e8gues qui sont parti\u00b7e\u00b7s les pieds devant avant la retraite\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette plong\u00e9e,\u00a0<em>via<\/em>\u00a0le livre et les texte de Guien, dans les m\u00e9canismes et cons\u00e9quences du syt\u00e8me consum\u00e9riste qui malm\u00e8ne et tue les travailleurs\u00a0(pour les \u00e9boueurs, ce sont des troubles musculosquelettiques, oculaires, respiratoires, et des taux d\u2019accidents du travail deux fois sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne nationale \u2014\u00a0<em>\u00ab J\u2019ai connu 3 coll\u00e8gues qui sont parti\u00b7e\u00b7s les pieds devant avant la retraite \u00bb<\/em>, raconte S\u00e9bastien Cravero, d\u2019un collectif d\u2019\u00e9boueurs CGT toujours\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jeanne-guien\/blog\/131021\/marseille-deborde-de-dechets-les-medias-accusent-les-eboueur-ses-en-greve\">ici<\/a>) aide \u00e0 prendre la mesure de la rupture n\u00e9cessaire et tente de\u00a0<em>\u00ab susciter une r\u00e9flexion collective sur les objets dont nous pensons avoir \u00ab besoin \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab L\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre subordonn\u00e9e aux exigences sociales et \u00e9cologiques de notre temps\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce travail indispensable de d\u00e9naturalisation et d\u2019historicisation des besoins \u2014 et des objets sur lesquels ceux-ci se cristallisent\u00a0 \u2014 est \u00e9galement celui du r\u00e9cent ouvrage des\u00a0<em>Economistes atterr\u00e9s<\/em>,\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/eric-berr\/blog\/201121\/de-quoi-avons-nous-vraiment-besoin\">chroniqu\u00e9 par l\u2019un de ses co-auteurs dans le Club<\/a>, l\u2019\u00e9conomiste Eric Berr :\u00a0<em>\u00ab En partant de ce qui compte, de ce dont nous avons vraiment besoin, nous renversons la logique qui pr\u00e9vaut habituellement et r\u00e9affirmons qu\u2019il convient de sortir d\u2019une forme \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9conomisme\u00a0\u00bb o\u00f9 la satisfaction de nos besoins essentiels d\u00e9pendrait de suppos\u00e9es lois \u00e9conomiques immuables. Dans ce livre, nous montrons au contraire que l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre subordonn\u00e9e aux exigences sociales et \u00e9cologiques de notre temps. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus encore que d\u00e9manteler les principes de l\u2019\u00e9conomie orthodoxe, la prise en charge collective d\u2019une red\u00e9finition des besoins implique une\u00a0<em>\u00ab\u00a0pens\u00e9e des besoins [qui] ne peut s\u2019articuler qu\u2019en dehors [du syst\u00e8me de production] \u00bb<\/em>, ajoute Mireille Bruy\u00e8re, coordinatrice de l\u2019ouvrage,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/071121\/reflechir-nos-besoins-pour-changer-l-economie\">dans un entretien avec Romaric Godin<\/a>, \u2014 et donc d\u2019extraire les notions de besoin, mais aussi celle de choix, du carcan d\u2019id\u00e9ologie marchande dans lequel le syst\u00e8me consum\u00e9riste l\u2019a r\u00e9ifi\u00e9 :\u00a0<em>\u00ab\u00a0le syst\u00e8me de production produit lui-m\u00eame les besoins qui lui sont n\u00e9cessaires. C\u2019est en cela qu\u2019une pens\u00e9e des besoins ne peut s\u2019articuler qu\u2019en dehors de ce syst\u00e8me m\u00eame \u00bb.\u00a0<\/em>Aussi faut-il\u00a0<em>\u00ab\u00a0comprendre le choix non pas comme consommateur face \u00e0 deux produits identiques ayant des marques diff\u00e9rentes, mais comme choix politique que nous prenons collectivement.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Etendre l\u2019anticapitalisme aux objets, condition de la d\u00e9sali\u00e9nation<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, face \u00e0 un\u00a0<em>\u00ab\u00a0capital [qui] con\u00e7oit des objets en fonction des n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019accumulation\u00a0\u00bb<\/em>, il faut\u00a0<em>\u00ab \u00e9tendre l\u2019anticapitalisme aux objets. C\u2019est une condition de la d\u00e9sali\u00e9nation \u00bb<\/em>, r\u00e9sumait Razmig Keucheyan dans\u00a0<em>Les besoins artificiels &#8211; Comment sortir du consum\u00e9risme\u00a0<\/em>(Zones, 2019) \u2014 lire\u00a0<a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/culture-idees\/280320\/razmig-keucheyan-la-sobriete-ne-peut-s-organiser-que-collectivement\">cet entretien dans Mediapart<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/pur-un-communisme-du-luxe-un-extrait-du-livre-de-r-keucheyan\/\">ce chapitre du livre dans\u00a0<em>Contretemps<\/em><\/a>\u00a0sur sa th\u00e9orie des biens<em>\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9mancip\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0\u2014. Le chercheur en appelle par ailleurs, pour sortir du consum\u00e9risme, \u00e0\u00a0<em>\u00ab\u00a0politiser conjointement\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>les sph\u00e8res de la consommation et de la production, \u00e0\u00a0<em>\u00ab\u00a0former des f\u00e9d\u00e9rations d\u2019associations de producteurs et de consommateurs charg\u00e9es de d\u00e9lib\u00e9rer localement sur la question, \u00ab\u00a0que produire, et pour satisfaire quels besoins?\u00a0\u00bb, et d\u2019appliquer les d\u00e9cisions \u00e9conomiques qui les concernent\u00a0\u00bb<\/em>, rapporte Jeanne Guien dans les derni\u00e8res pages de son livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de cette conclusion, la contributrice ouvre des pistes passionnantes en revenant sur l\u2019histoire des boycotts \u00e9conomiques collectifs, utiles pour d\u00e9passer l\u2019alternative entre une \u00e9cologie r\u00e9sumable \u00e0 nos initiatives individuelles (ou\u00a0<em>\u00ab \u00e9cologie de la carte bleue \u00bb<\/em>\u00a0\u2014 lire\u00a0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/desobeissance-ecolo-paris\/blog\/151019\/l-ecologie-de-la-carte-bleue-1\">l\u2019excellent billet de D\u00e9sob\u00e9issance \u00e9colo Paris \u00e0 ce sujet<\/a>) et notre impuissance face au syst\u00e8me productiviste et consum\u00e9riste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Blog de mediapart<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que le travail des \u00e9boueurs nous dit du capitalisme<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10655"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10656,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10655\/revisions\/10656"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}