{"id":11004,"date":"2022-04-13T02:10:14","date_gmt":"2022-04-13T00:10:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=11004"},"modified":"2022-04-08T10:00:02","modified_gmt":"2022-04-08T08:00:02","slug":"sorienter-ecologiquement-par-temps-de-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2022\/04\/13\/sorienter-ecologiquement-par-temps-de-guerre\/","title":{"rendered":"S\u2019orienter \u00e9cologiquement par temps de guerre"},"content":{"rendered":"<h2><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-11024 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Retraite-220401-1-300x210.jpg\" alt=\"\" width=\"546\" height=\"382\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Retraite-220401-1-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Retraite-220401-1.jpg 690w\" sizes=\"auto, (max-width: 546px) 100vw, 546px\" \/><\/h2>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">\u2026 <span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et par temps de choc p\u00e9tro-gazier<\/span><\/span><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les pays europ\u00e9ens ont d\u00e9bours\u00e9 plus de 20 milliards d\u2019euros en hydrocarbures \u00e0 la Russie depuis le d\u00e9but de son invasion de l\u2019Ukraine le 24 f\u00e9vrier. Financer l\u2019effort de guerre russe, entretenir notre d\u00e9pendance p\u00e9rilleuse aux \u00e9nergies fossiles : ce laisser-aller est ind\u00e9fendable. Voici dix lignes directrices pour sevrer l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne, en \u00e9vitant les emb\u00fbches.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">** **<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les crises les plus graves, <\/span><\/span><em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">a fortiori<\/span><\/span><\/em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> quand les dirigeant.e.s ne les ont pas anticip\u00e9es, sont celles qui provoquent des <\/span><\/span><em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">aggiornamento<\/span><\/span><\/em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> id\u00e9ologiques in\u00e9dits, dans les discours sinon dans les actes. En r\u00e9action \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19, les thurif\u00e9raires de la lib\u00e9ralisation des march\u00e9s ont ainsi soutenu des formes de relocalisation et d\u2019autonomie en mati\u00e8re \u00e9conomique. Ces jours-ci, l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine pousse nos dirigeant.e.s et responsables politiques \u00e0 soutenir l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb \u2013 y compris celles et ceux qui jusqu\u2019alors n\u2019ont fait que renforcer notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les lignes bougent, mais de mani\u00e8re confuse. Clarifier les choses est de ce fait essentiel : de quoi parle-t-on\u00a0? Quelles sont les conditions d\u2019une politique de sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique efficace, adapt\u00e9e et juste ? Alors que le gouvernement vient d\u2019annoncer un \u00ab\u00a0plan de r\u00e9silience\u00a0\u00bb peu convaincant, voici dix hypoth\u00e8ses, n\u00e9cessairement provisoires, sur les immenses d\u00e9fis \u00e9nerg\u00e9tiques auxquels nous faisons face. Dix hypoth\u00e8ses, soit autant de lignes directrices, pour nous orienter dans des discussions difficiles, telles que celles d\u2019un possible embargo europ\u00e9en sur les importations d\u2019hydrocarbures russes.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b01 : rien ne justifie de contribuer \u00e0 l\u2019effort de guerre russe<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Rien, absolument rien, ne peut justifier de contribuer \u00e0 financer l\u2019effort de guerre de la Russie de Vladimir Poutine en Ukraine. C\u2019est pourtant ce que nous faisons. Chaque jour qui passe, en raison de notre d\u00e9pendance au charbon, au gaz et au p\u00e9trole russe, nous contribuons \u00e0 financer la guerre de Poutine. Depuis le d\u00e9but de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie, les pays de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) ont d\u00e9bours\u00e9 20,2 milliards d\u2019euros \u00e0 la Russie pour se fournir en \u00e9nergies fossiles : 12,6 milliards d\u2019euros de gaz, 7 milliards d\u2019euros de p\u00e9trole, 0,5 milliards d\u2019euros de charbon, soit entre 650 et 700 millions d\u2019euros par jour.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sur une ann\u00e9e normale, la moiti\u00e9 des exportations \u00e9nerg\u00e9tiques russes sont dirig\u00e9es vers l\u2019UE, pour un co\u00fbt sup\u00e9rieur \u00e0 125 milliards de dollars, soit 8,5 % du PIB russe. On ne peut d\u2019un c\u00f4t\u00e9 claironner faire tout ce que l\u2019on peut pour soutenir les Ukrainien.ne.s, tout en continuant \u00e0 financer l\u2019effort de guerre de leurs bourreaux.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b02 : rien ne justifie que TotalEnergies reste en Russie<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est un corollaire du principe pr\u00e9c\u00e9dent. Rien, absolument rien, ne peut justifier la d\u00e9cision de TotalEnergies (ex-Total) de rester en Russie, sinon la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re des investissements russes de la multinationale fran\u00e7aise. La pr\u00e9sence de TotalEnergies en Russie n\u2019a rien de r\u00e9siduel. Elle est structurante\u00a0: son avenir industriel et strat\u00e9gique en d\u00e9pend.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Avec l\u2019appui des pouvoirs publics fran\u00e7ais et europ\u00e9ens, TotalEnergies a multipli\u00e9 les investissements gigantesques. En 2018, Emmanuel Macron appuyait le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyann\u00e9, pour signer un accord en faveur d\u2019une participation directe de 10 % dans Arctic LNG 2, le nouveau projet g\u00e9ant de gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 promu par Novatek dans le nord de la Sib\u00e9rie. TotalEnergies renfor\u00e7ait par l\u00e0 m\u00eame, avec la b\u00e9n\u00e9diction de M. Macron, la d\u00e9pendance gazi\u00e8re europ\u00e9enne envers la Russie. Par ce choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de rester en Russie, TotalEnergies et la France financent les crimes de guerre de Vladimir Poutine. Injustifiable.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b03 : l\u2019incurie de nos dirigeants ne date pas d\u2019hier<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une fois le principe pr\u00e9c\u00e9dent pos\u00e9, le chemin est encore long et rien ne sert d\u2019appeler de mani\u00e8re grandiloquente \u00e0 un \u00ab\u00a0embargo sur les hydrocarbures russes\u00a0\u00bb. Que Fran\u00e7ois Hollande, Pascal Lamy, et d\u2019autres (ex)dirigeant.e.s fran\u00e7ais.e.s et europ\u00e9en.ne.s r\u00e9clament \u00e0 cor et \u00e0 cri de telles mesures est m\u00eame absurde et ind\u00e9cent : ils n\u2019ont jusqu\u2019alors jamais rien entrepris pour r\u00e9duire notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles russes. Fran\u00e7ois Hollande n\u2019a-t-il pas laiss\u00e9, voire encourag\u00e9, G\u00e9rard Mestrallet, alors patron de GDF-Suez (d\u00e9sormais Engie) et du lobby gazier Magritte, guerroyer il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es contre la transition \u00e9nerg\u00e9tique en Europe et le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles russes n\u2019est pas nouvelle, pas plus que les aventures militaires et les guerres de Poutine (G\u00e9orgie, Tch\u00e9tch\u00e9nie, Crim\u00e9e, Syrie, Kazakhstan, etc.). Alors que Gazprom fournit 40\u00a0% du gaz naturel consomm\u00e9 en Europe, nos importations de gaz russes continuent d\u2019augmenter de 4 % par an depuis 2015 et la COP21 sur le climat.<\/span><\/span><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00a0<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b04 : il ne faut pas \u00ab remplacer \u00bb le p\u00e9trole et le gaz russes, mais sevrer l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Alors que les appels visant \u00e0 r\u00e9duire la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne envers les hydrocarbures russes se multiplient, le d\u00e9bat sur sa mise en \u0153uvre concr\u00e8te se limite souvent \u00e0 la question de la substitution du p\u00e9trole et du gaz russes par l\u2019augmentation des importations d\u2019autres pays (de Norv\u00e8ge, des \u00c9tats-Unis, mais aussi d\u2019Alg\u00e9rie, du Qatar, ou de l\u2019Azerba\u00efdjan). Comme si une telle substitution pouvait permettre d\u2019assurer une forme d\u2019ind\u00e9pendance ou d\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique. Il n\u2019en est rien. Ce qui vaut d\u00e9sormais pour la Russie doit d\u00e9sormais pr\u00e9valoir pour tous les r\u00e9gimes autoritaires\u00a0: pas un euro ne devrait financer des \u00c9tats qui bafouent les droits humains, violentent les populations ou m\u00e8nent la guerre hors de leurs fronti\u00e8res.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce principe est pleinement coh\u00e9rent avec celui qui devrait orienter notre action sur le plan de l\u2019urgence climatique\u00a0: l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie a montr\u00e9 en 2021 que \u00ab si les gouvernements sont s\u00e9rieux au sujet de la crise climatique, il ne peut y avoir de nouveaux investissements dans le p\u00e9trole, le gaz et le charbon, \u00e0 partir de maintenant \u00bb. Z\u00e9ro euro, voil\u00e0 ce que les pays de l\u2019UE devraient se donner comme objectif en termes d\u2019investissement dans de nouvelles infrastructures d\u2019\u00e9nergies fossiles, pour mieux financer les \u00e9nergies renouvelables. R\u00e9duire notre d\u00e9pendance signifie nous organiser pour nous sevrer des \u00e9nergies fossiles et transformer nos besoins (cf. th\u00e8se n\u00b010).<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b05 : la sobri\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un concours L\u00e9pine des id\u00e9es farfelues<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Faire sa lessive la nuit plut\u00f4t qu\u2019en journ\u00e9e ; baisser ses radiateurs d\u2019un degr\u00e9 ; faire du v\u00e9lo plut\u00f4t que prendre la voiture : depuis le d\u00e9but de la guerre en Ukraine, les responsables politiques s\u2019adonnent \u00e0 une surench\u00e8re d\u2019id\u00e9es visant \u00e0 r\u00e9duire notre consommation d\u2019\u00e9nergie et notre d\u00e9pendance aux hydrocarbures russes. Nul ne prend la peine de pr\u00e9ciser l\u2019impact attendu. Les \u00e9cogestes citoyens sont bien s\u00fbr essentiels, notamment parce qu\u2019ils permettent l\u2019engagement de chacune et chacun. Mais, ils reproduisent les in\u00e9galit\u00e9s sociales, laissent de c\u00f4t\u00e9 et culpabilisent celles et ceux qui n\u2019ont pas les moyens de les mettre en \u0153uvre. Surtout, m\u00eame g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, ils ne suffiront pas au sevrage dont nous avons besoin.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes socialement et \u00e9conomiquement ench\u00e2ss\u00e9s dans un syst\u00e8me dont les soubassements \u00e9nerg\u00e9tiques et mat\u00e9riels doivent \u00eatre int\u00e9gralement transform\u00e9s. Alors que 12 millions de personnes vivent en situation de pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique en France, il y a quelque chose d\u2019ind\u00e9cent \u00e0 entendre des PDG de multinationales de l\u2019\u00e9nergie et des personnalit\u00e9s politiques nous demander de baisser nos thermostats d\u2019un degr\u00e9 : le secteur r\u00e9sidentiel repr\u00e9sente 87 % des sites raccord\u00e9s au gaz, pour 38 % de la consommation nationale, alors que les grands sites industriels, de bureaux et de commerce (1 GWh de consommation annuelle), soit 0,1 % des sites raccord\u00e9s au gaz, en repr\u00e9sentent 40 %. Le secteur de l\u2019agroalimentaire, de la chimie, du plastique et la m\u00e9tallurgie font partie des plus gros consommateurs industriels.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que ces m\u00eames PDG et personnalit\u00e9s publiques nous expliquent plut\u00f4t comment ils comptent s\u2019y prendre pour sevrer notre industrie de gaz russe, et de gaz en g\u00e9n\u00e9ral. La sobri\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un mot d\u2019ordre gadget qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019agiter pendant la guerre en Ukraine. C\u2019est un horizon et un principe d\u2019action, d\u00e9j\u00e0 valables avant la guerre, qui engagent tant des transformations structurelles que des mesures de justice sociale pour celles et ceux qui vivent dans la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b06 : l\u2019imp\u00e9ratif de sobri\u00e9t\u00e9 disqualifie tous les projets du pass\u00e9<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 mesure que les cons\u00e9quences de la guerre en Ukraine se font sentir, certain.e.s dirigeant.e.s ressortent de leurs cartons des projets abandonn\u00e9s, souvent gr\u00e2ce \u00e0 des mobilisations citoyennes importantes. Au Royaume-Uni, Boris Johnson envisage d\u2019autoriser la fracturation hydraulique afin d\u2019exploiter les hydrocarbures de schiste sur le territoire national, en d\u00e9pit d\u2019un moratoire d\u00e9cid\u00e9 en novembre 2019. En France, Barbara Pompili aurait encourag\u00e9 la secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, Jennifer Granholm, \u00e0 stimuler la production de gaz de schiste aux \u00c9tats-Unis pour en importer plus en France. L\u2019entreprise Fran\u00e7aise de l\u2019\u00c9nergie s\u2019imagine fournir du gaz de Lorraine, s\u2019impatientant en vue de l\u2019obtention du feu vert du gouvernement pour exploiter un gisement de gaz de couche, projet que rejettent les populations et les \u00e9lus locaux. Plus au sud, on reparle du projet de gazoduc MidCat qui permettrait de mieux connecter l\u2019Espagne et ses sept terminaux m\u00e9thaniers au r\u00e9seau gazier nord-europ\u00e9en via la Catalogne, les Pyr\u00e9n\u00e9es, le Languedoc et la Vall\u00e9e du Rh\u00f4ne. \u00c0 Bruxelles, le Parlement europ\u00e9en vient tout juste de voter en faveur de 30 nouveaux projets d\u2019infrastructures gazi\u00e8res transfrontali\u00e8res, d\u2019une valeur de 13 milliards d\u2019euros, qui pourront acc\u00e9der \u00e0 des fonds publics europ\u00e9ens.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Plus g\u00e9n\u00e9ralement, face \u00e0 l\u2019envol\u00e9e des prix et aux risques de p\u00e9nuries, les g\u00e9ants des \u00e9nergies fossiles, qui pourraient vouloir tirer parti de la guerre en Ukraine, disposent d\u2019un puissant pouvoir de n\u00e9gociation envers des pouvoirs publics qui se sont dessaisis de nombreux outils de politique \u00e9nerg\u00e9tique (r\u00e9gulation des march\u00e9s, fixation des prix, etc.). D\u2019autant que des centaines de nouveaux projets deviennent rentables \u00e0 la faveur de l\u2019envol\u00e9e des prix des hydrocarbures\u00a0: une nouvelle ru\u00e9e charbonni\u00e8re, gazi\u00e8re et p\u00e9troli\u00e8re pourrait s\u2019annoncer, y compris au nom de l\u2019aide \u00e0 apporter aux Ukranien.ne.s. Nous devons la stopper.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b07 : l\u2019UE n\u2019est pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 faire face \u00e0 un choc p\u00e9tro-gazier d\u2019une telle ampleur<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 l\u2019automne 2021, le gouvernement se voulait rassurant\u00a0: sous pr\u00e9texte de limiter les effets de l\u2019envol\u00e9e des prix du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sur le budget des m\u00e9nages, il promettait un retour \u00e0 la normale au printemps. Cette promesse \u00e9tait intenable. Elle vole d\u00e9sormais en \u00e9clats. Faiblement pourvus en hydrocarbures, les pays de l\u2019UE n\u2019ont cess\u00e9 de faire des mauvais choix en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Le monde est aujourd\u2019hui confront\u00e9 \u00e0 son plus grave choc p\u00e9tro-gazier depuis les ann\u00e9es 1970. Et cette fois-ci, le choc concerne charbon, gaz et p\u00e9trole, soit 75 % de la consommation d\u2019\u00e9nergie primaire dans le monde.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les pays de l\u2019UE y sont tr\u00e8s mal pr\u00e9par\u00e9s : pendant des ann\u00e9es, ils se sont limit\u00e9s \u00e0 lib\u00e9raliser les march\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie et \u00e0 construire de nouvelles interconnexions pour le gaz et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Plut\u00f4t que d\u2019agir sur la demande, Bruxelles pr\u00e9f\u00e8re diversifier l\u2019approvisionnement et en confier la gestion \u00e0 des march\u00e9s toujours plus connect\u00e9s entre eux, et toujours plus financiaris\u00e9s. La concurrence attendue devait garantir un approvisionnement au meilleur co\u00fbt. Suppos\u00e9 bon march\u00e9, climatiquement propre et accessible, le gaz devait \u00eatre l\u2019\u00e9nergie de transition id\u00e9ale. Il n\u2019en est rien, et les march\u00e9s europ\u00e9ens ne sont en mesure de garantir ni le meilleur co\u00fbt ni la garantie d\u2019approvisionnement \u00e0 moyen-terme.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b08 : l\u2019UE doit d\u00e9brancher l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 du prix du gaz, et enclencher la sortie des \u00e9nergies fossiles<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019UE et ses \u00c9tats-membres ont fait encore pire. Au nom d\u2019une logique \u00e9conomico-financi\u00e8re qui \u00e9chappe \u00e0 toute analyse rationnelle des r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques, Bruxelles a d\u00e9cid\u00e9 de coupler le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 europ\u00e9enne au prix du gaz. La France d\u00e9nonce aujourd\u2019hui un choix qu\u2019elle a fortement soutenu, convaincue que notre industrie \u00e9lectrique nucl\u00e9aire en tirerait de substantiels avantages. Sur le march\u00e9 de gros de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, lui aussi progressivement interconnect\u00e9 et financiaris\u00e9, le prix se fonde sur le co\u00fbt de production de la derni\u00e8re centrale appel\u00e9e \u00e0 fournir le r\u00e9seau europ\u00e9en et satisfaire la demande pr\u00e9vue. \u00c9nergie \u00e9olienne, solaire et nucl\u00e9aire, dont les co\u00fbts de production sont les plus faibles \u2013 ou suppos\u00e9s faibles pour le nucl\u00e9aire \u2013 sont appel\u00e9es en premier. Le charbon et le gaz en dernier. Lorsque la demande s\u2019accro\u00eet, comme en hiver, ce sont donc le charbon et le gaz qui fixent les prix. Si les centrales \u00e0 gaz ne produisent qu\u2019environ 20 % de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 europ\u00e9enne, le prix du gaz, s\u2019il explose comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui, devient alors le d\u00e9terminant majeur du prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en Europe.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 explose. L\u2019UE s\u2019est tir\u00e9e une balle dans le pied. Ou plut\u00f4t trois, en privil\u00e9giant l\u2019extension du march\u00e9 et de ses logiques financi\u00e8res, en fondant le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sur celui du gaz qu\u2019elle doit importer de r\u00e9gions incertaines, et en aggravant sa d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles. Tout l\u2019enjeu des semaines \u00e0 venir est de corriger ces trois erreurs\u00a0: d\u00e9coupler le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 du prix du gaz, r\u00e9instaurer de puissants instruments de r\u00e9gulation publique des march\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie en Europe et, enfin, nous sevrer collectivement de notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles. Un tel sevrage sera d\u2019autant plus ais\u00e9 qu\u2019il sera organis\u00e9 m\u00e9thodiquement, plut\u00f4t que subi. Les premi\u00e8res annonces de la Commission europ\u00e9enne qui renvoient aux calendes grecques la r\u00e9duction de notre d\u00e9pendance \u00e0 la Russie, et les mesures du premier plan de r\u00e9silience annonc\u00e9 par Jean Castex, ne permettent ni d\u2019all\u00e9ger la facture \u00e9nerg\u00e9tique et notre d\u00e9pendance russe \u00e0 court terme, ni de reconvertir notre appareil productif \u00e0 moyen terme.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b09 : socialiser le magot des profiteurs de guerre<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sevrer l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne repr\u00e9sente une t\u00e2che gigantesque, qui n\u00e9cessite des moyens cons\u00e9quents. Face \u00e0 l\u2019ampleur du choc p\u00e9tro-gazier, des mesures d\u2019amortissement d\u2019une tr\u00e8s grande ampleur seront n\u00e9cessaires pour soutenir m\u00e9nages et entreprises\u00a0: du blocage des prix aux soutiens directs, les mesures \u00e0 mettre en \u0153uvre sont nombreuses et doivent garantir \u00e0 chacune et chacun d\u2019acc\u00e9der aux services fournis par l\u2019\u00e9nergie dans des conditions acceptables. \u00c0 ces mesures d\u2019urgence doivent s\u2019ajouter des investissements massifs et rapides pour reconvertir notre appareil productif et le sevrer de ce gaz et de ce p\u00e9trole. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, il s\u2019agit de centaines de milliards d\u2019euros, peut-\u00eatre plus. \u00c0 ce jour, ni l\u2019UE ni la France ne se placent \u00e0 la hauteur de cet effort.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans le m\u00eame temps, les profiteurs de guerre voient leurs profits exploser, parce qu\u2019ils ont des co\u00fbts fixes et que les prix de march\u00e9 des hydrocarbures s\u2019envolent. Bref, les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie sont en train d\u2019accumuler des surprofits sans m\u00eame bouger un orteil. Ils profitent de la guerre et de l\u2019envol\u00e9e des prix. Pire : ils n\u2019utilisent pas ces formidables liquidit\u00e9s pour investir dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique et la reconversion de leur appareil productif, mais pr\u00e9f\u00e8rent r\u00e9mun\u00e9rer leurs actionnaires. Ces liquidit\u00e9s, amass\u00e9es par temps de guerre, doivent servir \u00e0 financer \u00ab l\u2019effort de paix \u00bb\u00a0: les pouvoirs publics doivent mettre la main sur les profits de TotalEnergies, Shell, BP, ENI, Repsol, Engie, etc.<\/span><\/span><\/p>\n<h2 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Th\u00e8se n\u00b010 : basculer dans la sobri\u00e9t\u00e9, transformer nos besoins<\/span><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Subie dans une \u00e9conomie in\u00e9galitaire organis\u00e9e pour rechercher une croissance sans limite, la sobri\u00e9t\u00e9 n\u2019est que r\u00e9cession et souffrance. Face \u00e0 la flamb\u00e9e des prix, venir en aide aux secteurs industriel et agricole, sans en reconvertir l\u2019appareil productif ; aux populations les plus pauvres, sans leur donner les moyens de vivre-bien : c\u2019est penser que le monde de demain pourrait ressembler \u00e0 celui d\u2019hier. Rien n\u2019est sans doute plus faux. Selon les principes \u00e9nonc\u00e9s plus hauts, nous devons nous pr\u00e9parer \u00e0 un rationnement prolong\u00e9 de l\u2019offre d\u2019\u00e9nergies fossiles en Europe. Plut\u00f4t qu\u2019intervenir avec des milliards d\u2019euros en esp\u00e9rant le retour du jour d\u2019avant, mieux vaut s\u2019organiser pour nous pr\u00e9parer au jour d\u2019apr\u00e8s, \u00e0 ce monde qui vient o\u00f9 l\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique ne sera plus possible.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais on ne r\u00e9soudra pas notre d\u00e9pendance au gaz russe en r\u00e9duisant notre chauffage d\u20191\u00b0C quand les trois quarts de la consommation de gaz en France n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 la consommation de gaz dans le secteur r\u00e9sidentiel. Par contre, il est certain que la d\u00e9pendance de notre agriculture aux engrais de synth\u00e8se \u2013 dont la production absorbe 5\u00a0% de la consommation mondiale en gaz naturel \u2013 doit \u00eatre profond\u00e9ment r\u00e9duite\u00a0: sevrer notre agriculture de sa d\u00e9pendance aux engrais azot\u00e9s, fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de gaz naturel \u2013 une tonne d\u2019engrais n\u00e9cessite une tonne d\u2019\u00e9quivalent p\u00e9trole \u2013 est un d\u00e9fi autrement redoutable. L\u2019\u00e9nergie la moins ch\u00e8re, la moins difficile \u00e0 produire et qui a l\u2019impact le plus limit\u00e9 sur la plan\u00e8te est l\u2019\u00e9nergie que l\u2019on ne consomme pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">aoc.media\/opinion\/2022\/03\/27\/sorienter-ecologiquement-par-temps-de-guerre-et-de-choc-petro-gazier\/<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2026 Et par temps de choc p\u00e9tro-gazier<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-11004","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11004"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11025,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004\/revisions\/11025"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}