{"id":11558,"date":"2022-08-30T02:30:59","date_gmt":"2022-08-30T00:30:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=11558"},"modified":"2022-08-24T09:33:45","modified_gmt":"2022-08-24T07:33:45","slug":"stmicroelectronics-les-incendiaires-et-les-voleurs-deau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2022\/08\/30\/stmicroelectronics-les-incendiaires-et-les-voleurs-deau\/","title":{"rendered":"STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d\u2019eau"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Qui a mis le feu ?<\/b> <\/span><\/span><\/h1>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-11547 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Balkany-220824-248x300.jpg\" alt=\"\" width=\"432\" height=\"523\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Balkany-220824-248x300.jpg 248w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Balkany-220824.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">La soci\u00e9t\u00e9 thermo-industrielle, en 1784, avec la combustion des \u00e9nergies fossiles, le perfectionnement des machines \u00e0 vapeur et autres \u00ab pompes \u00e0 feu \u00bb.<br \/>\nOn pourrait certes remonter au pal\u00e9olithique et \u00e0 la domestication du feu, la politique de la terre br\u00fbl\u00e9e ne date pas du Technoc\u00e8ne ; mais la responsabilit\u00e9 de la technocratie dirigeante (ing\u00e9nieurs, entrepreneurs, cadres, scientifiques, etc.) dans l\u2019incendie plan\u00e9taire est \u00e9crasante, d\u00e9montr\u00e9e et publi\u00e9e.<br \/>\nSi les mots ont un sens, chacun de ses membres est aujourd\u2019hui co-responsable d\u2019\u00e9cocide et de crime contre l\u2019humanit\u00e9 \u2013 peut-\u00eatre involontaire dans nombre de cas. Mais voici un demi-si\u00e8cle au moins que l\u2019ignorance des malfaiteurs ne peut plus \u00eatre invoqu\u00e9e ; et leur persistance dans le crime est attest\u00e9e par leurs d\u00e9n\u00e9gations et leur ligne de d\u00e9fense.<br \/>\nAmalgamer \u00ab transition num\u00e9rique et \u00e9cologique \u00bb, soutenir qu\u2019il faut jeter davantage d\u2019huile sur le feu et acc\u00e9l\u00e9rer encore cette mutation machinale qui a embras\u00e9 le monde pour \u00e9teindre l\u2019incendie, c\u2019est insulter de toute sa morgue les victimes de la fournaise.<br \/>\nEn attendant la traduction des coupables devant le tribunal de l\u2019histoire, ce sont les innocents que la justice immanente frappe indistinctement : for\u00eats, glaciers, animaux et simples Terriens, vivant par choix ou par naissance \u00e0 l\u2019\u00e9cart du Cauchemar climatis\u00e9<br \/>\n(Henry Miller, 1945).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\nCoupables, les fondateurs, les cadres, les ing\u00e9nieurs, les op\u00e9rateurs et les financiers de STMicroelectronics, une des plus importantes soci\u00e9t\u00e9s de semi-conducteurs europ\u00e9ennes, issue en 1972 du Commissariat \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique de Grenoble.<br \/>\nCoupables, les pr\u00e9sidents Chirac, Sarkozy, Hollande \u2013 et aujourd\u2019hui Macron \u2013 qui ont tous visit\u00e9, c\u00e9l\u00e9br\u00e9, financ\u00e9, ce monstre techno-industriel qui ass\u00e8che les eaux de la Cuvette grenobloise pour fabriquer des smartphones et des voitures.<br \/>\nCoupables les \u00e9lus locaux qui soutiennent des mesures d\u00e9rogatoires afin que STMicro puisse pomper jusqu\u2019aux derni\u00e8res gouttes l\u2019eau de la Cuvette.<br \/>\nComplices les masses de consommateurs stupidement avides d\u2019objets connect\u00e9s, et les pseudo \u00e9colos qui ne voient de rem\u00e8de \u00e0 la peste climatique que dans le chol\u00e9ra nucl\u00e9aire.<br \/>\nComplices les pseudo radicaux qui refusent de voir dans la technologie le front principal de la guerre entre puissants et subissants. Celui qui commande les autres et o\u00f9 toute perc\u00e9e, toute innovation, d\u00e9grade davantage le rapport de forces en faveur des premiers et au d\u00e9triment des seconds.<br \/>\nEn attendant le verdict de l\u2019histoire, voici quelques \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9quisitoire \u00e0 propos de la r\u00e9cente visite de Macron et de la nouvelle pluie de milliards d\u00e9vers\u00e9e sur la nouvelle fabrique de puces de STMicroelectronics.<br \/>\nQue la canicule soit notre nouvel ordinaire estival fait d\u00e9j\u00e0 partie des banalit\u00e9s de base. D\u2019ici quelques ann\u00e9es, les \u00ab alertes canicule \u00bb ne seront plus d\u00e9clench\u00e9es \u00e0 34\u00b0, mais \u00e0 40\u00b0. Il faut s\u2019adapter, recommande le Giec. Pour l\u2019heure, le thermom\u00e8tre administratif \u00e9tant encore gradu\u00e9 selon l\u2019ancienne norme, le pr\u00e9fet de l\u2019Is\u00e8re a plac\u00e9 plusieurs secteurs du d\u00e9partement en \u00ab alerte s\u00e9cheresse niveau 3 \u00bb &#8211; l\u2019avant-dernier niveau &#8211; le 7 juillet 2022 . Fait notable, cette alerte concerne les territoires de montagne, autrefois bruyants de ruisseaux et de torrents. M\u00eame la Chartreuse a soif. Pourtant les indig\u00e8nes l\u2019appellent \u2013 l\u2019appelaient \u2013 \u00ab le pot de chambre \u00bb, pour vous dire s\u2019il y pleuvait. Le Merdaret est \u00e0 sec, le Guiers Mort a fini par m\u00e9riter son nom. Enfin, c\u2019est pareil chez vous.<br \/>\nEn fait, c\u2019est pire chez nous, d\u2019apr\u00e8s le pr\u00e9sident d\u2019une association de p\u00eache : \u00abcomme nous sommes en milieu alpin, le territoire est fortement impact\u00e9 par le r\u00e9chauffement climatique. C\u2019est partiellement visible, le niveau des courants fond comme neige au soleil. Et cet hiver, nous n\u2019avons pas eu beaucoup de neige. \u00bb<br \/>\nRassurez-vous, les stations de ski ont connu leur meilleure saison depuis trois ans gr\u00e2ce \u00e0 la neige industrielle.<br \/>\nL\u2019\u00ab alerte s\u00e9cheresse niveau 3 \u00bb interdit entre autres l\u2019arrosage des potagers entre 9 h et 20 h et le fonctionnement des fontaines publiques \u00e0 circuit ouvert. A M\u00e9audre sur le plateau du Vercors, \u00e0 1000 m\u00e8tres d\u2019altitude, le robinet pour remplir sa gourde est ferm\u00e9. L\u2019agriculture, l\u2019artisanat, les retenues collinaires pour la neige industrielle doivent r\u00e9duire leurs pr\u00e9l\u00e8vements &#8211; mais de 50 % seulement. Les commer\u00e7ants pourront donc vendre des forfaits et des \u00ab s\u00e9jours ski \u00bb l\u2019hiver prochain, les touristes et clients de la Cuvette pourront leur en acheter, quitte \u00e0 dess\u00e9cher la faune et la flore du plateau, cet \u00e9t\u00e9.<br \/>\nM\u00eames consignes pour l\u2019industrie, sauf pour les \u00ab installations class\u00e9es pour l\u2019environnement (NdA : les usines polluantes) disposant de mesures sp\u00e9cifiques s\u00e9cheresse \u00bb ou \u00ab ayant d\u00e9j\u00e0 diminu\u00e9 au maximum leur pr\u00e9l\u00e8vement \u00e9conomique \u00bb.<br \/>\nEn clair, les pollueurs peuvent toujours pomper l\u2019eau. Comment savoir s\u2019ils ont vraiment \u00ab diminu\u00e9 au maximum leur pr\u00e9l\u00e8vement \u00e9conomique \u00bb ? Il leur suffit de mettre en \u0153uvre \u00ab les techniques les plus \u00e9conomes du secteur d\u2019activit\u00e9 \u00bb. Si vous fabriquez des puces \u00e9lectroniques par exemple, garantissez juste au pr\u00e9fet que vous faites au mieux. Il ne demande qu\u2019\u00e0 vous croire.<br \/>\nJamais la s\u00e9cheresse ne freine l\u2019activit\u00e9 des usines \u00e0 puces. A Crolles, dans le Gr\u00e9sivaudan autrefois luisant de vergers, STMicroelectronics et Soitec tournent \u00e0 plein r\u00e9gime sous le soleil du Technoc\u00e8ne. Elles vont m\u00eame turbiner davantage encore dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, ainsi que l\u2019a promis Emmanuel Macron lors de sa visite, le 12 juillet 2022.<br \/>\nContinuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat technocratique<br \/>\nLe Daub\u00e9 : \u00ab Le pr\u00e9sident Macron \u00e0 Crolles pour 5 milliards d\u2019euros et 1000 emplois \u00bb ; \u00ab Le pr\u00e9sident Macron a pr\u00e9sent\u00e9 un plan colossal d\u2019investissements &#8211; L\u2019Is\u00e8re fleuron de l\u2019\u00e9lectronique de demain \u00bb. Photos. Le pr\u00e9sident en bras de chemise harangue les salari\u00e9s de STMicroelectronics, acteurs des \u00ab transitions \u00e9nerg\u00e9tique, climatique et num\u00e9rique \u00bb.<br \/>\nLe pr\u00e9sident casque sur la t\u00eate visite le chantier d\u2019une salle blanche. Tiens, Thierry Breton est encore l\u00e0. \u00c7a fait juste un an que le commissaire europ\u00e9en au num\u00e9rique est venu \u00e0 Crolles, le 21 juillet 2021, pour louer \u00ab un \u00e9cosyst\u00e8me impressionnant \u00bb. Il ne parlait pas des fertiles marais de la plaine de l\u2019Is\u00e8re, aujourd\u2019hui ass\u00e9ch\u00e9s et b\u00e9tonn\u00e9s, mais de la \u00ab synergie recherche-industrie-pouvoirs publics \u00bb qui produit des puces \u00e9lectroniques sur ces anciennes terres de mara\u00eechage.<br \/>\nBruno Le Maire, ministre de l\u2019\u00e9conomie, est aussi du voyage pour saluer \u00ab l\u2019investissement le plus strat\u00e9gique en France depuis celui pour le nucl\u00e9aire : sans semi-conducteurs, il n\u2019y a pas d\u2019industrie au XXI e si\u00e8cle \u00bb.<br \/>\nLe \u00ab nouveau monde \u00bb, c\u2019est toujours plus la m\u00eame chose. L\u2019industrie est le moteur de la croissance ; la nano-\u00e9lectronique est le moteur de l\u2019industrie num\u00e9rique ; la souverainet\u00e9 industrielle et la course \u00e0 la puissance exigent la fuite en avant des nanotechnologies et des technologies convergentes, etc.<br \/>\nEt pourtant \u00e7a change. La r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame processus accro\u00eet la puissance de la Machine et son emprise sur le monde et les hommes. Mais ce m\u00eame processus, sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9, consume simultan\u00e9ment et d\u00e9truit les moyens mat\u00e9riels de cette croissance \u2013 ce que les ing\u00e9nieurs et les \u00e9conomistes nomment les \u00ab feedback n\u00e9gatifs \u00bb. La surchauffe du monde et l\u2019ass\u00e8chement des eaux alpines participent de ces innombrables \u00ab externalit\u00e9s n\u00e9gatives \u00bb, qui n\u2019ont rien d\u2019externe ; et qui suscitent l\u2019\u00ab angoisse \u00e9cologique \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle ; cette ambiance de crises et d\u2019urgences incessantes, glissant vers la survie, qui caract\u00e9rise les Smartiens \u2013 m\u00eame quand ils chaussent leurs skis pour descendre une pente de neige artificielle.<br \/>\nQue faire\u00a0?<br \/>\nToujours plus la m\u00eame chose. Mais toujours plus vite, plus fort, plus grand.<br \/>\nMacron profite de son d\u00e9placement \u00e0 Crolles pour annoncer son plan \u00ab \u00c9lectronique 2030 \u00bb, inscrit dans le plan \u00ab France 2030 \u00bb. Lequel, nous dit-il, est destin\u00e9 \u00e0 \u00ab atteindre l\u2019objectif europ\u00e9en de doublement de la production de semi-conducteurs d\u2019ici 2030 pour atteindre 20 % de la production mondiale. \u00c7a veut dire en r\u00e9alit\u00e9 faire quatre fois plus puisque la production mondiale va doubler en une d\u00e9cennie. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au temps pour la conversion pr\u00e9sidentielle \u00e0 la \u00ab sobri\u00e9t\u00e9 \u00bb lors de l\u2019interview du 14 juillet 2022. La sobri\u00e9t\u00e9, c\u2019est faire quatre fois moins, et non pas \u00ab quatre fois plus \u00bb.<br \/>\nLecteurs qui avez de la m\u00e9moire, vous avez d\u00e9j\u00e0 entendu ce discours. Macron, Breton, Le Maire peuvent poser aux innovateurs de la \u00ab start up nation \u00bb, ils ne font que r\u00e9p\u00e9ter au mot pr\u00e8s des sc\u00e8nes vieilles de 20 ans.<br \/>\nMacron \u00e9tait encore \u00e9tudiant quand Chirac inaugurait \u00ab Crolles 2 \u00bb, la pr\u00e9c\u00e9dente usine de STMicroelectronics &#8211; alli\u00e9 \u00e0 Philips et Motorola &#8211; en 2003. A l\u2019\u00e9poque d\u00e9j\u00e0, le site crollois s\u2019agrandit, moyennant 2,8 milliards d&rsquo;euros dont 543 millions d&rsquo;aides publiques. \u00ab Le plus gros investissement industriel fran\u00e7ais depuis les derni\u00e8res centrales nucl\u00e9aires \u00bb, dit le gouvernement de l\u2019\u00e9poque, plagiant Le Maire par anticipation. R\u00e9\u00e9coutons le pr\u00e9sident Chirac, le 27 f\u00e9vrier 2003 : cet \u00e9quipement exceptionnel est, en France, l&rsquo;investissement industriel le plus important depuis dix ans, depuis \u00ab Crolles 1 \u00bb, avec 3,5 milliards d&rsquo;euros programm\u00e9s, 1500 emplois directs, 3500 emplois indirects. Dans la conjoncture mondiale que nous connaissons, cette r\u00e9ussite est aussi une vraie promesse pour l&rsquo;avenir. C&rsquo;est maintenant que se gagnent les emplois de demain. La France entend \u00eatre pr\u00eate.<br \/>\nCinq ans plus tard, en 2008, Sarkozy lance le plan \u00ab Nano 2012 \u00bb avec le soutien de l\u2019Union europ\u00e9enne et la participation des collectivit\u00e9s locales. Encore des fonds publics qui pleuvent sur STMicroelectronics : 2,3 milliards d\u2019euros pour la recherche &amp; d\u00e9veloppement, et un milliard en investissement mat\u00e9riel. Encore des promesses d\u2019emplois. Des composants encore plus petits (gravure de 20 nanom\u00e8tres). Et l\u2019\u00e9cho, dans la voix de la ministre de l\u2019\u00c9conomie, Christine Lagarde : La d\u00e9marche strat\u00e9gique, c&rsquo;est que la France ait un coup d&rsquo;avance pour le coup d&rsquo;apr\u00e8s (&#8230;). C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous puissions conserver une avance technologique sur les secteurs industriels, en particulier, qui seront n\u00e9cessaires demain apr\u00e8s-demain et pour les g\u00e9n\u00e9rations futures .<br \/>\nCinq ans plus tard, en 2013, Hollande lance le plan \u00ab Nano 2017 \u00bb, nouveau programme de d\u00e9veloppement de la nano-\u00e9lectronique d\u2019un montant de 3,5 milliards d\u2019euros, dont 1,3 milliard investi par STMicro, 600 millions de l\u2019\u00c9tat et des fonds europ\u00e9ens. L\u2019\u00e9cho derechef, port\u00e9 par le premier ministre Ayrault et les ministres Montebourg, Pellerin et Fioraso : le lancement de ce programme permettra aux industriels europ\u00e9ens de la nano\u00e9lectronique, et \u00e0 STMicroelectronics, en particulier, de franchir le prochain saut technologique n\u00e9cessaire pour rester comp\u00e9titifs, au niveau mondial, face aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 l&rsquo;Asie, dans un secteur technologique strat\u00e9gique, g\u00e9n\u00e9rateur de croissance \u00e9conomique et d&#8217;emplois.<br \/>\nDepuis 2018, devinez quoi ? Nous sommes en plein \u00ab Nano 2022 \u00bb et nous visons le 10 nanom\u00e8tres : des composants toujours plus petits, performants et diss\u00e9minables partout.<br \/>\nVous connaissez le sc\u00e9nario : 5 milliards d\u2019investissements publics et priv\u00e9s, dont un milliard de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019Europe et des collectivit\u00e9s, les promesses d\u2019emplois, la comp\u00e9tition, l\u2019avenir, les g\u00e9n\u00e9rations futures, etc.<br \/>\nTous les cinq ans, quel que soit le pr\u00e9sident \u00e9lu, la technocratie assure \u00e0 l\u2019industrie nano-\u00e9lectronique les moyens de son d\u00e9veloppement, qui est celui de la machination du monde.<br \/>\nQuoique chaque gouvernement fasse mine d\u2019avoir eu l\u2019id\u00e9e le mois dernier, STMicroelectronics, Soitec et le Commissariat \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique, qui sont les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de ce plan quinquennal reconductible, suivent depuis vingt ans la trajectoire qu\u2019ils ont eux-m\u00eames fix\u00e9e : toujours plus d\u2019objets connect\u00e9s, d\u2019Internet des objets, d\u2019infrastructures de communication (5G et Cie) ; bref le monde-machine, financ\u00e9 en partie avec notre argent \u2013beaucoup d\u2019argent \u2013 avec l\u2019approbation de la CGT. Pensez-y quand vous h\u00e9siterez entre deux bulletins de vote.<br \/>\nIl faut choisir : boire ou se connecter<br \/>\nRevenons \u00e0 nos poissons. Il y en avait autrefois dans les chantournes, les canaux du Gr\u00e9sivaudan d\u00e9sormais couverts, b\u00e9tonn\u00e9s et pollu\u00e9s par l\u2019industrie \u00e9lectronique. Les rescap\u00e9s agonisent cet \u00e9t\u00e9 dans un filet d\u2019eau chaude. A nouveau l\u2019histoire b\u00e9gaie. \u00c9t\u00e9 2003, quelques mois apr\u00e8s l\u2019inauguration de \u00ab Crolles 2 \u00bb survient la premi\u00e8re canicule officielle de l\u2019effondrement \u00e9cologique. Tandis que les Is\u00e9rois apprennent \u00e0 limiter leur consommation d\u2019eau, Le Daub\u00e9 du 6 ao\u00fbt rapporte : loin de r\u00e9duire ses livraisons, le Sierg (NdA : Syndicat intercommunal des eaux de la r\u00e9gion grenobloise) a mis un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur sur son projet d\u2019installer un surpresseur sur sa canalisation du Gr\u00e9sivaudan (600 000 \u20ac) qui dessert notamment Crolles et son p\u00f4le micro-\u00e9lectronique grand consommateur d\u2019eau (&#8230;) Le surpresseur (&#8230;) mis en service aujourd\u2019hui (&#8230;) permettra en acc\u00e9l\u00e9rant la vitesse de circulation de l\u2019eau, d\u2019en faire transiter plus et donc de remplir plus vite les r\u00e9servoirs.<br \/>\nPardon pour les redites, mais rappelons les faits. En 2005, nous \u00e9crivions : pour nettoyer les plaques de silicium sur lesquelles sont grav\u00e9s les circuits \u00e9lectroniques, l&rsquo;Alliance engloutit 700 m3 d&rsquo;eau par heure (l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une ville de 50 000 habitants), et soumet les collectivit\u00e9s locales \u00e0 ses exigences : 150 000 euros d&rsquo;amende par heure \u00e0 payer \u00e0 l&rsquo;entreprise en cas de d\u00e9faillance dans la fourniture d&rsquo;eau ; obligation de doubler prochainement les conduites d&rsquo;adduction sur 18 kilom\u00e8tres, pour un co\u00fbt de 25 millions d&rsquo;euros ; livraison imp\u00e9rative d&rsquo;une eau d&rsquo;excellente qualit\u00e9, exempte de chlore m\u00eame en p\u00e9riode de \u00ab menace terroriste \u00bb \u2013 minime compensation pour les Grenoblois qui \u00e9chappent sur ce point au d\u00e9lire s\u00e9curitaire au nom de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique sup\u00e9rieur. (Cf. Le cycle du silicium)\u00a0;<br \/>\nSi l&rsquo;Alliance a choisi le Gr\u00e9sivaudan, c&rsquo;est aussi pour piller ses ressources en eau pure, y compris en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse et de canicule. Tandis que les habitants surveillent leur consommation, STMicroelectronics et ses voisines, start up de micro-\u00e9lectronique (Soitec, Memscap), \u00e9clusent les m\u00e8tres cubes : \u00ab L&rsquo;ann\u00e9e 2006<br \/>\ns&rsquo;ach\u00e8ve sur une baisse de 1 % de la consommation d&rsquo;eau des communes aliment\u00e9es par le Sierg (Syndicat intercommunal des eaux de la r\u00e9gion grenobloise). 26 des 28 communes aliment\u00e9es, dont la consommation est principalement \u00ab\u00a0domestique\u00a0\u00bb connaissent une baisse de 3,5 %, tandis que Crolles et Bernin (pour lesquelles la<br \/>\npart industrielle repr\u00e9sente plus des 4\/5 e ) ont une consommation en hausse de plus de 8 % . \u00bb<br \/>\nPendant ce temps dans les massifs alentours, les glaciers fondent \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il, et avec eux les r\u00e9serves d&rsquo;eau qui ont fait la prosp\u00e9rit\u00e9 du Gr\u00e9sivaudan. Il est vrai que nous y avons gagn\u00e9 des cristaux liquides.<br \/>\nL\u2019eau indispensable \u00e0 la fabrication des composants des smartphones, des bagnoles et des v\u00e9los nucl\u00e9aires vient des captages de Jouchy et de Pr\u00e9 Grivel, dans le secteur de Vizille au sud de Grenoble.<br \/>\nElle est puis\u00e9e dans la nappe alluviale merveilleusement pure de la rivi\u00e8re Romanche, qui prend sa source dans le massif des \u00c9crins. Ces captages, ainsi que ceux de la nappe alluviale du Drac, sont essentiels \u00e0 l\u2019alimentation en eau potable de la r\u00e9gion grenobloise. Ils sont h\u00e9las la cause de l\u2019installation des usines \u00e0 puces dans le Gr\u00e9sivaudan, \u00e0 Crolles et Bernin, \u00e0 35 km au nord-est des captages. Comme le dit la m\u00e9tropole : \u00ab Au cours du temps, l\u2019exploitation \u00e0 faible co\u00fbt de cette richesse de qualit\u00e9\u0301 a contribu\u00e9\u0301 au d\u00e9veloppement d\u00e9mographique et industriel du territoire. \u00bb<br \/>\nPlus pr\u00e9cis\u00e9ment : pr\u00e8s de 35 % de la ressource produite \u00e0 partir des nappes du Drac et de la Romanche sortent du bassin versant et sont utilis\u00e9s, notamment pour les industries de la vall\u00e9e du Gr\u00e9sivaudan (micro\u00e9lectronique, etc.).<br \/>\nDepuis trente ans, l\u2019industrie \u00e9lectronique pille notre eau, qu\u2019il neige, qu\u2019il pleuve ou qu\u2019on cr\u00e8ve de chaud. En 2019, le site crollois de STMicroelectronics en a englouti 3,5 millions de m\u00e8tres cubes. Depuis, il a agrandi sa ligne de production et lanc\u00e9 la nouvelle extension qui lui vaut cet \u00e9t\u00e9 la visite de Macron. En ajoutant les voisins de Soitec et de Memscap, la \u00ab Silicon Valley fran\u00e7aise \u00bb exige 6 millions de m\u00e8tres cubes d\u2019eau par an, contraignant les collectivit\u00e9s \u00e0 multiplier les infrastructures. Le pillage va s\u2019accro\u00eetre, puisque Macron annonce qu\u2019on va produire \u00ab quatre fois plus \u00bb d\u2019ici 2030. Le sch\u00e9ma d\u2019am\u00e9nagement et de gestion des eaux (Sage) adopt\u00e9 en 2018 annonce \u00e0 cette \u00e9ch\u00e9ance une hausse de 30 \u00e0 44 % des pr\u00e9l\u00e8vements destin\u00e9s \u00e0 Bernin et Crolles .<br \/>\n\u00c7a ne suffit toujours pas. La \u00ab transition num\u00e9rique et \u00e9cologique \u00bb r\u00e9clame son volume d\u2019eau.<br \/>\nLe 25 novembre 2021, la soci\u00e9t\u00e9 a donc d\u00e9pos\u00e9 une demande en pr\u00e9fecture pour cr\u00e9er deux forages dans la nappe de l\u2019Is\u00e8re cette fois, \u00e0 l\u2019aplomb de son site de Crolles, pour \u00ab s\u00e9curiser ses ressources en eau ; (&#8230;) maintenir le bon fonctionnement de ses ateliers de fabrication, et (&#8230;) poursuivre le d\u00e9veloppement de son activit\u00e9\u0301 au sein de son \u00e9tablissement de Crolles\u00bb.<br \/>\nLa demande mentionne des besoins particuliers \u00ab lors des \u00e9pisodes estivaux qui n\u00e9cessitent la mise en service d\u2019installations de r\u00e9frig\u00e9ration des ateliers tr\u00e8s consommatrices d\u2019eau \u00bb.<br \/>\nAutorisation accord\u00e9e sans difficult\u00e9 par la Direction r\u00e9gionale de l\u2019environnement, de l\u2019am\u00e9nagement et du logement (Dreal) le 19 mars 2022. Tandis que les fontaines publiques n\u2019abreuvent plus personne, STMicroelectronics fore \u00e0 plus de 20 m\u00e8tres de profondeur pour pomper, \u00ab dans les eaux souterraines, y compris dans les nappes d\u2019accompagnement de cours d\u2019eau22 \u00bb, 2,6 millions de m\u00e8tres cubes d\u2019eau suppl\u00e9mentaires par an, soit 300 m3 par heure.<br \/>\nLes \u00e9lus locaux, \u00e0 leur habitude, sont trop heureux de devancer les exigences des industriels.<br \/>\nOn se souvient de l\u2019ancien maire de Crolles, Jean-Claude Paturel, plastronnant en 2002 : \u00ab Aujourd&rsquo;hui Crolles 2 semble \u00eatre un \u00e9v\u00e9nement mais moi j&rsquo;ai les terrains qu&rsquo;il faut pour Crolles 3 et m\u00eame 4 !\u00bb<br \/>\nVingt ans et des canicules plus tard, Jean-Fran\u00e7ois Clappaz, le vice-pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de la communaut\u00e9 de communes du Gr\u00e9sivaudan adresse cette demande inou\u00efe \u00e0 Macron : frapper le site de micro-\u00e9lectronique d\u2019extra-territorialit\u00e9 pour l\u2019exon\u00e9rer de la r\u00e8gle du \u00ab z\u00e9ro artificialisation nette \u00bb pr\u00e9vue dans la loi sur le climat. Objectif de cet \u00e9lu incivique : faire en sorte qu\u2019il (NdA : le site) ne soit pas impact\u00e9 dans son \u00e9volution future par les m\u00e8tres carr\u00e9s indispensables \u00e0 l\u2019extension du site (sic) (&#8230;)<br \/>\nUn investissement de 5,7 milliards d\u2019euros n\u00e9cessite que la loi s\u2019adapte aux contraintes que l\u2019on aura. Sinon, il ne pourra pas se r\u00e9aliser, que ce soit pour ST et le ruisseau du Craponoz \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ou Soitec.<br \/>\nLe techno-gratin trahit en toute d\u00e9sinvolture ses habitudes d\u2019arrangements administrativo-politiques. Il nous revient ce rapport de visite de la Drire, (Direction r\u00e9gionale de l&rsquo;industrie, de la recherche et de l&rsquo;environnement) en mars 2003, \u00e0 propos des fum\u00e9es polluantes de l\u2019usine de Crolles : la soci\u00e9t\u00e9 STMicroelectronics (&#8230;) souhaite que les normes fix\u00e9es en NOx par l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral du 08.10.01 soient revues compte tenu des difficult\u00e9s \u00e0 respecter la norme fix\u00e9e (100 mg\/Nm3). \u00bb Et donc, \u00ab les valeurs limite d&rsquo;\u00e9mission en Nox peuvent \u00eatre fix\u00e9es \u00e0 120 mg\/Nm(gaz naturel) et 200 mg\/Nm3 (FOD).<br \/>\nC\u2019est simple, raisonne le vice-pr\u00e9sident Clappaz, la loi devrait int\u00e9grer la fiction de la d\u00e9mat\u00e9rialisation de la vie num\u00e9rique, et d\u00e9cider que les usines de puces ne sont pas install\u00e9es sur Terre. C\u2019est en effet la seule solution pour assurer que la \u00ab transition num\u00e9rique \u00bb soit en m\u00eame temps \u00ab \u00e9cologique \u00bb.<br \/>\nM\u00eame le Daub\u00e9 s\u2019\u00e9meut, lui qui nie depuis vingt ans les ravages techno-industriels dans la r\u00e9gion : \u00ab Qui dit nouveaux emplois, dit nouveaux habitants 26 \u00bb, remarque-t-il. O\u00f9 va-t-on les loger, dans la Cuvette pleine \u00e0 ras bord ? Loin, \u00e9videmment. C\u2019est pourquoi le pr\u00e9sident de Grenopolis, Christophe Ferrari, et le pr\u00e9sident de la Chambre de commerce, n\u2019ont pas manqu\u00e9 de tirer Macron par la manche pour faire avancer leur projet de \u00ab RER m\u00e9tropolitain \u00bb entre le Gr\u00e9sivaudan, la M\u00e9tro, le Pays voironnais, le sud de l\u2019agglom\u00e9ration.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\n** *<br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Macron, Breton, les technocrates europ\u00e9ens et fran\u00e7ais, imposent l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration \u00e0 marche forc\u00e9e de la production\/destruction. En 2030, l\u2019Europe produira peut-\u00eatre deux fois plus de semi-conducteurs. STMicroelectronics fournira toujours plus de puces aux Smartiens incapables de survivre sans connexion. En 2030, selon la g\u00e9ographe Magali Reghezza-Zitt, membre du Haut conseil pour le climat, Grenoble subira 37 jours de canicule. A cette \u00e9ch\u00e9ance, le sch\u00e9ma d\u2019am\u00e9nagement et de gestion des eaux pr\u00e9voit la fonte de la moiti\u00e9 des petits et des moyens glaciers qui alimentent la Romanche, le Drac et leurs nappes alluviales : le pic de ressource glaciaire est d\u00e9j\u00e0\u0300 d\u00e9pass\u00e9\u0301 pour le Drac et les pr\u00e9visions pour le bassin versant de la Romanche annoncent les m\u00eames r\u00e9sultats dans la d\u00e9cennie en cours.<br \/>\nComme dit Martial Saddier, le pr\u00e9sident haut-savoyard du comit\u00e9 de bassin Rh\u00f4ne-M\u00e9diterran\u00e9e (tout le bassin \u00e9tant aliment\u00e9 par les glaciers) : \u00ab aujourd\u2019hui, on mange le capital\u00bb.<br \/>\nQu\u2019importe. En 2030, STMicroelectronics fera comme son concurrent ta\u00efwanais TSMC, qui engloutit 156 000 tonnes d\u2019eau par jour : se faisant livrer par camions citernes lors des p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse.<br \/>\nEn mars 2020, au d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19, les syndicalistes de STMicroelectronics \u00e0 Crolles demandaient la fermeture de leur usine : \u00ab Est-ce la priorit\u00e9 de produire des puces pour les t\u00e9l\u00e9phones ? \u00bb, s\u2019affolaient-ils. C\u2019est la question que nous, Pi\u00e8ces et main d\u2019\u0153uvre, leur posons depuis vingt ans, et \u00e0 nouveau aujourd\u2019hui.<br \/>\nDe qui d\u00e9pend la fin du crime industriel contre l\u2019humanit\u00e9 ? D\u2019elle-m\u00eame et d\u2019elle seule, s\u2019il en reste. Si les humains d\u2019origine animale, les humains diminu\u00e9s, consentent \u00e0 lever les yeux de leurs \u00e9crans, et \u00e0 sortir de leurs capsules de M\u00e9tavers o\u00f9 les humains d\u2019avenir machinal, les transhumains augment\u00e9s, s\u2019efforcent de les confiner.<br \/>\nNous les Terriens de naissance, nous n\u2019avons pas d\u2019autre terre pour vivre, que la Terre. Nous n\u2019avons pas &#8211; contrairement \u00e0 la technocratie transhumaniste &#8211; d\u2019\u00eeles artificielles ou non, d\u2019enclaves sous cloche ou sous sol, de zones gard\u00e9es, lointaines et temp\u00e9r\u00e9es, o\u00f9 fonctionner en synergie avec la Machine ; et d\u2019o\u00f9 piloter \u00e0 distance le monde-machine et ses machins.<br \/>\nQuitte \u00e0 \u00e9liminer ou \u00e0 laisser s\u2019\u00e9teindre de mani\u00e8re naturelle les superflus et nuisibles de la sous-humanit\u00e9 r\u00e9siduelle (st\u00e9rilit\u00e9, virus, \u00ab maladies de civilisation \u00bb, catastrophes naturelles, etc.), afin de laisser place au r\u00e8gne machinal.<br \/>\nDe sorte que soit l\u2019esp\u00e8ce humaine renverse deux si\u00e8cles de course \u00e0 la puissance, d\u2019oppression et de ravage industriels ; soit les forcen\u00e9s du r\u00e8gne machinal, les puissants de la technocratie dirigeante dont Macron et les ing\u00e9nieurs de STMicroelectronics sont les champions, continuent de d\u00e9truire nos conditions d\u2019existence.<br \/>\nDu reste, on nous l\u2019avait bien dit et les guetteurs avaient rep\u00e9r\u00e9 de longue date l\u2019incendie qui calcine cet \u00e9t\u00e9 2022. Lisez-donc ci-dessous cet extrait de S\u00e9cheresse de James G. Ballard, paru en 1964 sous le titre Le monde qui br\u00fble .<br \/>\nPi\u00e8ces et main d\u2019\u0153uvre\u00a0; Grenopolis, le 22 juillet 2022<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\n** **<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\n\u00ab La s\u00e9cheresse mondiale, d\u00e9sormais dans son cinqui\u00e8me mois, \u00e9tait l\u2019aboutissement d\u2019une s\u00e9rie de crises prolong\u00e9es ayant accabl\u00e9 tout le globe, \u00e0 un rythme de plus en plus soutenu durant la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Dix ans plus t\u00f4t, une p\u00e9nurie critique de denr\u00e9es alimentaires s\u2019\u00e9tait produite quand la saison des pluies attendue en un certain nombre d\u2019importantes r\u00e9gions agricoles n\u2019avait pas eu lieu. L\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, des aires g\u00e9ographiques aussi diff\u00e9rentes que le Saskatchewan et la vall\u00e9e de la Loire, le Kazakhstan et la r\u00e9gion du th\u00e9 de Madras s\u2019\u00e9taient chang\u00e9es en bassins de poussi\u00e8re arides. Les mois suivants n\u2019avaient apport\u00e9 que quelques centim\u00e8tres de pluie ; au bout de deux ans, ces terres s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9es totalement d\u00e9vast\u00e9es. Nouveaux d\u00e9serts, elles avaient \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es pour de bon, une fois leur population relocalis\u00e9e.<br \/>\nL\u2019apparition incessante de nouvelles zones de ce type sur la carte mondiale, ajoutant aux difficult\u00e9s de produire assez pour nourrir l\u2019humanit\u00e9, avait men\u00e9 aux premi\u00e8res tentatives d\u2019une sorte de contr\u00f4le climatique global. Une \u00e9tude de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture avait prouv\u00e9 que, partout, le niveau des fleuves et des nappes phr\u00e9atiques \u00e9tait en chute libre. Tandis que l\u2019Amazone passait de six millions et demi de kilom\u00e8tres carr\u00e9s \u00e0 moins de la moiti\u00e9 de cette valeur, des dizaines de ses affluents s\u2019\u00e9taient totalement ass\u00e9ch\u00e9s. Les reconnaissances a\u00e9riennes d\u00e9montraient qu\u2019une grande partie de l\u2019ex-for\u00eat tropicale humide \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 s\u00e8che et p\u00e9trifi\u00e9e. A Khartoum, en Basse-\u00c9gypte, le Nil blanc se trouvait \u00e0 six m\u00e8tres en dessous de son niveau moyen, si bien que des vannes plus basses avaient \u00e9t\u00e9 perc\u00e9es dans le b\u00e9ton du barrage d\u2019Assouan.<br \/>\nEn d\u00e9pit des efforts mondiaux pour ensemencer les nuages, la quantit\u00e9 de pluie avait continu\u00e9 de diminuer. Les op\u00e9rations scientifiques avaient cess\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9tait devenu \u00e9vident que ce n\u2019\u00e9tait pas seulement la pluie qui manquait, mais bien les nuages eux-m\u00eames. A ce point, l\u2019attention s\u2019\u00e9tait port\u00e9e sur la principale source de pluie : la surface des oc\u00e9ans. Les plus \u00e9l\u00e9mentaires examens avaient alors montr\u00e9 que l\u00e0 r\u00e9sidait la source de la s\u00e9cheresse.<br \/>\nSur les eaux territoriales de tous les oc\u00e9ans du monde, jusqu\u2019\u00e0 environ mille cinq cents kilom\u00e8tres des c\u00f4tes, reposait une pellicule monomol\u00e9culaire mince mais solide, form\u00e9e d\u2019un complexe de polym\u00e8res \u00e0 cha\u00eene longue satur\u00e9s, g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les immenses quantit\u00e9s de d\u00e9chets industriels d\u00e9vers\u00e9es dans les oc\u00e9ans depuis cinquante ans. Cette membrane dure, perm\u00e9able \u00e0 l\u2019oxyg\u00e8ne, recouvrait la surface et emp\u00eachait presque toute \u00e9vaporation. Si la structure des polym\u00e8res avait \u00e9t\u00e9 rapidement identifi\u00e9e, nul moyen de les d\u00e9truire n\u2019avait \u00e9t\u00e9 mis au point. Les liaisons satur\u00e9es produites dans le bain organique parfait qu\u2019offrait la mer \u00e9taient totalement non r\u00e9actives et formaient un v\u00e9ritable sceau, seulement bris\u00e9 quand l\u2019eau se voyait agit\u00e9e violemment. Des flottes de chalutiers et autres navires \u00e9quip\u00e9s de fl\u00e9aux rotatifs avaient entrepris de sillonner les c\u00f4tes atlantique et pacifique de l\u2019Am\u00e9rique du Nord ainsi que de longer les plages d\u2019Europe occidentale, mais sans effet durable. De m\u00eame, la ponction de l\u2019eau de surface n\u2019avait procur\u00e9 qu\u2019un r\u00e9pit temporaire : la pellicule se rempla\u00e7ait rapidement, recharg\u00e9e par propagation lat\u00e9rale gr\u00e2ce aux pr\u00e9cipitations ruisselant des terres pollu\u00e9es vers les oc\u00e9ans.<br \/>\nLe m\u00e9canisme de formation de ces polym\u00e8res demeurait obscur. Toutefois, des millions de tonnes de d\u00e9chets industriels hautement r\u00e9actifs \u2013 composants du p\u00e9trole ind\u00e9sirables ou catalyseurs et solvants contamin\u00e9s \u2013 continuaient d\u2019\u00eatre d\u00e9vers\u00e9s dans la mer, o\u00f9 ils se m\u00ealaient aux d\u00e9chets des centrales atomiques et aux r\u00e9sidus des \u00e9gouts. A partir de ce brouet de sorci\u00e8re, l\u2019oc\u00e9an s\u2019\u00e9tait fabriqu\u00e9 une peau \u00e9paisse de quelques atomes seulement mais assez solide pour d\u00e9vaster les terres que nagu\u00e8re il irriguait. \u00bb<br \/>\nJames G. Ballard, S\u00e9cheresse (p.49-51) <\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui a mis le feu ?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-11558","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11558"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11558\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11559,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11558\/revisions\/11559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11558"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}