{"id":1196,"date":"2017-09-07T01:37:15","date_gmt":"2017-09-06T23:37:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=1196"},"modified":"2018-08-06T11:10:35","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:35","slug":"le-corps-de-la-femme-terrain-de-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2017\/09\/07\/le-corps-de-la-femme-terrain-de-guerre\/","title":{"rendered":"Le corps de la femme, terrain de guerre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que deviennent les enfants n\u00e9s des viols pendant les guerres\u00a0? Peut-on r\u00e9parer des violences qui ne peuvent gu\u00e9rir\u00a0? \u00c9change entre la chor\u00e9graphe rwandaise Doroth\u00e9e Munyaneza et Yves Daccord, directeur g\u00e9n\u00e9ral du CICR.<\/span><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Doroth\u00e9e Munyaneza est chanteuse, auteure et chor\u00e9graphe. Elle a quitt\u00e9 Kigali, au Rwanda, en 1994, apr\u00e8s le g\u00e9nocide de pr\u00e8s de 800\u00a0000 Tutsis par leurs voisins hutus, doubl\u00e9 du viol d\u2019environ 500\u00a0000 femmes. Partie en Grande-Bretagne avant de s\u2019installer en France, sa premi\u00e8re cr\u00e9ation, intitul\u00e9e <i>Samedi d\u00e9tente<\/i>, avait marqu\u00e9 les esprits en 2014. Elle cr\u00e9e cette ann\u00e9e au festival d\u2019Avignon une nouvelle \u0153uvre intitul\u00e9e <i>Unwanted<\/i>, une <i>\u00ab\u00a0chor\u00e9graphie de la dignit\u00e9\u00a0\u00bb<\/i> fond\u00e9e sur un travail de documentation et d\u2019entretiens avec des femmes victimes de viol et de violences pendant le g\u00e9nocide, mais aussi avec des enfants n\u00e9s de ces viols.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Yves Daccord est directeur g\u00e9n\u00e9ral du CICR, le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge, une organisation pr\u00e9sente au Sud-Soudan, en Irak ou au Congo. Il juge que, dans ces pays, <i>\u00ab\u00a0le niveau de violence sexuelle est sans doute in\u00e9dit. Les attaques contre les femmes, comme contre les h\u00f4pitaux, sont devenues des habitudes. On utilise ces attaques comme une fa\u00e7on d\u2019avoir un impact majeur sur les communaut\u00e9s auxquelles on veut s\u2019en prendre. On n\u2019arrive pas, encore aujourd\u2019hui, \u00e0 appr\u00e9hender la question. Les humanitaires sont souvent pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des violences sexuelles faites aux femmes, faute d\u2019une \u00e9coute ad\u00e9quate ou suffisante\u00a0\u00bb.<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est une telle \u00e9coute qu\u2019a apport\u00e9e Doroth\u00e9e Munyaneza \u00e0 certaines de ces femmes victimes de viol (acte que l\u2019ONU ne reconna\u00eet comme constitutif du crime de g\u00e9nocide que depuis 2008), en leur proposant, davantage que de t\u00e9moigner, de faire en sorte que leur propre corps devienne un <i>\u00ab\u00a0canal\u00a0\u00bb<\/i> pour raconter leur histoire. <i>\u00ab\u00a0J\u2019ai pu rentrer dans leur douleur et, \u00e0 la fin, je leur demandais\u00a0: <\/i>\u201c<i>Est-ce que je peux vous prendre en photo\u00a0?\u201d<\/i>\u00a0<i>Quand je leur demandais \u00e7a, elles s\u2019\u00e9clipsaient dans leur chambre et revenaient v\u00eatues de leur plus bel habit. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de dire\u00a0: \u201cNous t\u2019avons donn\u00e9 notre v\u00e9cu le plus douloureux, mais nous voulons aussi que tu emportes la plus belle image de nous.\u201d\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis la guerre de Troie, d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019enl\u00e8vement d\u2019H\u00e9l\u00e8ne par P\u00e2ris, le corps des femmes est-il l\u2019enjeu principal de la bataille entre les hommes, ou bien la fa\u00e7on dont les femmes deviennent des objets de la violence arm\u00e9e se recompose-t-elle dans le temps et dans l&rsquo;espace\u00a0?\u00a0Pour Yves Daccord, <i>\u00ab\u00a0du temps des Grecs, les femmes font partie du butin de guerre parce qu\u2019elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme un objet qu\u2019il est logique de s\u2019approprier. Mais il me semble qu\u2019on a compris seulement r\u00e9cemment, au Rwanda ou pendant les guerres des Balkans, le choix de violences syst\u00e9matiques commises sur les femmes, pour humilier les communaut\u00e9s \u00e0 travers leurs femmes et contr\u00f4ler le corps de la femme pour contr\u00f4ler la soci\u00e9t\u00e9. Ces violences ne sont pas collat\u00e9rales, elles sont au centre des strat\u00e9gies de guerre\u00a0\u00bb.<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qu\u2019est-ce qui peut alors \u00eatre fait dans le moment de l\u2019apr\u00e8s-conflit pour r\u00e9parer, sinon gu\u00e9rir\u00a0? Doroth\u00e9e Munyaneza juge que l\u2019art, le th\u00e9\u00e2tre ou la danse peuvent permettre aux corps meurtris de retrouver une forme de dignit\u00e9. Yves Daccord se dit frapp\u00e9 par la <i>\u00ab<\/i>\u00a0<i>double punition subie par les femmes qu\u2019on peut voir sur le terrain. Vous \u00eates non seulement viol\u00e9e, mais stigmatis\u00e9e. La violence subie doit demeurer invisible et silencieuse pour que les femmes puissent continuer \u00e0 vivre dans leur communaut\u00e9.\u00a0Il n\u2019existe pas d\u2019espace pour en parler. La communaut\u00e9 s\u2019attend \u00e0 ce que les femmes vivent avec \u00e7a sans en parler. J\u2019ai vu au Congo des femmes viol\u00e9es qui allaient au travail le lendemain, parce que la communaut\u00e9 exigeait l\u2019oubli ou, sinon, les excluaient. Mais j\u2019ai aussi vu, au Congo, fonctionner, des petites \u201cmaisons d\u2019\u00e9coute\u201d, qui se trouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des communaut\u00e9s, mais un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, prot\u00e9g\u00e9es et tenues par des femmes, dans lesquelles d\u2019autres femmes peuvent venir chercher de l\u2019aide. Mais en Irak, en Syrie ou au Sud-Soudan, il n\u2019existe m\u00eame pas ces espaces basiques\u00a0\u00bb.\u00a0<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans la pi\u00e8ce <i>Unwanted\u00a0<\/i>de Doroth\u00e9e Munyaneza, une femme qui accouche de l\u2019enfant d\u2019un g\u00e9nocidaire se voit reprocher par sa tante <i>\u00ab\u00a0d\u2019allaiter une hy\u00e8ne\u00a0\u00bb <\/i>et se voit donner le conseil de <i>\u00ab\u00a0le tuer avant qu\u2019il n\u2019ouvre les yeux\u00a0\u00bb. <\/i>Maintenant qu\u2019ils ont grandi et sont devenus de jeunes adultes, les enfants n\u00e9s des viols de guerre constituent-ils des bombes \u00e0 retardement ou des promesses d\u2019avenir\u00a0? Et ces violences sont-elles commises seulement par des hommes, ou bien arrive-t-il que des femmes prennent le corps d\u2019autres femmes comme terrain de guerre\u00a0? Est-ce que les femmes sont particuli\u00e8rement violent\u00e9es quand elles sont des combattantes ou est-ce en priorit\u00e9 le corps des femmes non combattantes qui devient un terrain de guerre\u00a0?\u00a0Qu\u2019est-ce qui peut, enfin, \u00eatre fait pour lutter contre ce devenir du corps des femmes par temps de guerre\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9l\u00e9ments de r\u00e9ponse en vid\u00e9o\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: medium;\">mediapart.fr\/journal\/culture-idees\/150717\/le-corps-de-la-femme-terrain-de-guerre<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1205\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/SalonDames-170826-06-188x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/SalonDames-170826-06-188x300.jpg 188w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/SalonDames-170826-06.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que deviennent les enfants n\u00e9s des viols pendant les guerres\u00a0? Peut-on r\u00e9parer des violences qui ne peuvent gu\u00e9rir\u00a0? \u00c9change entre la chor\u00e9graphe rwandaise Doroth\u00e9e Munyaneza et Yves Daccord, directeur g\u00e9n\u00e9ral du CICR.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1209,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1196","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-formation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1196","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1196"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1196\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1215,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1196\/revisions\/1215"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1209"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1196"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}