{"id":12883,"date":"2023-08-07T03:25:23","date_gmt":"2023-08-07T01:25:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=12883"},"modified":"2023-07-29T05:57:48","modified_gmt":"2023-07-29T03:57:48","slug":"la-betterave-la-gauche-le-peuple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2023\/08\/07\/la-betterave-la-gauche-le-peuple\/","title":{"rendered":"La betterave, la gauche, le peuple"},"content":{"rendered":"<h1><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-12902 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Ukraine-230720-300x218.jpg\" alt=\"\" width=\"526\" height=\"382\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Ukraine-230720-300x218.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Ukraine-230720.jpg 689w\" sizes=\"auto, (max-width: 526px) 100vw, 526px\" \/><\/h1>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; et nous<\/span><\/span><\/strong><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a href=\"https:\/\/renart.info\/?La-betterave-la-gauche-le-peuple-et-nous\">https:\/\/renart.info\/?La-betterave-la-gauche-le-peuple-et-nous<\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Extrait<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 12 janvier 2023, la coop\u00e9rative sucri\u00e8re Tereos est condamn\u00e9e \u00e0 une amende record d\u2019un demi-million d\u2019euros pour l\u2019\u00e9cocide de l\u2019Escaut en 2020. Que ce soit au moment de la catastrophe, lors de l\u2019audience en d\u00e9cembre 2022, ou du d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 quelques semaines plus tard, on n\u2019a vu ni le d\u00e9put\u00e9 local ni le maire exiger des comptes du deuxi\u00e8me groupe sucrier mondial devant une foule vengeresse. Non plus qu\u2019on n\u2019a entendu le \u00ab\u00a0d\u00e9put\u00e9 reporter\u00a0\u00bb Fran\u00e7ois Ruffin, dans sa cuisine ou aux portes de l\u2019usine, d\u00e9noncer les m\u00e9faits du sucre sur la sant\u00e9 et de Tereos sur la vie. On n\u2019a pas vu le ministre de l\u2019industrie Renaud Lescure taper du poing en sous-pr\u00e9fecture, ni Xavier Bertrand, pr\u00e9sident du Conseil r\u00e9gional, d\u00e9filer dans les rues. Le pr\u00e9sident des Hauts-de-France pr\u00e9f\u00e9rant manifester \u00e0 Paris le 7 f\u00e9vrier 2023, juch\u00e9 sur les tracteurs des betteraviers pour d\u00e9fendre l\u2019\u00e9pandage de n\u00e9onicotino\u00efdes\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas question de faire les m\u00eames conneries sur l\u2019agriculture que sur le nucl\u00e9aire\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00c0 l\u2019inverse, aucun \u00e9lu n\u2019a manqu\u00e9 pour d\u00e9fendre l\u2019usine \u00e0 l\u2019annonce de la fermeture de la sucrerie d\u2019Escaudoeuvres le 7 mars suivant. A entendre nos repr\u00e9sentants du peuple, non seulement celle-ci ferait la prosp\u00e9rit\u00e9 des gens du Nord, mais elle participerait d\u2019un patrimoine digne d\u2019\u00eatre d\u00e9fendu \u2013 demandez \u00e0 la DRAC (Direction r\u00e9gionale des affaires culturelles), appel\u00e9e \u00e0 la rescousse de l\u2019usine pendant les proc\u00e8s pour relancer le mythe de la betterave sucri\u00e8re, imp\u00e9riale et napol\u00e9onienne. Seul <\/span><\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Renart<\/i><\/span><\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> s\u2019\u00e9chine \u00e0 briser le silence d\u2019une r\u00e9gion, de ses habitants et ses \u00e9lus, sur leurs m\u00e9faits.<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pollution historique, amende record. Le 9 avril 2020, un bassin de d\u00e9cantation de la sucrerie d\u2019Escaudoeuvres d\u00e9verse 100\u00a0000 m<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">3<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> d\u2019eau contamin\u00e9e dans l\u2019Escaut. Le pr\u00e9fet n\u2019ayant pas pr\u00e9venu les autorit\u00e9s belges, la pollution a tout loisir de passer les \u00e9cluses, descendre la rivi\u00e8re, et supprimer toute trace de vie sur plus de 70km, poissons, batraciens, libellules. Les autorit\u00e9s belges et des associations fran\u00e7aises attentent un proc\u00e8s \u00e0 Tereos. Trois ans plus tard, le 12 janvier 2023, le juge inflige neuf millions d\u2019euros de dommages et int\u00e9r\u00eats pour restauration de la rivi\u00e8re, et une amende de 500\u00a0000 euros \u2013 laissant l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, lui aussi muet depuis le d\u00e9but, sauf de toute responsabilit\u00e9 pour sa n\u00e9gligence. L\u2019avocat des betteraviers se r\u00e9jouit que le montant soit \u00ab\u00a0tr\u00e8s inf\u00e9rieur aux demandes qui ont \u00e9t\u00e9 faites.\u00a0\u00bb C\u2019est tout de m\u00eame plus que la derni\u00e8re grande catastrophe \u00e9cologique survenue en France, le naufrage de l\u2019Erika en 1999, qui avait valu \u00e0 Total une amende de 375\u00a0000 euros, soit 424\u00a0000 euros d\u2019aujourd\u2019hui.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les 123 salari\u00e9s et les habitants d\u2019Escaud\u0153uvres s\u2019appr\u00eataient \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les 150 ans de leur sucrerie quand Tereos annonce sa fermeture le 7 mars, \u00e0 peine deux mois apr\u00e8s le d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. Ces \u00e9lus qui n\u2019avaient rien dit, et rien \u00e0 dire, sur la catastrophe de Tereos, se pr\u00e9cipitent pour d\u00e9noncer sa fermeture. Parmi les tr\u00e9molos, ceux du d\u00e9put\u00e9 Guy Bricout et du maire Thierry Bouteman\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cambrai, terre agro-alimentaire depuis 150 ans\u00a0: c\u2019est notre pass\u00e9, c\u2019est notre pr\u00e9sent, et nous croyons que c\u2019est notre avenir. Nous demandons l\u2019arr\u00eat de tout processus qui conduirait \u00e0 la fermeture de notre sucrerie \u00e0 Escaud\u0153uvres. Il faut \u00eatre d\u00e9connect\u00e9, ou perdre confiance, pour prendre une telle d\u00e9cision. Je ne les crois pas d\u00e9connect\u00e9s, je crois qu\u2019ils ont perdu confiance. Pas nous. Pas les sucriers, pas les saisonniers, pas les int\u00e9rimaires, pas les sous-traitants depuis 150 ans. Pas les \u00e9lus, pas les habitants.<\/span><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">En \u00e9cho, le ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie Renaud Lescure se d\u00e9place quelques jours plus tard pour d\u00e9clarer que \u00ab\u00a0l\u2019industrie, c\u2019est une arme anti-col\u00e8re, l\u2019industrie c\u2019est une arme d\u2019espoir.\u00a0\u00bb Il annonce trois millions d\u2019euros pour un \u00ab\u00a0rebond industriel dans le Cambr\u00e9sis\u00a0\u00bb. Puis c\u2019est au s\u00e9nateur communiste Eric Bocquet de rappeler combien \u00ab\u00a0la sucrerie, c\u2019est l\u2019ADN de la commune\u00a0\u00bb (bonjour le diab\u00e8te), une \u00ab\u00a0v\u00e9ritable institution dans l\u2019arrondissement de Cambrai\u00a0\u00bb, dont l\u2019\u00ab\u00a0histoire\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0richesse\u00a0\u00bb rendent sa fermeture \u00ab\u00a0particuli\u00e8rement violente\u00a0\u00bb.<br \/>\nChacun sa partition, mais le premier arriv\u00e9 devant l\u2019usine pour donner le ton, c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0insoumis\u00a0\u00bb ami\u00e9nois Fran\u00e7ois Ruffin\u00a0: la betterave \u00e0 sucre serait selon notre \u00ab\u00a0d\u00e9put\u00e9 reporter\u00a0\u00bb, comme il se pr\u00e9sente, une \u00ab\u00a0production industrielle qui appartient \u00e0 notre patrimoine\u00a0\u00bb national, un fruit de \u00ab\u00a0l\u2019intelligence humaine\u00a0\u00bb invent\u00e9 pendant le blocus continental entre 1806 et 1815, justifiant par l\u00e0 que \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat intervienne dans l\u2019\u00e9conomie, construise des fili\u00e8res dans la dur\u00e9e, et fasse que les vies, les usines, l\u2019\u00e9conomie ne d\u00e9pendent pas seulement des cours de bourse.\u00a0\u00bb<br \/>\nSi les cours de bourse ne doivent pas d\u00e9cider de la fermeture d\u2019une usine (dont le groupe Tereos empoche cette ann\u00e9e des profits records\u00a0: 6,6 milliards d\u2019euros de chiffre d\u2019affaires sur 2022\/2023, +29\u00a0% en un an), au nom de quoi doit-elle tourner\u00a0? Son utilit\u00e9 sociale\u00a0? Son histoire centenaire\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le \u00ab\u00a0d\u00e9put\u00e9-reporter\u00a0\u00bb attaque son discours-reportage par la glorification de l\u2019\u00e9pop\u00e9e scientifique du sucre. Nous, on commencerait plut\u00f4t par toutes ces maladies de l\u2019agro-industrie, et du sucre en particulier, qui repr\u00e9sentent d\u00e9sormais la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 dans le monde. Savez-vous, lecteur, qu\u2019entre le diab\u00e8te, l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, les maladies cardiovasculaires et l\u2019hypertension art\u00e9rielle, la bouffe tue d\u00e9sormais plus que la faim\u00a0! Vu la progression actuelle du diab\u00e8te (+ 4,5\u00a0% par an en France par exemple), la revue scientifique <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>The Lancet<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> pr\u00e9dit 1,3 milliard de malades du sucre en 2050 dans le monde &#8211; presque 10\u00a0% de la population mondiale\u00a0! Du sucre, on en trouve partout, dans les sodas bien s\u00fbr, mais aussi dans les chips, les pizzas, le pain de mie, le pesto, et toutes les p\u00e2t\u00e9es pr\u00e9par\u00e9es. Le sucre, c\u2019est la drogue de l\u2019industrie alimentaire.<br \/>\nAccordons \u00e0 Ruffin qu\u2019avec une telle entr\u00e9e en mati\u00e8re \u2013 \u00ab\u00a0Vous \u00eates la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 dans le monde\u00a0\u00bb \u2013, l\u2019accueil eut \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9. Mieux vaut seriner combien la betterave, comme toute autre nuisance industrielle, est objet de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>fiert\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> dans une r\u00e9gion de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>labeur<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> et pour un peuple <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>courageux<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Ce que Ruffin rab\u00e2che depuis dix ans. Ce qu\u2019il est venu rab\u00e2cher sur les lieux m\u00eames d\u2019une catastrophe historique qui \u00e9limina toute trace de vie sur 70 km, des poissons aux batraciens\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les salari\u00e9s me disent combien ils aiment leur travail, combien ils aiment le sucre. Je pense que cet amour du m\u00e9tier, quand on est prof, soignant ou dans l\u2019industrie&#8230; faut pas croire que le travail ce soit seulement un salaire. C\u2019est aussi un amour de son m\u00e9tier. Les gens me disent\u00a0: \u00ab\u00a0Tereos, c\u2019est notre famille, c\u2019est notre maison, on y est bien, on est pr\u00eats \u00e0 passer quatre no\u00ebls d\u2019affil\u00e9e sans voir nos enfants. Mon gamin il a quatre ans et je n\u2019ai pas pass\u00e9 un seul no\u00ebl avec lui. On est pr\u00eats \u00e0 faire 190 heures par mois pour faire le boulot\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Accordons encore que douze heures de turbin, que l\u2019on soit salari\u00e9 d\u2019une sucrerie ou esclave d\u2019un champ de canne \u00e0 sucre, finissent en effet par cr\u00e9er des liens fraternels, mais ne peut-on jamais dans ce Nord fun\u00e8bre tisser de liens fraternels ailleurs que dans les tranch\u00e9es, au fond des mines, ou sur une ligne de production\u00a0? Sommes-nous \u00e0 jamais enferm\u00e9s dans un roman de Zola ou de Van der Meersch\u00a0?<br \/>\nIl en a fallu des mensonges, des r\u00e9cits grandioses et des mythes fondateurs, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de gauche \u00e0 droite, par les patrons et parfois par les ouvriers, pour excuser les saloperies dont on se rend coupable ou consentir \u00e0 son exploitation. Demandez aux combattants de la \u00ab\u00a0Bataille du charbon\u00a0\u00bb, quand les mines nationalis\u00e9es, g\u00e9r\u00e9es par un accord gaullo-communiste, restauraient le salaire \u00e0 la t\u00e2che, augmentaient les cadences, les taux de silicose et de mortalit\u00e9, en \u00e9change de cong\u00e9s pay\u00e9s. Est-ce l\u00e0 votre \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0?<br \/>\nAujourd\u2019hui, Ruffin et ses pareils, qui n\u2019ont pas perdu leurs quatre derniers no\u00ebls dans la m\u00e9lasse, entendent utiliser \u00ab\u00a0l\u2019histoire grandiose du sucre de betterave\u00a0\u00bb afin de justifier le sauvetage de l\u2019industrie betteravi\u00e8re. Mais <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>c\u2019est un mythe<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> que l\u2019invention du sucre de betterave par Benjamin Delessert, et la cr\u00e9ation d\u2019une fili\u00e8re sucri\u00e8re par un Plan d\u2019investissements de Napol\u00e9on. Une mystification que <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Betteravier fran\u00e7ais<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> propage \u00e0 l\u2019envi pour justifier l\u2019\u0153uvre sup\u00e9rieure de la corporation devant ses calomniateurs \u00e9cologistes, que <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Monde<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> r\u00e9p\u00e8te pour magnifier le G\u00e9nie technoscientifique, ainsi que <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fakir<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">, le journal de Fran\u00e7ois Ruffin, pour c\u00e9l\u00e9brer le volontarisme \u00e9tatique.<br \/>\nReprenons donc depuis le d\u00e9but la v\u00e9ritable histoire du sucre de betterave, bien plus passionnante que la fausse.<\/span><\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Arnaque imp\u00e9riale chez les sucriers lillois<\/span><\/span><\/h3>\n<h4 class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Ou le mythe de la betterave napol\u00e9onienne<\/i><\/span><\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Suivant la version courante, le prix du sucre sur le continent aurait \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par dix \u00e0 la suite du blocus continental d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 en 1806 contre l\u2019Angleterre par Napol\u00e9on. La canne \u00e0 sucre, cultiv\u00e9e par des esclaves, arrivait jusqu\u2019alors des Antilles, avant d\u2019\u00eatre raffin\u00e9e en m\u00e9tropole. Il aurait fallu trouver d\u2019urgence une solution \u00e0 la p\u00e9nurie. Sur les conseils du c\u00e9l\u00e8bre chimiste Jean-Antoine Chaptal, Napol\u00e9on signe le 25 mars 1811 un d\u00e9cret d\u2019encouragement de la betterave \u00e0 sucre\u00a0: il r\u00e9serve 32\u00a0000 hectares de culture \u00e0 la betterave, dont 4\u00a0000 dans le nord de la France et en Wallonie (alors fran\u00e7aise), et promet un prix d\u2019un million de francs \u00e0 qui ram\u00e8nerait le premier pain de sucre.<br \/>\nVient ensuite la sc\u00e8ne l\u00e9gendaire. Le 2 janvier 1812, Chaptal court chez l\u2019empereur. Un industriel vers\u00e9 dans la science, Benjamin Delessert, aurait relev\u00e9 le <i>challenge<\/i> dans son usine de Passy. L\u2019empereur et le chimiste se seraient h\u00e2t\u00e9s pour admirer les pains de sucre et, dans son enthousiasme, Napol\u00e9on aurait d\u00e9croch\u00e9 sa propre croix de la L\u00e9gion d\u2019honneur pour en d\u00e9corer Delessert.<br \/>\nMoralit\u00e9\u00a0: dans l\u2019adversit\u00e9 de la guerre et de la p\u00e9nurie, l\u2019\u0153uvre conjugu\u00e9e d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat volontaire (Napol\u00e9on), d\u2019un scientifique comp\u00e9tent (Chaptal) et d\u2019un industriel ing\u00e9nieux (Delessert), nous aurait offert le premier pain de sucre de betterave \u2013 et l\u2019abondance \u00e0 port\u00e9e de main.<br \/>\nA peu pr\u00e8s tout est faux. En r\u00e9tablissant certains faits, en observant les autres d\u2019un autre point de vue, on d\u00e9couvre en r\u00e9alit\u00e9 une sombre affaire de vol industriel et de copinage au plus haut de l\u2019\u00c9tat, suivie d\u2019une lamentable d\u00e9faite commerciale.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Premier mythe\u00a0: l\u2019urgence du blocus<\/i>. Dans un article assez complet sur le sucre de betterave, l\u2019historien Ludovic Laloux est formel\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<blockquote><p><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pr\u00e9vaut souvent l\u2019id\u00e9e que le blocus britannique instaur\u00e9 en 1806 aurait emp\u00each\u00e9 de d\u00e9barquer du sucre dans les ports fran\u00e7ais et, en r\u00e9action, donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on d\u2019encourager la production de sucre \u00e0 partir de la betterave. Or, la premi\u00e8re intervention de l\u2019Empereur en ce sens date de 1811. En fait, d\u00e8s 1791, la situation saccharif\u00e8re s\u2019av\u00e8re plus complexe en Europe avec un effondrement des approvisionnements en sucre de canne.<\/span><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourquoi cet effondrement\u00a0?<br \/>\nDans les remous de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, les esclaves de Saint-Domingue s\u2019insurgent fin ao\u00fbt 1791 et obtiennent leur affranchissement. La main d\u2019\u0153uvre se rebiffe. Le prix du sucre explose. Il faut s\u2019imaginer Saint-Domingue comme une \u00eele-usine, et m\u00eame la premi\u00e8re du monde. 500\u00a0000 esclaves produisent \u00e0 la veille de l\u2019insurrection 80\u00a0000 tonnes de canne \u00e0 sucre par an (\u00e0 titre de comparaison, 600\u00a0000 esclaves travaillent alors dans les colonies am\u00e9ricaines). Une \u00ab\u00a0crise du sucre\u00a0\u00bb \u00e9clate immanquablement \u00e0 Paris en janvier 1792. Les femmes attaquent les commerces, les hommes la police, puis on r\u00e9clame du pain. Rien d\u2019original. On peut recommencer la sc\u00e8ne autant que vous voulez, avec du Nutella ou des paquets de cigarettes.<br \/>\nMais le blocus\u00a0? En 1810, quatre ans apr\u00e8s son instauration, dans une lettre \u00e0 son fr\u00e8re Louis-Napol\u00e9on, l\u2019empereur doit admettre l\u2019efficacit\u00e9 de la contrebande\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une erreur de croire que la France souffre de l\u2019\u00e9tat actuel. Les denr\u00e9es coloniales sont en si grande quantit\u00e9 qu\u2019elle ne peut pas en manquer de longtemps, et le sirop de raisin et le miel suppl\u00e9ent partout au sucre.\u00a0\u00bb Le blocus n\u2019inqui\u00e8te en rien l\u2019empereur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Deuxi\u00e8me mythe\u00a0: l\u2019invention du sucre de betterave<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">. A partir des d\u00e9couvertes du chimiste Andreas Marggraf, son ma\u00eetre, le chimiste prussien Franz Achard, fils de huguenots du Dauphin\u00e9 et membre de l\u2019Acad\u00e9mie royale des sciences, plante ses premi\u00e8res betteraves \u00e0 sucre en 1796. Le roi Fr\u00e9d\u00e9ric-Guillaume III lui accorde un terrain et des subsides pour une premi\u00e8re raffinerie en 1801. L\u2019Allemagne est la plus avanc\u00e9e dans le sucre local. Son proc\u00e9d\u00e9 inqui\u00e8te le gouvernement anglais, producteur et importateur de sucre de canne, qui se lance dans une man\u0153uvre de d\u00e9stabilisation industrielle. Il tente de soudoyer Achard, contre 50\u00a0000 \u00e9cus d\u2019abord puis 200\u00a0000 ensuite, afin que ce dernier publie un article scientifique d\u00e9nigrant ses propres recherches. L\u2019honn\u00eate Achard refuse et il revient au chimiste anglais Humphry Davy d\u2019expliquer combien la betterave sera \u00e0 jamais impropre \u00e0 la consommation.<br \/>\nLa \u00ab\u00a0d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb para\u00eet fonctionner. En France, l\u2019Acad\u00e9mie des sciences sabote ses propres recherches sur la betterave, et Parmentier, le c\u00e9l\u00e8bre pharmacien picard qui fit le succ\u00e8s de la pomme de terre, milite encore en 1805 en faveur d\u2019un sucre extrait du raisin.<br \/>\nLes pr\u00e9curseurs fran\u00e7ais du sucre de betterave ne sont pas \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, ni dans les salons imp\u00e9riaux, mais \u00e0 Lille, \u00e0 Douai et en Alsace. Leurs Soci\u00e9t\u00e9s d\u2019agriculture connaissent depuis longtemps la betterave fourrag\u00e8re et suivent de pr\u00e8s les progr\u00e8s du raffinage de la betterave r\u00e9alis\u00e9s en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Le scientifique Fran\u00e7ois Thierry expose ses recherches dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Feuille de Lille<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"> en avril 1810, et r\u00e9colte ses premiers pains de sucre \u00e0 l\u2019automne. Exp\u00e9rience concluante au point que le pr\u00e9fet du Nord envoie des \u00e9chantillons au ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Montalivet le 7 novembre, et cette lettre \u00e0 M.\u00a0Thierry\u00a0: \u00ab\u00a0Votre sucre a la couleur, le grain, le brillant, j\u2019ose dire m\u00eame la saveur de celui des colonies.\u00a0\u00bb Le ministre Montalivet envoie \u00e0 son tour remerciements et gratification au Lillois.<br \/>\nQuelques jours plus tard, le 19 novembre, un pharmacien peu scrupuleux pr\u00e9sente devant l\u2019Acad\u00e9mie des sciences de Paris deux pains de sucre sortis myst\u00e9rieusement du laboratoire du chimiste Jean-Pierre Barruel, chercheur \u00e0 l\u2019\u00c9cole de m\u00e9decine de Paris. L\u2019affaire est bidon et Barruel confondu en \u00ab\u00a0charlatanisme\u00a0\u00bb par ses pairs. Elle prouve cependant que les milieux scientifiques parisiens s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la betterave sucri\u00e8re.<br \/>\nAu m\u00eame moment, les commer\u00e7ants lillois Crespel, Dellisse et Parsy am\u00e9liorent les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019Achard, d\u2019abord en s\u00e9parant le sucre de la m\u00e9lasse gr\u00e2ce \u00e0 une presse \u00e0 vis, puis en utilisant le charbon animal (de l\u2019os calcin\u00e9) pour blanchir le sucre. Ils remettent leur premier pain de sucre en d\u00e9cembre 1810 au maire de Lille, M.\u00a0Brigode, puis installent leur sucrerie rue de l\u2019Arc, dans le Vieux-Lille. En f\u00e9vrier 1811, un pharmacien lillois du nom de Drapiez parvient \u00e9galement \u00e0 tirer deux pains de sucre de qualit\u00e9.<br \/>\nLe 10 janvier, le ministre Montalivet vante aupr\u00e8s de l\u2019empereur les progr\u00e8s du sucre de betterave\u2026 dans les pays germaniques, sans mentionner les Lillois. Quand deux mois plus tard, Napol\u00e9on (aid\u00e9 de Chaptal) publie son fameux d\u00e9cret \u00e0 un million de francs, il sait qu\u2019\u00e0 Lille on fabrique des pains de sucre de qualit\u00e9 commercialisable.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Troisi\u00e8me mythe\u00a0: l\u2019empereur visionnaire<\/i>. Pour saisir l\u2019entourloupe, il faut s\u2019attarder sur la culture de la betterave. La betterave se plante fin mars. Un campagne de production suivant un d\u00e9cret sign\u00e9 le 25 du m\u00eame mois n\u2019a donc aucune chance de r\u00e9ussir. Il aurait fallu de surcro\u00eet disposer d\u2019un stock de graines que la France ne poss\u00e8de pas\u00a0: la betterave est bisannuelle, elle fleurit une ann\u00e9e, et ne donne des graines que l\u2019ann\u00e9e suivante.<br \/>\nAussi, connaissant la nature assez peu aventureuse des paysans, il est compr\u00e9hensible que ceux-ci s\u2019abstiennent de cultiver en grande quantit\u00e9, et du jour au lendemain, une esp\u00e8ce inconnue. Enfin, le peu de betteraves r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 l\u2019automne 1811 s\u2019entasse devant des raffineries inexistantes ou des raffineurs encore incomp\u00e9tents.<br \/>\nBref, la <i>planification<\/i> de la betterave \u00e0 sucre ressemble davantage \u00e0 un caprice d\u2019empereur qu\u2019\u00e0 une d\u00e9cision m\u00fbrement \u00e9tablie par un technocrate visionnaire. Dans son rapport du 30 d\u00e9cembre 1811, Montalivet doit masquer le fiasco. C\u2019est alors que Napol\u00e9on se tourne vers Chaptal pour sa politique sucri\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Quatri\u00e8me mythe\u00a0: l\u2019\u00e9pisode de l\u2019intr\u00e9pide Benjamin Delessert<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">. <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230; et nous<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12883","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12883","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12883"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12883\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12906,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12883\/revisions\/12906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12883"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12883"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12883"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}