{"id":12915,"date":"2023-08-09T02:49:55","date_gmt":"2023-08-09T00:49:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=12915"},"modified":"2023-07-29T05:57:10","modified_gmt":"2023-07-29T03:57:10","slug":"pourquoi-brule-t-on-des-bibliotheques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2023\/08\/09\/pourquoi-brule-t-on-des-bibliotheques\/","title":{"rendered":"Pourquoi br\u00fble-t-on des biblioth\u00e8ques\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-12914 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/AlguesVertes-230722-300x194.jpg\" alt=\"\" width=\"557\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/AlguesVertes-230722-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/AlguesVertes-230722-768x497.jpg 768w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/AlguesVertes-230722.jpg 772w\" sizes=\"auto, (max-width: 557px) 100vw, 557px\" \/><\/span><\/p>\n<h1 style=\"text-align: left;\"><strong><em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">En 2014, \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de son livre, Denis Merklen accordait un entretien pour le site Q2C<\/span><\/em><\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">10 ans apr\u00e8s, ces \u00e9changes restent toujours d\u2019une forte actualit\u00e9.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">\u00ab\u00a0Une action sans paroles\u00a0? Pas exactement. Disruptif, l\u2019incendie appara\u00eet comme l\u2019action qui tente de dire quelque chose et qui cherche \u00e0 faire parler, \u00e0 rendre audibles et visibles une r\u00e9alit\u00e9 et des points de vue qui ont du mal \u00e0 participer aux \u00e9changes discursifs de l\u2019espace public et des institutions. Telle est peut-\u00eatre l\u2019essence m\u00eame des incendies\u00a0: faire parler. Tel est, en tout cas, son effet le plus saillant. [\u2026] Mais nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un paradoxe apparent, car si l\u2019essence des incendies est de faire parler, un \u00e9pais silence les accompagne. Il convient alors de s\u2019interroger sur ce silence qui entoure, comme pour les \u00e9touffer, les incendies. Quels sont les locuteurs qui se taisent\u00a0? Quelle est la parole qui ne se prononce pas\u00a0? Et pour quelles raisons. Et surtout quel est le statut des paroles qui se taisent et de celles qui se prononcent.\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"> (p. 307).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">C\u2019est par ces lignes que Denis Merklen r\u00e9sume \u00e0 la fois l\u2019objet et la m\u00e9thode de son enqu\u00eate. Nous lui avons propos\u00e9, pour cet entretien, de r\u00e9agir justement \u00e0 ces paroles \u2013 d\u2019habitants, de jeunes, d\u2019hommes politiques, de biblioth\u00e9caires mais aussi \u00e0 ses propres propos \u2013 que cet ouvrage nous invite \u00e0 entendre.<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><br \/>\n<\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>\u00ab\u00a0J\u2019ai essay\u00e9 de prendre les pierres et les cocktails Molotov lanc\u00e9s contre les premi\u00e8res comme \u00e9tant des messages. Il n\u2019y a pas que les livres pour abriter des productions de sens. [\u2026] Incendies et caillassages parlent autant de ceux qui lancent pierres et cocktails Molotov que des biblioth\u00e8ques auxquelles ils s\u2019adressent.\u00a0\u00bb (Denis Merklen)<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Les incendies de biblioth\u00e8ques sont aussi \u00e9nigmatiques que charg\u00e9s de sens, et cependant, les messages que ces actions portent ne sont pas \u00e9nonc\u00e9s par ceux qui en sont les auteurs. Mais plus curieusement encore est le fait que la parole politique, professionnelle ou militante, celle des journalistes et m\u00eame les sciences sociales ne se soient jamais occup\u00e9s de ces faits pourtant charg\u00e9s d\u2019autant de significations que de questions. Pierres et cocktails Molotov tombent dans oreilles compl\u00e8tement sourdes. Le discours politique en France n\u2019a parl\u00e9 de ces incendies de biblioth\u00e8ques que pour les condamner et dire que ce sont des actes aberrants. Ceci peut para\u00eetre normal. Cependant, ces condamnations sont une autre mani\u00e8re de sortir ces faits de l\u2019espace de d\u00e9bat politique et de ne pas en parler. N\u2019importe quel observateur \u00e9tranger aurait pu penser que l\u2019incendie d\u2019une biblioth\u00e8que provoquerait une grande \u00e9motion et des grands d\u00e9bats dans un pays comme la France tant elle attache de l\u2019importance politique \u00e0 la culture, \u00e0 l\u2019\u00e9crit, au livre. Et pourtant, il n\u2019en est rien. Ce n\u2019est qu\u2019avec la publication de ce livre qu\u2019on \u00ab\u00a0d\u00e9couvre\u00a0\u00bb que des biblioth\u00e8ques sont incendi\u00e9es plus ou moins fr\u00e9quemment et depuis plusieurs ann\u00e9es. Qu\u2019est qui emp\u00eache la parole politique de prendre ces faits et les conflits qui leur sont associ\u00e9s comme objet de d\u00e9bat\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>La biblioth\u00e8que est \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quipement culturel le plus symbolique de notre d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb (note du 5 d\u00e9cembre 2005 du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres envoy\u00e9e au maire de Saint-Denis \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019incendie de la m\u00e9diath\u00e8que Gulliver).<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Le ministre de la culture \u00e9nonce ici une v\u00e9rit\u00e9 importante de notre r\u00e9gime politique. Mais du m\u00eame coup il tente de disqualifier ceux qui ont incendi\u00e9 la biblioth\u00e8que. Or, paradoxalement, il donne la mesure de l\u2019importance de ces attaques et de ces actions men\u00e9es par une fraction des classes populaires. Elles ne visent pas simplement un \u00e9quipement culturel dans un quartier difficile. Ces classes populaires sont en train de nous dire peut-\u00eatre que les conflits qui les concernent et auxquels elles participent touchent le c\u0153ur de notre vie d\u00e9mocratique et de notre syst\u00e8me de gouvernement. Je pense aussi bien au ch\u00f4mage qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9ducation et surtout au rapport de ces individus et de ces familles avec les institutions dont elles d\u00e9pendent pour la r\u00e9solution de leurs probl\u00e8mes essentielles, de l\u2019\u00e9cole \u00e0 la police, des services sociaux aux services urbains. C\u2019est la raison par laquelle ces incendies se pr\u00e9sentent comme inacceptables. Les prendre en compte c\u2019est prendre en compte la difficult\u00e9 du politique \u00e0 agir sur ces dimensions centrales de la vie sociale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>\u00ab\u00a0Ils mettent des biblioth\u00e8ques pour nous endormir, pour qu\u2019on reste dans son coin, tranquilles, \u00e0 lire. Ce que les jeunes veulent, c\u2019est du travail. La r\u00e9ponse c\u2019est\u00a0: \u00ab\u00a0Cultivez-vous et restez dans vos coins.\u00a0\u00bb On t\u2019impose un truc\u00a0!\u00a0\u00bb (Youssef, homme, 28 ans, sans emploi).<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Lorsque ce jeune homme a ainsi r\u00e9pondu \u00e0 notre discussion sur les biblioth\u00e8ques dans les quartiers, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9. Contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019illustration, une id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 toute la tradition de la gauche selon laquelle la lecture, la culture et le livre sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels de la construction de l\u2019esprit critique, il pense que les biblioth\u00e8ques sont l\u00e0 pour les \u00ab\u00a0endormir\u00a0\u00bb. Non pas pour les r\u00e9veiller mais pour les assoupir. Lorsqu\u2019on entend des discours qualifier la biblioth\u00e8que et la profession de biblioth\u00e9caire comme la \u00ab\u00a0promotion de la lecture plaisir\u00a0\u00bb, on se pose des questions et on comprend mieux le discours de cette personne. Dans ces univers hautement conflictuels que sont ces quartiers difficiles, que vient faire une biblioth\u00e8que\u00a0? Cette personne pose une question tr\u00e8s pertinente sur le r\u00f4le de la biblioth\u00e8que mais \u00e9galement sur la litt\u00e9rature qui s\u2019adresse \u00e0 ces univers. La lecture qui y est promue vise les personnes en tant qu\u2019individus, pour \u00ab\u00a0leur offrir autre chose\u00a0\u00bb mais aussi pour les aider \u00ab\u00a0\u00e0 s\u2019en sortir\u00a0\u00bb. Mais cette personne parle \u00e0 la premi\u00e8re personne du pluriel. Il invoque un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, collectif qui ne cherche pas du plaisir mais une voie et une voix de protestation face au ch\u00f4mage.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>\u00ab\u00a0 Dans la population ados, on voit cette esp\u00e8ce de honte qu\u2019il y a \u00e0 fr\u00e9quenter les biblioth\u00e8ques. On la fr\u00e9quente quand on est seul, mais pas en bande. Devant les copains, c\u2019est encore la honte de fr\u00e9quenter les biblioth\u00e8ques.\u00a0\u00bb (Ninon, biblioth\u00e9caire, 31 ans, cat\u00e9gorie B).<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Beaucoup de jeunes de ces quartiers pauvres lisent et \u00e9crivent beaucoup\u00a0: des blogs, des chansons et m\u00eame de livres. Mais certaines formes de la lecture et surtout les biblioth\u00e8ques restent associ\u00e9es \u00e0 l\u2019enfance et au f\u00e9minin. C\u2019est un lieu commun de la culture populaire de tous les temps. Cependant, la scolarisation de masse jusqu\u2019\u00e0 des niveaux importants et l\u2019impact des nouvelles technologies sont en train de modifier cette traditionnelle aversion de la culture masculine dans les classes populaires. Nous avons une foule de jeunes de banlieue qui pratiquent l\u2019\u00e9criture, deviennent auteurs de chansons, livres, blogs, etc. Et ce faisant, nous observons les classes populaires prendre la parole sur des registres divers. Les biblioth\u00e8ques, cependant, semblent souffrir encore de ce genre de positionnement. Et ceci malgr\u00e9 les tr\u00e8s importants efforts de modernisation, d\u2019ouverture et de modernisation que mettent en place les biblioth\u00e8ques et les m\u00e9diath\u00e8ques. C\u2019est le cas, par exemple du r\u00e9seau de m\u00e9diath\u00e8ques de Plaine Commune, dans le 93, o\u00f9 nous avons fait une partie importante de nos enqu\u00eates.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">\u00ab<\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>\u00a0Oui, qu\u2019ils s\u2019en prennent \u00e0 des institutions culturelles, oui \u00e7a me para\u00eet pas si bizarre, \u00e9trange illogique. Parce que finalement la Culture, telle qu\u2019on l\u2019entend avec un grand C, c\u2019est pas leur culture forc\u00e9ment. Ils ont une culture qu\u2019on ne prend pas forc\u00e9ment en compte, qu\u2019on d\u00e9nigre.\u00a0\u00bb (une biblioth\u00e9caire).<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Ce biblioth\u00e9caire fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un conflit qui op\u00e8re toujours, m\u00eame si les ambigu\u00eft\u00e9s sont trop nombreuses pour les r\u00e9sumer sur cette seule phrase. Nous observons effectivement une position au sein des classes populaires qui oppose d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la culture savante, \u00ab\u00a0le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, les humanit\u00e9s, la litt\u00e9rature et la culture scolaire \u00e0 la culture du groupe de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Mais il y a aussi une position qui revendique ces formes, ces styles et ces contenus \u00ab\u00a0savants\u00a0\u00bb comme appartenant aussi \u00e0 la culture populaire et qui refusent de les penser comme r\u00e9serv\u00e9es aux classes moyennes et aux riches. Presque en miroir, nous avons au sein de la profession de biblioth\u00e9caires mais aussi des enseignants et d\u2019autres agents culturels, des positions similairement oppos\u00e9es. Les uns pensent que la biblioth\u00e8que et les politiques culturelles doivent s\u2019approcher du go\u00fbt populaire et qualifient les autres d\u2019\u00e9litisme. Ces derni\u00e8res pensent que les biblioth\u00e8ques et les autres dispositifs sont l\u00e0 pour \u00ab\u00a0apporter autre chose\u00a0\u00bb aux classes populaires et non pas pour les servir \u00e0 nouveau le m\u00eame plat que les industries culturelles leur proposent comme des fast food. Ces derni\u00e8res accusent les premiers de d\u00e9magogie voire de populisme. Les premiers ciblent avant tout la baisse de la lecture et de la fr\u00e9quentation de la biblioth\u00e8que, les deuxi\u00e8mes ciblent surtout les industries culturelles et la culture de masse comme une forme d\u2019appauvrissement culturelle qui ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019appauvrissement \u00e9conomique fait peser des gros risques sur les classes populaires. Les premiers mettent l\u2019accent sur les productions qui \u00e9manent de ces cat\u00e9gories sociales, les autres ont du mal \u00e0 les reconna\u00eetre. Le Rap et le Hip-Hop sont des terrains o\u00f9 ces d\u00e9bats ont fait et continuent \u00e0 faire rage\u00a0: est-ce une musique d\u2019expression et de contenus contestataires ou est-ce une culture qui revendique des valeurs machistes, de violence, de consommation et d\u2019acc\u00e8s au luxe superflu\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><i>\u00ab\u00a0Les orientations collectives par lesquelles jadis les biblioth\u00e8ques populaires visaient la production de collectif et de forces sociales semble d\u00e9finitivement absentes des orientations des biblioth\u00e8ques de quartier. Or, qu\u2019est-ce que les uns et les autres gagnent \u00e0 l\u2019individuation\u00a0?\u00a0\u00bb (Denis Merklen)<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">La professionnalisation des biblioth\u00e9caires et l\u2019int\u00e9gration de la biblioth\u00e8ques au sein des structures de gouvernement local, municipales la plupart du temps, a un impact consid\u00e9rable sur la relation qu\u2019elles entretiennent avec ces quartiers. La biblioth\u00e8que est pens\u00e9e comme un espace public et comme un service public, et les lecteurs sont pens\u00e9s comme les usagers de ce service public. Cette situation diff\u00e8re consid\u00e9rablement de l\u2019\u00e9poque, pas si \u00e9loign\u00e9e de nous, o\u00f9 des biblioth\u00e8ques \u00e9taient mises en place par des organisations sociales ou politiques comme les partis, les syndicats et autres associations et qui les concevaient comme des \u00ab\u00a0biblioth\u00e8ques populaires\u00a0\u00bb. Ces derni\u00e8res n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues comme un service public et les lecteurs comme des usagers. Elles pensaient en termes collectifs et leur action s\u2019adressait \u00e0 une classe ou \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale. M\u00eame lorsqu\u2019elle s\u2019adresse aux classes populaires, comme un espace offert aux p\u00e9riph\u00e9ries de la ville et de la soci\u00e9t\u00e9, la politique actuelle des biblioth\u00e8que r\u00e9duit consid\u00e9rablement les capacit\u00e9s de la politique culturelle d\u2019agir au sein des conflits qui traversent ces univers populaires (racisme, ch\u00f4mage, etc.). Du coup la biblioth\u00e8que perd la possibilit\u00e9 de s\u2019associer aux formes de protestation et de contestation, notamment lorsque celles-ci visent l\u2019Etat et les institutions publiques comme la police ou l\u2019\u00e9cole. Elle perd, par exemple, la possibilit\u00e9, d\u2019aider \u00e0 produire une intelligibilit\u00e9 du social o\u00f9 le rapport de ces cat\u00e9gories populaires au march\u00e9 du travail est en lien avec les probl\u00e8mes de racisme ou de conflit avec les institutions. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une difficult\u00e9 majeure pour les biblioth\u00e8ques notamment lorsqu\u2019elles continuent \u00e0 concevoir leur action dans le sens de l\u2019\u00e9mancipation et de la possibilit\u00e9 pour les classes populaires de se constituer en force collective.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Naturellement plac\u00e9es sous l\u2019orbite du service public, les biblioth\u00e8ques sont pens\u00e9es et pensent leurs publics en milieu populaire comme une action en direction de personnes d\u00e9favoris\u00e9es, en les aidant \u00e0 \u00ab\u00a0s\u2019en sortir\u00a0\u00bb. La cible de la biblioth\u00e8que aujourd\u2019hui ne peut pas \u00eatre un groupe social ou un collectif mais des individus plac\u00e9es en situation d\u00e9favorable. C\u2019est pourquoi la lecture et l\u2019\u00e9criture sont con\u00e7ues comme solitaires et r\u00e9flexives, comme une propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019individu. Cette conception de l\u2019\u00e9criture et de la lecture est loin d\u2019\u00eatre naturelle. Non seulement elle rompt avec des vieilles traditions et pratiques fortement enracin\u00e9es dans les classes populaires o\u00f9 la lecture \u00e9tait collective, elle rompt aussi avec des formes actuelles de rapport au texte profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans le collectif \u2013 comme chaque fois que des textes issus de ces milieux revendiquent un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0banlieusard et fier de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, par exemple) et tentent d\u2019identifier des adversaires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Propos recueillis par Gr\u00e9gory Chambat pour Q2C<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Pourquoi br\u00fble-t-on des biblioth\u00e8ques ? Denis Merklen, Presses de l\u2019ENSSIB, 2013, 39 \u20ac, 349 p.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><a href=\"https:\/\/www.questionsdeclasses.org\/pourquoi-brule-t-on-des\/\">https:\/\/www.questionsdeclasses.org\/pourquoi-brule-t-on-des\/<\/a> <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">** **<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\">Pour lire sur le net\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><a href=\"https:\/\/www.enssib.fr\/bibliotheque-numerique\/documents\/69422-pourquoi-brule-t-on-des-bibliotheques.pdf\">https:\/\/www.enssib.fr\/bibliotheque-numerique\/documents\/69422-pourquo<\/a> <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2014, \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de son livre, Denis Merklen accordait un entretien pour le site Q2C<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12915","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12915"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12915\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12917,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12915\/revisions\/12917"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12915"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}