{"id":13144,"date":"2023-10-08T02:41:03","date_gmt":"2023-10-08T00:41:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=13144"},"modified":"2023-10-05T09:44:01","modified_gmt":"2023-10-05T07:44:01","slug":"radicalite-de-mai-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2023\/10\/08\/radicalite-de-mai-68\/","title":{"rendered":"Radicalit\u00e9 de mai 68"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13136 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Smic-230929-282x300.jpg\" alt=\"\" width=\"422\" height=\"449\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Smic-230929-282x300.jpg 282w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Smic-230929.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 422px) 100vw, 422px\" \/><\/span><\/span><\/p>\n<h1 style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1967, Raoul Vaneigem publiait le <i>Trait\u00e9 de savoir-vivre \u00e0 l\u2019usage des jeunes g\u00e9n\u00e9rations<\/i>, certainement l\u2019ouvrage le plus subversif, incisif et d\u00e9cisif de son \u00e9poque<\/span><\/span><\/strong><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a href=\"https:\/\/lundi.am\/Radicalite-de-mai-68\">https:\/\/lundi.am\/Radicalite-de-mai-68<\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Extraits<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le soul\u00e8vement de mai 68 lui donna raison en tous points et l\u2019ouvrage devint le livre de chevet de toute une g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9volutionnaires. Raoul Vaneigem nous a confi\u00e9 ce nouveau texte\u00a0: par-del\u00e0 toute nostalgie morribonde, il revient sur la puissance et la <i>radicalit\u00e9<\/i> de 68 lorsqu\u2019il s\u2019agissait davantage de donner une r\u00e9alit\u00e9 exp\u00e9rimentale \u00e0 un projet r\u00e9volutionnaire que de le nommer. Il propose de puiser dans ce pass\u00e9 encore proche les apprentissages que requiert notre pr\u00e9sent\u00a0: la haine de l\u2019exploitation, l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019auto-organisation, la n\u00e9cessaire abolition de la marchandise. Il s\u2019agit de se doter d\u2019un lexique\u00a0: l\u2019\u00c9tat comme machine de d\u00e9chainement oppressif de sa propre nullit\u00e9, le travail comme double mouvement de pr\u00e9l\u00e8vement\/transformation de chair vive en force de production, et mai 68\u00a0: \u00ab\u00a0un grand mouvement subversif qui ne s\u2019\u00e9teignit qu\u2019en jurant de se r\u00e9it\u00e9rer\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">** **<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce que le mensonge journalistique ordinaire appelle \u201cles \u00e9v\u00e9nements de Mai 1968\u201d a surgi d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait florissante et les salaires assez \u00e9lev\u00e9s pour s\u2019investir dans la grande vague de colonisation consum\u00e9riste qui commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9ferler. En France, le conservatisme \u00e9tait encore stable, louvoyant, de bon aloi. Le progressisme pouvait s\u2019enorgueillir d\u2019un socialisme par\u00e9 des lauriers des vieilles luttes ouvri\u00e8res et d\u2019un Parti, dit communiste, dont l\u2019importance num\u00e9rique et chiliastique pesait sur l\u2019\u00e9chiquier politique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le capitalisme d\u00e9couvrait dans le secteur de la consommation une source de profits sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux que le secteur de la production et de son dynamisme industriel lui avait assur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin des \u00ab\u00a0ann\u00e9es cinquante.\u00a0\u00bb Les usines traditionnelles, o\u00f9 trimaient les salari\u00e9s, donn\u00e8rent en quelque sorte naissance \u00e0 ces v\u00e9ritables usines de consommation qu\u2019\u00e9taient les supermarch\u00e9s. L\u00e0, \u00e0 la diff\u00e9rence des cadences infernales, l\u2019insouciance et le laisser-aller \u00e9taient de mise. L\u2019attrait des plaisirs pr\u00eatait un sens \u00e0 l\u2019absurde labeur quotidien. Les lieux \u00e9taient d\u00e9volus \u00e0 une totale libert\u00e9, hormis l\u2019 imp\u00e9ratif absolu d\u2019en payer les acquis \u00e0 la sortie.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">On croyait s\u2019\u00e9vader du boulot, jouir d\u2019un centre de loisirs. En fait, on travaillait deux fois pour le m\u00eame patron. Comme producteur, en lui garantissant la plus-value habituelle, comme consommateur, en lui restituant son salaire pour prix d\u2019une verroterie de bon sauvage.<br \/>\nN\u2019y avait-il pas de surcro\u00eet \u2013 comble de la paix sociale\u00a0! &#8211; mati\u00e8re \u00e0 calmer l\u2019agressivit\u00e9 revendicatrice, \u00e0 assoupir la conscience de classe, \u00e0 faire le lit d\u2019un capitalisme heureux\u00a0?<br \/>\nUne r\u00e9alit\u00e9 miroitait dans les effets stroboscopiques des \u00e9dens de n\u00e9on. Son semblant de cr\u00e9dibilit\u00e9 autorisait le capitalisme \u00e0 proph\u00e9tiser une \u00e8re nouvelle. \u201c L\u2019\u00e9tat de bien-\u00eatre \u201d illustrait de fa\u00e7on plausible l\u2019id\u00e9ologie progressiste d\u2019une classe dominante qui s\u2019enorgueillissait de mener les prol\u00e9taires vers un monde meilleur. D\u00e9sormais, le sacrifice quotidien ne se perdrait plus dans les vaines esp\u00e9rances d\u2019une gloire c\u00e9leste, que les religions v\u00e9hiculaient de plus en plus p\u00e9niblement. L\u2019enfer du travail d\u00e9bouchait sur un paradis terrestre, livr\u00e9 cl\u00e9 sur porte.<br \/>\nLes conditions historiques, \u00e9conomiques, sociales, politiques, psychologiques \u00e9taient propices \u00e0 un obscurantisme invoquant le salut commun et pr\u00f4nant l\u2019instauration citoyenne d\u2019un bonheur \u00e0 hauteur de toutes les bourses.<br \/>\nLe \u201cWelfare state\u201d \u00e9tait ind\u00e9niablement un slogan plus convaincant que \u201c Arbeit macht frei. \u201d On aurait pu conjecturer qu\u2019il suscit\u00e2t une adh\u00e9sion massive. Or, ce qui se diffusa dans l\u2019air du temps fut, en d\u00e9pit de la propagande m\u00e9diatique, un fr\u00e9missement de r\u00e9pulsion, une r\u00e9action de d\u00e9go\u00fbt, un \u00e9c\u0153urement naus\u00e9eux. Il y eut &#8211; sans qu\u2019il s\u2019exprim\u00e2t \u00e0 haute voix \u2013 un rejet spontan\u00e9 de ce qui \u00e9tait pressenti comme une gigantesque escroquerie dont la vie ferait les frais.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce fut une \u00e9poque o\u00f9 se manifesta, tel un malaise \u00e9pid\u00e9mique, la d\u00e9chirure entre le trouble passionnel de l\u2019existence et l\u2019intelligence intellectuelle qui en rendait compte. Henri Lef\u00e8bvre avait attir\u00e9 l\u2019attention sur la <i>vie quotidienne<\/i>, qui rev\u00eatait les aspects d\u2019un objet d\u2019autant moins connu qu\u2019il \u00e9tait familier. A l\u2019intelligence sensible du corps empreint de d\u00e9sirs, Antonin Artaud opposait la fonctionnalit\u00e9 de l\u2019Esprit, dont la froide rationalit\u00e9 s\u2019employait en vain \u00e0 g\u00e9rer l\u2019instinct de vie. On e\u00fbt dit que, rechignant au bonheur morose qui gangrenait la chair et la pens\u00e9e, une inspiration rebelle issue de la Renaissance et des Lumi\u00e8res s\u2019\u00e9brouait de son silence et, de ses coups de semonce, houspillait furieusement le si\u00e8cle.<br \/>\nCe sont les lueurs de la conscience v\u00e9cue qui, d\u00e8s les ann\u00e9es 1960, alarm\u00e8rent sur l\u2019incompatibilit\u00e9 entre notre d\u00e9sir d\u2019exister et les repr\u00e9sentations fictives qui nous \u00e9taient impos\u00e9es sous le sceau de la r\u00e9alit\u00e9 objective.<br \/>\nBien que boycott\u00e9es de toutes parts et maintenues sous le boisseau, les id\u00e9es radicales d\u2019une poign\u00e9es de penseurs s\u2019\u00e9chinant tant bien que mal \u00e0 n\u2019\u00eatre pas des t\u00eates pensantes, explos\u00e8rent litt\u00e9ralement dans un grand mouvement subversif qui souleva Paris et la France pendant pr\u00e8s de deux mois. Il ne s\u2019\u00e9teignit qu\u2019en jurant de se r\u00e9it\u00e9rer. Depuis les flamboiements de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, de la Commune de Paris, des soviets russes de 1905 et de 1917, des collectivit\u00e9s libertaires espagnoles de 1936, il n\u2019y eut, en dehors du Mouvement des Occupations et de l\u2019intrusion zapatiste au Chiapas, qu\u2019une longue lassitude subversive, ponctu\u00e9e de tumultes sans grandes cons\u00e9quences.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">La naissance du <i>Joli Mai <\/i>fut marqu\u00e9e par une radicalit\u00e9 qui allait s\u2019ancrer dans l\u2019histoire et creuser pendant une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es une sape progressive des valeurs marchandes qui, depuis des si\u00e8cles, d\u00e9shumanisent les mentalit\u00e9s et les m\u0153urs.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vers 1960, la colonisation consum\u00e9riste dont les premi\u00e8res vagues allaient d\u00e9ferler mit en lumi\u00e8re l\u2019urgence d\u2019opposer \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme marchand <i>un projet de soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019humain l\u2019emporterait sur le profit<\/i>. Ce projet existait mais les mains qui le portaient d\u00e9goulinaient du sang des prol\u00e9taires massacr\u00e9s au nom du prol\u00e9tariat. Les makhnovistes \u00e9cras\u00e9s par L\u00e9nine, les marins de Cronstadt fusill\u00e9s par Trotski illustraient &#8211; sans patauger plus avant dans les abattoirs de Staline et de Mao \u2013 la vocation \u00e9mancipatrice du pr\u00e9tendu communisme. Lorsque le tsunami mercantile eut raison du mouvement de Mai 1968, ce fut avec la complicit\u00e9 des palotins politiques et syndicaux dont les r\u00e9sidus tentent aujourd\u2019hui d\u2019exorciser leur peur des Gilets jaunes et du refus des chefs.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le projet de soci\u00e9t\u00e9 humaine avait moins besoin d\u2019un nom\u00a0que d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 exp\u00e9rimentale. Les collectivit\u00e9s libertaires de la r\u00e9volution espagnole eurent le temps de d\u00e9montrer, avant d\u2019\u00eatre \u00e9cras\u00e9s par les staliniens, que vivre selon ses d\u00e9sirs dans une soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019emploie \u00e0 les harmoniser, est parfaitement possible. Auto-organisation, acratie, pouvoir du peuple pour et par le peuple, junte de bon gouvernement, zone d\u2019autod\u00e9fense du vivant, risquent de n\u2019\u00eatre que des appellations de perchoirs intellectuels si elles n\u2019\u00e9manent pas de cette priorit\u00e9 absolue qu\u2019est le retour \u00e0 la vie.<br \/>\nTous les modes de gestion de l\u2019homme et de la femme ont, sans exception aucune, instaur\u00e9 la pr\u00e9\u00e9minence de l\u2019inhumain. L\u2019autogestion de la vie quotidienne est le seul choix qui nous reste.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s la d\u00e9faite du Mouvement des Occupations de Mai 1968 \u2013 et pendant un demi-si\u00e8cle &#8211; , la machine \u00e0 d\u00e9cerveler publicitaire se mit au service du politique et travailla sans rel\u00e2che \u00e0 l\u2019avilissement des consciences.<br \/>\nCependant, l\u2019<i>intelligence sensible<\/i> ne dort que d\u2019un \u0153il. On s\u2019en avise au d\u00e9clin d\u2019un consum\u00e9risme qui, \u00e9rod\u00e9 par la paup\u00e9risation croissante, \u00e9teint aujourd\u2019hui ses n\u00e9ons. Le tocsin des pillages retentit non loin des paradis consommables. On voit ainsi resurgir de sa semi-clandestinit\u00e9 une critique radicale qui, d\u00e8s l\u2019amorce des ann\u00e9es 1960, avait attaqu\u00e9 \u00e0 la hache le projet eschatologique d\u2019une f\u00e9licit\u00e9 concoct\u00e9e par le libre-\u00e9change.<br \/>\nFaut-il le rappeler\u00a0? Le libre-\u00e9change est la pratique \u00e9conomique \u00e0 laquelle on doit l\u2019essor de la marchandise, la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime et la disparition de l\u2019immobilisme agraire, la libert\u00e9 du commerce et le commerce de la libert\u00e9, qui sert si bien d\u2019enseigne \u00e0 la boutique des d\u00e9mocraties totalitaires.<br \/>\nL\u2019ironie de l\u2019histoire a voulu que la libert\u00e9 de l\u2019homme et des id\u00e9es s\u2019autoris\u00e2t de la libre circulation des marchandises pour susciter un mouvement d\u2019\u00e9mancipation humaine, r\u00e9solu de combattre les despotismes, \u00e0 commencer par celui qu\u2019avait \u00e9rig\u00e9 ce m\u00eame libre-\u00e9change qui avait, en 1793, d\u00e9capit\u00e9 l\u2019absolutisme de droit divin.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au nombre des acquis de Mai 1968, il faut compter le m\u00e9pris et le refus du travail. Le c\u00e9l\u00e8bre slogan \u00ab\u00a0Ne travaillez jamais\u00a0!\u00a0\u00bb n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 qu\u2019un glaviot \u00e0 ses thurif\u00e9raires s\u2019il ne nous rem\u00e9morait que ce qui constitue par excellence le propre de l\u2019\u00eatre humain, c\u2019est la cr\u00e9ation, la facult\u00e9 de se construire en reconstruisant le monde. Un des pires crimes de la civilisation marchande est d\u2019avoir d\u00e9natur\u00e9 la cr\u00e9ation en la r\u00e9duisant \u00e0 cette transformation de l\u2019\u00eatre en objet, que l\u2019on appelle travail.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le travail est une activit\u00e9 parasitaire. Ah la belle hypocrisie que le m\u00e9pris du labeur chez les aristocrates du pass\u00e9. Sous un h\u00e9donisme de bravache, ils n\u2019avaient de cesse de travailler \u00e0 faire travailler les autres. Les bourgeois, eux, ne s\u2019en cachaient pas. Ils en \u00e9taient fiers. Parfois, dans le dynamisme industriel, ils laissaient la cr\u00e9ativit\u00e9 cligner d\u2019un \u0153il et leur fourbir l\u2019une ou l\u2019autre innovation utile au profit et accessoirement \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Avec la paup\u00e9risation et le d\u00e9clin du secteur de la consommation, ils ont d\u00fb se rabattre sur un productivisme qu\u2019ils avaient d\u00e9laiss\u00e9 pour plonger directement la main dans la poche des fl\u00e2neurs de supermarch\u00e9s. Les exigences budg\u00e9tivores du profit privil\u00e9gient, aux d\u00e9pens de tout b\u00e9n\u00e9fice social, de grands travaux inutiles &#8211; trains \u00e0 grande vitesse, autoroutes, complexes h\u00f4teliers et touristiques, 5G, capture des eaux, abattage des for\u00eats. <i>Mettre fin au capitalisme, c\u2019est en finir avec le travail. <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le refus du travail entra\u00eene entre autres cons\u00e9quences l\u2019abolition de ce sacrifice originel qui exige de pr\u00e9lever, jour apr\u00e8s jour, une livre de chair vive pour la transformer en force de production. \u00c9rig\u00e9s par toutes les religions sans exception, les autels o\u00f9 le sang de la mutilation existentielle obligatoire coulait \u00e0 flot ont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et ritualis\u00e9 la culpabilit\u00e9. Car o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, on ne satisfait jamais assez aux normes, on ne travaille, on ne s\u2019\u00e9change, on ne s\u2019\u00e9conomise jamais assez. La peur et la culpabilit\u00e9 ne nous l\u00e2chent pas d\u2019un pouce. Ses gendarmes infestent nos labyrinthes existentiels.<br \/>\nDe cette existence-l\u00e0, nous ne voulons plus. Nous voulons vivre et non survivre, tel est le cri dont le Mouvement des Occupations s\u2019est fait le porte-voix.<br \/>\nL\u2019ironie de l\u2019histoire a plus d\u2019un tour dans son sac. Alors que le renoncement, l\u2019autoflagellation, le puritanisme \u00e9taient inh\u00e9rents \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de produire, l\u2019importance croissante du secteur de la consommation se mit &#8211; par pure cupidit\u00e9 &#8211; \u00e0 valoriser les plaisirs, \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer l\u2019h\u00e9donisme, \u00e0 c\u00e9der \u00e0 la tentation d\u2019assouvir ses envies en \u00e9change d\u2019un peu de monnaie. Si frelat\u00e9e que f\u00fbt la d\u00e9mocratie de supermarch\u00e9, c\u2019\u00e9tait une d\u00e9mocratie de proximit\u00e9, on y choisissait librement de quoi se satisfaire dans ce luxe d\u2019abondance, que hantait, en nos profondeurs ancestrales, le mythe de l\u2019Age d\u2019Or.<br \/>\nNous avons sous-estim\u00e9 ce qu\u2019il y avait de chiliastique dans le g\u00e9nie du capitalisme. Or, ce g\u00e9nie, c\u2019est le capitalisme lui-m\u00eame qui nous remontre aujourd\u2019hui qu\u2019il est de pacotille, comme les libert\u00e9s qu\u2019il faut payer pour franchir une caisse enregistreuse h\u00e9riss\u00e9e de matraques.<br \/>\nOn invoquait la ru\u00e9e vers l\u2019or et voil\u00e0 que les filons sont taris, sinon pour les gestionnaires des profits ultimes, du moins pour les d\u00e9mocrates de supermarch\u00e9.<br \/>\nImpossible de faire marche arri\u00e8re. Le pouvoir s\u2019est pris \u00e0 sa propre nasse. Le mensonge s\u2019est si bien rapproch\u00e9 des flammes de la vie qu\u2019elles le consument. Le refus de toute autorit\u00e9, de tout Pouvoir, la\u00efc ou religieux, que pr\u00e9conisait le courant libertaire avait pu para\u00eetre outrecuidant ou excessif. Que dire de la d\u00e9sinvolture pour le moins dissolvante avec laquelle les rayonnages des grandes aires de distribution laissent s\u2019avoisiner la Bible et le godemich\u00e9 en n\u2019\u00e9tablissant entre eux d\u2019autre diff\u00e9rence que leur prix\u00a0? On conviendra que la d\u00e9marche ne joue pas en faveur de la saintet\u00e9 ni du caract\u00e8re respectable du contenu sous emballage. En se sacralisant, la marchandise a tout d\u00e9sacralis\u00e9. On s\u2019en r\u00e9jouirait si, dans la m\u00eame vol\u00e9e, elle n\u2019emportait pas vers le n\u00e9ant la barbarie et la r\u00e9sistance \u00e0 la barbarie.<br \/>\nLe profit qui ne produit rien d\u2019autre que lui-m\u00eame propage un nihilisme qui arase pareillement les valeurs humaines et les instruments qui les d\u00e9shumanisent.<br \/>\nLa seule \u00e9vidence \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s, c\u2019est l\u2019incompatibilit\u00e9 de la conscience du vivant avec un syst\u00e8me qui la d\u00e9truit.<br \/>\nIl n\u2019y a pas de dialogue avec l\u2019\u00c9tat. Il n\u2019est plus que le <i>d\u00e9cha\u00eenement oppressif de sa propre nullit\u00e9<\/i>. Qu\u2019on ne nous accuse pas de vouloir l\u2019abattre, il s\u2019abat de lui-m\u00eame. Tout simplement, nous ne voulons pas qu\u2019il s\u2019abatte sur nous.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L\u2019autogestion hante le monde<\/i><br \/>\nElle est n\u00e9e d\u2019un rappel \u00e0 la vie, qui sort de son cauchemar une existence r\u00e9duite \u00e0 survivre en travaillant \u00e0 s\u2019appauvrir.<br \/>\nNous ne sommes pas n\u00e9s pour assumer un destin de b\u00eates de sommes, ni pour masquer sous des r\u00f4les de prestige, de plus en plus pitoyables, l\u2019insupportable m\u00e9diocrit\u00e9 d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019entraide est sacrifi\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9dation, l\u2019effusion amoureuse \u00e0 la haine, l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019avoir, la femme, l\u2019homme et l\u2019enfant \u00e0 la marchandise.<br \/>\nLa jungle est le mod\u00e8le social de la civilisation marchande. Maintenant que la <i>chose<\/i> est patente et qu\u2019il se publie partout que le capitalisme nuit gravement \u00e0 la sant\u00e9, quand allons-nous jeter les bases d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 humaine\u00a0? La question est captieuse, car la r\u00e9ponse est pr\u00e9sente partout o\u00f9 le refus des nuisances pr\u00e9lude \u00e0 la cr\u00e9ation des zones d\u2019autod\u00e9fense du vivant. Red\u00e9couvrant leur fertilit\u00e9 spontan\u00e9e, notre corps et notre terre sont la base d\u2019une civilisation radicalement nouvelle. Le g\u00e9nie d\u2019\u00eatres humains passionn\u00e9s par l\u2019invention du vivant me para\u00eet plus important que les rituels d\u2019exorcismes cens\u00e9s accabler une civilisation de mort, aujourd\u2019hui moribonde.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019autogestion \u00e9mane davantage de la sensibilit\u00e9 vitale que de la rationalit\u00e9 intellectuelle qui pr\u00e9tend la g\u00e9rer. Il est important que son expression po\u00e9tique l\u2019emporte sur un langage s\u00e9par\u00e9 du v\u00e9cu. Un mot d\u2019ordre est toujours aux ordres d\u2019un ma\u00eetre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019autogestion rel\u00e8ve de l\u2019autod\u00e9fense immunitaire. Elle n\u2019a besoin pour se d\u00e9velopper que de la conscience humaine qui donne son sens \u00e0 la nature. Elle est \u00e0 la bifurcation de deux chemins, l\u2019un o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 joue son devenir, l\u2019autre o\u00f9 elle s\u2019an\u00e9antit.<br \/>\nIl est bon de ne pas l\u2019oublier\u00a0: la vie \u00e0 laquelle on renonce a t\u00f4t fait de s\u2019inverser. Le chant de la terre et du vivant s\u2019ab\u00eeme en une c\u00e9l\u00e9bration fun\u00e8bre. La haine se repa\u00eet de l\u2019\u00e9nergie \u00e9perdue dont l\u2019amour s\u2019est d\u00e9parti. La menace s\u2019intensifie chaque fois que la pr\u00e9dation l\u2019emporte sur l\u2019entraide.<br \/>\nLe danger r\u00e9sulte d\u2019une structure caract\u00e9rielle qui, en entravant l\u2019instinct de vie en chacun de nous, propage une <i>peste \u00e9motionnelle<\/i> d\u00e9vastatrice. Celle-ci s\u00e9vit de l\u2019extr\u00eame droite \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche. On l\u2019a vue \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur l\u2019\u00e9chiquier o\u00f9 le principe du \u00ab\u00a0diviser pour r\u00e9gner,\u00a0\u00bb inh\u00e9rent \u00e0 tout Pouvoir, incitait les citoyens \u00e0 s\u2019\u00e9charper pour une \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb de vaccins.<br \/>\nLes esclaves qui se combattent les uns les autres sont la b\u00e9n\u00e9diction des ma\u00eetres. Dans la guerre picrocholine des inoculations contre le coronavirus, les monopoles pharmaceutiques s\u2019empress\u00e8rent de ramasser la mise et de r\u00e9tribuer leurs complices.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, cursive;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le vivant tend \u00e0 l\u2019unit\u00e9. Sa conscience met fin \u00e0 la s\u00e9paration que la division du travail en fonction intellectuelle et fonction manuelle a propag\u00e9e partout. L\u2019entraide autogestionnaire implique le d\u00e9passement des contraires.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1967, Raoul Vaneigem publiait le Trait\u00e9 de savoir-vivre \u00e0 l\u2019usage des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, certainement l\u2019ouvrage le plus subversif, incisif et d\u00e9cisif de son \u00e9poque<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13144","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13144"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13144\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13145,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13144\/revisions\/13145"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13144"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}