{"id":13885,"date":"2024-04-10T02:35:09","date_gmt":"2024-04-10T00:35:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=13885"},"modified":"2024-04-08T11:37:21","modified_gmt":"2024-04-08T09:37:21","slug":"sortir-du-capitalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2024\/04\/10\/sortir-du-capitalisme\/","title":{"rendered":"Sortir du capitalisme\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-13875 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Taxons-2-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"444\" height=\"299\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Taxons-2-300x202.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Taxons-2.jpg 485w\" sizes=\"auto, (max-width: 444px) 100vw, 444px\" \/><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>Des exemples pour rompre avec le consum\u00e9risme<\/strong><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un recoin de France, des paysans-boulangers trentenaires vivant dans une yourte ont b\u00e2ti un quotidien qui a voulu rompre avec les flux de consommation mondialis\u00e9s. Une enqu\u00eate sociologique de six ans dans ce bocage o\u00f9 l\u2019on veut vivre \u00ab\u00a0les pieds sur terre\u00a0\u00bb. (Gilles Fumey)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans de nombreux pays du monde o\u00f9 les subsistances ne sont pas assur\u00e9es, la vie de tous les jours est un combat pour la survie. Mais dans les pays du Nord global, certains refusent ce qu\u2019on appelle le confort pour mener un combat qui s\u2019impose \u00e0 eux devant la catastrophe annonc\u00e9e: construire une autonomie \u00e9cologique. Ils revoient le flux des mati\u00e8res, l\u2019entraide, les circuits courts. Ils d\u00e9cident de tout larguer, de vivre au milieu d\u2019un champ dans une yourte, sans eau courante, ni connexion au r\u00e9seau \u00e9lectrique (mais avec un panneau solaire pour trois prises dont une pour l\u2019informatique), du chauffage au bois, de l\u2019eau de pluie filtr\u00e9e. Ils revendiquent de d\u00e9pendre, pour se nourrir, d\u2019un potager, de deux vaches, six moutons, deux ch\u00e8vres, quelques dizaines de poules et quelques ruches. Ils se satisfont de quelques trois cents euros n\u00e9cessaires \u00e0 des achats techniques venant de la vente de pain au levain sur les march\u00e9s deux fois par semaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">** **<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rience de Myriam et Florian perdure depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie et int\u00e9resse la sociologue ethnocomptable Genevi\u00e8ve Pruvost qui passe au peigne fin cette aventure radicale d\u2019une maisonn\u00e9e qui n\u2019a besoin de rien d\u2019autre, qui ne veut rien de l\u2019\u00c9tat, y compris pour la petite Lola (qui n\u2019a que trois ans). Tel est cet acte fort de militantisme pour contester nos d\u00e9pendances aux objets, \u00e0 l\u2019\u00e9nergie mondialis\u00e9e et pour dire que des alternatives \u2013 dans les pays du Nord global, r\u00e9p\u00e9tons-le \u2013 sont possibles. La sociologue raconte cette histoire qui n\u2019est pas si singuli\u00e8re pour elle, tant elle a connu du Larzac \u00e0 Notre-Dame-des-Landes, des vies en marge du monde. Le livre <em>La subsistance au quotidien<\/em> d\u00e9taille ce qui fait les journ\u00e9es de Myriam et Florian qui partagent avec d\u2019autres familles, soit une quarantaine de personnes, cette vie dans un village non nomm\u00e9 dans le livre pour ne pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9. Une vie marqu\u00e9e par des bifurcations de citadins rejoignant la galaxie des villages en transition, des hameaux perdus, des tiers-lieux, des fermes pratiquant souvent la permaculture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Baba speed<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paresseux, planqu\u00e9s, grincheux, r\u00e2leurs: cette vie-l\u00e0 n\u2019est pas faite pour vous! Tout ce que vous ferez avec les n\u00e9oruraux est politique. Ne parlez pas d\u2019horaires, de vacances, de droits: chacun prend sa part, comme les deux paysans boulangers qui alignent quatre-vingt-dix heures par semaine (un chiffre qui n\u2019a pas de sens pour eux) et sept jours sur sept. Genevi\u00e8ve Pruvost pr\u00e9vient qu\u2019on est loin des <em>baba cool<\/em> des ann\u00e9es 1970, c\u2019est m\u00eame tout l\u2019inverse. Puisqu\u2019ils ne comptent pas leur temps, ces <em>baba speed<\/em> revendiquent leur bonheur d\u2019\u00eatre en phase avec la nature, pour leur \u00e9nergie domestique, leur alimentation et que tout n\u2019en est que plus riche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une cartographie situe le groupe \u00e0 huit kilom\u00e8tres d\u2019une ville de 5\u00a0400 habitants, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de gros bourgs et une bonne quarantaine d\u2019une autre ville de 65\u00a0000 habitants o\u00f9 se situent le meunier et le magasin de bricolage. 250 pages d\u00e9taillent neuf jours de maniement des objets, de techniques, moyens financiers, plantes et animaux dans diff\u00e9rents cycles d\u2019\u00e9changes en argent, en nature, en paroles, consign\u00e9s parfois montre en main \u00ab<em>pour conter ce qui compte<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit comment Florian et Myriam doivent abandonner leur r\u00eave d\u2019\u00eatre agriculteurs parce que les terres qu\u2019ils convoitaient vont \u00e0 l\u2019agriculture industrielle et chimique. La sociologue explique comment le couple vit en locavores, quelles sont les relations d\u2019entraide ou de conflits, avec des voisins qui les attaquent en justice, avec les syndicats qui les aident ou les d\u00e9fient\u2026 Quelles sont les relations de commerce, comment s\u2019organise leur comptabilit\u00e9, y compris celle des dons en nature, des v\u00eatements chin\u00e9s, des meubles Emma\u00fcs. Comment vivent ces paysans-boulangers avec d\u2019incessantes tracasseries administratives?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la diff\u00e9rence des amishs qui n\u2019ont pas c\u00e9d\u00e9 aux moteurs thermiques pour leurs d\u00e9placements, Myriam et Florian utilisent des \u00e9quipements publics (parfois un lavomatique), se d\u00e9brouillent suffisamment en m\u00e9canique pour entretenir de (vieux) tracteurs. Il faut des comp\u00e9tences techniques qui ne sont pas \u00e0 la port\u00e9e du premier venu. Les d\u00e9bats poussent le collectif \u00e0 respecter au maximum la nature (ne pas forc\u00e9ment couper les ronces sur un sentier), abandonner le rapport laborieux au monde, \u00ab<em>revendiquer l\u2019improductivit\u00e9 pour faire advenir un monde po\u00e9tique<\/em>\u00bb. Parmi les habitantes, plusieurs se r\u00e9clament de l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et revendiquent une extension de cette zone mi-sauvage, mi-domestique. L\u2019enjeu? \u00ab<em>Trouver des voies de traverse, en jouant sur le pouvoir de f\u00e9condit\u00e9 du monde vivant qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019enr\u00f4lement.<\/em>\u00bb<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/geographies-en-mouvement\/blog\/290324\/sortir-du-capitalisme#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ces Robinson Cruso\u00e9 sont d\u2019une hyper-sociabilit\u00e9. Ils veulent \u00e9viter autant que possible l\u2019organisation internationale du travail. Ils renvoient \u00e0 ce qui se vit souvent dans le Sud global. Veulent-ils revendiquer une classe \u00e9cologique? Pas s\u00fbr. Ils questionnent nos modes de vie. Pour Genevi\u00e8ve Pruvost, leur labeur est v\u00e9cu dans un \u00ab<em>halo ludique et un \u00e9merveillement qui rend inop\u00e9rantes les cat\u00e9gories de travail et hors travail. Tel est le luxe des r\u00e9gions pacifi\u00e9es<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la France? Ces alternatifs du quotidien se voient attribuer de maigres portions du territoire, enclav\u00e9es et, dans les villes m\u00e9tropolitaines, de rares ateliers-jardins-tiers lieux. Pendant ce temps, la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re de terres arables se concentre, au point que les propri\u00e9taires \u00ab<em>n\u2019ont plus besoin de faire village<\/em>\u00bb. La sociologue avance que \u00ab<em>le prisme du f\u00e9minisme de la subsistance et de l\u2019ethnocomptabilit\u00e9 permet de repenser la g\u00e9ographie et l\u2019intensit\u00e9 des luttes en r\u00e9\u00e9valuant la place de l\u2019\u00e9cologie vivri\u00e8re et m\u00e9nag\u00e8re dans l\u2019\u00e9ventail des mobilisations collectives<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Attention, redisons-le: l\u2019id\u00e9e n\u2019est pas de vivre en autarcie. La yourte n\u2019est pas une \u00eele d\u00e9serte, mais bien enkyst\u00e9e dans un r\u00e9seau. On pressent, en reliant l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 celle d\u00e9crite par Jean-Luc Mayaud dans ses livres sur les campagnes d\u2019autrefois, que l\u2019entraide dans les villages n&rsquo;a pas disparu. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 certains se demandent comment se d\u00e9barrasser des r\u00e9seaux sociaux n\u00e9s d\u2019outils californiens, l\u2019enqu\u00eate a un immense int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">** **<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Notes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/geographies-en-mouvement\/blog\/290324\/sortir-du-capitalisme#_ftnref1\">[1]<\/a> A. Chopot, L. Balaud, <em>Nous ne sommes pas seuls. Politiques des soul\u00e8vements terrestres,<\/em> Paris, Seuil, 2021.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve Pruvost, <a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/la_subsistance_au_quotidien-9782348074202\"><em>La Subsistance au quotidien<\/em><\/a><em>,<\/em> La D\u00e9couverte, coll. \u00abl\u2019Horizon des possibles\u00bb, , 2024, 464 pp., 28 \u20ac<\/p>\n<p>2) Pruvost a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/quotidien_politique-9782348078675\"><em>Quotidien politique. F\u00e9minisme, \u00e9cologie, subsistance<\/em><\/a><em>,<\/em> La D\u00e9couverte poche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alimentation, soin, \u00e9nergie\u2026 Les objets de nos quotidiens sont politiques. Selon une perspective f\u00e9ministe, \u00e9cologique, pragmatiste et radicale, faisant valoir les r\u00e9seaux relationnels et les savoir-faire, l\u2019autrice montre que le quotidien est politique et explore le \u00ab f\u00e9minisme de subsistance \u00bb, tra\u00e7ant des voies de sortie du capitalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des exemples pour rompre avec le consum\u00e9risme<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13885","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13885","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13885"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13885\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13886,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13885\/revisions\/13886"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13885"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13885"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13885"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}