{"id":14536,"date":"2024-10-19T02:53:05","date_gmt":"2024-10-19T00:53:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=14536"},"modified":"2024-10-14T11:05:59","modified_gmt":"2024-10-14T09:05:59","slug":"lideologie-sociale-de-la-bagnole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2024\/10\/19\/lideologie-sociale-de-la-bagnole\/","title":{"rendered":"L\u2019id\u00e9ologie sociale de la bagnole"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-14523 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Palestine-241011-222x300.jpg\" alt=\"\" width=\"444\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Palestine-241011-222x300.jpg 222w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Palestine-241011.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 444px) 100vw, 444px\" \/><\/span><\/span><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Un texte d\u2019Andr\u00e9 Gorz datant de 1973 !<\/strong><br \/>\n<\/span><\/span><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il invite \u00e0 \u00ab\u00a0ne jamais poser le probl\u00e8me du transport isol\u00e9ment, toujours le lier au probl\u00e8me de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l\u2019existence\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le vice profond des bagnoles, c\u2019est qu\u2019elles sont comme les ch\u00e2teaux ou les villas sur la C\u00f4te\u00a0: des biens de luxe invent\u00e9s pour le plaisir exclusif d\u2019une minorit\u00e9 de tr\u00e8s riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019aspirateur, de l\u2019appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d\u2019usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la c\u00f4te, n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019avantages que dans la mesure o\u00f9 la masse n\u2019en dispose pas. C\u2019est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se d\u00e9mocratise pas\u00a0: si tout le monde acc\u00e8de au luxe, plus personne n\u2019en tire d\u2019avantages\u00a0; au contraire\u00a0: tout le monde roule, frustre et d\u00e9poss\u00e8de les autres et est roul\u00e9, frustr\u00e9 et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 par eux.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La chose est assez commun\u00e9ment admise, s\u2019agissant des villas sur la c\u00f4te. Aucun d\u00e9magogue n\u2019a encore os\u00e9 pr\u00e9tendre que d\u00e9mocratiser le droit aux vacances, c\u2019\u00e9tait appliquer le principe\u00a0: une villa avec plage priv\u00e9e pour chaque famille fran\u00e7aise. Chacun comprend que si chacune des treize ou quatorze millions de familles devait disposer ne serait-ce que dix m\u00e8tres de c\u00f4te, il faudrait 140\u00a0000\u00a0kilom\u00e8tres de plages pour que tout le monde soit servi\u00a0! En attribuer \u00e0 chacun sa portion, c\u2019est d\u00e9couper les plages en bandes si petites \u2014 ou serrer les villas si pr\u00e8s les unes contre les autres \u2014 que leur valeur d\u2019usage en devient nulle et que dispara\u00eet leur avantage par rapport \u00e0 un complexe h\u00f4telier. Bref, la d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s aux plages n\u2019admet qu\u2019une seule solution\u00a0: la solution collectiviste. Et cette solution passe obligatoirement par la guerre au luxe que constituent les plages priv\u00e9es, privil\u00e8ges qu\u2019une petite minorit\u00e9 s\u2019arroge aux d\u00e9pens de tous.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, ce qui est parfaitement \u00e9vident pour les plages, pourquoi n\u2019est-ce pas commun\u00e9ment admis pour les transports\u00a0? Une bagnole, de m\u00eame qu\u2019une villa avec plage, n\u2019occupe-t-elle pas un espace rare\u00a0? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chauss\u00e9e (pi\u00e9tons, cycliste, usagers des trams ou bus)\u00a0? Ne perd-elle pas toute valeur d\u2019usage quand tout le monde utilise la sienne\u00a0? Et pourtant les d\u00e9magogues abondent, qui affirment que chaque famille a droit \u00e0 au moins une bagnole et que c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9tat\u00a0\u00bb qu\u2019il appartient de faire en sorte que chacun puisse stationner \u00e0 son aise, rouler \u00e0 150 km\/h, sur les routes du week-end ou des vacances.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La monstruosit\u00e9 de cette d\u00e9magogie saute aux yeux et pourtant la gauche ne d\u00e9daigne pas d\u2019y recourir. Pourquoi la bagnole est-elle trait\u00e9e en vache sacr\u00e9e\u00a0? Pourquoi, \u00e0 la diff\u00e9rence des autres biens \u00ab\u00a0privatifs\u00a0\u00bb, n\u2019est-elle pas reconnue comme un luxe antisocial\u00a0? La r\u00e9ponse doit \u00eatre cherch\u00e9e dans les deux aspects suivants de l\u2019automobilisme.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"nh1\"><\/a><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">1. L\u2019automobilisme de masse mat\u00e9rialise un triomphe absolu de l\u2019id\u00e9ologie bourgeoise au niveau de la pratique quotidienne\u00a0: il fonde et entretient en chacun la croyance illusoire que chaque individu peut pr\u00e9valoir et s\u2019avantager aux d\u00e9pens de tous. L\u2019\u00e9go\u00efsme agressif et cruel du conducteur qui, \u00e0 chaque minute, assassine symboliquement \u00ab\u00a0les autres\u00a0\u00bb, qu\u2019il ne per\u00e7oit plus que comme des g\u00eanes mat\u00e9rielles et des obstacles \u00e0 sa propre vitesse. Cet \u00e9go\u00efsme agressif et comp\u00e9titif est l\u2019av\u00e8nement, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019automobilisme quotidien, d\u2019un comportement universellement bourgeois (\u00ab\u00a0On ne fera jamais le socialisme avec ces gens-l\u00e0\u00a0\u00bb, me disait un ami est-allemand, constern\u00e9 par le spectacle de la circulation parisienne).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">2. L\u2019automobile offre l\u2019exemple contradictoire d\u2019un objet de luxe qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9valoris\u00e9 par sa propre diffusion. Mais cette d\u00e9valorisation pratique n\u2019a pas encore entra\u00een\u00e9 sa d\u00e9valorisation id\u00e9ologique\u00a0: le mythe de l\u2019agr\u00e9ment et de l\u2019avantage de la bagnole persiste alors que les transports collectifs, s\u2019ils \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, d\u00e9montreraient une sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9clatante. La persistance de ce mythe s\u2019explique ais\u00e9ment\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019automobilisme individuel a \u00e9vinc\u00e9 les transports collectifs, modifi\u00e9 l\u2019urbanisme et l\u2019habitat et transf\u00e9r\u00e9 sur la bagnole des fonctions que sa propre diffusion a rendues n\u00e9cessaires. Il faudra une r\u00e9volution id\u00e9ologique (\u00ab\u00a0culturelle\u00a0\u00bb) pour briser ce cercle. Il ne faut \u00e9videmment pas l\u2019attendre de la classe dominante (de droite ou de gauche).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voyons maintenant ces deux points de plus pr\u00e8s. Quand la voiture a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e, elle devait procurer \u00e0 quelques bourgeois tr\u00e8s riches un privil\u00e8ge tout \u00e0 fait in\u00e9dit\u00a0: celui de rouler beaucoup plus vite que tous les autres. Personne, jusque-l\u00e0, n\u2019y avait encore song\u00e9\u00a0: la vitesse des diligences \u00e9tait sensiblement la m\u00eame, que vous fussiez riches ou pauvres\u00a0; la cal\u00e8che du seigneur n\u2019allait pas plus vite que la charrette du paysan, et les trains emmenaient tout le monde \u00e0 la m\u00eame vitesse (ils n\u2019adopt\u00e8rent des vitesses diff\u00e9renci\u00e9es que sous la concurrence de l\u2019automobile et de l\u2019avion). Il n\u2019y avait donc pas, jusqu\u2019au tournant du dernier si\u00e8cle, une vitesse de d\u00e9placement pour l\u2019\u00e9lite, une autre pour le peuple. L\u2019auto allait changer cela\u00a0: elle \u00e9tendait, pour la premi\u00e8re fois, la diff\u00e9rence de classe \u00e0 la vitesse et au moyen de transport.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Autant de clients de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re que d\u2019automobilistes<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce moyen de transport parut d\u2019abord inaccessible \u00e0 la masse tant il \u00e9tait diff\u00e9rent des moyens ordinaires\u00a0: il n\u2019y avait aucune mesure entre l\u2019automobile et tout la reste\u00a0: la charrette, le chemin de fer, la bicyclette ou l\u2019omnibus \u00e0 cheval. Des \u00eatres d\u2019exception se promenaient \u00e0 bord d\u2019un v\u00e9hicule autotract\u00e9, pesant une bonne tonne, et dont les organes m\u00e9caniques, d\u2019une complication extr\u00eame, \u00e9taient d\u2019autant plus myst\u00e9rieux que d\u00e9rob\u00e9s aux regards. Car il y avait aussi cet aspect-l\u00e0, qui pesa lourd dans le mythe automobile\u00a0: pour la premi\u00e8re fois, des hommes chevauchaient des v\u00e9hicules individuels dont les m\u00e9canismes de fonctionnement leur \u00e9taient totalement inconnus, dont l\u2019entretien et m\u00eame l\u2019alimentation devaient \u00eatre confi\u00e9s par eux \u00e0 des sp\u00e9cialistes.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour la premi\u00e8re fois, des hommes chevauchaient des v\u00e9hicules individuels dont les m\u00e9canismes de fonctionnement leur \u00e9taient totalement inconnus<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Paradoxe de la voiture automobile\u00a0: en apparence, elle conf\u00e9rait \u00e0 ses propri\u00e9taires une ind\u00e9pendance illimit\u00e9e, leur permettant de se d\u00e9placer aux heures et sur les itin\u00e9raires de leur choix \u00e0 une vitesse \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 celle du chemin de fer. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, cette autonomie apparente avait pour envers une d\u00e9pendance radicale\u00a0: \u00e0 la diff\u00e9rence du cavalier, du charretier ou du cycliste, l\u2019automobiliste allait d\u00e9pendre pour son alimentation en \u00e9nergie, comme d\u2019ailleurs pour la r\u00e9paration de la moindre avarie, des marchands et sp\u00e9cialistes de la carburation, de la lubrification, de l\u2019allumage et de l\u2019\u00e9change de pi\u00e8ces standard. \u00c0 la diff\u00e9rence de tous les propri\u00e9taires pass\u00e9s de moyens de locomotion l\u2019automobiliste allait avoir un rapport d\u2019usager et de consommateur &#8211; et non pas de possesseur et de ma\u00eetre &#8211; au v\u00e9hicule dont, formellement, il \u00e9tait le propri\u00e9taire. Ce v\u00e9hicule, autrement dit, allait l\u2019obliger \u00e0 consommer et \u00e0 utiliser une foule de services marchands et de produits industriels que seuls des tiers pourraient lui fournir. L\u2019autonomie apparente du propri\u00e9taire d\u2019une automobile recouvrait sa radicale d\u00e9pendance.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les magnats du p\u00e9trole per\u00e7urent les premiers le parti que l\u2019on pourrait tirer d\u2019une large diffusion de l\u2019automobile\u00a0: si le peuple pouvait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 rouler en voiture \u00e0 moteur, on pourrait lui vendre l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 sa propulsion. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, les hommes deviendraient tributaires pour leur locomotion d\u2019une source d\u2019\u00e9nergie marchande. Il y aurait autant de clients de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re que d\u2019automobilistes \u2014 et comme il y aurait autant d\u2019automobilistes que de familles, le peuple tout entier allait devenir client des p\u00e9troliers. La situation dont r\u00eave tout capitaliste allait se r\u00e9aliser\u00a0: tous les hommes allaient d\u00e9pendre pour leurs besoins quotidiens d\u2019une marchandise dont une seule industrie d\u00e9tiendrait le monopole.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il ne restait qu\u2019\u00e0 amener le peuple \u00e0 rouler en voiture. Le plus souvent, on croit qu\u2019il ne se fit pas prier\u00a0: il suffisait, par la fabrication en s\u00e9rie et le montage \u00e0 la cha\u00eene, d\u2019abaisser suffisamment le prix d\u2019une bagnole\u00a0; les gens allaient se pr\u00e9cipiter pour l\u2019acheter. Il se pr\u00e9cipit\u00e8rent bel et bien, sans se rendre compte qu\u2019on les menait par le bout du nez. Que leur promettait, en effet, l\u2019industrie automobile\u00a0? Tout bonnement ceci\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Vous aussi, d\u00e9sormais, aurez le privil\u00e8ge de rouler, comme les seigneurs et bourgeois, plus vite que tout le monde. Dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019automobile, le privil\u00e8ge de l\u2019\u00e9lite est mis \u00e0 votre port\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les gens se ru\u00e8rent sur les bagnoles jusqu\u2019au moment o\u00f9, les ouvriers y acc\u00e9dant \u00e0 leur tour, les automobilistes constat\u00e8rent, frustr\u00e9s, qu\u2019on les avait bien eus. On leur avait promis un privil\u00e8ge de bourgeois\u00a0; ils s\u2019\u00e9taient endett\u00e9s pour y avoir acc\u00e8s et voici qu\u2019ils s\u2019apercevaient que tout le monde y acc\u00e9dait en m\u00eame temps. Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un privil\u00e8ge si tout le monde y acc\u00e8de\u00a0? C\u2019est un march\u00e9 de dupes. Pis, c\u2019est chacun contre tous. C\u2019est la paralysie g\u00e9n\u00e9rale par empoignade g\u00e9n\u00e9rale. Car lorsque tout le monde pr\u00e9tend rouler \u00e0 la vitesse privil\u00e9gi\u00e9e des bourgeois, le r\u00e9sultat, c\u2019est que rien ne roule plus, que la vitesse de circulation urbaine tombe &#8211; Boston comme \u00e0 Paris, \u00e0 Rome ou \u00e0 Londres &#8211; au-dessous de celle de l\u2019omnibus \u00e0 cheval et que la moyenne, sur les routes de d\u00e9gagement, en fin de semaine, tombe au-dessous de la vitesse d\u2019un cycliste.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Rien n\u2019y fait\u00a0: tous les rem\u00e8des ont \u00e9t\u00e9 essay\u00e9s, ils aboutissent tous, en fin de compte, \u00e0 aggraver le mal. Que l\u2019on multiplie les voies radiales et les voies circulaires, les transversales a\u00e9riennes, les routes \u00e0 seize voies et \u00e0 p\u00e9ages, le r\u00e9sultat est toujours le m\u00eame\u00a0: plus il y a de voies de desserte, plus il y a de voitures qui y affluent et plus est paralysante la congestion de la circulation urbaine. Tant qu\u2019il y aura des villes, le probl\u00e8me restera sans solution\u00a0: si large et rapide que soit une voie de d\u00e9gagement, la vitesse \u00e0 laquelle les v\u00e9hicules la quittent, pour p\u00e9n\u00e9trer dans la ville, ne peut \u00eatre plus grande que la vitesse moyenne, dans Paris, sera de 10 \u00e0 20 km\/h, selon les heures, on ne pourra quitter \u00e0 plus de 10 ou 20 km\/h les p\u00e9riph\u00e9riques et autoroutes desservant la capitale. On les quittera m\u00eame \u00e0 des vitesses beaucoup plus faibles d\u00e8s que les acc\u00e8s seront satur\u00e9s et ce ralentissement se r\u00e9percutera \u00e0 des dizaines de kilom\u00e8tres en amont s\u2019il y a saturation de la route d\u2019acc\u00e8s.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Plus une soci\u00e9t\u00e9 diffuse ces v\u00e9hicules rapides, plus les gens y perdent de temps \u00e0 se d\u00e9placer<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il en va de m\u00eame pour toute ville. Il est impossible de circuler \u00e0 plus de 20 km\/h de moyenne dans le lacis de rues, avenues et boulevards entrecrois\u00e9s qui, \u00e0 ce jour, \u00e9taient le propre des villes. Toute injection de v\u00e9hicules plus rapides perturbe la circulation urbaine en provoquant des goulots, et finalement le paralyse.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"nh2\"><\/a><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si la voiture doit pr\u00e9valoir, il reste une seule solution\u00a0: supprimer les villes, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00e9taler sur des centaines de kilom\u00e8tres, le long de voies monumentales, de banlieues autorouti\u00e8res. C\u2019est ce qu\u2019on a fait aux \u00c9tats-Unis. Ivan Illich en r\u00e9sume le r\u00e9sultat en ces chiffres saisissants\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0L\u2019Am\u00e9ricain type consacre plus de mille cinq cents heures par an (soit trente heures par semaine, ou encore quatre heures par jour, dimanche compris) \u00e0 sa voiture\u00a0: cela comprend les heures qu\u2019il passe derri\u00e8re le volant, en marche ou \u00e0 l\u2019arr\u00eat\u00a0; les heures de travail n\u00e9cessaires pour la payer et pour payer l\u2019essence, les pneus, les p\u00e9ages, l\u2019assurance, les contraventions et imp\u00f4ts\u2026 \u00c0 cet Am\u00e9ricain, il faut donc mille cinq cents heures pour faire (dans l\u2019ann\u00e9e) dix mille kilom\u00e8tres. Six kilom\u00e8tres lui prennent une heure. Dans les pays priv\u00e9s d\u2019industrie des transports, les gens se d\u00e9placent \u00e0 exactement cette m\u00eame vitesse en allant \u00e0 pied, avec l\u2019avantage suppl\u00e9mentaire qu\u2019ils peuvent aller n\u2019importe o\u00f9 et pas seulement le long des routes asphalt\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est vrai, pr\u00e9cise Illich, que dans les pays non industrialis\u00e9s les d\u00e9placements n\u2019absorbent que deux \u00e0 huit pour-cent du temps social (ce qui correspond vraisemblablement \u00e0 deux \u00e0 six heures par semaine). Conclusion sugg\u00e9r\u00e9e par Illich\u00a0: l\u2019homme \u00e0 pied couvre autant de kilom\u00e8tres en une heure consacr\u00e9e au transport que l\u2019homme \u00e0 moteur, mais il consacre \u00e0 ses d\u00e9placements cinq \u00e0 dix fois moins de temps que ce dernier. Moralit\u00e9\u00a0: plus une soci\u00e9t\u00e9 diffuse ces v\u00e9hicules rapides, plus \u2014 pass\u00e9 un certain seuil \u2014 les gens y passent et y perdent de temps \u00e0 se d\u00e9placer. C\u2019est math\u00e9matique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La raison\u00a0? Mais nous venons \u00e0 l\u2019instant de la voir\u00a0: on a \u00e9clat\u00e9 les agglom\u00e9rations en interminables banlieues autorouti\u00e8res, car c\u2019\u00e9tait le seul moyen d\u2019\u00e9viter la congestion v\u00e9hiculaire des centres d\u2019habitation. Mais cette solution a un revers \u00e9vident\u00a0: les gens, finalement, ne peuvent circuler \u00e0 l\u2019aise que parce qu\u2019ils sont loin de tout. Pour faire place \u00e0 la bagnole, on a multipli\u00e9 les distances\u00a0: on habite loin du lieu de travail, loin de l\u2019\u00e9cole, loin du supermarch\u00e9 &#8211; ce qui va exiger une deuxi\u00e8me voiture pour que la \u00ab\u00a0femme au foyer\u00a0\u00bb puisse faire les courses et conduire les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Des sorties\u00a0? Il n\u2019en est pas question. Des amis\u00a0? Il y a des voisins\u2026 et encore. La voiture, en fin de compte, fait perdre plus de temps qu\u2019elle n\u2019en \u00e9conomise et cr\u00e9e plus de distances qu\u2019elle n\u2019en surmonte. Bien s\u00fbr, vous pouvez vous rendre \u00e0 votre travail en faisant du 100 km\/h\u00a0; mais c\u2019est parce que vous habitez \u00e0 cinquante kilom\u00e8tres de votre job et acceptez de perdre une demi-heure pour couvrir les dix derniers kilom\u00e8tres. Bilan\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Les gens travaillent une bonne partie de la journ\u00e9e pour payer les d\u00e9placements n\u00e9cessaires pour se rendre au travail\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> (Ivan Illich).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vous direz peut-\u00eatre\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Au moins, de cette fa\u00e7on, on \u00e9chappe \u00e0 l\u2019enfer de la ville une fois finie la journ\u00e9e de travail.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Nous y sommes\u00a0: voil\u00e0 bien l\u2019aveu. \u00ab\u00a0La ville\u00a0\u00bb est ressentie comme \u00ab\u00a0l\u2019enfer\u00a0\u00bb, on ne pense qu\u2019\u00e0 s\u2019en \u00e9vader ou \u00e0 aller vivre en province, alors que, pour des g\u00e9n\u00e9rations, la grande ville, objet d\u2019\u00e9merveillements, \u00e9tait le seul endroit o\u00f9 il val\u00fbt la peine de vivre. Pourquoi ce revirement\u00a0? Pour une seule raison\u00a0: la bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle l\u2019a rendu puante, bruyante, asphyxiante, poussi\u00e9reuse, engorg\u00e9e au point que les gens n\u2019ont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tu\u00e9 la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularit\u00e9\u00a0: donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u2019objet de luxe et de source de privil\u00e8ge, la bagnole est ainsi devenue l\u2019objet d\u2019un besoin vital\u00a0: il en faut une pour s\u2019\u00e9vader de l\u2019enfer citadin de la bagnole. Pour l\u2019industrie capitaliste, la partie est donc gagn\u00e9e\u00a0: le superflu est devenu n\u00e9cessaire. Inutile d\u00e9sormais de persuader les gens qui d\u00e9sirent une bagnole\u00a0: sa n\u00e9cessit\u00e9 est inscrite dans les choses. Il est vrai que d\u2019autres doutes peuvent surgir lorsqu\u2019on voit l\u2019\u00e9vasion motoris\u00e9e le long des axes de fuite\u00a0: entre huit heures et neuf heures trente le matin, entre cinq heures trente et sept heures le soir et, les fins de semaine, cinq \u00e0 six heures durant, les moyens d\u2019\u00e9vasion s\u2019\u00e9tirent en processions, pare-chocs contre pare-chocs, \u00e0 la vitesse (au mieux) d\u2019un cycliste et dans un grand nuage d\u2019essence au plomb. Que reste-t-il quand, comme c\u2019\u00e9tait in\u00e9vitable, la vitesse plafond sur les routes est limit\u00e9e \u00e0 celle, pr\u00e9cis\u00e9ment, que peut atteindre la voiture de tourisme la plus lente.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s avoir tu\u00e9 la ville, la bagnole tue la bagnole<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Juste retour des choses\u00a0: apr\u00e8s avoir tu\u00e9 la ville, la bagnole tue la bagnole. Apr\u00e8s avoir promis \u00e0 tout le monde qu\u2019on irait plus vite, l\u2019industrie automobile aboutit au r\u00e9sultat rigoureusement pr\u00e9visible que tout le monde va plus lentement que le plus lent de tous, \u00e0 une vitesse d\u00e9termin\u00e9e par les lois simples de la dynamique des fluides. Pis\u00a0: invent\u00e9e pour permettre \u00e0 son propri\u00e9taire d\u2019aller o\u00f9 il veut, \u00e0 l\u2019heure et \u00e0 la vitesse de son choix, la bagnole devient, de tous les v\u00e9hicules, le plus serf, al\u00e9atoire, impr\u00e9visible et incommode\u00a0: vous avez beau choisir une heure extravagante pour votre d\u00e9part, vous ne savez jamais quand les bouchons vous permettront d\u2019arriver. Vous \u00eates riv\u00e9 \u00e0 la route (\u00e0 l\u2019autoroute) aussi inexorablement que le train \u00e0 ses rails. Vous ne pouvez, pas plus que le voyageur ferroviaire, vous arr\u00eater \u00e0 l\u2019improviste et vous devez, tout comme dans un train, avancer \u00e0 une vitesse d\u00e9termin\u00e9e par d\u2019autres. En somme, la bagnole a tous les d\u00e9savantages du train &#8211; plus quelques-uns qui lui sont sp\u00e9cifiques\u00a0: vibrations, courbatures, dangers de collision, n\u00e9cessit\u00e9 de conduire le v\u00e9hicule &#8211; sans aucun de ses avantages.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et pourtant, direz-vous, les gens ne prennent pas le train. Parbleu\u00a0: comment le prendraient-ils\u00a0? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 d\u2019aller de Boston \u00e0 New York en train\u00a0? Ou d\u2019Ivry au Tr\u00e9port\u00a0? Ou de Garches \u00e0 Fontainebleu\u00a0? Ou de Colombes \u00e0 l\u2019Isle Adam\u00a0? Avez-vous essay\u00e9, en \u00e9t\u00e9, le samedi ou le dimanche\u00a0? Eh bien\u00a0! essayez donc, courage\u00a0! Vous constaterez que le capitalisme automobile a tout pr\u00e9vu\u00a0: au moment o\u00f9 la bagnole allait tuer la bagnole, il a fait dispara\u00eetre les solutions de rechange\u00a0: fa\u00e7on de rendre la bagnole obligatoire. Ainsi, l\u2019\u00c9tat capitaliste a d\u2019abord laiss\u00e9 se d\u00e9grader, puis a supprim\u00e9, les liaisons ferroviaires entre les villes, leurs banlieues et leur couronne de verdure. Seules ont trouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux les liaisons interurbaines \u00e0 grande vitesse qui disputent aux transports a\u00e9riens leur client\u00e8le bourgeoise. L\u2019a\u00e9rotrain, qui aurait pu mettre les c\u00f4tes normandes ou les lacs du Morvan \u00e0 la port\u00e9e des piqueniqueurs parisiens du dimanche, servira \u00e0 faire gagner quinze minutes entre Paris et Pontoise et \u00e0 d\u00e9verser \u00e0 ses terminus plus de voyageurs satur\u00e9s de vitesse que les transports urbains n\u2019en pourront recevoir. \u00c7a, c\u2019est du progr\u00e8s\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que personne n\u2019a vraiment le choix\u00a0: on n\u2019est pas libre d\u2019avoir une bagnole ou non parce que l\u2019univers suburbain est agenc\u00e9 en fonction d\u2019elle \u2014 et m\u00eame, de plus en plus, l\u2019univers urbain. C\u2019est pourquoi la solution r\u00e9volutionnaire id\u00e9ale, qui consiste \u00e0 supprimer la bagnole au profit de la bicyclette, du tramway, du bus et du taxi sans chauffeur, n\u2019est m\u00eame plus applicable dans les cit\u00e9s autorouti\u00e8res comme Los Angeles, Detroit, Houston, Trappes ou m\u00eame Bruxelles, model\u00e9es pour et par l\u2019automobile. Villes \u00e9clat\u00e9es, s\u2019\u00e9tirant le long de rues vides o\u00f9 s\u2019alignent des pavillons tous semblables et o\u00f9 le paysage (le d\u00e9sert) urbain signifie\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Ces rues sont faites pour rouler aussi vite que possible du lieu de travail au domicile et vice versa. On y passe, on n\u2019y demeure pas. Chacun, son travail termin\u00e9, n\u2019a qu\u2019\u00e0 rester chez soi et toute personne trouv\u00e9e dans la rue la nuit tomb\u00e9e doit \u00eatre tenue pour suspecte de pr\u00e9parer un mauvais coup.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Dans un certain nombre de villes am\u00e9ricaines, le fait de fl\u00e2ner \u00e0 pied la nuit dans les rues est d\u2019ailleurs consid\u00e9r\u00e9 comme un d\u00e9lit.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Alors, la partie est-elle perdue\u00a0? Non pas\u00a0; mais l\u2019alternative \u00e0 la bagnole ne peut \u00eatre que globale. Car pour que les gens puissent renoncer \u00e0 leur bagnole, il ne suffit point de leur offrir des moyens de transports collectifs plus commodes\u00a0: il faut qu\u2019ils puissent ne pas se faire transporter du tout parce qu\u2019ils se sentiront chez eux dans leur quartier, leur commune, leur ville \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine, et qu\u2019ils prendront plaisir \u00e0 aller \u00e0 pied de leur travail \u00e0 leur domicile \u2014 \u00e0 pied ou, \u00e0 la rigueur, \u00e0 bicyclette. Aucun moyen de transport rapide et d\u2019\u00e9vasion ne compensera jamais le malheur d\u2019habiter une ville inhabitable, de n\u2019y \u00eatre chez soi nulle part, d\u2019y passer seulement pour travailler ou, au contraire, pour s\u2019isoler et dormir. <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Les usagers<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, \u00e9crit Illich, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>briseront les cha\u00eenes du transport surpuissant lorsqu\u2019ils se remettront \u00e0 aimer comme un territoire leur \u00eelot de circulation, et \u00e0 redouter de s\u2019en \u00e9loigner trop souvent.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Mais, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour pouvoir aimer \u00ab\u00a0son territoire\u00a0\u00bb, il faudra d\u2019abord qu\u2019il soit rendu habitable et non pas circulable\u00a0: que le quartier ou la commune redevienne le microcosme model\u00e9 par et pour toutes les activit\u00e9s humaines, o\u00f9 les gens travaillent, habitent, se d\u00e9tendent, s\u2019instruisent, communiquent, s\u2019\u00e9brouent et g\u00e8rent en commun le milieu de leur vie commune. Comme on lui demandait une fois ce que les gens allaient faire de leur temps, apr\u00e8s la r\u00e9volution, quand le gaspillage capitaliste sera aboli, Marcuse r\u00e9pondit\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00ab\u00a0Nous allons d\u00e9truire les grandes villes et en construire de nouvelles. \u00c7a nous occupera un moment.\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut imaginer que ces villes nouvelles seront des f\u00e9d\u00e9rations de communes (ou quartiers), entour\u00e9es de ceintures vertes o\u00f9 les citadins \u2014 et notamment les \u00ab\u00a0\u00e9coliers\u00a0\u00bb \u2014 passeront plusieurs heures par semaine \u00e0 faire pousser les produits frais n\u00e9cessaires \u00e0 leur subsistance. Pour leur d\u00e9placements quotidiens, ils disposeront d\u2019une gamme compl\u00e8te de moyens de transport adapt\u00e9s \u00e0 une ville moyenne\u00a0: bicyclettes municipales, trams ou trolleybus, taxis \u00e9lectriques sans chauffeur. Pour les d\u00e9placements plus importants dans les campagnes, ainsi que pour le transport des h\u00f4tes, un pool d\u2019automobiles communales sera \u00e0 la disposition de tous dans les garages de quartier. La bagnole aura cess\u00e9 d\u2019\u00eatre besoin. C\u2019est que tout aura chang\u00e9\u00a0: le monde, la vie, les gens. Et \u00e7a ne se sera pas pass\u00e9 tout seul.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Entre-temps, que faire pour en arriver l\u00e0\u00a0? Avant tout, ne jamais poser le probl\u00e8me du transport isol\u00e9ment, toujours le lier au probl\u00e8me de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l\u2019existence\u00a0: un endroit pour travailler, un autre endroit pour \u00ab\u00a0habiter\u00a0\u00bb, un troisi\u00e8me pour s\u2019approvisionner, un quatri\u00e8me pour s\u2019instruire, un cinqui\u00e8me pour se divertir. L\u2019agencement de l\u2019espace continue la d\u00e9sint\u00e9gration de l\u2019homme commenc\u00e9e par la division du travail \u00e0 l\u2019usine. Il coupe l\u2019individu en rondelles, il coupe son temps, sa vie, en tranches bien s\u00e9par\u00e9es afin qu\u2019en chacune vous soyez un consommateur passif livr\u00e9 sans d\u00e9fense aux marchands, afin que jamais il ne vous vienne \u00e0 l\u2019id\u00e9e que travail, culture, communication, plaisir, satisfaction des besoins et vie personnelle peuvent et doivent \u00eatre une seule et m\u00eame chose\u00a0: l\u2019unit\u00e9 d\u2019une vie, soutenue par le tissu social de la commune.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Texte initialement publi\u00e9 dans la revue<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Le Sauvage <\/span><\/span><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>en septembre-octobre 1973, pioch\u00e9 sur <\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #0563c1;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><u><a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>https:\/\/infokiosques.net<\/i><\/span><\/span><\/a><\/u><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0563c1;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><u><a href=\"https:\/\/larotative.info\/\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span lang=\"fr-FR\">https:\/\/larotative.info<\/span><\/span><\/a><\/u><\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte d\u2019Andr\u00e9 Gorz datant de 1973 !<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-14536","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14536","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14536"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14536\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14537,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14536\/revisions\/14537"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}