{"id":15850,"date":"2025-10-21T02:18:50","date_gmt":"2025-10-21T00:18:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=15850"},"modified":"2025-10-17T10:20:17","modified_gmt":"2025-10-17T08:20:17","slug":"trump-et-poutine-veulent-reformater-le-langage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2025\/10\/21\/trump-et-poutine-veulent-reformater-le-langage\/","title":{"rendered":"Trump et Poutine veulent reformater le langage"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-15840 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fakir-2508-7-300x290.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"358\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fakir-2508-7-300x290.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Fakir-2508-7.jpg 518w\" sizes=\"auto, (max-width: 370px) 100vw, 370px\" \/><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Une intervention de la philologue Barbara Cassin<\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, Donald Trump et Vladimir Poutine d\u00e9naturent et avilissent la langue. Au point de rappeler de sinistres p\u00e9riodes historiques. D\u00e9cryptage avec la philosophe et acad\u00e9micienne, qui sort son livre \u201cLa Guerre des mots\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mener la guerre, il y a les armes. Mais aussi les mots\u00a0: c\u2019est cette guerre qui saisit la philosophe et philologue Barbara Cassin. Face \u00e0 l\u2019urgence, l\u2019acad\u00e9micienne publie un essai incisif pour tenter d\u2019y voir clair dans l\u2019offensive contre le langage aujourd\u2019hui men\u00e9e par les autocrates, Donald Trump et Vladimir Poutine en t\u00eate, dans laquelle aucune technique digne de\u00a0<em>1984, <\/em><a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/cinema\/raoul-peck-raconte-george-orwell-plus-j-avancais-plus-j-etais-estomaque-par-la-force-de-sa-pensee-7025762.php\">le roman de George Orwell<\/a>, ne semble interdite. Pas m\u00eame rayer des mots du langage\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quand avez-vous identifi\u00e9 le langage comme un th\u00e9\u00e2tre de lutte pour des autocrates tels que Donald Trump et Vladimir Poutine\u00a0?<\/strong><br \/>\nLes d\u00e9crets de Donald Trump, d\u00e8s le d\u00e9but de son second mandat, pour interdire ou d\u00e9conseiller <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/debats-reportages\/aux-etats-unis-la-guerre-au-savoir-est-declaree-recit-d-un-coup-d-etat-obscurantiste-7024914.php\">l\u2019emploi par l\u2019administration de certains mots<\/a> li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cologie ou aux minorit\u00e9s, ont constitu\u00e9 pour moi un point de bascule. Des dizaines de termes se sont retrouv\u00e9s bannis, comme \u00ab\u00a0pr\u00e9jug\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0transgenre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0crise climatique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0discrimination\u00a0\u00bb\u2026 La violence inou\u00efe que constitue l\u2019interdiction de mots indique tr\u00e8s clairement un d\u00e9sir de reformater le langage, de cr\u00e9er une novlangue. D\u2019ordinaire, on pense \u00e0 la mani\u00e8re dont les dictatures imposent des mots pour cr\u00e9er le r\u00e9el. Ici, on emp\u00eache de dire une chose pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019exister, \u00e0 l\u2019image du r\u00e9chauffement climatique. Cela interpelle forc\u00e9ment la philologue que je suis. Je commence ainsi mon livre par la confession d\u2019une honte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En mars\u00a02025, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 Istanbul pour donner une conf\u00e9rence sur l\u2019<em>Odyss\u00e9e,<\/em> au moment o\u00f9 se d\u00e9roulait une vague de manifestations de la jeunesse contre le pouvoir du pr\u00e9sident Recep Tayyip Erdo\u011fan. Comment justifier de parler d\u2019Hom\u00e8re au milieu de cette urgence, des guerres \u00e0 Gaza et en Ukraine\u00a0? Ce livre est une r\u00e9ponse \u00e0 ma honte\u00a0: la guerre des mots m\u2019a permis de comprendre pourquoi parler d\u2019Hom\u00e8re constituait une r\u00e9ponse pertinente et efficace \u00e0 Donald Trump et Vladimir Poutine. En accordant autant d\u2019attention au langage, ils font l\u2019aveu de la puissance des mots. Car, quand on se veut tout-puissant, soit on tue, soit on parle. C\u2019est pour cela que le langage est un espace d\u00e9terminant pour des autocrates dans les d\u00e9mocraties. Ils ont donc raison de se m\u00e9fier des intellectuels, de la culture et de la science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que le niveau lexical de Donald Trump est celui d\u2019un \u00e9l\u00e8ve de cinqui\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le rapport au langage diff\u00e8re-t-il chez ces dirigeants politiques\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Donald Trump se place hors du champ du discours construit, car il fait de son inculture affich\u00e9e une strat\u00e9gie politique. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que son niveau lexical est celui d\u2019un \u00e9l\u00e8ve de cinqui\u00e8me, avec une structure r\u00e9flexive se r\u00e9sumant \u00e0 des oppositions binaires \u2014 bien\u00a0\/ mal, vrai\u00a0\/ faux, j\u2019aime\u00a0\/ j\u2019aime pas \u2014 qui rel\u00e8vent d\u2019un avilissement de la langue et de ses subtilit\u00e9s. Tout n\u2019est qu\u2019hyperbole, avec l\u2019emploi constant de l\u2019adjectif <em>great <\/em>(\u00ab\u00a0le plus grand\u00a0\u00bb). Vladimir Poutine, qui n\u2019est pas moins cultiv\u00e9 que L\u00e9nine ou Staline, fait un usage beaucoup plus sophistiqu\u00e9 du langage. Ce qui me frappe, dans son combat lexical, c\u2019est la mani\u00e8re de nommer autrement le r\u00e9el, comme <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/debats-reportages\/vladimir-poutine-et-son-etat-fasciste-menacent-nos-democraties-affirme-l-historien-timothy-snyder-7019311.php\">parler d\u2019une <em>\u00ab\u00a0op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb<\/em> en Ukraine<\/a> et non de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb \u2014 terme dont l\u2019emploi est passible en Russie de quinze ans de prison. Une telle pratique se retrouve par ailleurs chez le Premier ministre isra\u00e9lien Benyamin Netanyahou, qui parle de <em>\u00ab\u00a0Jud\u00e9e Samarie\u00a0\u00bb<\/em> pour nier la Cisjordanie, ou de <em>\u00ab\u00a0restauration de la terre d\u2019Isra\u00ebl\u00a0\u00bb<\/em> pour qualifier l\u2019occupation de Gaza. Au contraire de Donald Trump, les discours de Vladimir Poutine sont b\u00e2tis de fa\u00e7on extr\u00eamement logique. Mais toute leur perfidie est d\u2019\u00eatre fond\u00e9s sur des pr\u00e9misses fausses. <em>Ex falso sequitur quodlibet,<\/em> disait un adage m\u00e9di\u00e9val\u00a0: du faux on peut d\u00e9duire ce qu\u2019on veut \u2014 m\u00eame le vrai. Ainsi, il est l\u00e9gitime de faire la guerre en Ukraine pour la d\u00e9nazifier, tout le probl\u00e8me \u00e9tant de fonder l\u2019argument sur l\u2019affirmation selon laquelle les Ukrainiens seraient nazis. Donald Trump et Vladimir Poutine incarnent deux options de falsification, l\u2019une instinctive et contagieuse, l\u2019autre rationnelle et construite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous \u00e9crivez qu\u2019ils font un usage performatif du langage\u00a0: qu\u2019est-ce que cela signifie\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Le langage peut avoir plusieurs usages. Il est dit constatif quand on \u00e9nonce une chose, comme \u00ab\u00a0le ciel est bleu\u00a0\u00bb, et persuasif lorsqu\u2019on la conteste, ce qui suppose une argumentation qui place ce registre dans le champ de la rh\u00e9torique. Le performatif, souvent r\u00e9sum\u00e9 par la formule \u00ab\u00a0dire c\u2019est faire\u00a0\u00bb, constitue un troisi\u00e8me emploi possible. Le premier \u00e0 y avoir eu recours, c\u2019est Dieu lui-m\u00eame en disant <em>Fiat lux <\/em>(\u00ab\u00a0Que la lumi\u00e8re soit\u00a0\u00bb)\u00a0! Dans nos vies quotidiennes, le performatif se retrouve en particulier lors des sacrements, civils ou religieux \u2014 ainsi du maire qui prononce un mariage. Le discours politique est, par sa nature, un espace du performatif. Le <em>\u00ab\u00a0Yes we can\u00a0\u00bb<\/em> de Barack Obama en\u00a02008 en est l\u2019illustration la plus pure. Mais tous ces emplois ne se valent pas\u00a0: il existe des usages sains ou d\u00e9voy\u00e9s du langage. Donald Trump et Vladimir Poutine ont recours de fa\u00e7on spectaculaire au performatif, par exemple quand le pr\u00e9sident am\u00e9ricain renomme le golfe du Mexique \u00ab\u00a0golfe d\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb. Ces deux autocrates sont en particulier coutumiers de ce qu\u2019on appelle, en rh\u00e9torique, l\u2019<em>epideixis.<\/em> Au contraire de l\u2019<em>apodeixis,<\/em> qui renvoie \u00e0 la d\u00e9monstration, l\u2019<em>epideixis<\/em> signifie \u00e9tymologiquement la sur-monstration, soit ajouter au fait de montrer ou d\u00e9montrer une chose celui de se montrer soi-m\u00eame. Cette sur-monstration se retrouve jusqu\u2019\u00e0 la caricature dans la mise en sc\u00e8ne du corps de Donald Trump, jouant de ses cheveux, de son ouverture de bouche en cul-de-poule, de ses pas de danse, de son poing lev\u00e9 tandis qu\u2019il crie <em>\u00ab\u00a0Fight, fight, fight\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Battez-vous\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous convoquez deux \u00e9crivains du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle pour saisir ces guerres s\u00e9mantiques\u00a0: George Orwell (1903-1950), mais aussi Victor Klemperer (1881-1960). En quoi ce philologue juif allemand est-il \u00e9clairant\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Par son attention au langage, <a href=\"https:\/\/television.telerama.fr\/tele\/documentaire\/la-langue-ne-ment-pas-1-3372394.php\">Klemperer est un t\u00e9moin sans pareil<\/a>, car il n\u2019a pas seulement v\u00e9cu sous le III<sup>e<\/sup>\u00a0Reich, mais observ\u00e9 la mont\u00e9e du nazisme au sein m\u00eame du langage. En chroniquant cette intoxication de la langue qu\u2019il nomme la <em>Lingua Tertii Imperii<\/em> (ou <em>LTI<\/em>, soit \u00ab\u00a0Langue du Troisi\u00e8me Reich\u00a0\u00bb), il montre que c\u2019est \u00e0 coups de petites doses de poison que la langue allemande a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e par les termes brutaux, les sigles et la haine qui caract\u00e9risent l\u2019hitl\u00e9risme. Klemperer montre que l\u2019infiltration de cet arsenic dans les mots finit par concerner tout un peuple, et pas seulement les partisans du pouvoir en place. Lui-m\u00eame se surprend d\u2019ailleurs \u00e0 employer, malgr\u00e9 lui, des termes du quotidien directement issus de cet allemand nazifi\u00e9 \u2014 se mettant par exemple \u00e0 dire qu\u2019il <em>\u00ab\u00a0<\/em>[s\u2019]<em>organise\u00a0\u00bb<\/em> un peu de tabac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poutine peut passer d\u2019un usage cultiv\u00e9, fond\u00e9 sur des r\u00e9f\u00e9rences historiques, \u00e0 une langue de bois sovi\u00e9tique ou \u00e0 un argot des bas-fonds<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c0 rebours de cette sophistication, vous \u00eates aussi frapp\u00e9e par le recours \u00e0 un niveau de langage volontairement bas\u2026<br \/>\n<\/strong>Ce trait est tr\u00e8s marquant chez Vladimir Poutine, dont la langue est un russe standard beaucoup plus \u00e9labor\u00e9 que l\u2019am\u00e9ricain de Donald Trump, mais qui use de fortes variations. Il peut passer d\u2019un usage cultiv\u00e9, fond\u00e9 sur des r\u00e9f\u00e9rences historiques, \u00e0 une langue de bois sovi\u00e9tique ou \u00e0 un argot des bas-fonds qu\u2019on nomme le <em>mat.<\/em> Il faut savoir que le <em>mat,<\/em> interdit sous Catherine II, a une longue histoire \u2014 on le retrouve dans le folklore russe, et m\u00eame chez Tchekhov et Dosto\u00efevski. Le recours au <em>mat,<\/em> chez le pr\u00e9sident russe, joue comme un mode de reconnaissance avec le monde des voyous et constitue un signifiant mafieux qui se veut le marqueur de l\u2019arbitraire de son pouvoir \u2014 cela le conduisait par exemple \u00e0 dire, \u00e0 propos des Tch\u00e9tch\u00e8nes, en\u00a01999\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On les butera jusque dans les chiottes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00catre compris par tous n\u2019est-il pas le propre du discours politique en d\u00e9mocratie\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Il faut \u00e9videmment parler \u00e0 tous, car le politique consiste \u00e0 produire du commun. Mais il y a deux mani\u00e8res de le faire\u00a0: par le bas, en adoptant le niveau de langage le plus pauvre et le plus violent\u00a0; ou par un usage \u00e9mancipateur, en utilisant toutes les ressources du verbe \u2014 ainsi des discours de Barack Obama. Car ne pas ass\u00e9ner des jugements clos, mais \u00e9lever en permettant de juger, constitue un usage r\u00e9ellement d\u00e9mocratique du langage. Cette id\u00e9e est port\u00e9e par toute une lign\u00e9e intellectuelle qui court du penseur pr\u00e9socratique Protagoras \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/television\/hannah-arendt-la-liberte-d-etre-libre-un-portrait-sensible-et-instructif-de-la-philosophe_cri-7039242.php\">Hannah Arendt<\/a>. On r\u00e9sume souvent le premier, c\u00e9l\u00e8bre sophiste grec, \u00e0 la phrase selon laquelle <em>\u00ab\u00a0l\u2019homme est la mesure de toute chose\u00a0\u00bb,<\/em> en oubliant qu\u2019elle signifie que \u00ab\u00a0toi aussi, tu dois supporter d\u2019\u00eatre mesure\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faut apprendre \u00e0 exercer son jugement. Quant \u00e0 la philosophe\u00a0Hannah Arendt, elle d\u00e9finit dans son livre <em>La Crise de la culture <\/em>(1954) le go\u00fbt comme une<em> \u00ab\u00a0facult\u00e9 politique\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pour cela que j\u2019ai toujours aim\u00e9 la sophistique, plus que la philosophie, anim\u00e9e par la seule question de la v\u00e9rit\u00e9. Car la v\u00e9rit\u00e9 se pr\u00e9tend universelle, or l\u2019universel est toujours l\u2019universel de quelqu\u2019un, qui cherche \u00e0 l\u2019imposer \u00e0 l\u2019autre. La sophistique, elle, consiste \u00e0 argumenter, \u00e0 contredire, \u00e0 exercer le jugement. Contre l\u2019usage toxique des mots, je d\u00e9fends donc un relativisme cons\u00e9quent, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 est une qu\u00eate collective. \u00c0 ce sujet, une anecdote m\u2019a marqu\u00e9e \u00e0 jamais. En Afrique du Sud, o\u00f9 j\u2019enseignais dans les ann\u00e9es\u00a01990, il y avait un mus\u00e9e de l\u2019Homme et des Arts et Traditions populaires qui \u00e9tait d\u2019un racisme consomm\u00e9. Il pr\u00e9sentait des\u00a0indig\u00e8nes \u2014 des peuples premiers, dirait-on aujourd\u2019hui \u2014 vivant dans la fange. Nelson Mandela avait laiss\u00e9 le mus\u00e9e tel quel, faisant simplement poser un \u00e9criteau au milieu des salles\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Que pensez-vous de ce que vous voyez\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quel r\u00f4le peut jouer une institution comme l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, dont vous \u00eates membre, pour lutter contre cette intoxication du langage\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Le r\u00f4le de l\u2019Acad\u00e9mie n\u2019est pas de \u00ab\u00a0d\u00e9fendre\u00a0\u00bb la langue fran\u00e7aise, mais de travailler entre la norme et l\u2019usage, de les pond\u00e9rer l\u2019un par l\u2019autre. En\u00a01762, la femme \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0la femelle de l\u2019homme\u00a0\u00bb<\/em>. Ce n\u2019est \u00e9videmment plus la d\u00e9finition d\u2019aujourd\u2019hui, que nous retravaillons d\u2019ailleurs encore et encore en ce moment m\u00eame. On a maintenant acc\u00e8s en ligne aux neuf \u00e9ditions du dictionnaire, si bien qu\u2019on peut voir \u00e9voluer le sens des mots dans toute l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019histoire. C\u2019est le contraire d\u2019une purification mortif\u00e8re de la langue. J\u2019ajoute que la langue \u00e9volue non seulement par elle-m\u00eame, mais aussi par son contact avec les autres langues. C\u2019est ainsi que le savoir et la culture r\u00e9sistent \u00e0 la guerre des mots que m\u00e8nent les autocrates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>BARBARA CASSIN EN QUELQUES DATES<br \/>\n1947\u00a0<\/strong>Naissance \u00e0 Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).<br \/>\n<strong>1969\u00a0<\/strong>Participe au s\u00e9minaire du Thor (Vaucluse) avec Martin Heidegger et Ren\u00e9 Char.<br \/>\n<strong>1984\u00a0<\/strong>Entr\u00e9e au CNRS.<br \/>\n<strong>1994\u00a0<\/strong>Th\u00e8se d\u2019\u00c9tat sur la sophistique.<br \/>\n<strong>2018\u00a0<\/strong>M\u00e9daille d\u2019or du CNRS.<br \/>\n<strong>2019\u00a0<\/strong>R\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Guerre des mots. Trump, Poutine et l\u2019Europe,<\/em> de Barbara Cassin, \u00e9d. Flammarion, 176 p., 18,90 euros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par Youness Bousenna \u00a0<em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une intervention de la philologue Barbara Cassin<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-15850","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15850","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15850"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15850\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15851,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15850\/revisions\/15851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15850"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15850"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15850"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}