{"id":15873,"date":"2025-10-26T02:37:30","date_gmt":"2025-10-26T01:37:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=15873"},"modified":"2025-10-20T10:39:06","modified_gmt":"2025-10-20T08:39:06","slug":"nous-ne-sommes-pas-a-parier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2025\/10\/26\/nous-ne-sommes-pas-a-parier\/","title":{"rendered":"Nous ne sommes pas \u00e0 parier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-15863 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Lecornu-251012-210x300.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Lecornu-251012-210x300.jpg 210w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Lecornu-251012.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand Boris Vallaud parle d\u2019un \u00ab\u00a0pari risqu\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, il croit d\u00e9crire une position tactique. <\/span><\/span><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">En r\u00e9alit\u00e9, il r\u00e9v\u00e8le une fracture : celle entre un langage politique devenu abstrait et une soci\u00e9t\u00e9 qui, elle, n\u2019a plus les moyens de parler en hypoth\u00e8ses. Car pour beaucoup, il ne s\u2019agit pas d\u2019un pari \u2013 il s\u2019agit de vivre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le mot de trop<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Nous faisons un pari, un pari risqu\u00e9. \u00bb La phrase prononc\u00e9e le 14 octobre 2025 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019est pas anodine. Elle dit la distance immense qui s\u2019est creus\u00e9e entre ceux qui parlent au nom du pays et ceux qui le vivent. Elle dit aussi, sans le vouloir, l\u2019abstraction d\u2019un langage politique qui ne se r\u00e9f\u00e8re plus \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience mais \u00e0 la probabilit\u00e9. Pour beaucoup d\u2019entre nous, il ne s\u2019agit pas d\u2019un pari : il s\u2019agit de vivre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La politique du calcul<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis des ann\u00e9es, la politique fran\u00e7aise a peu \u00e0 peu renonc\u00e9 au r\u00e9el. Elle parle d\u2019\u00e9quilibres, de trajectoires, et d\u00e9sormais de paris. Elle \u00e9value, calcule, anticipe ; elle g\u00e8re le risque au lieu de le prendre. Dire \u00ab pari risqu\u00e9 \u00bb, c\u2019est admettre qu\u2019on n\u2019agit plus : on attend. Ce vocabulaire financier, emprunt\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9culation, traduit l\u2019impuissance d\u2019un champ politique devenu comptable de ses marges et non plus responsable de ses choix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour ceux qui gouvernent ou s\u2019y opposent, le risque est abstrait : il se mesure en courbes d\u2019opinion, en stabilit\u00e9 de coalition, en r\u00e9putation m\u00e9diatique. Pour ceux qui vivent les d\u00e9cisions sans les prononcer, le risque est concret : il se compte en jours de d\u00e9couvert, en heures suppl\u00e9mentaires, en logements pr\u00e9caires, en dossiers d\u2019aide rejet\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceux qui parient et ceux qui paient<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lorsqu\u2019un d\u00e9put\u00e9 \u00e9voque un pari, il parle d\u2019une strat\u00e9gie parlementaire, d\u2019un mouvement sur l\u2019\u00e9chiquier institutionnel. Mais dans la vie quotidienne, ce qu\u2019on appelle risque, c\u2019est une coupure d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, un rendez-vous \u00e0 P\u00f4le emploi, un m\u00e9dicament qu\u2019on ne peut plus se payer. C\u2019est la mat\u00e9rialit\u00e9 nue de l\u2019existence, ce qu\u2019aucune \u00e9quation politique ne peut contenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le foss\u00e9 est l\u00e0 : entre ceux qui parient sur le pays et ceux qui paient pour qu\u2019il tienne encore debout. Le plus inqui\u00e9tant, c\u2019est que cette langue du pari est devenue ordinaire. Elle s\u2019entend dans la bouche de ministres, d\u2019\u00e9ditorialistes, de cadres politiques de toutes sensibilit\u00e9s. Elle remplace le verbe agir par le verbe supposer. Elle r\u00e9duit la politique \u00e0 une gestion de la vraisemblance : on ne d\u00e9cide plus, on attend de voir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le r\u00e9el n\u2019attend pas<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant que le pouvoir calcule, la soci\u00e9t\u00e9, elle, ne peut pas attendre. Elle se d\u00e9brouille seule. Les enseignants, les soignants, les pr\u00e9caires, les familles : tous ces gens qui, chaque jour, font tenir ce qui peut encore l\u2019\u00eatre. On appelle cela la r\u00e9silience, mot commode pour ne pas dire abandon.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le pari, au fond, est une fa\u00e7on de se prot\u00e9ger du r\u00e9el. Il permet de ne rien affirmer tout en donnant l\u2019impression d\u2019avancer ; il remplace la d\u00e9cision par une mise, la responsabilit\u00e9 par un calcul. Mais une d\u00e9mocratie qui parle en paris est une d\u00e9mocratie fatigu\u00e9e : elle a cess\u00e9 de croire \u00e0 sa capacit\u00e9 de transformer le monde. Quand le politique devient un jeu de probabilit\u00e9s, le r\u00e9el devient une perte s\u00e8che.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce qui n\u2019est pas un pari<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce que nous vivons n\u2019a rien d\u2019un pari. Travailler sans contrat, vivre avec un salaire qui ne couvre pas le loyer, renoncer \u00e0 se soigner ou \u00e0 chauffer son appartement, ce n\u2019est pas un \u201crisque\u201d : c\u2019est une cons\u00e9quence. Ce n\u2019est pas un sc\u00e9nario : c\u2019est le quotidien. Et ce quotidien ne supporte plus d\u2019\u00eatre r\u00e9sum\u00e9 par des mots d\u2019\u00e9quilibristes.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">On ne gouverne pas un pays en pariant sur son \u00e9puisement. On ne restaure pas la confiance par des hypoth\u00e8ses. Le courage politique consisterait aujourd\u2019hui \u00e0 dire : nous ne parions plus. Nous d\u00e9cidons. Nous engageons \u00e0 nouveau des choix, des positions, des responsabilit\u00e9s. Nous cessons de parler du risque comme d\u2019une figure rh\u00e9torique pour en retrouver la port\u00e9e humaine : ce qu\u2019on met r\u00e9ellement en jeu quand on parle au nom des autres.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Revenir au r\u00e9el<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous ne sommes pas \u00e0 parier. Nous sommes ce que la politique devrait d\u00e9fendre : le concret, le pr\u00e9sent, la vie commune. Et c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0, de cette mati\u00e8re rugueuse et indocile du r\u00e9el, que la parole publique doit recommencer \u00e0 dire : non pas \u201cnous faisons un pari\u201d, mais \u201cnous prenons part\u201d.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Comic Sans MS, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Brahim Metiba\u00a0; \u00e9crivain\u00a0; abonn\u00e9 de Mediapart <\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand Boris Vallaud parle d\u2019un \u00ab\u00a0pari risqu\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, il croit d\u00e9crire une position tactique.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-15873","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15873","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15873"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15873\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15875,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15873\/revisions\/15875"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15873"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15873"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15873"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}