{"id":16755,"date":"2026-07-27T02:54:37","date_gmt":"2026-07-27T00:54:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=16755"},"modified":"2026-07-26T18:56:44","modified_gmt":"2026-07-26T16:56:44","slug":"les-mineurs-marocains-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2026\/07\/27\/les-mineurs-marocains-en-france\/","title":{"rendered":"Les mineurs marocains en France"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16754 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/CancerColere-243x300.jpg\" alt=\"\" width=\"343\" height=\"423\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/CancerColere-243x300.jpg 243w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/CancerColere.jpg 496w\" sizes=\"auto, (max-width: 343px) 100vw, 343px\" \/><\/p>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: left;\">Un cas embl\u00e9matique de la r\u00e9pression<\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019exercice de son droit \u00e0 la protection sociale et juridique trou\u00e9 de d\u00e9faillances et de n\u00e9gligences<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L\u2019ind\u00e9sirabilit\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en politique \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb de la Mairie de Paris<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La protection sociale des mineurs \u00e9choit en France aux d\u00e9partements qui peuvent mener des politiques contraintes par la loi et les budgets tout en disposant de marges dict\u00e9es par leurs propres orientations politiques. Dans la mesure o\u00f9 Paris a le double statut de commune et de d\u00e9partement, la Mairie a en charge la politique de prise en charge des mineurs \u00e9trangers. Depuis au moins une dizaine d\u2019ann\u00e9es, elle a fait le choix de cr\u00e9er un service d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ces derniers, actant une s\u00e9paration des structures et des moyens entre les mineurs n\u00e9s en France et ceux arriv\u00e9s seuls depuis des pays \u00e9trangers. <b>Ce traitement d\u00e9rogatoire l\u2019a conduite \u00e0 sous-traiter \u00e0 des associations l\u2019examen du dossier des mineurs \u00e9trangers pr\u00e9sents sur son territoire<\/b> et \u00e0 adopter des dispositifs lui permettant de r\u00e9duire l\u2019acc\u00e8s aux droits \u00e0 un grand nombre d\u2019adolescents. Indiscutablement, ce traitement d\u00e9rogatoire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 laisse place \u00e0 un traitement ultra-d\u00e9rogatoire quant aux enfants et adolescents marocains, rep\u00e9r\u00e9s dans la ville \u00e0 partir de la toute fin de 2016 et du d\u00e9but de 2017. Il faudrait r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9tablir, \u00e0 l\u2019instar de ce que j\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 propos de l\u2019Etat, les grandes \u00e9tapes de la politisation du \u00ab probl\u00e8me des mineurs non accompagn\u00e9s marocains \u00bb par <b>la Mairie de Paris, en la consid\u00e9rant bien comme un centre de pouvoir alternant des rapports de continuit\u00e9 ou de concurrence avec l\u2019Etat central<\/b>. Dans l\u2019attente d\u2019un tel travail, il est possible, \u00e0 partir du cas de Mohamed qui fait partie du premier groupe de jeunes marocains install\u00e9 dans le quartier de la Goutte d\u2019Or, d\u2019en \u00e9voquer quelques aspects.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est \u00e0 penser que durant l\u2019ann\u00e9e 2017, la Mairie de Paris a scrut\u00e9 ce groupe et les r\u00e9actions des habitants du quartier afin de d\u00e9terminer les mesures \u00e0 prendre. Finalement, elle finit par d\u00e9cr\u00e9ter que ces jeunes sont \u00e0 la fois inapprochables et r\u00e9tifs \u00e0 toute forme de protection. A c\u00f4t\u00e9 de discours mis\u00e9rabilistes, <b>elle les fait appara\u00eetre comme redevables d\u2019une approche s\u00e9curitaire du fait de leur d\u00e9linquance<\/b>. Alors que les actes de vol auxquels les jeunes s\u2019adonnent rel\u00e8vent \u00e0 la fois de la survie et des effets de leur toxicomanie, et donc, de leur abandon \u00e0 la rue, la Mairie invoque leur d\u00e9linquance comme sympt\u00f4me d\u2019une d\u00e9socialisation engendr\u00e9e par des caract\u00e9ristiques qui leur sont propres. En suivant sa propre trajectoire, <b>la Mairie de Paris soutient ainsi pleinement le consensus s\u00e9curitaire concernant ce groupe<\/b>. A plusieurs reprises en 2018, ses repr\u00e9sentants en appellent \u00e0 des\u00a0renforts policiers dans le quartier contre des jeunes envisag\u00e9s avant tout comme une \u00ab\u00a0nuisance\u00a0\u00bb. Par ailleurs, elle affiche son soutien \u00e0 la coop\u00e9ration polici\u00e8re avec le Maroc en vue d\u2019un refoulement, au nom de la d\u00e9fense de leur int\u00e9r\u00eat supr\u00eame. Autrement dit, la Mairie de Paris joue une partition m\u00ealant discours compassionnel et s\u00e9curitaire. Leur entrem\u00ealement est assur\u00e9 par la th\u00e8se, amplement relay\u00e9e par les m\u00e9dias, selon laquelle les jeunes se d\u00e9robent eux-m\u00eames \u00e0 la protection. A c\u00f4t\u00e9 de ses discours, les pratiques rendent compte, peut-\u00eatre de mani\u00e8re encore plus pr\u00e9cise, de ses orientations quant \u00e0 la pr\u00e9sence, jug\u00e9e tr\u00e8s vite ind\u00e9sirable, de ces enfants et adolescents.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Une assistance au rabais ne couvrant pas les besoins minimaux de tous les jeunes marocains<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La focale resserr\u00e9e sur les \u00e9preuves endur\u00e9es par l\u2019un d\u2019entre eux offre l\u2019occasion d\u2019aborder les conditions d\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9es par la Mairie de Paris aux premiers enfants et adolescents marocains venus trouver refuge dans un des quartiers de la ville, \u00e0 partir de la toute fin de 2016. Les premiers temps sont s\u00fbrement marqu\u00e9s par des t\u00e2tonnements dans la recherche de dispositifs d\u2019accompagnement de ce groupe, t\u00e9moignant de la d\u00e9couverte d\u2019un profil\u00a0in\u00e9dit : une extr\u00eame jeunesse, un affaiblissement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re de la sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, coupl\u00e9s \u00e0 une d\u00e9linquance de survie et\/ou li\u00e9e \u00e0 leurs addictions. Au milieu de ces t\u00e2tonnements organisationnels, se d\u00e9gage, en revanche, nettement l\u2019orientation d\u00e9cisive prise \u00e0 leur endroit\u00a0: les dissuader de s\u2019installer, d\u00e9j\u00e0 dans le quartier, et donc, dans la ville. L\u2019observation des dispositifs d\u00e9cid\u00e9s par la Mairie de Paris a \u00e9t\u00e9 scrupuleusement effectu\u00e9e par les militant(e)s des deux organisations cit\u00e9es en introduction\u00a0: <i>SOS Migrants Mineurs <\/i>et l\u2019ONG <i>Framtidstaget<\/i>. Alert\u00e9es par la pr\u00e9sence de dizaines de jeunes gar\u00e7ons livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames \u00e0 la Goutte d\u2019Or, Fatiha Khettab, fondatrice de l\u2019association fran\u00e7aise, et Nadia Violain, responsable de l\u2019antenne de l\u2019ONG su\u00e9doise, d\u00e9cident d\u2019aller \u00e0 leur rencontre et de comprendre leur situation. Ce faisant, elles deviennent les t\u00e9moins privil\u00e9gi\u00e9s, et tr\u00e8s vite, g\u00eanants de l\u2019incurie institutionnelle. Sans rentrer dans les d\u00e9tails ici, la Mairie mandate \u2013 successivement ou parall\u00e8lement \u2013 plusieurs associations dont le travail est d\u00e9di\u00e9 aux enfants et adolescents marocains. Si du fait de leurs sp\u00e9cialit\u00e9s respectives, elles pr\u00e9sentent des diff\u00e9rences, celles-ci sont tout de m\u00eame mineures au regard des besoins vitaux du groupe de gar\u00e7ons. Ainsi, aucune distribution de repas n\u2019a lieu dans un premier temps\u00a0; cette absence sera rem\u00e9di\u00e9e, \u00e0 la demande de <i>SOS Migrants Mineurs<\/i>, quelque temps par une association humanitaire, puis par l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un restaurant social gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de coupons distribu\u00e9s par des \u00e9ducateurs. Il n\u2019emp\u00eache que le groupe reste priv\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une nourriture r\u00e9guli\u00e8re, se retrouvant dans un \u00e9tat de d\u00e9nutrition avanc\u00e9 et exacerb\u00e9 par leurs\u00a0addictions. Quant \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement, aucun dispositif d\u2019urgence n\u2019est propos\u00e9 pendant des mois, avant que quelques places dans des foyers de nuit ne leur soient finalement r\u00e9serv\u00e9es, mais en nombre si insuffisant.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">En rapport avec ce calibrage des moyens, le travail \u00e9ducatif ne peut s\u2019inscrire que dans une temporalit\u00e9 tr\u00e8s imm\u00e9diate, sans chercher \u00e0 \u00e9tablir un lien durable de confiance avec les jeunes marocains. <b>Tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9ducateurs vont \u00e0 leur rencontre, travaillant le plus souvent loin de la rue.<\/b> Plus que cela, un certain nombre de leurs pratiques sont assimil\u00e9es par les jeunes \u00e0 une logique polici\u00e8re du fait de leur obsession \u00e0 obtenir leur identit\u00e9, s\u00e9same \u00e0 toute expulsion. Autrement dit, aucun v\u00e9ritable travail \u00e9ducatif d\u2019ordre socio-psychologique n\u2019est mis en place dans le cadre de l\u2019insertion de ces dizaines d\u2019enfants et adolescents si vuln\u00e9rables pr\u00e9sents \u00e0 Paris. La l\u00e9gitimation de cette exclusion de la protection sociale \u00e9tant, rappelons-le, le pr\u00e9tendu refus visc\u00e9ral de ces jeunes \u00e0 s\u2019y confier. Dans la d\u00e9fense sup\u00e9rieure des int\u00e9r\u00eats des jeunes, les deux militantes vont tout de m\u00eame tenter de nouer des liens constructifs avec les autorit\u00e9s et les associations mandat\u00e9es, ainsi qu\u2019avec des \u00e9ducateurs qui cherchent, en d\u00e9pit de tout, \u00e0 faire leur travail. C\u2019est dans ce cadre, qu\u2019elles rep\u00e8rent Mohamed comme \u00e9tant un des plus vuln\u00e9rables, du fait de sa fragilit\u00e9 psychique et du harc\u00e8lement policier qui s\u2019exerce plus particuli\u00e8rement sur lui. Il se r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement le plus m\u00e9fiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des institutions et des \u00e9ducateurs. C\u2019est qu\u2019il est arriv\u00e9 en France, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s abim\u00e9 et toxicomane, apr\u00e8s avoir connu un internement psychiatrique durant son s\u00e9jour en Espagne. Il se retrouve impliqu\u00e9 dans des vols, mais sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9. Si l\u2019on peut se r\u00e9jouir que Mohamed ait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la prison, il est \u00e0 noter qu\u2019aucun juge qui l\u2019ait rencontr\u00e9 n\u2019ait pris de mesure de protection \u2013 comme c\u2019est le cas d\u2019ailleurs pour beaucoup d\u2019autres jeunes \u2013 en vue de le retirer de la rue et de la spirale de violences subies et d\u2019actes de d\u00e9linquances commis.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s engag\u00e9e au moment de l\u2019accident<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Du fait de cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 toute particuli\u00e8re, Mohamed finit par faire l\u2019objet de signalements insistants de la part des militantes cit\u00e9es aupr\u00e8s de l\u2019association mandat\u00e9e alors par la Mairie de Paris pour se charger des jeunes marocains livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames dans le 18<sup>e<\/sup> arrondissement de Paris. C\u2019est ainsi qu\u2019elle enclenche une proc\u00e9dure de signalement aupr\u00e8s du Procureur, qui d\u00e9cide alors de prendre une mesure \u00e9ducative \u00e0 son endroit au tout d\u00e9but de d\u00e9cembre 2017. Il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un placement en foyer mais d\u00e9pourvu d\u2019un encadrement suivi par un \u00e9ducateur et inscrit dans la r\u00e9alisation de projets p\u00e9rennes. Il est \u00e0 penser que cette mesure de protection est con\u00e7ue d\u2019embl\u00e9e comme provisoire, misant\u00a0sur son \u00e2ge proche de sa majorit\u00e9, et \u00e9ventuellement sur une \u00ab fugue \u00bb. Effectivement, Mohamed fuit ce lieu inadapt\u00e9 et se retrouve gravement accident\u00e9 \u00e0 la fin du mois. Sans doute qu\u2019un juge des enfants a effectu\u00e9 une mainlev\u00e9e de la tutelle l\u00e9gale des services sociaux, d\u00e9cision courante lors d\u2019une fugue.\u00a0 Il est \u00e0 d\u00e9plorer qu\u2019elle ne donne pas lieu au m\u00eame z\u00e8le en faisant l\u2019objet d\u2019un signalement aupr\u00e8s de la police. On peut consid\u00e9rer que la responsabilit\u00e9 de l\u2019<i>Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i> \u00e0 qui Mohamed a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 par un juge est tout de m\u00eame engag\u00e9e d\u2019un point de vue moral. On peut \u00e9galement parler d\u2019une responsabilit\u00e9 politique puisque l\u2019accident intervient alors que l\u2019attention m\u00e9diatique sur les enfants et adolescents marocains atteint son acm\u00e9, et que les habitants du quartier sont partag\u00e9s entre compassion et d\u00e9nonciation de l\u2019inaction des autorit\u00e9s. L\u2019accident survient plus pr\u00e9cis\u00e9ment le 24 d\u00e9cembre, soit moins de trois semaines apr\u00e8s une r\u00e9union publique avec les habitants du quartier, au cours de laquelle les militantes de <i>SOS Migrants Mineurs<\/i> et de <i>Framtidstaget<\/i> ont pr\u00e9sent\u00e9 Mohamed au directeur des Affaires sociales de la Mairie, qui n\u2019a absolument pas pris en compte cette alerte. Par ailleurs, la Mairie a d\u00e9fendu devant l\u2019auditoire l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle cherchait \u00e0 prot\u00e9ger ces jeunes mais butait sur leur refus. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elle appara\u00eet embarrass\u00e9e tant elle n\u2019arrive pas \u00e0 trouver une \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb \u00e0 un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb dont la construction est conjointement s\u00e9curitaire et humanitaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La d\u00e9mission des services de protection compens\u00e9e par l\u2019engagement de militantes<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce qui se passe au moment de l\u2019hospitalisation de Mohamed est extr\u00eamement \u00e9clairant sur la qualit\u00e9 de la protection assur\u00e9e par l\u2019<i>Aide sociale \u00e0 l\u2019Enfance <\/i>et l\u2019association qui assure ses missions en sous-traitance. L\u2019\u00e9clairage porte surtout sur le principe fondamental qui en fait d\u00e9faut, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une relation de confiance avec les jeunes. Cette r\u00e9v\u00e9lation s\u2019effectue gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence des deux militantes d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es. Elles en sont t\u00e9moins, aux deux sens du terme. Observatrices privil\u00e9gi\u00e9es, elles nous livrent les effets de l\u2019orientation \u00e9pous\u00e9e par la Mairie de Paris. R\u00e9v\u00e9latrices, elles le sont \u00e9galement, du fait que cette orientation aurait pu \u00eatre tout autre, par simple d\u00e9cision. En l\u2019occurrence,\u00a0Mohamed fait appeler juste apr\u00e8s l\u2019accident l\u2019une des deux militantes, indiquant par l\u00e0 le lien de confiance qui s\u2019est nou\u00e9 avec elles, tandis que l\u2019autre est sollicit\u00e9e par la gendarmerie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour proc\u00e9der \u00e0 son identification. La confiance se cristallise particuli\u00e8rement dans la divulgation ou non de l\u2019identit\u00e9. Sans s\u2019illusionner sur le mod\u00e8le espagnol, il est plus courant que les jeunes marocains donnent leur nom \u00e0 leur \u00e9ducateur dans le cadre d\u2019une proc\u00e9dure de r\u00e9gularisation, et m\u00eame, dans celui de l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un contact avec les familles rest\u00e9es au Maroc. Ce geste est inconcevable dans la relation avec les \u00e9ducateurs en France, face auxquels la suspicion est de mise, et cela, ind\u00e9pendamment de leur propre \u00e9thique, dans la mesure o\u00f9 leur accompagnement ne se con\u00e7oit pas dans la dur\u00e9e en vue de d\u00e9boucher sur un projet de vie. Au lieu de consid\u00e9rer ce lien de confiance d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie comme pr\u00e9cieux et utile dans son travail, le service de l\u2019<i>Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i> de Paris interdit aux deux militantes tout rapport avec l\u2019assistante sociale de l\u2019h\u00f4pital. Or, cet interdit se r\u00e9v\u00e8le ridicule car aucun \u00e9ducateur ne sera pr\u00e9sent durant son hospitalisation pour mener un travail de suivi serr\u00e9 avec l\u2019\u00e9quipe socio-m\u00e9dicale, et de ce fait, assurer un minimum de soutien logistique, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019offrir un soutien psychologique et affectif. Les deux militantes n\u2019ayant contract\u00e9 aucun rapport de d\u00e9pendance avec les autorit\u00e9s, suppl\u00e9ent \u00e0 ces manquements, en devenant des interlocutrices consciencieuses pour l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale. En faisant appel \u00e0 la pr\u00e9sence de visiteurs b\u00e9n\u00e9voles et de dons, elles m\u00e8nent les missions qui incombent \u00e0 l\u2019<i>Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i> en tant que responsable l\u00e9gal.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lorsque Mohamed est envoy\u00e9 dans un centre de r\u00e9\u00e9ducation r\u00e9serv\u00e9 aux mineurs, ici aussi, ce sont les militantes qui s\u2019assurent de la logistique n\u00e9cessaire au transfert. Pour sa part, Mohamed vit subjectivement ce moment comme une nouvelle bifurcation, puisqu\u2019il d\u00e9cide de s\u2019investir pleinement dans sa r\u00e9\u00e9ducation et d\u2019entreprendre, d\u00e8s que possible, des \u00e9tudes pour se former \u00e0 un m\u00e9tier. Lors de consultations psychiatriques ant\u00e9rieures dans un h\u00f4pital parisien pour enfants, il s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9 dans sa th\u00e9rapie et dans la mise en place d\u2019un projet de vie en France. En ce sens, Mohamed incarne le contre-exemple du discours v\u00e9hicul\u00e9 par la Mairie visant \u00e0 maquiller sa d\u00e9cision de ne pas accorder la protection et les droits \u00e0 son groupe. Sa prise en charge se poursuit jusqu\u2019\u00e0 ses 18 ans en ao\u00fbt 2018, avant qu\u2019une mesure de protection ne soit prononc\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ses 21 ans par un juge, \u00e0 la fin de la m\u00eame ann\u00e9e. A sa sortie du centre, Mohamed est h\u00e9berg\u00e9 dans un h\u00f4tel \u00e0 Paris, pendant qu\u2019il suit des traitements orthop\u00e9dique et psychiatrique et qu\u2019il prend des cours de fran\u00e7ais. Pour des raisons li\u00e9es \u00e0 sa sant\u00e9, il ne peut pas encore suivre un cursus et une formation, mais il appr\u00e9cie la possibilit\u00e9 qui lui est enfin offerte d\u2019\u00e9tudier. Il exprime son d\u00e9sir d\u2019apprendre un m\u00e9tier manuel qui serait compatible avec son handicap. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019intervient une d\u00e9faillance d\u2019une tr\u00e8s grande gravit\u00e9, qui ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une simple n\u00e9gligence individuelle au regard de la responsabilit\u00e9 redoubl\u00e9e par son \u00e9tat de sant\u00e9. Elle concerne en effet le d\u00e9p\u00f4t de la demande de r\u00e9gularisation, effectu\u00e9e au nom de Mohamed par l\u2019<i>Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i>. Habituellement, un d\u00e9p\u00f4t r\u00e9alis\u00e9 par le biais de cette administration offre des garanties suppl\u00e9mentaires de s\u00e9rieux non n\u00e9gligeables aux yeux de la pr\u00e9fecture. Or, non seulement, il ne sera pas effectu\u00e9 \u00e0 partir du motif ad\u00e9quat et solide, mais il le sera apr\u00e8s le d\u00e9lai juridique en vigueur. En l\u2019occurrence, le motif invoqu\u00e9 dans le dossier est celui de la poursuite d\u2019\u00e9tudes alors que Mohamed ne peut la justifier en ne suivant que des cours de fran\u00e7ais. Surtout, la demande s\u2019effectue \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e de 2019, tardivement puisque Mohamed a d\u00e9j\u00e0 19 ans, alors qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9pos\u00e9e quelques mois avant ses 18 ans, donc dans le courant de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Cette double faute ne rel\u00e8ve pas (seulement) d\u2019une n\u00e9gligence de la part d\u2019une \u00e9ducatrice charg\u00e9e de son dossier. Et cela, pour plusieurs raisons. Concernant le d\u00e9lai, l\u2019ensemble des pi\u00e8ces constitutives du dossier a tr\u00e8s t\u00f4t \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni par Fatiha Khettab, en pr\u00e9vision de son d\u00e9p\u00f4t au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2018\u00a0: l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de son dossier m\u00e9dical et son passeport \u00e9tabli aupr\u00e8s du consulat de Paris gr\u00e2ce \u00e0 un acte de naissance. Qui plus est, le motif envisag\u00e9 par elle a \u00e9t\u00e9 en toute logique celui de la sant\u00e9, puisque Mohamed devait suivre des traitements \u00e0 la fois orthop\u00e9diques et psychiatriques, et obtenir le statut d\u2019handicap\u00e9. La reconnaissance de ce statut ouvre en effet des droits essentiels\u00a0: outre une allocation, le droit \u00e0 un h\u00e9bergement, \u00e0 une formation et \u00e0 un emploi conformes au handicap. A mes yeux, il ne peut \u00eatre question de n\u00e9gligence individuelle, mais de faute institutionnelle. Son dossier aurait d\u00fb faire l\u2019objet d\u2019une attention particuli\u00e8re de la part de la hi\u00e9rarchie. La Pr\u00e9fecture rejette ainsi la demande et l\u2019accompagne d\u2019une <i>Obligation de Quitter le Territoire Fran\u00e7ais <\/i>(OQTF).\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sa r\u00e9ception en ao\u00fbt 2020, alors que Mohamed est intern\u00e9 en h\u00f4pital psychiatrique, depuis juin, produit l\u2019effet d\u2019une d\u00e9flagration d\u00e9vastatrice. Sa sant\u00e9 psychique s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e sous l\u2019effet conjugu\u00e9 du confinement et d\u2019un d\u00e9s\u0153uvrement jug\u00e9 trop long pour un jeune homme qui, aspirant depuis son accident \u00e0 reprendre le contr\u00f4le de sa vie, endure cruellement l\u2019incertitude prolong\u00e9e par le retard dans le d\u00e9p\u00f4t de la demande de r\u00e9gularisation. Finalement, l\u2019\u00e9ducatrice en charge de son dossier sugg\u00e8re \u00e0 Mohamed de solliciter <i>Sos Migrants Mineurs<\/i> pour contester le refus de la Pr\u00e9fecture. Le recours effectu\u00e9 aussit\u00f4t par une avocate, pay\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide juridictionnelle, repose alors sur un dossier tr\u00e8s solide et inform\u00e9, retra\u00e7ant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la vie de Mohamed \u00e0 Paris et justifiant d\u2019une installation d\u00e9finitive en France. Il faut attendre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021 pour que le Tribunal administratif de Paris enjoigne la Pr\u00e9fecture \u00e0 d\u00e9livrer un titre de s\u00e9jour \u00ab\u00a0mention vie priv\u00e9e et familiale\u00a0\u00bb. Pendant ce temps-l\u00e0, Mohamed n\u2019a pas les moyens de v\u00e9ritablement savourer sa victoire contre l\u2019acharnement qui s\u2019est exerc\u00e9 contre lui depuis quatre ans. Sa sant\u00e9 psychique s\u2019est de nouveau et tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement d\u00e9grad\u00e9e apr\u00e8s sa sortie de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, au point qu\u2019il retourne \u00e0 une vie d&rsquo;errance expos\u00e9e \u00e0 nettement plus de dangers. Sa disparition ne semble pas alerter l\u2019<i>Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i>. L\u2019endurance dont a fait preuve Mohamed \u2013 Fatiha Khettab parle de lui comme d\u2019un \u00ab miracul\u00e9 \u00bb \u2013 a atteint ses limites. La p\u00e9riode dans la rue n\u2019est pas connue des deux militantes : il semble qu\u2019il ait trouv\u00e9 un refuge pr\u00e9caire dans un quartier populaire \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de Paris et que des habitants lui apportaient de la nourriture. C\u2019est alors qu\u2019il se retrouve d\u00e9muni de tout, \u00e0 la fois de sa conscience et de pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9, l\u2019emp\u00eachant\u00a0de recevoir la notification du retrait de son titre de s\u00e9jour. D\u2019o\u00f9 son expulsion en d\u00e9pit des si nombreux signes attestant d\u2019une incompatibilit\u00e9 entre le refoulement et son \u00e9tat de sant\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette expulsion n\u2019est en rien l\u2019ach\u00e8vement du combat que doit mener Mohamed pour mener une vie digne, o\u00f9 qu\u2019il se trouve. Mais elle constitue, dans l\u2019examen propos\u00e9 d\u2019un cas <i>embl\u00e9matique<\/i> de la r\u00e9pression que la France a exerc\u00e9e sur lesdits \u00ab\u00a0mineurs non accompagn\u00e9s marocains\u00a0\u00bb arriv\u00e9s tr\u00e8s jeunes et tr\u00e8s abim\u00e9s par leur exil, la preuve que la toile qui les a enserr\u00e9s n\u2019a laiss\u00e9 aucune entaille, m\u00eame petite, permettant \u00e0 l\u2019un d\u2019entre eux de jouir de ses droits gagn\u00e9s au prix de souffrances. Et dans cette entreprise, <b>la ville de Paris, qui se vante d\u2019\u00eatre une \u00ab\u00a0terre d\u2019accueil\u00a0\u00bb, s\u2019est faite le suppl\u00e9tif de l\u2019Etat r\u00e9galien.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Un cas \u00e9rig\u00e9 en contre-exemple au service de la rh\u00e9torique des jeunes \u00ab\u00a0irr\u00e9cup\u00e9rables\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il se trouve que le cas qui nous int\u00e9resse ici a fait l\u2019objet d\u2019une m\u00e9diatisation ind\u00e9cente et sordide puisque ses enjeux ont servi directement le consensus s\u00e9curitaire dress\u00e9 contre les nomm\u00e9s \u00ab mineurs non accompagn\u00e9s marocains \u00bb. Sans bien entendu ne rien faire figurer de sa travers\u00e9e des \u00e9preuves endur\u00e9es, l\u2019\u00e9vocation de Mohamed a \u00e9t\u00e9 mise au service de la rh\u00e9torique des jeunes marocains \u00ab inapprochables \u00bb et \u00ab irr\u00e9cup\u00e9rables \u00bb. A son insu, le voici \u00e9rig\u00e9 plus pr\u00e9cis\u00e9ment en <i>cas exemplaire<\/i> dans le cadre d\u2019une exploitation id\u00e9ologique et m\u00e9diatique tourn\u00e9e contre lui-m\u00eame et les siens. Dans les mois qui ont suivi son amputation, son apparition dans un reportage de la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise alimente pr\u00e9cis\u00e9ment la trame narrative de la r\u00e9demption par le tragique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au m\u00e9pris de sa personnalit\u00e9 et de ses souffrances, il y appara\u00eet comme un jeune au profil similaire \u00e0 celui des autres membres du groupe, \u00e0 savoir indocile et incontr\u00f4lable, mais devenant \u00ab r\u00e9cup\u00e9rable \u00bb \u00e0 la faveur du drame v\u00e9cu. La mise en sc\u00e8ne de son apparition dans le reportage audiovisuel participe de ce r\u00e9cit fabriqu\u00e9. Dans la s\u00e9quence pr\u00e9c\u00e9dente, la vice-procureur en charge du P\u00f4le mineurs du Tribunal de Paris fait \u00e9tat, \u00e0 propos de tous les enfants et adolescents marocains pr\u00e9sents dans la ville, non seulement de leur refus d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 tout suivi \u00e9ducatif, mais \u00e9galement de leur caract\u00e8re nuisible \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres jeunes en foyer, voire hostile contre les institutions. Juste apr\u00e8s cette intervention, Mohamed raconte que son accident lui a permis de mettre un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 ses errements pour lesquels il \u00e9prouve des remords. Cette instrumentalisation est pouss\u00e9e davantage par cette m\u00eame magistrate dans un article de <i>Mediapart <\/i>publi\u00e9 deux mois apr\u00e8s la diffusion du reportage et quelques semaines apr\u00e8s la d\u00e9cision du juge de le confier \u00e0 <i>l\u2019Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance<\/i>. Et cela, sans citer son pr\u00e9nom, ni indiquer qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plac\u00e9 sous la responsabilit\u00e9 du service de protection lors de l\u2019accident. Elle d\u00e9clare \u00e0 son propos\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Celui qui s\u2019en sort le mieux, au fond, c\u2019est un jeune amput\u00e9 d\u2019une jambe apr\u00e8s un accident sur la voie ferr\u00e9e<\/i> [\u2026]<i>. Il a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 et soign\u00e9 dans la dur\u00e9e, on a pu avoir des contacts quotidiens au titre de la protection de l\u2019enfance. Lui a fini par nous dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux m\u2019en sortir\u00a0\u00bb<\/i> \u00bb.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette d\u00e9claration cristallise un bon nombre des traits construisant le groupe comme irr\u00e9ductible \u00e0 toute prise en charge, en \u00e9tant \u00e0 la fois r\u00e9tif \u00e0 toute forme d\u2019aide et r\u00e9fractaire aux exigences et aux b\u00e9n\u00e9fices d\u2019une int\u00e9gration sociale. Par un proc\u00e9d\u00e9 classique, le cas de Mohamed tel que travesti et exceptionnalis\u00e9, permet de corroborer cette rh\u00e9torique, en jetant l\u2019opprobre sur ses pairs et en disculpant les autorit\u00e9s. L\u2019affaiblissement physique du jeune, jusqu\u2019\u00e0 son immobilisme, aurait conduit \u00e0 d\u00e9samorcer la violence atavique pr\u00eat\u00e9e \u00e0 cette nouvelle variante de \u00ab\u00a0l\u2019homme arabe\u00a0\u00bb, tandis que son enfermement et son isolement contraints auraient permis aux \u00e9ducateurs de l\u2019approcher et de lui proposer une alternative pour une vie digne. Dans le m\u00eame mouvement, la magistrate d\u00e9douane l\u2019ensemble des responsables en faisant reposer la charge de l\u2019absence de prise en charge de ce groupe sur celui-ci et lui seul.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tandis que l\u2019Etat n\u2019a tol\u00e9r\u00e9 aucune exception dans son objectif de faire partir les jeunes marocains abim\u00e9s par leurs ann\u00e9es d\u2019exil, les discours des autres autorit\u00e9s que sont le Parquet et la Mairie de Paris semblent avoir exclu toute exception venant d\u00e9roger au profil de ces m\u00eames jeunes envisag\u00e9s comme incontr\u00f4lables et ind\u00e9sirables. Autrement dit, le consensus est de mise quant aux soubassements de cette r\u00e9pression. Ce consensus s\u00e9curitaire a \u00e9t\u00e9 largement relay\u00e9 par les m\u00e9dias, qui ont vers\u00e9 dans un sensationnalisme raciste ou qui n\u2019ont pas questionn\u00e9 la th\u00e8se de l\u2019exceptionnalisme trop vite attribu\u00e9 \u00e0 ce groupe. La s\u00e9rie d\u2019articles publi\u00e9s par <i>Enass<\/i> a propos\u00e9 un d\u00e9placement de perspective qu\u2019il s\u2019agit de poursuivre, tant en France que dans le reste de l\u2019Europe, o\u00f9 des centaines de jeunes marocains <i>harragas<\/i> ont esp\u00e9r\u00e9 trouver refuge et ont fait face \u00e0 un mur dont les parois ont \u00e9t\u00e9 infranchissables dans certains\u00a0pays, comme la France, et plus franchissables dans d\u2019autres. Il s\u2019agit de le faire <b>en gardant de grandes distances intellectuelles et politiques avec les logiques \u00e9tatiques et institutionnelles, tant ce groupe a fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9pression d\u2019une intensit\u00e9 rare pour de si jeunes personnes.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Samia Moucharik, chercheuse ind\u00e9pendante<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un cas embl\u00e9matique de la r\u00e9pression<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-16755","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16755"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16755\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16756,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16755\/revisions\/16756"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}