{"id":17029,"date":"2026-11-06T02:07:38","date_gmt":"2026-11-06T01:07:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=17029"},"modified":"2026-11-05T10:08:39","modified_gmt":"2026-11-05T09:08:39","slug":"je-nai-jamais-eu-a-me-battre-ainsi-pour-de-leau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2026\/11\/06\/je-nai-jamais-eu-a-me-battre-ainsi-pour-de-leau\/","title":{"rendered":"Je n\u2019ai jamais eu \u00e0 me battre ainsi pour de l\u2019eau"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-17018 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/17-octobre-2026-1-273x300.jpg\" alt=\"\" width=\"273\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/17-octobre-2026-1-273x300.jpg 273w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/17-octobre-2026-1.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 273px) 100vw, 273px\" \/><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>La lutte pour la survie dans les camps de\u00a0r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es<\/strong><\/h1>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les femmes qui subissent le poids de la corv\u00e9e d\u2019eau, cela se traduit, dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es, par de longues files d\u2019attente, des pompes \u00e0 sec et des risques de chol\u00e9ra<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En raison des r\u00f4les traditionnels attribu\u00e9s aux hommes et aux femmes, la charge de l\u2019approvisionnement en eau destin\u00e9e \u00e0 la consommation, \u00e0 la cuisine et au m\u00e9nage incombe en grande partie aux femmes et aux filles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Fuller<\/em> s\u2019est entretenue avec quatre femmes de Gaza, d\u2019Alg\u00e9rie, du Soudan du Sud et du N\u00e9pal, qui ont \u00e9t\u00e9 contraintes de fuir leur foyer en raison de conflits ou de catastrophes naturelles et qui vivent d\u00e9sormais dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s, au sujet de leurs difficult\u00e9s quotidiennes pour s\u2019approvisionner en eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Gaza<br \/>\n<\/strong>Lieu\u00a0: Al-Zawaida, une ville abritant des sites d\u2019accueil informels \u00e0 Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza<br \/>\nPopulation du camp\u00a0: environ 424\u00a0000\u00a0personnes vivent dans 430\u00a0sites d\u2019accueil r\u00e9partis \u00e0 travers Al-Zawaida<br \/>\nRaison du d\u00e9placement\u00a0: guerre et bombardements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s\u00a0; maison familiale d\u00e9truite et partiellement d\u00e9molie<br \/>\nDur\u00e9e de s\u00e9jour dans le camp\u00a0: pr\u00e8s de deux ans<br \/>\nContexte\u00a0: \u00e0 la suite de l\u2019attaque men\u00e9e par le Hamas contre Isra\u00ebl le 7\u00a0octobre 2023, qui a fait environ 1\u00a0200\u00a0mort\u00b7es, Isra\u00ebl a ripost\u00e9 par une offensive dans la bande de Gaza. Trois ans de bombardements et d\u2019op\u00e9rations terrestres isra\u00e9liens \u00e0 Gaza ont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent fait plus de 74\u00a0000\u00a0mort\u00b7es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fidaa Abu Ghali, une m\u00e8re de Gaza \u00e2g\u00e9e de 35\u00a0ans, fait la queue trois heures par jour pour obtenir de l\u2019eau<br \/>\n<\/strong>\u00ab\u00a0Je travaillais comme journaliste dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Jabalia avant que la guerre ne m\u2019oblige \u00e0 fuir \u00e0 plusieurs reprises. Mon fils, Kenan, est n\u00e9 cinq jours apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre. Ma fille, Amira, est venue plus tard, pendant la famine. J\u2019ai deux enfants et je n\u2019ai pu allaiter aucun d\u2019entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai qu\u2019un petit seau d\u2019eau devant moi. La vaisselle s\u2019empile, le linge s\u2019accumule, et j\u2019ai encore besoin d\u2019eau. Ici, dans notre camp, comme dans tous les autres, nous attendons que les camions des organisations internationales viennent apporter de l\u2019eau. Je fais la queue dans la rue, serr\u00e9e au milieu de la foule. Qu\u2019il pleuve ou que le soleil tape fort, peu importe\u00a0: \u00e7a ne peut pas attendre. Pour en avoir, il faut rester debout pendant trois heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le klaxon du camion-citerne retentit deux fois. C\u2019est un son que je reconnais tout de suite, et les gens se mettent \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0De l\u2019eau\u00a0! De l\u2019eau\u00a0! De l\u2019eau potable\u00a0!\u00a0\u00bb et se pr\u00e9cipitent vers lui. Le camion ne vient que deux fois par semaine dans cette zone qui abrite environ 2\u00a0000\u00a0personnes\u00a0; chacun\u00b7e apporte donc un bidon d\u2019eau et se met en file dans ce qui devient une longue file d\u2019attente, comptant g\u00e9n\u00e9ralement entre 50 et 70\u00a0personnes, femmes et hommes, bien que ce soient surtout des hommes. Cette distribution est parfois organis\u00e9e par le Service des eaux des municipalit\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res\u00a0(CMWU), l\u2019organisme palestinien charg\u00e9 de coordonner les livraisons d\u2019eau avec les organisations humanitaires. Il y a souvent des probl\u00e8mes\u00a0: des disputes, des bousculades, des personnes qui doublent dans la file. Ici, l\u2019eau est fournie gratuitement. Il y a \u00e9galement l\u2019eau du r\u00e9seau municipal, mais elle n\u2019alimente que les foyers disposant de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessaire pour la pomper, ce qui n\u2019est pas le cas de ma tente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai emprunt\u00e9 un tonneau \u00e0 ma famille pour stocker de l\u2019eau. Il contient environ 500\u00a0litres, mais m\u00eame le remplir n\u2019est pas facile, car nous ne sommes approvisionn\u00e9\u00b7es en eau qu\u2019une ou deux fois par semaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est effrayant de voir que des personnes meurent \u00e0 cause du manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau. Dans le camp de Yarmouk, \u00e0 12\u00a0km d\u2019ici, un jeune homme a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 lors d\u2019une bagarre au sujet de l\u2019ordre de passage dans une file d\u2019attente pour l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps que je remplisse notre tonneau, la moiti\u00e9 de la journ\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e. Mes enfants ont besoin de v\u00eatements propres tous les jours, mais je ne peux les changer que tous les deux jours, car je n\u2019ai pas assez d\u2019eau ni de v\u00eatements de rechange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame l\u2019eau que nous obtenons est souvent impropre \u00e0 la consommation. Mes enfants, Kenan, trois ans, et Amira, 15\u00a0mois, souffrent d\u2019infections r\u00e9currentes, d\u2019\u00e9ruptions cutan\u00e9es, de fi\u00e8vres et de furoncles. Je ne peux pas les soigner correctement. J\u2019ai d\u00fb m\u00e9langer du lait en poudre avec de l\u2019eau bouillie provenant du r\u00e9servoir. Les couches co\u00fbtent 100\u00a0dollars le paquet et mes enfants ont des plaies cutan\u00e9es parce qu\u2019on ne les change pas assez souvent. Les m\u00e9dicaments sont \u00e9galement rares \u00e0 Gaza, en raison du si\u00e8ge. Je souffre d\u2019infections gyn\u00e9cologiques r\u00e9currentes depuis mon premier accouchement, car je ne peux pas assurer mon hygi\u00e8ne correctement sans eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019essaie parfois de faire bouillir de l\u2019eau pour les enfants, mais ce n\u2019est pas facile non plus\u00a0: le combustible pour le feu est difficile \u00e0 trouver. Le gaz de cuisine se fait rare, voire indisponible pendant de longues p\u00e9riodes, ce qui m\u2019oblige, comme la majorit\u00e9 des familles d\u00e9plac\u00e9es, \u00e0 recourir \u00e0 des feux \u00e0 ciel ouvert aliment\u00e9s principalement par du bois. Mais m\u00eame le bois est devenu difficile \u00e0 trouver et de plus en plus cher\u00a0; je br\u00fble donc parfois du tissu et d\u2019autres mat\u00e9riaux r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s \u00e0 la place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis je retourne faire la queue pendant encore trois heures, pour r\u00e9partir le peu d\u2019eau que j\u2019obtiens entre mes enfants. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00e9moignage recueilli par la journaliste palestinienne Ansam El-Kattaa, dans le centre de Gaza<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet entretien est publi\u00e9 en collaboration avec <u><a href=\"https:\/\/www.egab.co\/?ref=fullerproject.org\">Egab<\/a><\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Alg\u00e9rie<br \/>\n<\/strong>Localisation\u00a0: camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Smara, dans le d\u00e9sert de la province de Tindouf, au sud-ouest de l\u2019Alg\u00e9rie<br \/>\nPopulation du camp\u00a0: environ 40\u00a0000\u00a0personnes<br \/>\nCause du d\u00e9placement\u00a0: le peuple sahraoui, fuyant la guerre, a travers\u00e9 la fronti\u00e8re pour rejoindre l\u2019Alg\u00e9rie depuis le territoire contest\u00e9 du Sahara occidental, \u00e0 la suite de l\u2019occupation de ses terres par le Maroc en\u00a01975<br \/>\nDur\u00e9e de s\u00e9jour dans le camp\u00a0: 36\u00a0ans<br \/>\nContexte\u00a0: Depuis plus de cinq d\u00e9cennies, l\u2019Alg\u00e9rie accueille des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es sahraoui\u00b7es, ce qui en fait l\u2019une des situations de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es les plus anciennes et les plus n\u00e9glig\u00e9es au monde. Environ 174\u00a0000\u00a0r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es sahraoui\u00b7es vivent dans cinq camps situ\u00e9s dans la province alg\u00e9rienne de Tindouf, un environnement d\u00e9sertique isol\u00e9 et aride.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Najla Mohamedlamin, 36\u00a0ans, n\u00e9e dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es, partage ses souvenirs des p\u00e9nuries d\u2019eau qu\u2019elle a connues pendant son enfance et auxquelles elle est aujourd\u2019hui confront\u00e9e en tant que m\u00e8re<br \/>\n<\/strong>\u00ab\u00a0L\u2019odeur du bois qui br\u00fble, le bruit du th\u00e9 vers\u00e9 par un matin froid et le r\u00e9veil \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une tente sont des souvenirs tr\u00e8s vivaces de mon enfance. Je suis n\u00e9e et j\u2019ai grandi \u00e0 Tifariti, l\u2019un des six quartiers du camp de Smara, o\u00f9 je vivais avec ma m\u00e8re, mes deux fr\u00e8res et s\u0153urs et mes grands-parent\u00b7es maternel\u00b7les.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je garde un souvenir tr\u00e8s vif de ces semaines o\u00f9 nous n\u2019avions pas d\u2019eau. J\u2019ai grandi en buvant de l\u2019eau boueuse qui avait un go\u00fbt de mer. Les douches \u00e9taient si rares que nous devions utiliser des cailloux pour nous d\u00e9barrasser des peaux mortes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019oublierai jamais ces matins sombres o\u00f9 ma m\u00e8re devait courir jusqu\u2019au point d\u2019eau. Elle alignait les r\u00e9cipients comme les perles d\u2019un collier et les tra\u00eenait jusqu\u2019au centre, o\u00f9 elle attendait l\u2019arriv\u00e9e du camion-citerne. Certains jours, elle attendait presque toute la matin\u00e9e sans que le camion ne vienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre consommation d\u2019eau \u00e9tait extr\u00eamement restreinte. Ma grand-m\u00e8re jouait le r\u00f4le de \u00ab\u00a0police de l\u2019eau\u00a0\u00bb. Elle redoutait la s\u00e9cheresse, car en tant que nomade, elle en avait connu de nombreuses. L\u2019eau \u00e9tait de l\u2019or, et elle l\u2019est toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que maman, la crise de l\u2019eau m\u2019a touch\u00e9e diff\u00e9remment. Je suis responsable de deux jeunes enfants et de tout un foyer. Quand j\u2019\u00e9tais enfant, je devais aider \u00e0 aller chercher de l\u2019eau, mais je n\u2019\u00e9tais pas celle qui s\u2019occupait des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai v\u00e9cu ma pire crise de l\u2019eau en\u00a02022. C\u2019\u00e9tait en juillet et la temp\u00e9rature d\u00e9passait les 50\u00a0degr\u00e9s Celsius. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, mon fils avait six mois. Nos r\u00e9servoirs, d\u2019une capacit\u00e9 de 5\u00a0000\u00a0litres, \u00e9taient vides. J\u2019avais une grande pile de v\u00eatements de b\u00e9b\u00e9 sales et, dans ma cuisine, des montagnes de vaisselle sale que je devais recouvrir d\u2019un torchon car elles attiraient les mouches. Nos toilettes ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9composer et l\u2019odeur \u00e9tait insupportable. Je me souviens de ne pas avoir pu prendre de douche pendant cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019approvisionnement en eau dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es est financ\u00e9 par des fonds internationaux. Ce n\u2019est que tr\u00e8s r\u00e9cemment que l\u2019eau a commenc\u00e9 \u00e0 arriver chez nous, achemin\u00e9e par des camions ou via un r\u00e9seau d\u2019adduction souterrain. Il arrive parfois que nous n\u2019en ayons pas pendant deux ou trois mois. On peut donc recevoir 10\u00a0000\u00a0litres d\u2019eau pour une famille de 12\u00a0personnes, mais on ne sait pas combien de temps il faudra attendre pour en recevoir davantage. La seule chose qui me cause tant d\u2019inqui\u00e9tude et de d\u00e9tresse, \u00e0 part la maladie d\u2019un \u00eatre cher, c\u2019est quand nous n\u2019avons pas d\u2019eau \u00e0 la maison. Une maison sans eau, c\u2019est comme un corps sans \u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 connu la situation o\u00f9 l\u2019eau et le chauffage faisaient d\u00e9faut. C\u2019est un aper\u00e7u terrifiant d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui pourrait bien ne pas \u00eatre si lointaine pour beaucoup d\u2019autres personnes \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n\u2019avons jamais eu la vie facile, et nous avons toujours r\u00e9ussi \u00e0 survivre aux injustices et \u00e0 trouver des moyens de nous adapter. Mais les crises de l\u2019eau sont une \u00e9preuve qu\u2019aucun\u00b7e \u00eatre vivant\u00b7e ne devrait avoir \u00e0 subir. Notre combat \u00e9tait un combat pour la libert\u00e9 et la lib\u00e9ration. Il ne devrait jamais s\u2019agir de l\u2019eau, de la nourriture et des m\u00e9dicaments. Ce sont l\u00e0 les droits humains les plus fondamentaux dont un \u00eatre humain puisse disposer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9dig\u00e9 par Najla Mohamedlamin depuis le camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Smara.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Soudan du Sud<br \/>\n<\/strong>Lieu\u00a0: Bentiu, capitale de l\u2019\u00c9tat d\u2019Unity, au nord du Soudan du Sud<br \/>\nPopulation du camp\u00a0: 110\u00a0730<br \/>\nCause du d\u00e9placement\u00a0: Conflit et violences politiques. Les rivalit\u00e9s ethniques et politiques sont \u00e0 l\u2019origine des cycles de guerre qui secouent le Soudan du Sud depuis\u00a02013<br \/>\nDur\u00e9e de s\u00e9jour dans le camp\u00a0: 13\u00a0ans<br \/>\nContexte\u00a0: La surpopulation, les mauvaises conditions d\u2019assainissement et les inondations r\u00e9currentes ont accru le risque de chol\u00e9ra dans le camp de Bentiu, le plus grand site d\u2019accueil de personnes d\u00e9plac\u00e9es du Soudan du Sud, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la suite du conflit de\u00a02013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deborah Nyakuy Chan, responsable de la protection de l\u2019enfance au sein de l\u2019association \u00e0 but non lucratif Nonviolent Peaceforce, dans le camp de Bentiu o\u00f9 elle vit, est confront\u00e9e au chol\u00e9ra et aux inondations<br \/>\n<\/strong>\u00ab\u00a0Nous vivons dans la peur. Le chol\u00e9ra nous accompagne depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Les inondations et les p\u00e9nuries d\u2019eau ont toutes deux contribu\u00e9 \u00e0 la propagation de la maladie. Pour nous prot\u00e9ger, nous devons nettoyer r\u00e9guli\u00e8rement nos latrines, nos ustensiles et nos mains avec de l\u2019eau propre et du savon. Mais c\u2019est difficile \u00e0 faire en raison des p\u00e9nuries d\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vis dans le camp de Bentiu depuis\u00a02013. Avant d\u2019\u00eatre d\u00e9plac\u00e9e, j\u2019\u00e9tais sage-femme au sein du minist\u00e8re de la Sant\u00e9, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital public principal de Bentiu, mais j\u2019ai perdu mon emploi l\u00e0-bas. J\u2019ai alors \u00e9t\u00e9 contrainte de trouver refuge dans le camp \u00e0 cause du conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De nombreuses personnes ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es en raison des inondations dans la r\u00e9gion, ce qui a entra\u00een\u00e9 une augmentation de la population du camp. Je participe \u00e0 la gestion d\u2019un espace adapt\u00e9 aux enfants au sein du camp afin de les prot\u00e9ger du risque de noyade dans les eaux de crue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enfants sont les plus expos\u00e9\u00b7es au risque de contracter le chol\u00e9ra, car elles et ils se baignent dans les eaux de crue insalubres. Beaucoup d\u2019entre elles et eux ne connaissent pas les mesures de pr\u00e9vention contre le chol\u00e9ra. Nous avons besoin de davantage d\u2019\u00e9quipes sanitaires mobiles pour parcourir le camp, bloc apr\u00e8s bloc, afin de sensibiliser la population aux moyens de pr\u00e9venir le chol\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Actuellement, nous sommes confront\u00e9\u00b7es \u00e0 de graves p\u00e9nuries d\u2019eau. Il est tr\u00e8s difficile d\u2019aller chercher de l\u2019eau potable pour la famille, car l\u2019eau ne coule des robinets que moins d\u2019une heure par jour. Il nous arrive parfois de nous coucher sans avoir pu cuisiner ni nous laver \u00e0 cause de ces p\u00e9nuries d\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les contraintes budg\u00e9taires ont conduit les agences d\u2019aide internationales \u00e0 se retirer des projets li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 l\u2019assainissement et \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne, ce qui aggrave encore les p\u00e9nuries. Auparavant, chaque famille avait droit \u00e0 quatre litres d\u2019eau \u00e0 remplir dans un jerrican. D\u00e9sormais, les familles ne peuvent obtenir que deux jerricans aux r\u00e9servoirs. Certaines familles sont laiss\u00e9es pour compte et ne re\u00e7oivent pas d\u2019eau de toute la journ\u00e9e. Lorsque cela se produit, nous sommes parfois contraint\u00b7es d\u2019utiliser l\u2019eau sale des inondations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des cas d\u2019agressions sexuelles et de harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019encontre des femmes ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s aux points d\u2019eau. Un cas de viol a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 \u00e0 un point d\u2019eau en\u00a02024. Le gouvernement devrait nommer des juges permanent\u00b7es pour traiter les affaires d\u2019agressions sexuelles. C\u2019est un probl\u00e8me qui n\u2019est pas pris au s\u00e9rieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Propos recueillis par Chondok Stephen Magei, directeur d\u2019une station de radio sud-soudanaise et journaliste, vivant dans le camp de Bentiu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>N\u00e9pal<br \/>\n<\/strong>Lieu\u00a0: Baada Chautara, district de Nuwakot, centre du N\u00e9pal, \u00e0 environ 60\u00a0km au nord-ouest de Katmandou<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Population du camp\u00a0: 125\u00a0foyers originaires de Nuwakot et de Rasuwa vivant sous des tentes dans ce centre d\u2019accueil g\u00e9r\u00e9 par les autorit\u00e9s locales de Nuwakot-Bidur ainsi que par des ONG n\u00e9palaises et internationales<br \/>\nCause du d\u00e9placement\u00a0: inondations soudaines survenues au N\u00e9pal le 26\u00a0ao\u00fbt 2026<br \/>\nDur\u00e9e de s\u00e9jour dans le camp\u00a0: sept semaines<br \/>\nContexte\u00a0: Le N\u00e9pal a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 en ao\u00fbt par des inondations d\u00e9vastatrices qui ont fait au moins 1\u00a0455\u00a0mort\u00b7es. Le 5\u00a0octobre, le gouvernement a annonc\u00e9 qu\u2019il mettait fin aux op\u00e9rations de recherche et de sauvetage des personnes toujours port\u00e9es disparues. Au moins 5\u00a0285\u00a0personnes sont toujours port\u00e9es disparues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Birmaya Tamang, 24\u00a0ans, qui a perdu des proches, sa maison et son commerce \u00e0 la suite des crues soudaines meurtri\u00e8res au N\u00e9pal.<br \/>\n<\/strong>\u00ab\u00a0Ma journ\u00e9e commence \u00e0 5\u00a0heures du matin. Pendant que ma famille dort encore, je prends mes bidons et je pars chercher de l\u2019eau. Je fais cinq ou six allers-retours jusqu\u2019au robinet chaque jour, en marchant entre 40 et 45\u00a0minutes pour ramener 10 ou 12\u00a0litres \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre maison est d\u00e9sormais un abri de fortune ici, \u00e0 Nuwakot. C\u2019est un petit abri que nous partageons entre mon mari, nos trois jeunes enfants, mes beaux-parent\u00b7es et moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019ai jamais eu \u00e0 me battre ainsi pour de l\u2019eau auparavant. Dans mon village, nous avions des points d\u2019eau \u00e0 proximit\u00e9, et de l\u2019eau potable coulait des canalisations chez nous. Aujourd\u2019hui, je passe mes journ\u00e9es \u00e0 transporter des bidons dans tous les sens jusqu\u2019\u00e0 ce que mon corps soit \u00e9puis\u00e9. L\u2019eau que je transporte doit suffire \u00e0 la cuisine, au m\u00e9nage, \u00e0 la lessive, \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne et \u00e0 la toilette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma maison se trouvait dans les hautes terres de Tiru, \u00e0 Rasuwa. Le s\u00e9isme de\u00a02015 a d\u00e9truit notre maison et emport\u00e9 des membres de ma famille. Pensant que ce serait plus s\u00fbr dans les plaines, j\u2019ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, construit un petit abri et ouvert un petit restaurant. Mon mari et moi travaillions et gagnions honn\u00eatement notre vie. Puis l\u2019inondation a frapp\u00e9. Elle a emport\u00e9 notre maison, notre quartier, notre famille et jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re roupie que nous avions \u00e9conomis\u00e9e. Aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons plus rien et nulle part o\u00f9 aller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me souviens encore tr\u00e8s bien du moment o\u00f9 l\u2019inondation a frapp\u00e9, en ao\u00fbt. J\u2019attendais le bus pour emmener mes enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole quand des villageois\u00b7es m\u2019ont cri\u00e9 de courir. J\u2019ai attrap\u00e9 les enfants et j\u2019ai couru \u00e0 toute vitesse vers la for\u00eat, avec mon mari \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. L\u2019inondation a englouti tout notre village. Dix-neuf membres de ma famille\u00a0\u2014 dont mes parent\u00b7es et mes s\u0153urs\u00a0\u2014 ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9\u00b7es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l\u2019inondation, nous avons march\u00e9 pendant trois jours pour rejoindre le centre d\u2019accueil d\u2019urgence. Nous devions nous laver dans un espace \u00e0 ciel ouvert et insalubre. L\u2019eau crasseuse nous a toustes donn\u00e9 des \u00e9ruptions cutan\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la tente, la chaleur de la journ\u00e9e est insupportable. Je parviens \u00e0 transporter suffisamment d\u2019eau pour donner un bain \u00e0 mes enfants une fois par semaine. J\u2019attends la tomb\u00e9e de la nuit, quand tout est calme, pour me laver et faire la lessive au robinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G\u00e9rer mes r\u00e8gles ici est difficile. Aller chercher de l\u2019eau devient un v\u00e9ritable combat, car les personnes nous consid\u00e8rent comme impures lorsque nous avons nos r\u00e8gles et nous interdisent l\u2019acc\u00e8s au robinet public. Il n\u2019y a aucune intimit\u00e9 et aucun moyen de jeter les serviettes hygi\u00e9niques ou les d\u00e9chets en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame aller chercher de l\u2019eau au robinet est source de tensions. Les victimes des inondations et les villageois\u00b7es locales\/locaux se partagent cette unique source, et les files d\u2019attente peuvent s\u2019\u00e9tirer pendant une heure et demie. Comme les villageois\u00b7es utilisaient ce robinet bien avant notre arriv\u00e9e, elles ett ils le consid\u00e8rent comme leur appartenant exclusivement. Et, honn\u00eatement, j\u2019ai peur de m\u2019exprimer\u00a0: il y a une grande diff\u00e9rence entre se tenir sur sa propre terre et survivre sur celle d\u2019autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, le sommeil n\u2019apporte aucune paix. L\u2019image de mes parent\u00b7es et de mes proches emport\u00e9s par les flots ne cesse de d\u00e9filer dans mon esprit. Nous v\u00e9n\u00e9rions la rivi\u00e8re comme une divinit\u00e9, mais pour moi, elle est devenue un monstre. Avant, je m\u2019endormais au doux murmure de la rivi\u00e8re, mais aujourd\u2019hui, j\u2019ai une peur bleue de m\u2019en approcher.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00e9moignage recueilli par la journaliste n\u00e9palaise Sunita Neupane, \u00e0 Nuwakot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><u><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/\">https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/<\/a><\/u><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lutte pour la survie dans les camps de\u00a0r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-17029","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17029","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17029"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17029\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17030,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17029\/revisions\/17030"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17029"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}