{"id":2519,"date":"2018-01-19T02:07:07","date_gmt":"2018-01-19T01:07:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=2519"},"modified":"2018-08-06T11:10:22","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:22","slug":"la-foret-qui-pousse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/01\/19\/la-foret-qui-pousse\/","title":{"rendered":"La for\u00eat qui pousse"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Cela se passe en Tanzanie<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lu en 2015, le nouveau pr\u00e9sident de Tanzanie s\u2019est illustr\u00e9 par une politique audacieuse de redressement national et de lutte contre l\u2019exploitation des ressources du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne la pas vu venir. Sous les radars de la plupart des grands m\u00e9dias fran\u00e7ais, le nouveau gouvernement tanzanien s\u2019est mis au travail et a bouscul\u00e9 le sch\u00e9ma national. En m\u00eame temps, il faut admettre que l\u2019actualit\u00e9 du continent africain perce difficilement le brouillard m\u00e9diatique que soul\u00e8vent les agissements des groupuscules islamistes dans la r\u00e9gion. \u00ab\u00a0L\u2019arbre qui tombe fait plus de bruit que la for\u00eat qui pousse\u00a0\u00bb dit un proverbe issu de l\u2019intelligence collective. Cette for\u00eat, c\u2019est John Pombe Joseph Magufuli qui, le 5 novembre 2015, devenait Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Tanzanie avec 58% des voix exprim\u00e9es. \u00c2g\u00e9 de 59 ans, dipl\u00f4m\u00e9 en math\u00e9matiques et en chimie, il a occup\u00e9 divers postes au sein des gouvernements pr\u00e9c\u00e9dents notamment comme ministre des Travaux ou bien de la P\u00eache et de l\u2019\u00c9levage. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est un pur produit du syst\u00e8me, et pourtant John Magufuli ne ressemble \u00e0 personne\u00a0\u00bb<\/em> \u00e9crit le journal Jeune Afrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019instar de son homologue fran\u00e7ais Emmanuel Macron qui affirmait, dans les premiers mois de son mandat, qu\u2019il ne c\u00e9derait rien aux \u00ab\u00a0fain\u00e9ants\u00a0\u00bb, M.\u00a0Magufuli s\u2019est \u00e9galement d\u00e9clar\u00e9 hostile \u00e0 ces derniers.\u2026 mais pr\u00e9cisant qu\u2019il s\u2019adressait aux <em>\u00ab\u00a0agents du gouvernement\u00a0\u00bb<\/em> pour lesquels l\u2019\u00e9poque de tol\u00e9rance <em>\u00ab\u00a0est termin\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>. Affubl\u00e9 du pseudonyme \u00ab\u00a0le Bulldozer\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Tingatinga\u00a0\u00bb en swahili), le nouveau dirigeant a men\u00e9 campagne avec pour mot d\u2019ordre la lutte contre la corruption et a rapidement joint la parole aux actes. Parmi ses premiers coups d\u2019\u00e9clats\u00a0: une visite surprise au minist\u00e8re des Finances et une discussion directe avec le ministre afin de l\u2019exhorter \u00e0 <em>\u00ab\u00a0lever suffisamment de fonds pour offrir une \u00e9ducation gratuite comme promis\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019annulation des c\u00e9r\u00e9monies pour la f\u00eate de l\u2019Ind\u00e9pendance arguant qu\u2019il \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0honteux de d\u00e9penser tant d\u2019argent\u00a0\u00bb<\/em> quand, dans le pays, tant de gens mourraient encore de chol\u00e9ra et d\u2019autres maladies. Il r\u00e9duisit drastiquement le nombre de fonctionnaires autoris\u00e9s \u00e0 participer aux voyages officiels tout comme il diminua de 90% le budget allou\u00e9 aux d\u00eeners r\u00e9serv\u00e9s aux d\u00e9put\u00e9s avant l\u2019ouverture de s\u00e9ance du Parlement. Les montants \u00e9conomis\u00e9s furent utilis\u00e9s pour l\u2019achat de lits et de draps pour les h\u00f4pitaux. Autre mesure symbolique, le nouveau dirigeant r\u00e9duisit son salaire de 100 000 dollars \u00e0 7 000 dollars<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Certains analystes disent que M.\u00a0Magufuli est plus populaire que son parti\u00a0\u00bb<\/em> \u00e9crit la journaliste Ruth Nescoba dans un article pour la BBC. Son parti, Chama Cha Mapinduzi (CCM, le Parti de la r\u00e9volution), est fond\u00e9 en 1977 suite \u00e0 la fusion du parti Tanganyka African National Union (TANU) et l\u2019Afro Shirazi Party (ASP). Le CCM est alors le parti unique de la R\u00e9publique de Tanzanie, elle-m\u00eame cr\u00e9\u00e9e en 1964. Dirig\u00e9 par Julius Nyerere, le pays s\u2019oriente \u00e0 l\u2019\u00e9poque vers le socialisme africain appuy\u00e9 par la Chine communiste. Une courte exp\u00e9rience qui prend fin d\u00e8s les ann\u00e9es 80 avec une progressive reconversion dans les politiques lib\u00e9rales et l\u2019aboutissement, en janvier 1992, du multipartisme. Malgr\u00e9 les changements, le CCM est rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui le parti ind\u00e9tr\u00f4nable de la sc\u00e8ne nationale. Celui qui fut le principal rival du pr\u00e9sident aux \u00e9lections, M.\u00a0Edward Lowassa, provient lui-m\u00eame du parti au pouvoir. Ancien premier ministre, il est \u00e9cart\u00e9 lors de la primaire de 2015 au profit de M.Magufuli. Mauvais joueur, il quitte le CCM pour rejoindre l\u2019opposition (le parti Chadema ou Parti de la d\u00e9mocratie et du progr\u00e8s) et en devient imm\u00e9diatement le candidat pour l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Battu de nouveau, il conteste le r\u00e9sultat malgr\u00e9 un \u00e9cart important de voix. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est moi le pr\u00e9sident de la Tanzanie\u00a0: John Pombe Joseph Magufuli<\/em> &#8211; affirmera le vainqueur dans son discours d\u2019investiture &#8211;<em> et maintenant nous allons nous mettre au travail\u00a0\u00bb<\/em><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pi\u00e8ce centrale des ambitions politiques affich\u00e9es par le nouveau pouvoir, la Tanzania Revenue Authority (TRA), charg\u00e9e de la perception de l\u2019imp\u00f4t, s\u2019est rapidement retrouv\u00e9e sous les projecteurs. D\u00e8s novembre 2015, son commissaire g\u00e9n\u00e9ral M.\u00a0Rished Bade est arr\u00eat\u00e9 suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un trou dans les comptes publics estim\u00e9 \u00e0 40 millions de dollars. S\u2019en est suivi une succession de dirigeants jusqu\u2019\u00e0 la nomination de M.Charles Kichere en novembre 2016. <em>\u00ab\u00a0Ensemble, nous construisons notre nation\u00a0\u00bb<\/em> clame le slogan sur le site officiel de la TRA. Sur celui-ci, le visiteur peut y trouver les informations sur l\u2019augmentation progressive des recettes fiscales (plus de 3 trillions de shilling tanzanien pour le troisi\u00e8me trimestre de 2017). Une reprise en main qui a suscit\u00e9 des critiques au sein des secteurs \u00e9conomiques peu habitu\u00e9s \u00e0 l\u2019imp\u00f4t, accusant la TRA de les \u00ab\u00a0harceler\u00a0\u00bb. <em>\u00ab\u00a0Notre gouvernement valorise les investisseurs et les hommes d\u2019affaires. Une grosse partie de notre budget d\u00e9pend des taxes <\/em>a expliqu\u00e9 le premier ministre Kassim Majaliwa selon le journal sud-africain The Citizen. Diplomate, il a \u00e9galement ajout\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous demandons \u00e0 ceux qui se sont sentis trait\u00e9s injustement par la TRA de d\u00e9poser leur plainte aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes\u00a0\u00bb<\/em>. Aucune augmentation du taux d\u2019imposition sur les entreprises n\u2019a \u00e9t\u00e9 mise en place par le nouveau gouvernement tanzanien (30% depuis 2009). Il s\u2019agit donc d\u2019une politique de lutte \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019\u00e9vasion fiscale \u00e0 grande \u00e9chelle que m\u00e8ne M.Magufuli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chantier de poids pour la nouvelle \u00e9quipe du \u00ab\u00a0Bulldozer\u00a0\u00bb, le cas des multinationales dans le secteur minier. Ancienne colonie britannique, le pays est riche en mati\u00e8res premi\u00e8res comme l\u2019or, les diamants, le cuivre, etc. Comme tout le continent, les terres tanzaniennes sont soumises aux app\u00e9tits voraces des grandes firmes. En mars 2017, le gouvernement annonce un audit sur les compagnies mini\u00e8res afin de v\u00e9rifier <em>\u00ab\u00a0si les taxes existantes sont bien pay\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em>. Principale entit\u00e9 dans le collimateur du pouvoir, la compagnie Acacia Mining qui a vu plus de 250 de ses containers bloqu\u00e9s sur le port de Dar-es-Salam pour subir une inspection. D\u00e9tectant une sous-d\u00e9claration du poids des minerais export\u00e9s, le pr\u00e9sident limogea le ministre des Mines. L\u2019entreprise, propri\u00e9taire de trois sites miniers dans le pays, se vit imposer une amende de 190 milliards de dollars. D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9, une suspension d\u2019octroi de nouvelles licences aux entreprises \u00e9trang\u00e8res est d\u00e9clar\u00e9e. S\u2019ouvre alors une p\u00e9riode de n\u00e9gociation entre le gouvernement africain et la puissante multinationale Barrick Gold Corporation, premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 mondiale productrice d\u2019or, dont la filiale africaine est Acacia Mining. Le nouvel accord est conclu en octobre et red\u00e9fini les termes d\u2019exploitation des minerais et de r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices. Celui-ci aboutit \u00e0 la d\u00e9cision de cr\u00e9er une nouvelle compagnie tanzanienne dans laquelle le gouvernement aura un pouvoir de d\u00e9cision sur les op\u00e9rations futures. Les b\u00e9n\u00e9fices seront redistribu\u00e9s sur une base de 50\/50 entre la nouvelle entreprise et l\u2019\u00c9tat. Parall\u00e8lement, le groupe Barrick, dont le si\u00e8ge se trouve au Canada, accepte de payer une indemnisation de 300 millions de dollars au gouvernement tanzanien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre coup de filet, le cas de l\u2019entreprise britannique Petra Diamonds. Le 31 ao\u00fbt 2017, les autorit\u00e9s tanzaniennes ont bloqu\u00e9 le d\u00e9part, en direction de la Belgique, d\u2019une cargaison de diamants accusant la compagnie d\u2019avoir sous-\u00e9valu\u00e9 la valeur de celle-ci (estim\u00e9e \u00e0 15 millions de dollars, le double selon les autorit\u00e9s). En cons\u00e9quence, le ministre des Finances Philip Mpango \u00e0 d\u00e9clar\u00e9 l\u2019intention du gouvernement de \u00ab\u00a0nationaliser\u00a0\u00bb les pierres pr\u00e9cieuses. L\u2019entreprise a, de son c\u00f4t\u00e9, suspendu son activit\u00e9 et a inform\u00e9 que plusieurs de ses employ\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s par les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Les \u00e9lites le d\u00e9testent mais le peuple l\u2019adore\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> s\u2019exclame le m\u00e9dia francophone Jeune Afrique. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que la nouvelle \u00e9quipe aux manettes s\u2019attire les foudres de certains acteurs \u00e9conomiques. Sans doute l\u2019alt\u00e9ration de l\u2019ancien ordre des choses accentue le risque, pour le pouvoir en place, de se retrouver demain au coeur de tensions g\u00e9opolitiques dont la courroie de transmission repose habituellement sur le traitement m\u00e9diatique. Cas d\u2019\u00e9cole dans le domaine, le Venezuela bolivarien illustre parfaitement ces m\u00e9canismes de d\u00e9sinformation et omissions qui caract\u00e9risent les enjeux m\u00e9diatiques dans les questions internationales. Toutes les failles et les crimes imputables au r\u00e9gime cibl\u00e9 seront grossis \u00e0 la loupe. <em>\u00ab\u00a0Tanzanie\u00a0: les espaces de libert\u00e9 menac\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> pour <a href=\"http:\/\/bbc.com\">bbc.com<\/a> en janvier 2017, <em>\u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident de la Tanzanie fait fi de la libert\u00e9 de la presse\u00a0\u00bb<\/em> titrait <a href=\"http:\/\/lemonde.fr\">lemonde.fr<\/a> en mars de la m\u00eame ann\u00e9e. En ao\u00fbt, le site web de RFI informait que la F\u00e9d\u00e9ration internationale des ligues des droits de l\u2019homme d\u00e9non\u00e7ait le mauvais traitement fait aux journalistes par les autorit\u00e9s tanzaniennes. Une constante propre aux gouvernements qui ambitionnent de rebattre les cartes\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Legrandsoir.info<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2521\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/SalonDames-180101-11-226x300.jpg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/SalonDames-180101-11-226x300.jpg 226w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/SalonDames-180101-11.jpg 293w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela se passe en Tanzanie<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2522,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[15,17,35,26],"class_list":["post-2519","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-environnement","tag-agriculture","tag-amenagement","tag-ecologie","tag-environnement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2519","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2519"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2519\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2523,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2519\/revisions\/2523"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2522"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2519"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2519"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}