{"id":3380,"date":"2018-04-29T01:24:56","date_gmt":"2018-04-28T23:24:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3380"},"modified":"2018-08-06T11:10:14","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:14","slug":"voulez-vous-maccorder-cette-danse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/04\/29\/voulez-vous-maccorder-cette-danse\/","title":{"rendered":"Voulez-vous m\u2019accorder cette danse ?"},"content":{"rendered":"<p>Un texte de mon ami<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n&rsquo;avons pas tous, \u00e0 notre port\u00e9e ou dans nos relations une aristocrate russe en exil et dispensant un cours de danse de salon. D&rsquo;abord parce qu&rsquo;elles se font rares et que leur descendance a trouv\u00e9 d&rsquo;autres sources de revenus, ensuite parce qu&rsquo;aucune r\u00e9volution n&rsquo;a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 depuis des professeurs de danse av\u00e9r\u00e9s en exil. Celui qui r\u00eaverait de devenir un danseur de salon capable des plus belles mondanit\u00e9s devra trouver ailleurs \u00e0 se satisfaire, par exemple, en se rendant simplement dans une de ces salles de fitness o\u00f9 parfois officie quelque perle rare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis, en paroles beaucoup plus qu&rsquo;en actes, un virtuose des danses de salon et\u00a0 j&rsquo;entretiens aupr\u00e8s de mes amies qui ne dansent pas ou peu, une r\u00e9putation tr\u00e8s surfaite, si ce n&rsquo;est pas carr\u00e9ment usurp\u00e9e, de danseur \u00e9m\u00e9rite. Je le regrette infiniment, tant j&rsquo;aurais aim\u00e9 virevolter, toupiller, tourbillonner, vibrionner et \u00e9blouir celle que je tiendrais dans mes bras autant que celles qui admireraient de loin mes poses avantageuses et mes entrechats vertigineux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commen\u00e7a tr\u00e8s t\u00f4t, tr\u00e8s jeune plut\u00f4t. Avec un bon camarade de cette \u00e9poque glorieuse et insouciante, nous faisions lamentablement\u00a0tapisserie dans les bals qui \u00e9gayaient, malgr\u00e9 cette lacune, nos samedis soir. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les discoth\u00e8ques avec musique en conserve n&rsquo;existaient encore que tr\u00e8s peu. Les bals du samedi soir \u00e9taient une institution v\u00e9n\u00e9r\u00e9e et les ensembles, qui s&rsquo;y produisaient autant qu&rsquo;ils les animaient, avaient leurs aficionados aussi enthousiastes que fid\u00e8les. A une \u00e9poque ou un octet ne d\u00e9signait pas encore un byte informatique mais un petit orchestre instrumental de huit membres, nous acquittions un petit prix d&rsquo;entr\u00e9e pour passer une soir\u00e9e et cela jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube avec les plus belles filles du canton en les faisant danser jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ivresse des sens. Enfin, pour ceux qui savaient danser. Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas notre cas mais vous avez devin\u00e9 les fantasmes qui allaient nous motiver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Alfred, nous d\u00e9cid\u00e2mes tr\u00e8s vite qu&rsquo;il \u00e9tait grand temps de prendre le taureau par les cornes et qu&rsquo;il devenait urgent de savoir danser, au moins\u00a0le slow qui consistait pour l&rsquo;essentiel \u00e0\u00a0 se dandiner d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre en faisant du surplace et en prenant un air\u00a0 inspir\u00e9 sinon \u00e9namour\u00e9. Le seul inconv\u00e9nient, c&rsquo;est que le slow ne revenait que toutes les quatre voire cinq danses, parfois en alternance avec le tango. Le slow \u00e9tait \u00e0 notre port\u00e9e mais\u00a0 nous n&rsquo;en profitions qu&rsquo;\u00e0 un rythme tr\u00e8s, tr\u00e8s \u00e9pisodique. Cela faisait que les idylles que nous imaginions naissantes n&rsquo;avan\u00e7aient que tr\u00e8s, tr\u00e8s lentement. Un peu\u00a0 \u00e0 la mani\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre sketch r\u00e9unissant Sophie Daumier et Guy Bedos sur une piste de danse imaginaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avions mal pris le taureau par les cornes ou alors choisi le mauvais taureau. Un beau jour, Alfred arriva plus euphorique que jamais et brandissait \u00e0 bout de bras un magazine dans lequel s&rsquo;\u00e9talait une publicit\u00e9 pour un ouvrage qui promettait d&rsquo;\u00ab APPRENDRE A DANSER EN TROIS HEURES \u00bb. Une sorte de \u00ab LA DANSE POUR LES NULS \u00bb avant la lettre. Nous nous sommes cotis\u00e9s pour le commander et guett\u00e2mes le facteur avec une impatience de jouvenceaux imberbes. Notre attente fut de courte dur\u00e9e et notre enthousiasme pour une m\u00e9thode p\u00e9dagogique quasi-r\u00e9volutionnaire fit plaisir \u00e0 voir d&rsquo;apr\u00e8s ma m\u00e8re et son amie Elfriede. Elles nous le raconteront plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9thode d&rsquo;apprentissage \u00e9tait d&rsquo;une simplicit\u00e9 \u00e9tonnante, comment ne pas y avoir pens\u00e9 plus t\u00f4t ? Dans notre manuel, une double page \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 chaque danse et toutes les danses de salon imaginables y \u00e9taient d\u00e9crites. Mieux qu&rsquo;avec de simples mots, avec des dessins de pas fl\u00e9ch\u00e9s qui en rouge repr\u00e9sentaient ceux du danseur et en bleu ceux de la danseuse ou l&rsquo;inverse peut- \u00eatre. Il suffisait donc avec des craies de couleur, qu&rsquo;il fallut se procurer, de reproduire cette chor\u00e9graphie de semelles et de fl\u00e8ches sur le sol et d\u2019y poser ses pieds. Par mesure de discr\u00e9tion, nous avons retenu le garage de mon p\u00e8re qui avait l&rsquo;avantage d&rsquo;avoir une porte qu&rsquo;on pouvait fermer \u00e0 cl\u00e9, mais \u00e9galement un sol ciment\u00e9 facile \u00e0 marquer et \u00e0 effacer au fur et \u00e0 mesure de nos avanc\u00e9es mais surtout pour ne pas laisser de traces derri\u00e8re nous. L&rsquo;affaire \u00e9tait en effet top-secr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne restait alors que quelques menus d\u00e9tails \u00e0 r\u00e9gler dont celui du choix du genre de chacun de nous. Qui sera le cavalier et qui sera la cavali\u00e8re ? D&rsquo;aucuns r\u00e9gleraient cela \u00e0 pile ou face mais cela ne r\u00e9soudrait en rien le probl\u00e8me qui est ailleurs. En principe, le cavalier guide la cavali\u00e8re qui a donc vocation \u00e0 se laisser guider, or nous \u00e9tions potentiellement deux cavaliers et chacun de nous avait la ferme intention de savoir bient\u00f4t danser et de le faire dans la pl\u00e9nitude de son genre. Aucun de nous n&rsquo;avait envie de perdre son temps \u00e0 apprendre \u00e0 \u00eatre une fille, enfin c&rsquo;est ce que probablement nous pensions tous les deux inconsciemment. De bonne gr\u00e2ce et parce que nous \u00e9tions amis, mais surtout parce qu&rsquo;il y avait urgence, chacun consentit \u00e0 \u00eatre la cavali\u00e8re \u00e0 son tour. Le moins longtemps possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre d\u00e9tail et qui nous avait totalement \u00e9chapp\u00e9, nous n&rsquo;avions aucune musique sur laquelle appuyer notre apprentissage. Nous conv\u00eenmes que ce qui \u00e9tait essentiel \u00e0 ce stade c&rsquo;\u00e9tait de m\u00e9moriser parfaitement la chronologie des pas de chaque danse pour qu&rsquo;elle revienne avec une sorte d&rsquo;automaticit\u00e9 une fois notre cavali\u00e8re dans nos bras et quand le septet ou l&rsquo;octet ouvrira les festivit\u00e9s. Nous \u00e9tions jeunes mais d\u00e9j\u00e0 plus pragmatiques que nature. Nous contourn\u00e2mes le manque de bande-son par une esp\u00e8ce de sonorisation vocale fait de \u00abhop, hop, hop, hop, hop, ce qui manquait singuli\u00e8rement de discr\u00e9tion et eut t\u00f4t fait d&rsquo;attirer deux curieuses qui passaient par l\u00e0 : ma m\u00e8re et son amie Elfriede. Au passage, et avant d&rsquo;aller plus loin, vous avez certainement not\u00e9 que les cinq hop, soit deux pas\u00a0 \u00e0 gauche et trois pas \u00e0 droite, sont ceux du tango standard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par une lucarne, dont l&rsquo;existence nous avait totalement \u00e9chapp\u00e9, Elfriede et ma m\u00e8re ont suivi les avanc\u00e9es de nos apprentissages en riant sous cape, m\u00eame quand nous \u00e9mergions du garage et cela sans jamais poser de questions, ni faire la moindre allusion \u00e0 ce qui les amusait tant. Ma m\u00e8re, fine mouche et consid\u00e9rant que notre extraordinaire pers\u00e9v\u00e9rance serait in\u00e9vitablement couronn\u00e9e de succ\u00e8s, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de notre m\u00e9thode, d\u00e9cida d&rsquo;apporter son concours en faisant de moi une jeune homme \u00e9duqu\u00e9 dont elle n&rsquo;aurait pas \u00e0 rougir. Non seulement son fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ( il n&rsquo;en a pas d&rsquo;autre d&rsquo;ailleurs) allait \u00eatre un danseur \u00e9m\u00e9rite mais elle allait en faire un homme&#8230;enfin un jeune homme du monde dont elle n&rsquo;aurait pas \u00e0 rougir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela consistait \u00e0 me faire comprendre que pour danser avec une jeune fille, il convenait de respecter certaines convenances. Pour l&rsquo;inviter \u00e0 danser, il faut d&rsquo;abord s&rsquo;approcher d&rsquo;elle franchement et non pas subrepticement, la regarder droit dans les yeux puis de lui dire, en inclinant l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate : \u00ab Mademoiselle, voulez-vous m&rsquo;accorder cette danse ? \u00bb. Elle \u00e9tait cens\u00e9e accepter, s&rsquo;appuyer d\u00e9licatement sur une main offerte pour se lever et, de concert, nous devions nous rendre sur la piste en prenant les postures requises par la danse propos\u00e9e. A la fin de la danse, un \u00e9change de discr\u00e8tes courbette et r\u00e9v\u00e9rence devait tenir lieu de remerciements et la galanterie consistait alors \u00e0 offrir encore sa main en appui \u00e0 celle de la cavali\u00e8re pour la reconduire \u00e0 sa place, sans l&rsquo;abandonner au milieu de la piste comme un goujat pour aller rejoindre au plus t\u00f4t les copains accoud\u00e9s au comptoir du bar. Il ne me restait donc plus qu&rsquo;\u00e0 \u00e9trenner mon savoir nouveau, ce que je fis \u00e0 la premi\u00e8re occasion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma ch\u00e8re m\u00e8re avait \u00e0 peu pr\u00e8s tout pr\u00e9vu sauf que la maman de la jeune fille pouvait avoir oubli\u00e9 d&rsquo;organiser la sym\u00e9trie du&#8230;c\u00e9r\u00e9monial. Ainsi, me fut-il r\u00e9pondu un soir, par un tonitruant et rageur : \u00ab Occup\u00e9 ! \u00bb\u00a0; je m&rsquo;\u00e9loignais prudemment, penaud, abasourdi et pour tout dire incr\u00e9dule. Je ne compris qu&rsquo;un peu plus tard que la jeune fille avait r\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;avance sa danse \u00e0 un autre ou se mettait en r\u00e9serve en esp\u00e9rant qu&rsquo;un pr\u00e9tendant convoit\u00e9 se d\u00e9cide enfin de l&rsquo;inviter. Un peu plus tard, une reconduite galante \u00e0 sa place n&rsquo;eut pas plus de succ\u00e8s car une autre cavali\u00e8re, sentant derri\u00e8re elle ce qu&rsquo;elle per\u00e7ut peut-\u00eatre comme un souffle rauque sur sa nuque, mais qui n&rsquo;\u00e9tait en fait que ma simple pr\u00e9sence, se retourna vivement et s&rsquo;\u00e9cria\u00a0: \u00ab Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il veut celui-l\u00e0\u00a0? \u00bb. Je battis vite en retraite sous les regards ironiques et moqueurs des copines prises \u00e0 t\u00e9moin. Je d\u00e9cidai tr\u00e8s vite de mettre mes toutes nouvelles comp\u00e9tences, dont ma m\u00e8re avait jug\u00e9 l&rsquo;acquisition imp\u00e9rative, en veilleuse. D\u00e9sormais, j&rsquo;\u00e9tais peu soucieux de renouveler l&rsquo;exp\u00e9rience, encore moins de commencer une \u00e9tude statistique sur le nombre de jeunes filles que leurs m\u00e8res avaient omis de familiariser avec un usage au demeurant charmant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis souvent interrog\u00e9 dans les semaines qui ont suivi mon \u00e9trange aventure, d&rsquo;o\u00f9 ma m\u00e8re avait bien pu sortir ce savoir-vivre d\u00e9licat, un peu surann\u00e9 dont je semblais \u00eatre devenu le seul d\u00e9positaire. C&rsquo;est quand, quelques mois apr\u00e8s, estimant sans doute venu le moment de poursuivre\u00a0 mon \u00e9ducation et qu&rsquo;elle glissa entre mes mains un ouvrage dont l&rsquo;immacul\u00e9e couverture comportait la repr\u00e9sentation d&rsquo;un collier de perles, d&rsquo;une coupe de champagne avec ses bulles et d&rsquo;une rose \u00e9carlate avec en belle lettres noires\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0GUIDE PRATIQUE DU SAVOIR-VIVRE \u00bb, que je compris. Je le d\u00e9vorai comme un roman et me r\u00e9galai \u00e0 chaque page.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;y ai m\u00eame retrouv\u00e9 le r\u00e9cit int\u00e9gral, sous sa forme acad\u00e9mique, de mes exploits d&rsquo;un certain samedi soir. Je lus et relus avec d\u00e9lectation toutes ces recommandations dans les domaines les plus vari\u00e9s, me disant qu&rsquo;il fallait surtout laisser d\u00e9canter tout cela et n&rsquo;en\u00a0 user\u00a0 qu&rsquo;avec la plus grande mod\u00e9ration sans jamais pratiquer \u00e0 la lettre. Car c&rsquo;est la danse sous toutes ses formes qui doit retenir toute notre attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est un art avant de devenir un spectacle. Quand je parle de danse, je veux oublier ces \u00e9tranges figures solitaires faites de gesticulations, de tr\u00e9moussage et d&rsquo;ondulations al\u00e9atoires dans le vide. Je veux parler de la vraie danse, celle que nous appelons \u00ab\u00a0danse de salon\u00a0\u00bb et qui se pratique \u00e0 deux, en couple, les yeux dans les yeux ou presque. Les plus f\u00e9rus d&rsquo;entre nous,\u00a0 les vieux de la vieille et les ravissantes intemporelles savent de quoi je veux parler. Quelques initi\u00e9es de belle eau et de belle prestance dont je vois les yeux briller de plaisir par avance, sont dans le secret. Je songe \u00e0 toutes celles qui connaissent les diff\u00e9rences subtiles entre le tango argentin\u00a0 et le tango de salon. Je pense \u00e0 toutes celles\u00a0 qui savent \u00e0 l&rsquo;occasion \u00e9tablir des ponts et des passes inoubliables entre les deux et j&rsquo;en souris d&rsquo;\u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tango argentin est une danse latino-am\u00e9ricaine qui se pratique en avan\u00e7ant la pointe du pied \u00e0 chaque pas alors que le tango standard, de salon, attaque du talon \u00e0 chaque nouveau pas. Talon, salon, pour ceux qui ont besoin d&rsquo;un rep\u00e8re mn\u00e9motechnique. Le second se danse corps \u00e0 corps, un bras tendu, une main pos\u00e9e bien \u00e0 plat au creux des reins de la partenaire (sans caresses, ni p\u00e9trissages) ou d\u00e9licatement appuy\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9paule du cavalier. Le tango argentin ne favorise pas le rapprochement des corps mais surtout, il autorise, exige m\u00eame, des figures libres qui compl\u00e8tent celles contraintes,\u00a0 alors que le tango de salon se pratique \u00e0 figures impos\u00e9es et standardis\u00e9es. Aucune place \u00e0 la fantaisie mais une certaine intimit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La danse de salon ne se pratique d&rsquo;ailleurs pas qu&rsquo;en salon, elle se pratique ou plut\u00f4t se pratiquait en bal du soir, en th\u00e9 dansant, en go\u00fbter d\u00eenatoire ou en guinguette au bord de l&rsquo;eau. En nocturne, une sph\u00e8re \u00e0 facettes compos\u00e9es d&rsquo;autant de miroirs, fix\u00e9e au plafond, \u00e9clair\u00e9e\u00a0 d&rsquo;un spot lumineux et tournant sur elle-m\u00eame, \u00e9tait absolument indispensable\u00a0: on l&rsquo;appelait d&rsquo;ailleurs une boule de tango. Cet accessoire, sans lequel le tango ne serait que ce qu&rsquo;il est, c&rsquo;est \u00e0 dire une danse parmi d&rsquo;autres, est essentiel. Il cr\u00e9e et entretient une ambiance, une intimit\u00e9 faite de discr\u00e8tes ondulations, de souffles ti\u00e8des partag\u00e9s et de papillons de lumi\u00e8re qui virevoltent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tango argentin, le vrai tango argentin, ne se pratique pas en salon\u00a0: il demande de l&rsquo;espace et de l&rsquo;air pour oxyg\u00e9ner les danseurs qui se r\u00e9v\u00e8lent en v\u00e9ritables athl\u00e8tes. C&rsquo;est une chor\u00e9graphie, un\u00a0 spectacle, une exhibition des corps, des chevilles, des jarrets, des chutes de rein et des cambrures. Il se danse \u00e9galement\u00a0 avec le regard et un port de t\u00eate, surtout un port de t\u00eate, disent certains qui ne savent plus o\u00f9 donner de la t\u00eate et du regard eux-m\u00eames. Il est la sensualit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Honni soit qui mal y pense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les hauts lieux du plaisir dansant, il arrive parfois que le disc jockey\u00a0 ou l&rsquo;orchestre encha\u00eenent \u00e0 une vitesse soutenue et\u00a0 sans annonces un tango, une valse lente, un paso doble, un slow, une rumba, un cha cha cha, une salsa, un embryon de valse viennoise, un fox trott, un charleston, une samba puis la m\u00eame chose en d\u00e9sordre, \u00e0 l&rsquo;endroit et \u00e0 l&rsquo;envers, en terminant sur un rock de pr\u00e9f\u00e9rence acrobatique pour ceux qui en ont encore le souffle et la force. Les danseurs sur la piste doivent encha\u00eener toutes ces figures en rythme et au rythme sans d\u00e9semparer, sans aur\u00e9oles de sueur sous les aisselles et en gardant un frais sourire. Les couples se forment et se d\u00e9font, se d\u00e9composent et ne se retrouvent pas forc\u00e9ment, au gr\u00e9 des chor\u00e9graphies, la prestation se terminent obligatoirement comme elle a commenc\u00e9, par une courbette et une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9v\u00e9rence, puis une chevaleresque reconduite \u00e0 la place assise. Honni soit qui mal y danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Au fait, que faites-vous samedi soir\u00a0\u00bb ai-je failli vous demander, emport\u00e9 par mon \u00e9lan\u00a0?<\/p>\n<p>KF<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3369\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/SalonDames-180423-3-300x150.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/SalonDames-180423-3-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/SalonDames-180423-3.jpg 601w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de mon ami<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3367,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-3380","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-formation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3380","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3380"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3380\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3381,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3380\/revisions\/3381"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3367"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}