{"id":3431,"date":"2018-05-07T02:49:46","date_gmt":"2018-05-07T00:49:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3431"},"modified":"2018-08-06T11:10:13","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:13","slug":"le-capitalisme-peut-il-seffondrer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/05\/07\/le-capitalisme-peut-il-seffondrer\/","title":{"rendered":"Le capitalisme peut-il s\u2019effondrer ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C\u2019est ce que pensait K. Marx !<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Menac\u00e9 par la lutte des classes et la course \u00e0 l&rsquo;accumulation du capital, le capitalisme \u00e9tait, selon Marx, vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. L&rsquo;histoire lui a donn\u00e9 tort. Pour le moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Karl Marx a \u00e9t\u00e9 un auteur tr\u00e8s prolixe. Pourtant, de son vivant, il n\u2019a publi\u00e9 que deux livres sur les questions \u00e9conomiques, <em>Critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em> (en 1859) et le premier livre du <em>Capital<\/em> (1867). Les deux autres livres de ce m\u00eame ouvrage ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s de fa\u00e7on posthume par Friedrich Engels, son ami de toujours, tandis que Karl Kautsky, en 1904, \u00e9ditait <em>Th\u00e9ories de la plus-value,<\/em> tous deux puisant pour ce faire dans l\u2019\u00e9norme quantit\u00e9 de notes, esquisses, manuscrits ou brouillons que Marx avait accumul\u00e9s. Dans aucun de ces ouvrages ne figure cependant le terme qui r\u00e9sume le mieux son analyse critique du capitalisme\u00a0: l\u2019illimitation, ou, si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, \u00ab\u00a0trop n\u2019est jamais assez\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les marxologues se scandaliseront peut-\u00eatre. Les uns mettront en avant la valeur travail, reprise de David Ricardo, une th\u00e9orie qu\u2019il a utilis\u00e9e comme une arme de guerre, car g\u00e9n\u00e9ratrice de plus-value. Pour dire les choses bri\u00e8vement, la valeur marchande que produit un salari\u00e9 est fonction du nombre d\u2019heures travaill\u00e9es, alors que le co\u00fbt de sa \u00ab\u00a0force de travail\u00a0\u00bb\u00a0se limite \u00e0 ce qui est \u00ab\u00a0socialement n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb pour la reproduire (alimentation, v\u00eatements, logement, chauffage, etc.). La diff\u00e9rence (la plus-value) est accapar\u00e9e par le propri\u00e9taire des moyens de production\u00a0: derri\u00e8re la fa\u00e7ade d\u2019un \u00e9change, r\u00e8gne donc l\u2019exploitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le capitalisme a tenu bon<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres marxologues mettront l\u2019accent sur cette exploitation et verront dans la lutte des classes &#8211; celle des travailleurs contre celle des patrons, des prol\u00e9taires contre la classe dominante &#8211; le point nodal de l\u2019analyse marxiste, son apport essentiel, sorte de combat entre g\u00e9ants (les uns par le nombre, les autres par l\u2019argent) dont d\u00e9pend le sort de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacune de ces deux approches d\u00e9tient sa part de v\u00e9rit\u00e9. Il faut \u00eatre na\u00eff, aveugle ou lib\u00e9ral pour pr\u00e9senter le capitalisme comme l\u2019instrument du progr\u00e8s et du bonheur pour tous, un syst\u00e8me o\u00f9 chacun re\u00e7oit exactement ce qui correspond \u00e0 ses efforts et ses talents. Le probl\u00e8me est ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx \u00e9tait persuad\u00e9 que le capitalisme finirait par s\u2019effondrer. Pour cela, il a avanc\u00e9 successivement deux th\u00e8ses. La premi\u00e8re repose sur la lutte des classes\u00a0: face \u00e0 des patrons de moins en moins nombreux &#8211; les gros ayant mang\u00e9 les petits &#8211; et de plus en plus voraces, la masse croissante des prol\u00e9taires finira bien par avoir raison des dominants. C\u2019\u00e9tait sa conviction clairement et brillamment expos\u00e9e dans le fameux texte du <em>Manifeste du Parti communiste<\/em> de 1848\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Quand la lutte des classes approche de l\u2019heure d\u00e9cisive, la d\u00e9sagr\u00e9gation de la classe dominante<\/em> (&#8230;) <em>va s\u2019accentuant<\/em> (&#8230;)<em>. Ce que la bourgeoisie produit avant tout, ce sont ses propres fossoyeurs.<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em>\u00a0De cet antagonisme entre deux forces, l\u2019une en essor, l\u2019autre en d\u00e9clin, une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 na\u00eetra sur les d\u00e9combres de la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil du temps cependant, succ\u00e8de chez Marx la th\u00e8se de la fragilisation croissante du capitalisme, non pas en mati\u00e8re de forces, mais en mati\u00e8re de profits. La plus-value ne na\u00eet pas des machines, mais de la force de travail. Or, pour gagner en productivit\u00e9, il faut de plus en plus de machines et de moins en moins de travailleurs. La source de la plus-value diminue, alors m\u00eame qu\u2019il en faudrait de plus en plus pour rentabiliser des machines au co\u00fbt croissant. Le taux de profit va donc d\u00e9cliner progressivement et le syst\u00e8me, min\u00e9 par ses contradictions \u00e9conomiques, s\u2019effondrera \u00e0 la faveur d\u2019une crise\u00a0: Marx a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impressionn\u00e9 par la crise de 1857 qui a frapp\u00e9 plus particuli\u00e8rement l\u2019Angleterre et l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais malgr\u00e9 les crises, le capitalisme a tenu bon. Il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9tendre son domaine, \u00e0 la fois sur le globe (la mondialisation) et sur nos modes de vie (la marchandisation d\u2019un nombre croissant de liens sociaux). Ce sont les pays du \u00ab\u00a0socialisme r\u00e9ellement existant\u00a0\u00bb\u00a0(les pays du Bloc de l\u2019Est) qui se sont effondr\u00e9s, incapables de soutenir le train que leur imposait le capitalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait facile d\u2019en conclure que Marx s\u2019est tromp\u00e9 du tout au tout, que son analyse est dat\u00e9e et que, certain du triomphe final du communisme, il n\u2019a pas vu venir la capacit\u00e9 de changement et d\u2019innovation d\u2019un syst\u00e8me qu\u2019il pensait \u00e0 bout de souffle. Beaucoup ont enfourch\u00e9 cette th\u00e8se que les faits rendent plausible. Mais ce sont eux qui se trompent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019obstacle du toujours plus<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du premier livre du <em>Capital<\/em>, Marx nous alerte\u00a0: <em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d\u2019ordre de l\u2019\u00e9conomie politique proclamant la mission historique de la p\u00e9riode bourgeoise.<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em>\u00a0Le <em>toujours plus<\/em>, la soif inextinguible de croissance, l\u2019absence de limite, voil\u00e0 ce qui caract\u00e9rise le capitalisme, nous dit Marx. Quelle entreprise ne r\u00eave d\u2019augmenter son chiffre d\u2019affaires\u00a0? Quel milliardaire ne tente d\u2019ajouter un z\u00e9ro suppl\u00e9mentaire au chiffre de son patrimoine\u00a0? Le capitalisme a besoin de croissance comme le vivant a besoin d\u2019eau. Voil\u00e0 en quoi r\u00e9side l\u2019illimitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, il y va de l\u2019int\u00e9r\u00eat des d\u00e9tenteurs du capital, donc de la classe sociale dominante. Mais on se tromperait en croyant qu\u2019elle seule est concern\u00e9e. Marx l\u2019avait d\u2019ailleurs bien vu. Quand il analysait l\u2019origine de la plus-value (la diff\u00e9rence entre la valeur cr\u00e9\u00e9e par la force de travail et le co\u00fbt du salaire des travailleurs), il se gardait bien de suivre Ricardo, l\u2019\u00e9conomiste britannique dont il s\u2019inspirait. Ricardo avan\u00e7ait que le salaire ne pouvait d\u00e9coller que temporairement du minimum vital\u00a0; Marx, en bon observateur de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, avait compris que, au fur et \u00e0 mesure que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique augmentait, ce minimum vital lui-m\u00eame \u00e9voluait et int\u00e9grait des \u00e9l\u00e9ments nouveaux. Pas au point de supprimer l\u2019exploitation, mais suffisamment pour r\u00e9duire la pression prol\u00e9tarienne et ses acc\u00e8s de col\u00e8re. Il en est de m\u00eame aujourd\u2019hui. La promesse d\u2019un avenir meilleur est aussi, pour le capital, le meilleur ciment pour faire du travail sinon son alli\u00e9, du moins son attach\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en raison de la concurrence, l\u2019avenir de l\u2019entreprise et les sources de sa croissance d\u00e9pendent avant tout de sa capacit\u00e9 \u00e0 innover pour r\u00e9duire ses co\u00fbts de production ou vendre de nouveaux produits. Voil\u00e0 ce qui fait le dynamisme du capitalisme. Comme le cycliste, il ne reste en \u00e9quilibre que s\u2019il avance. C\u2019est sa force, mais aussi sa faiblesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Habitu\u00e9 \u00e0 affronter &#8211; et \u00e0 tenter de r\u00e9duire &#8211; la pression sociale, notre syst\u00e8me \u00e9conomique affronte d\u00e9sormais une tout autre pression\u00a0: celle de l\u2019environnement, qui rend de plus en plus probl\u00e9matique la croissance \u00e9conomique. L\u2019histoire serait-elle en train de nous faire un pied de nez\u00a0: apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 tout autre syst\u00e8me \u00e9conomique, celui qui r\u00e8gne aujourd\u2019hui sans partage est-il sur le point de rendre les armes, non pas sous la pression des prol\u00e9taires ou celle des crises, mais sous celle de la nature\u00a0? Si tel devait \u00eatre le cas, Marx aurait gagn\u00e9 (le capitalisme n\u2019est pas viable), mais aussi perdu (faute de lendemains qui chantent). L\u2019avenir est trop incertain pour le parier, mais cette possibilit\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 \u00e9carter pour autant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alternatives \u00e9conomiques<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3427\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170321-01-296x300.jpg\" alt=\"\" width=\"296\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170321-01-296x300.jpg 296w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170321-01-100x100.jpg 100w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170321-01.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 296px) 100vw, 296px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est ce que pensait K. 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