{"id":3436,"date":"2018-05-09T02:00:07","date_gmt":"2018-05-09T00:00:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3436"},"modified":"2018-08-06T11:10:13","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:13","slug":"le-football-est-un-langage-universel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/05\/09\/le-football-est-un-langage-universel\/","title":{"rendered":"Le football est un langage universel"},"content":{"rendered":"<p>Un article dans Politis<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un essai historique original, Micka\u00ebl Correia revient sur les origines du ballon rond et les batailles pour son appropriation. Une \u00e9pop\u00e9e sociale, sportive et politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui. Journaliste ind\u00e9pendant, collaborateur au mensuel de critique sociale <em>CQFD<\/em> et \u00e0 la revue <em>Jef Klak<\/em>, Micka\u00ebl Correia livre un essai fouill\u00e9 et argument\u00e9, une somme \u00e9tonnante et originale sur le ballon rond. Une histoire qui s\u2019ouvre au Moyen \u00c2ge, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Angleterre et de l\u2019ouest de la France, avant de gagner, au fil des si\u00e8cles, tous les continents, brassant toutes les cultures. M\u00ealant l\u2019anecdote \u00e0 la grande histoire, convoquant rebelles et contestataires, amateurs et professionnels, cette <em>Histoire populaire du football<\/em> se joue du Br\u00e9sil au Mexique, de Palestine en \u00c9gypte, de France en Alg\u00e9rie, d\u2019un r\u00e9gime et d\u2019une r\u00e9volution \u00e0 l\u2019autre. Loin de se contenter de d\u00e9noncer le \u00ab foot business \u00bb, l\u2019auteur dessine le portrait en pied d\u2019un puissant instrument d\u2019\u00e9mancipation pour les ouvriers, les militants anticolonialistes, les f\u00e9ministes et les jeunes des quartiers populaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Votre essai \u00e9tablit tr\u00e8s t\u00f4t le lien entre la naissance du football \u00ab moderne \u00bb et l\u2019\u00e9mergence, \u00e9conomique et politique, de la bourgeoisie\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Micka\u00ebl Correia :<\/strong> Les d\u00e9buts du football sont en effet m\u00e9connus du grand public. C\u2019est un sport paysan qui se pratique d\u00e8s le Moyen \u00c2ge en Angleterre et un peu dans l\u2019ouest de la France, et qui servait \u00e0 renforcer la coh\u00e9sion villageoise, notamment au moment du Mardi gras. Au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le mouvement des <em>enclosures<\/em> dans les campagnes anglaises red\u00e9finit la propri\u00e9t\u00e9 et rationalise la production, ph\u00e9nom\u00e8ne que Marx analysera comme l\u2019une des \u00e9tapes fondatrices du capitalisme industriel, avec l\u2019aval du Parlement anglais, largement repr\u00e9sent\u00e9 par la bourgeoisie rurale. Il d\u00e9poss\u00e8de les paysans \u2013 ainsi que leurs villages et leurs paroisses \u2013 du football qu\u2019ils pratiquaient sur leur territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On assiste alors \u00e0 une domestication des jeux populaires : les espaces vont se r\u00e9duire et les r\u00e8gles se pr\u00e9ciser pour \u00e9viter tout d\u00e9bordement. \u00c0 l\u2019instar du Parlement, avec deux camps politiques face \u00e0 face et surplomb\u00e9s par un <em>chairman<\/em> v\u00eatu de noir qui distribue la parole, le terrain verra deux \u00e9quipes s\u2019opposer et un arbitre, lui aussi v\u00eatu de noir, veiller au respect de r\u00e8gles jusque-l\u00e0 inexistantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les classes paysannes d\u2019abord, ouvri\u00e8res ensuite, s\u2019approprient ce sport, tandis que les classes bourgeoises y voient \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment de contr\u00f4le social et policier. Il existe donc un mouvement dialectique autour d\u2019une m\u00eame question : \u00e0 qui appartient le football ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019appropriation et de r\u00e9appropriation qui sont int\u00e9ressants dans le football. La standardisation se fait d\u2019abord dans les <em>public schools<\/em> victoriennes (comme celle d\u2019Eton), r\u00e9serv\u00e9es aux \u00e9lites, dans la seconde partie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les institutions se m\u00ealent du jeu pour canaliser cette jeunesse qui s\u2019adonne \u2013 parfois violemment \u2013 au foot, au profit de valeurs propres \u00e0 la bourgeoisie capitaliste : l\u2019esprit d\u2019initiative, de comp\u00e9tition, l\u2019ob\u00e9issance au chef, la virilit\u00e9 et l\u2019honneur individuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les \u00e9l\u00e8ves sortent de ces \u00e9coles d\u2019\u00e9lite pour devenir des patrons de l\u2019industrie, ils inculquent le football \u00e0 leurs ouvriers avec la m\u00eame dynamique, le m\u00eame d\u00e9sir de contr\u00f4le social, pour qu\u2019ils ne s\u2019alcoolisent pas au pub ni ne se syndiquent. Mais cela va se retourner contre eux puisque les ouvriers feront du foot un \u00e9l\u00e9ment structurant de leur culture et, <em>in fine<\/em>, de leur conscience de classe. Au fil de l\u2019histoire, chaque groupe social va ainsi tenter de s\u2019approprier ce sport et de lui donner un sens et des valeurs. C\u2019est pleinement un rapport de force, politique et social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment cela se manifeste-t-il sur le terrain ? Le style de jeu (offensif ou d\u00e9fensif) r\u00e9v\u00e8le-t-il quelque chose ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le foot est mis en place par l\u2019aristocratie et la bourgeoisie, c\u2019est l\u2019honneur individuel qui prime. Faire une passe est un geste veule, honteux, parce que le but est d\u2019aller au bout tout seul et de marquer. L\u2019\u00e9thique bourgeoise puise dans l\u2019imaginaire chevaleresque : ce n\u2019est pas la victoire qui compte mais l\u2019honneur de l\u2019individu. Du c\u00f4t\u00e9 populaire, au contraire, c\u2019est la victoire qui compte, et donc la dignit\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 ; on est loin du \u00ab fair-play \u00bb. \u00c0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les ouvriers inventent le <em>\u00ab passing game \u00bb<\/em>, le jeu de passe : chacun est \u00e0 un poste, avec pour but une production commune, c\u2019est-\u00e0-dire partager une victoire collective. Sur le terrain, on doit surtout s\u2019entraider, ce qui \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019\u00e9thique bourgeoise, individualiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, le jeu est beaucoup plus d\u00e9fensif, parce que les enjeux financiers et de rentabilit\u00e9 sont \u00e9normes. Du coup, quand les \u00e9quipes entrent sur le terrain, elles ont juste envie de gagner. Un but d\u2019\u00e9cart suffit. Perdre co\u00fbte trop cher. La prise de risque est minimale. C\u2019\u00e9tait \u00e9vident \u00e0 l\u2019Euro 2016, loin du \u00ab football total \u00bb \u2013 o\u00f9 tout le monde attaque et tout le monde d\u00e9fend \u2013 des ann\u00e9es 1970, qui, bien dans l\u2019air du temps, remettait en question la sp\u00e9cialisation des postes et, par analogie, celle du travail. De m\u00eame, en Italie, le \u00ab catenaccio \u00bb <em>[le cadenas, NDLR]<\/em> a partie li\u00e9e \u00e0 une histoire politique. C\u2019est un football ultra-d\u00e9fensif, n\u00e9 de la strat\u00e9gie des maquisards italiens face \u00e0 l\u2019occupant allemand. On se met en arri\u00e8re et l\u2019on d\u00e9fend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019invention du dribble est, dites-vous, un acte de r\u00e9sistance et de survie\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne des ann\u00e9es 1920 et 1930 est encore tr\u00e8s raciste. Quand les Noirs vont commencer \u00e0 jouer sur les terrains, les Blancs s\u2019en donneront \u00e0 c\u0153ur joie parce que tout le monde est raciste, y compris l\u2019arbitre, qui ne siffle jamais les fautes commises sur les joueurs noirs. Face \u00e0 la violence subie, et devant des joueurs blancs agressifs, la r\u00e9ponse est celle du domin\u00e9 au dominant. Il s\u2019agit d\u2019esquiver l\u2019agression par le dribble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le dribble \u00e9voque ce rapport au corps qui devient un enjeu dans le football. Le discours hygi\u00e9niste, viriliste, est exacerb\u00e9 par Mussolini ou le r\u00e9gime hitl\u00e9rien. C\u2019est aussi le corps reproducteur longtemps invoqu\u00e9 pour interdire le football f\u00e9minin\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rapport au corps est en effet un enjeu essentiel, traversant toute l\u2019histoire du football. Le foot f\u00e9minin, jou\u00e9 peu de temps par des aristocrates dans les ann\u00e9es 1880, sera ainsi l\u2019occasion d\u2019\u00e9meutes. Dans la soci\u00e9t\u00e9 victorienne ultraconservatrice, des femmes en cale\u00e7on sur un terrain, c\u2019est inimaginable. Les corps f\u00e9minins sont encore corset\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Premi\u00e8re Guerre mondiale ne sera qu\u2019une parenth\u00e8se, avec la pr\u00e9sence d\u2019ouvri\u00e8res dans les usines qui \u00ab assurent \u00bb comme des hommes et qui, du coup, s\u2019adonnent au foot. Quand les soldats rentrent du front, elles sont de nouveau assign\u00e9es \u00e0 un r\u00f4le de procr\u00e9ation pour repeupler le pays. On d\u00e9gaine plusieurs arguments fallacieux, comme de sugg\u00e9rer que la pratique du foot nuit \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9. Le foot sera carr\u00e9ment interdit aux femmes en Angleterre en 1921 ! Il ne r\u00e9appara\u00eetra pas avant les ann\u00e9es 1990, et encore, avec beaucoup de clich\u00e9s : celui du gar\u00e7on manqu\u00e9, avec des relents d\u2019homophobie, et le fantasme des vestiaires. La repr\u00e9sentation des footballeurs est h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9e par l\u2019institution. Il y a encore dix ans, les campagnes officielles pour le foot f\u00e9minin se faisaient avec un code de couleur rose !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous expliquez que le foot a peu \u00e9volu\u00e9 dans ses r\u00e8gles, que sa popularit\u00e9 tient notamment \u00e0 sa simplicit\u00e9 de jeu et \u00e0 son caract\u00e8re, proche du th\u00e9\u00e2tre classique\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Pasolini, l\u2019un des rares intellectuels \u00e0 avoir \u00e9crit sur le foot, c\u2019est m\u00eame la derni\u00e8re forme du th\u00e9\u00e2tre classique, avec ses trois unit\u00e9s de temps, de lieu et d\u2019action. Face \u00e0 nous, ce sont vingt-deux joueurs et un arbitre autour du ballon. On ne sait jamais ce qui va se passer jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute, au coup de sifflet final. \u00c0 la puissance du spectacle s\u2019ajoute le r\u00f4le du spectateur. Ce qu\u2019on appelle le \u00ab douzi\u00e8me homme \u00bb, avec un public qui veut intervenir, qui invective l\u2019arbitre, insulte l\u2019\u00e9quipe adverse, cr\u00e9ant des animations visuelles, et qui, de fait, modifie le spectacle. Dans la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle d\u2019aujourd\u2019hui, le foot est un lieu o\u00f9 l\u2019on peut essayer d\u2019intervenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ce sport a souvent \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 par l\u2019enjeu de sa gestion, d\u00e9mocratique ou capitalistique\u2026 Des formes nouvelles de propri\u00e9t\u00e9 collective peuvent-elles \u00eatre une r\u00e9ponse au foot business ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9ation de la \u00ab Premier League \u00bb, en Angleterre, en 1992, a marqu\u00e9 un tournant : des clubs actionnaires de leur championnat, n\u00e9gociant leurs propres droits de diffusion et de sponsoring pour augmenter leurs revenus, et cot\u00e9s en Bourse. Face \u00e0 cela, la question d\u00e9mocratique se pose de plus en plus, comme dans le reste de la soci\u00e9t\u00e9. La d\u00e9mocratie participative dont on parle aujourd\u2019hui (par exemple, Jean-Luc M\u00e9lenchon avec la VI<sup>e<\/sup> R\u00e9publique) se retrouve aussi dans le foot, avec une volont\u00e9 de transparence dans les institutions. Les envahissements de terrain auxquels on assiste r\u00e9pondent \u00e0 la violence \u00e9conomique des capitaines d\u2019industrie : ce sont des supporters qui se sentent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur club par des dirigeants et des joueurs qui vivent dans leur monde, un monde marchand avec ses injonctions de rentabilit\u00e9, au m\u00e9pris des gardiens de l\u2019identit\u00e9 collective et de l\u2019histoire du club. Il y a forc\u00e9ment un rapport de force qui s\u2019\u00e9tablit, et cette question d\u00e9mocratique est vraiment int\u00e9ressante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les supporters ont aujourd\u2019hui une position de syndicalistes : d\u00e9fendre des places \u00e0 un prix correct, venir avec leurs banderoles, leurs fumig\u00e8nes, la volont\u00e9 de critiquer les dirigeants et les joueurs selon les d\u00e9cisions. C\u2019est un miroir de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelles sont les \u00e9tapes importantes dans l\u2019internationalisation du football, des colonies \u00e0 l\u2019arr\u00eat Bosman ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diffusion du foot s\u2019effectue d\u2019abord avec l\u2019expansion de l\u2019empire britannique. Que ce soit en Afrique, en Am\u00e9rique latine ou sur la fa\u00e7ade asiatique, \u00e0 travers ses capitaines d\u2019industrie et ses <em>clergymen<\/em>, mais aussi par ses marins et ses militaires. Les lieux o\u00f9 le foot s\u2019installe sont toujours des ports o\u00f9 passent les Britanniques, comme au Havre, premier club de France. Puis, plus tard, avec l\u2019extension des chemins de fer. \u00c0 partir de 1930, les comp\u00e9titions internationales jouent aussi un r\u00f4le essentiel, comme les championnats, qui instaurent d\u2019embl\u00e9e des rivalit\u00e9s entre clubs, et notamment les derbies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre \u00e9tape importante est l\u2019essor de la t\u00e9l\u00e9vision et celui du sponsoring au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. D\u00e8s que \u00e7a se passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, les sponsors veulent \u00eatre pr\u00e9sents ! C\u2019est le d\u00e9but de la marchandisation du foot. L\u2019arr\u00eat Bosman, en 1995, lib\u00e9ralise le march\u00e9 des joueurs, avec le mercato que l\u2019on conna\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment et pourquoi s\u2019est op\u00e9r\u00e9e la gentrification des stades ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s-guerre, du fait des bombardements, les quartiers ouvriers sont d\u00e9mantibul\u00e9s. Il faut reconstruire, alors on b\u00e2tit de grands ensembles. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur quartier, les ouvriers trouvent dans les tribunes de nouveaux territoires \u00e0 d\u00e9fendre, ce qui suscite nombre de d\u00e9bordements, parfois violents. Les hooligans, comme les mineurs, seront les premi\u00e8res cibles de Margaret Thatcher, qui cr\u00e9e des d\u00e9lits sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le drame du Heysel en 1985 (39 morts) constitue un tournant. On met alors fin aux tribunes debout \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire aux tribunes populaires \u2013, on r\u00e9nove et on \u00ab s\u00e9curise \u00bb les stades, on cr\u00e9e un arsenal r\u00e9pressif, tout en pla\u00e7ant les clubs en Bourse. Les droits t\u00e9l\u00e9 explosent. Le prix des places devient faramineux, on ne va plus au stade en famille et on regarde les matchs \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Les classes populaires ont ainsi \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9es des stades. D\u2019o\u00f9 la naissance, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de clubs fond\u00e9s sur l\u2019esprit de coop\u00e9rative, pour garder la main sur le club.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Justement, en quoi les groupes ultras, clubs de supporters autonomes, constituent-ils un contre-pouvoir face \u00e0 la marchandisation ? On songe en particulier aux ultras du Besiktas d\u2019Istanbul.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur structure m\u00eame s\u2019inscrit contre la marchandisation des clubs et l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat. Ils sont financi\u00e8rement autonomes, poss\u00e8dent une culture radicale de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019anonymat. Pour les institutions sportives ou les r\u00e9gimes autoritaires, comme en Turquie ou en \u00c9gypte, il est difficile de s\u2019approprier ces groupes. Et, pour beaucoup, ce sont des groupuscules clos, issus du mod\u00e8le de l\u2019extr\u00eame gauche italienne des ann\u00e9es 1970, qui connaissent les pratiques de l\u2019autod\u00e9fense contre la police, qui ont un art de la raillerie, de l\u2019insulte. C\u2019est l\u00e0 toute une culture populaire qui irradie les mouvements sociaux actuels, avec ses codes, ses mots, la capacit\u00e9 de mobiliser et une culture de l\u2019entraide, reprenant m\u00eame les chants et les tubes de supporters.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Peut-on parler d\u2019un foot souterrain \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un foot business et paillettes officiel ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce ne sont pas des sph\u00e8res \u00e9tanches. Le foot marchand et le foot populaire communiquent pleinement. Des joueurs comme Socrates, lecteur de Marx et Gramsci, ou Cruyff \u00e9taient repr\u00e9sentatifs de la culture politique de leur \u00e9poque. Dans le foot professionnel d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est devenu compliqu\u00e9. Quelles sont les grandes figures de la culture de masse ? Il est rare de voir, par exemple dans la chanson, une figure militante incarner la contestation. Cette contestation, si contestation il y a, est beaucoup plus collective, plus fine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment expliquez-vous le d\u00e9calage actuel entre le paysage financier et l\u2019engouement toujours populaire ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela s\u2019explique par cette pratique de base sur le terrain, tr\u00e8s simple. Enfants, nous avons tous r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre tel ou tel footballeur. Et, quand on jouait \u00e0 cinq dans la rue, on a tous imagin\u00e9 qu\u2019il y avait dix mille personnes pour nous applaudir. Le spectacle, l\u2019\u00e9motion, la communion avec l\u2019autre\u2026 Le football est une esp\u00e8ce d\u2019esp\u00e9ranto magique. C\u2019est un langage universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u votre livre dans le monde du football ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai eu pour l\u2019instant peu de contacts ou d\u2019entretiens avec des journalistes sportifs. C\u2019est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des pratiquants que je re\u00e7ois un \u00e9cho favorable ou, devrais-je dire, des praticiens du foot, qui rel\u00e8vent l\u2019aspect fondamentalement populaire de ce sport et qui s\u2019y retrouvent. Quant aux instances sportives, je n\u2019ai re\u00e7u aucun \u00e9cho de leur part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous-m\u00eame, jouez-vous au football ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme beaucoup de gamins, j\u2019ai pratiqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ou 11 ans dans un petit club classique, avec son \u00ab entra\u00eeneur retrait\u00e9 \u00bb qui apprend aux jeunes \u00e0 jouer, \u00e0 ma\u00eetriser le ballon avec le pied, la t\u00eate et la poitrine. Et, comme beaucoup \u00e9galement, j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 d\u00e8s qu\u2019est arriv\u00e9e la dimension comp\u00e9titive. Je passais mon temps \u00e0 me faire engueuler sur un centre mal ex\u00e9cut\u00e9, ou bien \u00e0 marquer tellement un joueur que je ne touchais jamais le ballon ! J\u2019ai red\u00e9couvert le foot de rue plus tard, apr\u00e8s 16 ans, en jouant dehors avec des copains jusqu\u2019\u00e0 la nuit tomb\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Une histoire populaire du football<\/strong>, Micka\u00ebl Correia, La D\u00e9couverte, 408 p., 21 euros.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3439\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170726-04-297x300.jpg\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170726-04-297x300.jpg 297w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170726-04-100x100.jpg 100w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-170726-04.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 297px) 100vw, 297px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un article dans Politis<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3438,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[33,34],"class_list":["post-3436","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-formation","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3436"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3441,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3436\/revisions\/3441"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3438"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}