{"id":3533,"date":"2018-05-22T02:20:48","date_gmt":"2018-05-22T00:20:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3533"},"modified":"2018-08-06T11:10:12","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:12","slug":"paroles-a-la-barre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/05\/22\/paroles-a-la-barre\/","title":{"rendered":"Paroles \u00e0 la barre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Par le collectif 8 juillet-Se d\u00e9fendre de la police<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Derni\u00e8re minute<\/p>\n<p><strong>Eborgn\u00e9 par un Flash-Ball\u00a0 :\u00a0 de la prison avec sursis requise contre les policiers <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En juillet 2009, la police intervenait pour disperser une manifestation pacifique \u00e0 Montreuil. Six tirs de Flash-Ball feront six bless\u00e9s. L\u2019un d\u2019entre eux est \u00e9nucl\u00e9\u00e9. Alors que les policiers affirmaient avoir eu affaire \u00e0 un groupe arm\u00e9, l\u2019enqu\u00eate avait montr\u00e9 le caract\u00e8re disproportionn\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le proc\u00e8s du Flash-Ball qui s\u2019est tenu, du mercredi 16 au vendredi 18 mai, devant la cour d\u2019appel de Paris. La justice rejugeait trois policiers accus\u00e9s d\u2019avoir tir\u00e9 sur des manifestants \u00e0 Montreuil en juillet 2009, \u00e9borgnant l\u2019un d\u2019entre eux. L\u2019avocate g\u00e9n\u00e9rale a requis \u00e0 l&rsquo;encontre des pr\u00e9venus des peines allant de sept mois \u00e0 deux ans de prison avec sursis, assorties, selon les cas, d&rsquo;une \u00e0 deux ann\u00e9es d&rsquo;interdiction de port d&rsquo;arme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/190518\/eborgne-par-un-flash-ball-de-la-prison-avec-sursis-requise-contre-les-policiers\">https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/190518\/eborgne-par-un-flash<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">********\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *************<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/8juillet_1.pdf\">http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/8juillet_1.pdf<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extraits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le collectif 8 juillet travaille depuis neuf ans \u00e0 porter <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/lettre-ouverte-au-defenseur-des-droits\/\">la v\u00e9rit\u00e9 des violences subies sur la place publique<\/a>. Surtout, il s\u2019agit de montrer le fonctionnement devenu banal des forces de l\u2019ordre dans les banlieues, les ZAD, les manifestations, les camps de r\u00e9fugi\u00e9.es ou le simple quotidien : entre brutalit\u00e9 froide et impunit\u00e9 syst\u00e9mique. Pour un rappel des faits et de la proc\u00e9dure qui a permis de faire passer en justice la police, on pourra lire sur le site de Jef Klak <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/la-police-tire-au-flash-ball-pour-punir-et-terroriser\/\">un long<\/a> <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/la-police-tire-au-flash-ball-pour-punir-et-terroriser\/\">entretien avec les membres de ce collectif<\/a>, compos\u00e9 de personnes bless\u00e9 es par la police et de soutiens. \u00a0Jef Klak publie les t\u00e9moignages de la premi\u00e8re instance et donne la parole au <a href=\"https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/\">collectif 8 juillet<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le 16 d\u00e9cembre 2016 au TGI de Bobigny, trois policiers ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour s\u2019\u00eatre adonn\u00e9 \u00e0 une partie de Flash-Ball le soir du 8 juillet 2009 \u00e0 Montreuil, et avoir bless\u00e9 six personnes, mutilant l\u2019un d\u2019entre nous. Non contents des peines pour le moins symboliques dont ils ont \u00e9cop\u00e9, les policiers ont fait appel, prolongeant encore une proc\u00e9dure sans fin. Les sept ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce premier proc\u00e8s, nous avons rencontr\u00e9 de nombreux collectifs constitu\u00e9s suite \u00e0 une blessure, \u00e0 un mort. Partageant nos histoires, nous avons acquis une connaissance pr\u00e9cise des m\u00e9canismes de la violence polici\u00e8re. Nous avons les pleurs, mais aussi l\u2019exp\u00e9rience, nous avons la rage, mais aussi le savoir. Nos v\u00e9cus, nos luttes ont fait de nous des expert es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mercredi 24 et le jeudi 25 novembre 2016, c\u2019est cette expertise sensible que nous avons convoqu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du tribunal. Il n\u2019\u00e9tait plus question pour nous de demander la v\u00e9rit\u00e9, mais de la faire surgir depuis le r\u00e9el de nos histoires, et de l\u2019imposer l\u00e0 o\u00f9 elle est continuellement effac\u00e9e et d\u00e9ni\u00e9e. Treize personnes \u00a0directement touch\u00e9es par la violence polici\u00e8re sont venues t\u00e9moigner \u00e0 la barre, et voici deux de ces prises de parole&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Collectif 8 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*********\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ***************<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t\u00e9moigne aujourd\u2019hui parce que j\u2019habite \u00e0 Montreuil et que le soir du 8 juillet 2009, j\u2019\u00e9tais pr\u00e9sente quand la police a tir\u00e9. Je participe au collectif 8 juillet qui s\u2019est constitu\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements qui sont arriv\u00e9s ce soir-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 et pourquoi la police a tir\u00e9, il faut comprendre sur quoi la police a tir\u00e9. Ce soir-l\u00e0, elle n\u2019a pas seulement tir\u00e9 sur des individus mais sur des formes de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir du 8 juillet, nous sommes dans la rue pour exprimer notre col\u00e8re suite \u00e0 l\u2019expulsion d\u2019un lieu occup\u00e9 qui s\u2019appelait La Clinique. On distribue des tracts pour in- former la population de Montreuil de l\u2019expulsion qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le matin m\u00eame. L\u2019expulsion a \u00e9t\u00e9 violente. Des habitant.es ont \u00e9t\u00e9 insult\u00e9.es, frappe.es et vis\u00e9.es au fusil d\u2019assaut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Clinique, c\u2019\u00e9tait un lieu occup\u00e9 qui donnait sur la place du march\u00e9, pr\u00e8s du m\u00e9tro Croix de Chavaux. C\u2019\u00e9tait un lieu ouvert sur la ville. Des activit\u00e9s et des collectifs de luttes s\u2019y organisaient. Montreuil subissait alors une grosse pression immobili\u00e8re. Dominique Voynet venait d\u2019\u00eatre \u00e9lue maire et tout un processus de restructuration se mettait en place. Pour les plus pauvres et les plus pr\u00e9caires, il \u00e9tait de plus en plus difficile de trouver un logement en centre-ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;expulsion de La Clinique est arriv\u00e9e dans un contexte o\u00f9 la ville connaissait un processus de transformation aussi rapide que brutal. Certain.es essayaient de r\u00e9sister, de s\u2019organiser et de prendre en main les besoins li\u00e9s \u00e0 leur condition de jeunes pr\u00e9caires. Concr\u00e8tement, cela voulait dire : s\u2019organiser contre les arrestations et les expulsions de sans-papiers, participer \u00e0 des collectifs de ch\u00f4meurs et ch\u00f4meuses, se solidariser autour des questions de revenu et de travail, faire des cantines, des projections, aider \u00e0 la recherche de logements et \u00e0 la d\u00e9fense de gens menac\u00e9s d\u2019expulsion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir du 8 juillet 2009, la police a tir\u00e9 sur tout cela. Elle a tir\u00e9 sur toutes ces formes de solidarit\u00e9, de partage et d\u2019organisation collective. Si jamais on ne raconte pas cela, on ne peut pas comprendre pourquoi la police nous a tir\u00e9 dessus. Si je le r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est parce qu\u2019en blessant six personnes, c\u2019est sur bien plus qu\u2019ils ont tir\u00e9. On a eu peur. Il y a eu de la panique. C\u2019\u00e9tait une d\u00e9monstration de puissance. Expulser ce lieu, de cette mani\u00e8re, c\u2019\u00e9tait nous dire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Rentrez chez vous, on ne veut plus vous voir dans la rue, on ne veut plus vous voir faire toutes ces choses \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cette violence a continu\u00e9, parce qu\u2019apr\u00e8s le soir du 8 juillet, nous n\u2019avons pas d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, et la plupart d\u2019entre nous ont continu\u00e9 \u00e0 habiter Montreuil. Elle a continu\u00e9\u00a0\u00a0 \u00e0 travers une s\u00e9rie de vexations, d\u2019humiliations, d\u2019arrogances. Par exemple, vous rentrez chez vous le soir, une voiture banalis\u00e9e roule doucement, s\u2019arr\u00eate \u00e0 votre hauteur et les policiers \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur vous montrent leurs armes en souriant&#8230; Il est arriv\u00e9 que des policiers nous appellent par nos noms de famille dans la rue. Ou encore que certains d\u2019entre nous se fassent frapper dans une voiture de police apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s suite \u00e0 une expulsion. Ou encore, pendant l\u2019occupation d\u2019un P\u00f4le Emploi \u00e0 Montreuil, qu\u2019un policier lance : \u00ab Vous faites moins les malins maintenant que vous avez perdu un \u0153il ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je raconte tout cela, c\u2019est pour dire qu\u2019au-del\u00e0 de ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 le soir du 8 juillet, il y a une violence plus quotidienne, plus banale, qui prolonge celle qui nous est tomb\u00e9e dessus le 8 juillet. Cela ne nous concerne pas seulement. Il y a pleins d\u2019autres histoires de ce type \u00e0 Montreuil. Et ce ne sont pas des rumeurs, ce sont des affaires que l\u2019on peut trouver dans la presse. L\u2019ann\u00e9e suivante, devant le centre social des Morillons, la BAC est arriv\u00e9e et a tir\u00e9 au flash-ball au milieu de gamins en train de jouer \u00e0 cache-cache. Au printemps 2010, un jeune adolescent s\u2019est fait contr\u00f4ler, puis a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 dans un terrain vague, tabass\u00e9 et laiss\u00e9 l\u00e0. En octobre 2010, pendant une expulsion de maison, un habitant s\u2019est pris un coup de taser. Le m\u00eame jour, juste apr\u00e8s cette expulsion, la m\u00eame patrouille s\u2019est rendue devant le lyc\u00e9e Jean-Jaur\u00e8s et a tir\u00e9 au LBD 40. Un jeune lyc\u00e9en de 16 ans, Geoffrey, qui manifestait contre la loi sur les retraites, a perdu la vue d\u2019un \u0153il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est insupportable d\u2019assister \u00e0 toute cette violence, dans la m\u00eame ville, un an apr\u00e8s ce qui nous est arriv\u00e9.\u00a0 Et cela se passe dans pleins d\u2019autres villes. Pour nous, qui avons v\u00e9cu la soir\u00e9e du 8 juillet, il a fallu conjurer la peur et comprendre ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Pourquoi on nous avait tir\u00e9 dessus, pourquoi il y avait eu des bless\u00e9s, pourquoi l\u2019un d\u2019entre nous avait \u00e9t\u00e9 mutil\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce que nous avons fait pendant les sept ann\u00e9es qui ont suivi, en allant rencontrer d\u2019autres gens qui avaient v\u00e9cu la m\u00eame chose, mais dans d\u2019autres contextes. C\u2019est comme cela que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire face collectivement \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de lutter contre l\u2019isolement et la peur. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de tenir ce \u00e0 quoi nous nous \u00e9tions engag\u00e9s au lendemain du 8 juillet : nous ne nous laisserons pas tirer dessus en silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paule, membre du collectif 8 juillet-Se d\u00e9fendre de la police<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">************\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *********<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019appelle Farid El Yamni, j\u2019ai 31 ans. Je suis le fr\u00e8re de El Yamni Wissam, battu \u00e0 mort par la police le 1<sup>er<\/sup> janvier 2012<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wissam a \u00e9t\u00e9 battu \u00e0 mort par des policiers le 1er janvier 2012 \u00e0 Clermont-Ferrand dans un couloir du commissariat. Je suis ici devant vous pour vous parler de ce que j\u2019ai v\u00e9cu depuis et ce que j\u2019ai appris en c\u00f4toyant d\u2019autres familles de victimes de la police, ainsi que d\u2019autres victimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ann\u00e9e, avec d\u2019autres familles de victimes, nous avons \u00e9t\u00e9 invite.es \u00e0 l\u2019ONU, qui a condamn\u00e9 la France sur la question des violences polici\u00e8res. Il est int\u00e9ressant de consid\u00e9rer ce que disent les organisations internationales et \u00e9trang\u00e8res sur la police fran\u00e7aise. M\u00eame le <em>New York Time<\/em>s, consid\u00e9r\u00e9 comme le journal le plus s\u00e9rieux au monde, a d\u00e9nonc\u00e9 une culture de l\u2019impunit\u00e9 profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la police fran\u00e7aise. Ce qui choque\u00a0\u00a0 le monde entier \u00e0 propos de la police fran\u00e7aise, c\u2019est\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le manque de transparence, le d\u00e9ni des institutions sur ces questions-l\u00e0. Aux \u00c9tats-Unis, on peut savoir qui \u00e7a concerne, quoi, comment, o\u00f9, combien. En France, on ne sait pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce qui fait qu\u2019en France, aujourd\u2019hui, on ne peut se reposer que sur la v\u00e9rit\u00e9 de nos exp\u00e9riences personnelles. Que disent ces v\u00e9rit\u00e9s empiriques ? Elles disent une chose : qu\u2019il y a effectivement impunit\u00e9 et qu\u2019elle est volontaire .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 5 ans, depuis la mort de mon fr\u00e8re, il n\u2019y a pas une seule affaire de violence polici\u00e8re \u2013 et on en c\u00f4toie quotidiennement \u2013 o\u00f9 il n\u2019y a pas un dysfonctionnement vou- lu et cr\u00e9\u00e9 par ceux qui sont charg\u00e9s de faire la v\u00e9rit\u00e9. Tout cela rajoute de l\u2019injustice \u00e0 l\u2019injustice. Le processus judiciaire ne fonctionne pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quels sont les acteurs de ce processus ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a commence par le parquet. Lorsqu\u2019il y a une histoire de violence polici\u00e8re, c\u2019est lui qui choisit de saisir un juge d\u2019instruction ou pas \u2013ce qui est \u00e9tonnant pour un pays qui se dit des droits de l\u2019homme et qui a fait de la s\u00e9paration des pouvoirs l\u2019un des murs porteurs de la soci\u00e9t\u00e9. Si le parquet ne fait pas son travail, vous n\u2019avez pas la v\u00e9rit\u00e9. Par contre s\u2019il le fait, ce n\u2019est pas suffisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La police des polices est le deuxi\u00e8me acteur. Elle d\u00e9pend du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Dans l\u2019affaire de mon fr\u00e8re, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, le plus haut plac\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie polici\u00e8re, a pris position. Or rarement, voire m\u00eame jamais, la police des polices ne vient contredire la position du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur. Mais, m\u00eame si elle cherche \u00e0 faire la v\u00e9rit\u00e9, ce n\u2019est pas non plus suffisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a ensuite le juge d\u2019instruction. Il demande des actes judiciaires. S\u2019il ne les demande pas convenablement et dans des d\u00e9lais raisonnables, on n\u2019a pas la v\u00e9rit\u00e9. Et s\u2019il le fait, ce n\u2019est pourtant pas suffisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut aussi qu\u2019il y ait des t\u00e9moins, de nombreux t\u00e9moins visuels. Dans l\u2019affaire de mon fr\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 battu \u00e0 mort, il y a pr\u00e8s de 10 t\u00e9moins. Mais ce n\u2019est toujours pas suffisant. La version polici\u00e8re n\u2019est pas remise en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut qu\u2019ensuite il y ait des experts judiciaires qui fassent correctement leur travail. C\u2019est peut-\u00eatre le dysfonctionnement majeur de la justice fran\u00e7aise aujourd\u2019hui. Dans les expertises judiciaires, un expert peut \u00e9crire que le sol est bleu. Le juge d\u2019instruction se contentera de lire la conclusion, et dira qu\u2019en sa qualit\u00e9 d\u2019expert, cette personne a dit que le sol \u00e9tait bleu. S\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019expert judiciaire qui mente, on pourrait le croire ; mais dans de nombreuses affaires, des experts judiciaires mentent. Et si l\u2019expert judiciaire fait la v\u00e9rit\u00e9, si le juge d\u2019instruction fait la v\u00e9rit\u00e9, si l\u2019on entend et croit les t\u00e9moins visuels, si la police des polices fait la v\u00e9rit\u00e9, si le parquet fait la v\u00e9rit\u00e9, alors on peut avoir la chance d\u2019avoir un jour un proc\u00e8s, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce n\u2019est toujours pas suffisant pour obtenir justice. Il faut que le personnel de justice, c\u2019est-\u00e0-dire vous qui \u00eates en face de moi, applique la loi. Que dit la loi ? Elle dit que le fait que des policiers exercent des injustices est une situation aggravante. Mais dans les faits, le personnel de justice n\u2019applique pas la loi&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On nous dit souvent que la police fran\u00e7aise est la plus contr\u00f4l\u00e9e au monde. Mais qui fait l\u2019enqu\u00eate interne ? C\u2019est la police des polices. Qui fait l\u2019enqu\u00eate administrative ? C\u2019est la police. Qui fait l\u2019enqu\u00eate judiciaire ? C\u2019est le juge d\u2019instruction qui demande \u00e0 la police des polices qui, \u00e0 son tour, demande \u00e0 la police. Il y a aussi le d\u00e9fenseur des droits, qui demande des actes au juge d\u2019instruction, qui demande \u00e0 la police des polices, qui demande \u00e0 la police, etc. Alors, effectivement, la police fran\u00e7aise est tr\u00e8s controlee, mais uniquement par elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2012, la Cour des comptes a critiqu\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance de la police de polices. Il y a un manque de transparence criant sur la question des violences polici\u00e8res, qui cr\u00e9e de l\u2019impunit\u00e9 et rajoute de l\u2019injustice \u00e0 l\u2019injustice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous ai parl\u00e9 de ce que l\u2019on voit depuis cinq ans. Maintenant, je vais vous parler de l\u2019affaire qui me concerne, l\u2019affaire de mon fr\u00e8re. Le 1er janvier 2012, mon fr\u00e8re, Wis- sam El Yamni, a jet\u00e9 une pierre sur une voiture le Jour de l\u2019an. Oui, il aurait du \u00eatre jug\u00e9 pour \u00e7a. Non, les policiers n\u2019avaient pas \u00e0 se faire justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les policiers qui vous font face aujourd\u2019hui ont aussi choisi de faire justice eux-m\u00eames. Le message qu\u2019ils vous envoient, le message qu\u2019ils nous envoient, c\u2019est que ce n\u2019est pas \u00e0 un tribunal de faire justice, mais \u00e0 eux. Si vous, magistrats, les suivez, vous leur donnez raison. Mais dans un \u00c9tat de droit, c\u2019est au tribunal de rendre justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne sommes pas pro-flic ou anti-flic, ni pro-justice ou anti-justice. Nous sommes pour ce qui est juste et nous demandons simplement le respect de nos droits. Aucune famille de victimes de violences polici\u00e8res, aucune victime ne d\u00e9sire autre chose que le respect de ses droits les plus vitaux, le respect de sa dignit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019histoire de mon fr\u00e8re, il y a eu des manipulations de preuves. Mon fr\u00e8re est tomb\u00e9 dans le coma apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 battu par les policiers : trois fractures au visage, des fractures au col, des marques de strangulations. Il est mort dix jours plus tard. Une premi\u00e8re autopsie a \u00e9t\u00e9 faite, sans prendre en compte qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pris en charge en soins intensifs, comme s\u2019il venait de mourir. Si vous prenez un boxeur dix jours apr\u00e8s son combat, ses marques de coups se seront r\u00e9sorb\u00e9es. Le m\u00e9decin l\u00e9giste a donc pris la version polici\u00e8re et nous a dit : voici la v\u00e9rit\u00e9. Il a oubli\u00e9 des fractures et des marques de strangulations, pourtant observ\u00e9es par les m\u00e9decins qui s\u2019\u00e9taient occup\u00e9s de lui, tout comme il a oubli\u00e9 les versions des t\u00e9moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dans beaucoup d\u2019affaires, ils ont mis la pression sur la famille pour qu\u2019on enterre rapidement le corps. Nous, nous ne voulions rien de plus que la v\u00e9rit\u00e9. On\u00a0\u00a0\u00a0 ne pouvait pas s\u2019accommoder de la version des policiers, m\u00eame si le l\u00e9giste y avait mis un tampon. \u00c7a ne correspondait pas. \u00c7a n\u2019avait rien de scientifique. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un acte de communication. Et puisque nous refusions cette expertise et demandions une contre-autopsie, on nous a fait patienter des semaines. Ils ont laiss\u00e9 mon fr\u00e8re dans un \u00e9tat de putr\u00e9faction pendant six mois, et pendant tout ce temps, ils nous ont refus\u00e9 de faire une contre-autopsie. On nous a rendu le corps six mois apr\u00e8s \u2013un record mon- dial\u2013 et lorsqu\u2019ils nous ont enfin autoris\u00e9.es \u00e0 faire une contre-autopsie, c\u2019\u00e9tait impossible parce que le corps \u00e9tait en \u00e9tat de putr\u00e9faction. Le m\u00e9decin-l\u00e9giste ne pouvait plus pratiquer d\u2019autopsie, seulement des expertises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier m\u00e9decin l\u00e9giste n\u2019a pas utilis\u00e9 de dossier m\u00e9dical. Le second a not\u00e9 qu\u2019effectivement le premier l\u00e9giste avait oubli\u00e9 des fractures, mais que c\u2019\u00e9tait compr\u00e9hensible, car elles \u00e9taient anciennes. Comme si mon fr\u00e8re vivait avec des fractures oubli\u00e9es. Il a aussi dit que les marques au cou \u00e9taient des marques de frottements de v\u00eatements, et il a utilis\u00e9 les analyses d\u2019un soi-disant expert cardiologue \u2013en fait un g\u00e9riatre\u2013 qui dira que durant le coma, l\u2019\u00e9lectro- cardiogramme \u00e9tait bizarre et que la mort \u00e9tait probablement due \u00e0 un probl\u00e8me cardiaque, vu qu\u2019il y avait aussi des traces de drogues. Ce second m\u00e9decin l\u00e9giste a mis un an et demi pour rendre son rapport. Et le juge d\u2019instruction a trouv\u00e9 \u00e7a totalement normal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons \u00e9t\u00e9 voir de vrai es expert.es en cardiologie, qui ont fait remarquer que le m\u00e9decin g\u00e9riatre n\u2019\u00e9tait pas comp\u00e9tent, et que ce qu\u2019il disait \u00e9tait faux. Notamment sur la base des m\u00e9dicaments qu\u2019on avait donn\u00e9 \u00e0 Wissam durant son coma, et qui avaient pu influencer les r\u00e9sultats. Une contre-contre-expertise a alors \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e, et a conclu que la mort de mon fr\u00e8re avait pu \u00eatre caus\u00e9e par la prise de drogue. Mais cette expertise ne contenait m\u00eame pas de bibliographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons donc alert\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s et des journalistes. Nous avons alors \u00e9t\u00e9 contact\u00e9.es par un des experts toxicologues les plus reconnus. Celui-ci a r\u00e9fut\u00e9 les \u00e2neries des premi\u00e8res expertises, montrant que mon fr\u00e8re \u00e9tait en dessous du seuil de positivit\u00e9 toxicologique. Non seulement il n\u2019\u00e9tait pas sous l\u2019influence de la drogue au moment de son interpellation, mais en plus, il \u00e9tait mille fois en dessous du seuil de l\u00e9talit\u00e9 que peut causer la prise de drogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cinq ans apr\u00e8s, nous n\u2019avons toujours pas la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9dicale des causes de la mort de mon fr\u00e8re \u2013ce qui arrive r\u00e9guli\u00e8rement en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3531\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180329-01-217x300.jpg\" alt=\"\" width=\"217\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180329-01-217x300.jpg 217w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180329-01.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 217px) 100vw, 217px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par le collectif 8 juillet-Se d\u00e9fendre de la police<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3532,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[33,34],"class_list":["post-3533","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-social","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3533"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3536,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3533\/revisions\/3536"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}