{"id":3539,"date":"2018-05-24T02:30:09","date_gmt":"2018-05-24T00:30:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3539"},"modified":"2018-08-06T11:10:12","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:12","slug":"les-mots-qui-puent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/05\/24\/les-mots-qui-puent\/","title":{"rendered":"Les mots qui puent"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Un livre d\u2019Olivier STARQUIT<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Avant\u2013propos du livre : de la gouvernance au peuple <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/\">https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0Les mots peuvent \u00eatre comme de minuscules doses d\u2019arsenic\u00a0: on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet et voil\u00e0 qu\u2019apr\u00e8s quelques temps, l\u2019effet toxique se fait sentir\u00a0\u00bb <\/em>Victor Klemperer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des termes repris dans ce recueil ont fait l\u2019objet d\u2019une chronique intitul\u00e9e \u00ab\u00a0le mot qui pue\u00a0\u00bb dans la <em>Tribune<\/em>, organe syndical de la Centrale g\u00e9n\u00e9rale des services publics, sous l\u2019impulsion de son Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019alors, Gilbert Lieben. Entre juillet 2013 et mai 2016, en commen\u00e7ant par la gouvernance et en terminant par le peuple (tout un symbole\u00a0!), divers termes et quelques figures de style ont ainsi \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s au crible et parfois au picrate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ce pour une simple et bonne raison\u00a0: les mots importent. Dans la vie politique et syndicale, le choix des mots n\u2019est jamais anodin. En effet, le langage n\u2019est pas un simple outil qui refl\u00e8te le r\u00e9el, mais il cr\u00e9e \u00e9galement du r\u00e9el en orientant les comportements et la pens\u00e9e. Pour le dire autrement, le langage rev\u00eat une importance capitale par sa capacit\u00e9 \u00e0 imposer l\u2019usage de certains mots ou de certaines expressions, tout en en interdisant l\u2019usage d\u2019autres. Cet outil de communication s\u2019av\u00e8re par cons\u00e9quent aussi \u00eatre un puissant outil de domination. Et vivre dans l\u2019omission de cette \u00e9vidence peut faire des ravages. Les mots portent, emportent avec eux une vision du monde, une logique politique, des marques de d\u00e9marcation. Les mots classent, trient, d\u00e9limitent. Les \u00e9l\u00e9ments de langage situent et en disent long sur ceux qui les utilisent. Et les fond\u00e9s de langage du capital n\u2019ont eu de cesse de d\u00e9cr\u00e9ter quels \u00e9taient les mots us\u00e9s et les mots obsol\u00e8tes. Truismes, g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s et formules creuses abondent et foisonnent et fonctionnent comme un \u00e9cran de fum\u00e9e lexical pour brouiller la donne et si nous n\u2019y prenons garde, berc\u00e9s que nous sommes par cette petite musique lancinante et constante, nous\u00a0 finissons nous \u2013m\u00eames par ne plus parler notre propre langue mais la leur, celle qui occulte le conflit et naturalise \u00e0\u00a0 tout \u2013va pour mieux ancrer en nous les dogmes de l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale et pour \u00a0cacher le conflit, celle qui\u00a0 colonise notre tr\u00e9sor de mots pour les remplacer par les mots issus de la gestion et de l\u2019\u00e9conomie. Une naturalisation qui conduit tout aussi naturellement \u00e0 une d\u00e9politisation de la politique publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous l\u2019illustrerons avec le concept de gouvernance, les mots sont rien moins qu\u2019innocents\u00a0: \u00e0 travers les mots, ce sont aussi des comportements et des attitudes en d\u00e9finitive que l\u2019on fait na\u00eetre, que l\u2019on prescrit ou proscrit selon le cas. Les mots participent et aboutissent \u00e0 une nouvelle construction de la r\u00e9alit\u00e9 politique et sociale. Une construction de la r\u00e9alit\u00e9 politique et sociale o\u00f9 \u00ab\u00a0le langage de la gouvernance nous pousse \u00e0 confondre un monde social sans tension et un monde social sans mots \u00e9voquant des tensions.\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le langage sera donc destin\u00e9, selon les cas, \u00e0 faire accepter le monde tel que les int\u00e9r\u00eats de la classe dominante le fa\u00e7onnent ou \u00e0 d\u00e9sarmer ceux qui auraient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 lutter contre ce monde pour en faire advenir un autre. Le langage connote et ce faisant, il induit des positionnements subjectifs\u00a0: nommer fait exister. En d\u2019autres termes : celui qui impose \u00e0 l\u2019autre son vocabulaire, lui impose ses valeurs, sa dialectique et l\u2019am\u00e8ne sur son terrain \u00e0 livrer un combat in\u00e9gal. Le constat \u00e9tant pos\u00e9, faut-il s\u2019en offusquer ? Oui et pour plusieurs raisons. Tout d\u2019abord, \u00ab\u00a0parler et donc penser avec les mots de l\u2019adversaire, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 rendre les armes\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref2\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftn2\">[2]<\/a>. Ensuite, restituer leur vraie signification aux mots est donner leur v\u00e9ritable sens aux actes. En outre, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le conflit est liss\u00e9 par le recours \u00e0 l\u2019euph\u00e9misation, \u00e0 l\u2019uniformisation et \u00e0\u00a0la r\u00e9duction du vocabulaire par la g\u00e9n\u00e9ralisation de la langue manag\u00e9riale, cette vigilance s\u00e9mantique permet de remettre dans le discours l\u2019adversaire \u00e0 sa place et \u00e0 rendre \u00e0 nouveau visible le rapport de forces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que faire face \u00e0 ces mots qui sont partout mais dont la d\u00e9finition n\u2019est nulle part, face \u00e0 ces termes qui saturent l\u2019espace lexical disponible au point de rendre les autres termes caducs, face \u00e0 ces discours automatiques dont nous pensons \u00eatre les locuteurs alors que ce sont eux, en fait, qui parlent \u00e0 notre place\u00a0? Rien, en rire et passer \u00e0 autre chose\u00a0ou \u00e9clairer le vampire, d\u00e9voiler les impostures s\u00e9mantiques et pratiquer la d\u00e9sob\u00e9issance s\u00e9mantique pour op\u00e9rer des renversements de perspective\u00a0? Ne serait-il pas opportun de resignifier dans un sens favorable \u00e0 notre vision du monde ces termes et mots-cl\u00e9s ressentis et per\u00e7us par la majorit\u00e9 comme \u00e9tant naturels et apolitiques\u00a0? Quitte \u00e0 ne plus parler la m\u00eame langue que les autres apr\u00e8s cet exercice\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et aussi ainsi proc\u00e9der \u00e0 un travail syst\u00e9matique de traque et de d\u00e9construction de ces pirouettes s\u00e9mantiques, ces ruses de langage afin de faire le tri entre les mots qui lib\u00e8rent et les mots qui oppriment, d\u2019accro\u00eetre notre vigilance et notre lucidit\u00e9 et de pr\u00f4ner une d\u00e9sob\u00e9issance s\u00e9mantique, synonyme du refus du pr\u00eat \u2013 \u00e0-penser id\u00e9ologique. En somme, puisque le \u00ab\u00a0 langage porte ne lui des intentions et des d\u00e9tournements, une partie de la lutte sociale {se joue} dans l\u2019appropriation des termes eux-m\u00eames\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref3\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftn3\">[3]<\/a> et par cette r\u00e9appropriation politique des mots,\u00a0 nous pourrions renforcer notre puissance de transformation du monde et militer \u00ab\u00a0pour le retour \u00e0 des mots investis de sens, tous ceux que la gouvernance a voulu abolir, caricaturer ou r\u00e9cup\u00e9rer : la citoyennet\u00e9, le peuple, le conflit, les classes, le d\u00e9bat, les droits collectifs, le service public, le bien commun\u2026 Ces notions ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es en \u00ab\u00a0partenariat\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 sociale des entreprises\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0acceptabilit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 humaine\u00a0\u00bb, etc. Autant de mots-valises qui ont expuls\u00e9 du champ politique des r\u00e9f\u00e9rences rationnelles qui avaient du sens. Le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb lui-m\u00eame est progressivement remplac\u00e9 par celui de \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb. Ces mots m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9s, comme ceux de \u00ab\u00a0patient\u00a0\u00bb, d\u2019usager, d\u2019abonn\u00e9, spectateur, qui ont tous \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par celui de \u00ab\u00a0clients\u00a0\u00bb. Cette r\u00e9duction de tout \u00e0 des logiques commerciales abolit la politique et m\u00e8ne \u00e0 un \u00e9vanouissement des r\u00e9f\u00e9rences qui permettent aux gens d\u2019agir\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref4\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftn4\">[4]<\/a>. \u00a0Car les mots sont des forces politiques\u00a0:\u00a0\u00bb La reconqu\u00eate id\u00e9ologique sera lexicale ou ne sera pas\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref5\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftn5\">[5]<\/a>, et la bataille des mots est indissociable de la bataille des id\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Olivier Starquit\u00a0: <em>Les mots qui puent<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Editions du Cerisier, Cuesmes (Mons) Belgique 2018, 176 pages, 12 euros<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/editions-du-cerisier.be\/spip.php?rubrique9\">http:\/\/editions-du-cerisier.be\/spip.php?rubrique9<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">********\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *************<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Notes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn1\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftnref1\">[1]<\/a> Francis Daspe et Celine Piot, <em>Le vol des mots, le voile des mots<\/em>, Vulaines-sur-Seine, \u00e9ditions du Croquant, 2017<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn2\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftnref2\">[2]<\/a> Pascal Durand, <em>La censure invisible<\/em>, Arles, Actes Sud, 2006, p.70<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn3\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftnref3\">[3]<\/a> Pierre-Luc Brisson, <em>L\u2019\u00e2ge des d\u00e9magogues<\/em>, Montr\u00e9al, Lux \u00e9ditions, 2016<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn4\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftnref4\">[4]<\/a> Mathieu Dejean, \u00ab\u00a0Comment les m\u00e9diocres ont pris le pouvoir, entretien avec Alain Deneault\u00a0\u00bb, <em>Les Inrocks<\/em>, 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 2015,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/mobile.lesinrocks.com\/2015\/12\/01\/actualite\/comment-les-m%C3%A9diocres-ont-pris-le-pouvoir-11791161\/\">http:\/\/mobile.lesinrocks.com\/2015\/12\/01\/actualite\/comment-les<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn5\"><\/a><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/04\/24\/avant-propos-de-la-gouvernance-au-peuple-au-livre-d0livier-starquit-les-mots-qui-puent\/#_ftnref5\">[5]<\/a> Collectif Le Ressort, <em>Reconquista, premiers rebonds du Collectif Le Ressort<\/em>, Cuesmes, Le Cerisier, 2009 p. 66<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette entr\u00e9e a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/05\/19\/mai-68-un-ephemeride-imaginaire\/#more-33900\">https:\/\/entreleslignesentrelesmots.wordpress.com\/2018\/05\/19\/mai<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3546\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180510-05-300x263.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"263\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180510-05-300x263.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180510-05.jpg 342w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre d\u2019Olivier 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