{"id":3570,"date":"2018-05-27T02:54:47","date_gmt":"2018-05-27T00:54:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3570"},"modified":"2018-08-06T11:10:12","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:12","slug":"braconniers-safaris-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/05\/27\/braconniers-safaris-humains\/","title":{"rendered":"Braconniers, safaris humains\u2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019enfer d\u2019un peuple mill\u00e9naire au bord de l\u2019extinction<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sur une \u00eele isol\u00e9e de l\u2019oc\u00e9an Indien, qui appartient \u00e0 l\u2019Inde mais est plus proche de la Tha\u00eflande, vit un peuple unique, les Jarawas. Autrefois autonome et ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, cette communaut\u00e9 s\u2019est ouverte au contact avec l\u2019ext\u00e9rieur il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Depuis, elle subit avec douleur les affres de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, qui lui apporte son lot de maladie, violence et m\u00e9pris.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des plus vieux peuples du monde<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Danse pour moi<\/em>\u00a0\u00bb, <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2012\/jan\/07\/andaman-islands-tribe-tourism-threat\">ordonne le policier indien<\/a>. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre du bus, une femme jarawa, presque nue, h\u00e9site. \u00ab\u00a0<em>Je t\u2019ai donn\u00e9 de la nourriture<\/em>\u00a0\u00bb, rappelle la voix hors-champ. Mais elle ne dansera pas\u00a0; moins honteuses, d\u2019autres femmes se laisseront tenter par les biscuits et les bananes propos\u00e9s par les touristes indiens, esquissant pour les objectifs quelques d\u00e9hanch\u00e9s au rythme de leurs mains. La sc\u00e8ne surr\u00e9aliste ne sort pas d\u2019une fiction dystopique\u00a0; elle a \u00e9t\u00e9 film\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es sur le territoire des Jarawa, une peuplade afro-asiatique mill\u00e9naire des \u00eeles Adaman, aujourd\u2019hui sur le d\u00e9clin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9s sur l\u2019\u00eele lors des premi\u00e8res migrations de l\u2019humanit\u00e9 en dehors du berceau africain (il y a environ 50\u00a0000 ans), <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jarawa\">les Jarawas<\/a> vivent depuis des mill\u00e9naires un quotidien simple\u00a0: ils chassent le cochon sauvage et r\u00e9coltent fruit et miel pour se nourrir\u00a0; ils confectionnent des arcs du bois choi, pour lequel ils parcourent des centaines de kilom\u00e8tres, et se baignent dans la mer. En toute occasion, ils aiment \u00e0 chanter. \u00ab\u00a0<em>On chasse uniquement ce dont on a besoin<\/em>\u00a0\u00bb, <a href=\"http:\/\/www.france24.com\/fr\/20160902-video-reporters-ocean-indien-jarawa-andaman-chasseurs-cueilleurs-tribus-ethnocide\">t\u00e9moigne<\/a> Outa, un membre de ce peuple, r\u00e9v\u00e9lant un mode de vie \u00e0 la fois autonome et \u00e9cologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nous sommes l\u2019Humanit\u00e9, le documentaire (Cr\u00e9dits : C. Beilvert, A. Dereims)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Descente aux enfers<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois, les Jarawas se m\u00e9fiaient de l\u2019ext\u00e9rieur, et on recense plusieurs cas de rencontres qui ont mal tourn\u00e9, laissant dans la jungle des corps cribl\u00e9s de fl\u00e8ches. Mais en 1998, apr\u00e8s le sauvetage par les habitants indiens de l\u2019\u00eele d\u2019un Jarawa qui s\u2019\u00e9tait cass\u00e9 la jambe, la peuplade s\u2019ouvre au monde, tent\u00e9e notamment par les sucreries du monde moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rendus vuln\u00e9rables par leur isolement, les Jarawas ont rapidement p\u00e2ti de l\u2019inconstance des hommes et des maux de la vie moderne. Presque d\u00e9cim\u00e9s par des \u00e9pid\u00e9mies de rougeole, d\u2019oreillons et m\u00eame de malaria, ils succombent au fl\u00e9au de l\u2019alcool et du tabac. Plus grave encore, ils sont maltrait\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e indienne, charg\u00e9e en 2007 de prot\u00e9ger leur territoire des intrus. <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2012\/jan\/07\/andaman-islands-tribe-tourism-threat\">Un article<\/a> du <em>Guardian<\/em>, datant de 2012, fait \u00e9tat de viols et d\u2019esclavagisme sexuel. Sous les balles de braconniers, la population de cochons sauvages de l\u2019\u00eele, principale source de nourriture pour les Jarawas, vient \u00e0 baisser \u2013 obligeant le peuple \u00e0 chasser le daim \u00e0 la place, et introduisant la faim et la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur dans leur mode de vie autrefois autarcique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Safaris humains<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9\u00a0la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame indienne, alert\u00e9e par l\u2019ONG <a href=\"http:\/\/www.survivalinternational.fr\/\">Survival International<\/a>, de fermer enti\u00e8rement le territoire jarawa aux \u00e9trangers, et notamment la route qui le traverse, l\u2019Andaman Truck Road, l\u2019exploitation continue, en souterrain. Plus de 300\u00a0000 touristes indiens <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2012\/sep\/01\/andaman-islands-human-safaris-continue?INTCMP=SRCH\">convergent chaque ann\u00e9e<\/a> vers l\u2019\u00eele. Leur objectif officiel\u00a0: profiter des plages et des vues de l\u2019\u00eele\u00a0; mais en catimini, \u00e0 grand renfort de pots-de-vin aux forces de l\u2019ordre, ils sont nombreux \u00e0 embarquer pour une vir\u00e9e en territoire jarawa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, pour environ 11\u20ac par personne, les touristes indiens peuvent participer \u00e0 ces \u00ab\u00a0safaris humains\u00a0\u00bb. Au programme\u00a0: travers\u00e9e de la for\u00eat jarawa, \u00e0 lever la t\u00eate quand le guide crie \u00ab\u00a0Jarawa\u00a0!\u00a0\u00bb. Interdiction de prendre une photo, d\u2019ouvrir la fen\u00eatre ou de nourrir le spectacle\u00a0: les consignes sont les m\u00eames qu\u2019au zoo\u00a0; sauf qu\u2019ici, elles sont n\u00e9gociables \u00e0 coups de billets de banque. Evitant la proximit\u00e9 de la route en g\u00e9n\u00e9ral, sauf pour les plus jeunes, les Jarawas sont rameut\u00e9s par les gardes forestiers, qui les amadouent avec des objets (casseroles en m\u00e9tal, lampes torches), des sucreries et des habits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ce dispositif repose sur la corruption des autorit\u00e9s locales, car tout contact avec les Jarawas est formellement interdit. <em>\u00ab\u00a0D\u00e8s que nous constatons un \u00e9cart de la part des officiers de police, nous r\u00e9glons l\u2019affaire imm\u00e9diatement<\/em>\u00a0\u00bb, avance SB Tyagi, superintendant de la police pour le sud de l\u2019\u00eele Adaman. Pourtant, rien ne semble endiguer le flot de v\u00e9hicules s\u2019embarquant sur l\u2019Andaman Truck Road, avec pour faux motif l\u2019observation d\u2019une grotte sur l\u2019\u00eele Baratang. Essuyant infamie sur infamie,\u00a0les Jarawas ne sont plus aujourd\u2019hui que 420. Malgr\u00e9 les efforts d\u2019ONG et de m\u00e9dias scandalis\u00e9s, le <em>statu quo<\/em> l\u00e9gal demeure, et la protection voulue par le gouvernement indien n\u2019est pas efficace du fait du laxisme de l\u2019AAJVS, l\u2019organisation gouvernementale en charge de la protection des Jarawas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On veut rester comme on est\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, pour la plupart, ceux-ci ne veulent pas entendre parler du monde ext\u00e9rieur. S\u2019ils sont ravis d\u2019am\u00e9liorer leur quotidien avec quelques commodit\u00e9s modernes, ils rejettent le brouhaha ext\u00e9rieur. Interrog\u00e9s par des journalistes fran\u00e7ais \u2013 avec leur autorisation \u2013 <a href=\"https:\/\/mrmondialisation.org\/jarawa-le-peuple-qui-refuse-lextinction-forcee\/\">ils t\u00e9moignent<\/a>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Votre monde est mauvais pour nous, on ne l\u2019aime pas. Il y a trop de gens, trop de bruit, pas de paix, on n\u2019aime pas \u00e7a. On ne veut plus avoir d\u2019interaction et \u00eatre trop proche de votre monde. On veut rester comme on est. Ici, c\u2019est chez nous, c\u2019est l\u00e0 que l\u2019on veut vivre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour en France, les journalistes Alexandre Dereims et Claire Beilvert ont lanc\u00e9 une campagne, \u00ab\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.organicthejarawa.com\/signez-la-petition\">Organic the Jarawa<\/a><\/em>\u00a0\u00bb, avec pour objectif d\u2019alerter le gouvernement indien et le reste du monde sur le sort de cette peuplade unique qui ne demande rien au monde. D\u00e9j\u00e0 trop de peuples primitifs ont succomb\u00e9 aux tentations et violences du monde moderne, \u00e0 l\u2019instar des <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Great_Andamanese\">Adamanais<\/a>, un autre peuple de l\u2019\u00eele, qui est pass\u00e9 de plusieurs milliers de membres au XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 52 en 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs de la p\u00e9tition supplient le premier ministre indien, Narendra Damodardas Modi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>En tant que citoyens du monde entier, nous vous demandons de fermer la route Andaman Trunk Road qui traverse leur for\u00eat, de lutter efficacement contre les braconniers qui continuent de piller leur gibier\u00a0; (\u2026) nous vous demandons de nous donner toutes garanties n\u00e9cessaires afin que les Jarawas puissent continuer de vivre tel qu\u2019ils le d\u00e9sirent.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si leur territoire n\u2019est pas sanctuaris\u00e9, pour les prot\u00e9ger de l\u2019avidit\u00e9 des touristes et d\u2019eux-m\u00eames, \u00ab\u00a0<em>les Jarawas pourraient facilement \u00eatre d\u00e9cim\u00e9s, ou r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9pendance<\/em>\u00a0\u00bb, ench\u00e9rit Sophie Grig, porte-parole de l\u2019ONG Survival International, qui lutte pour cette cause depuis 20 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><a href=\"https:\/\/lareleveetlapeste.fr\/braconniers-safaris-humains-lenfer-dun-peuple-millenaire-bord-de-lextinction\/\">https:\/\/lareleveetlapeste.fr\/braconniers-safaris-humains-lenfer-dun-peupl<\/a> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3563\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180428-02-243x300.jpg\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180428-02-243x300.jpg 243w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/SalonDames-180428-02.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019enfer d\u2019un peuple mill\u00e9naire au bord de l\u2019extinction \u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3559,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[33,34],"class_list":["post-3570","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3570"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3572,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3570\/revisions\/3572"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}