{"id":3851,"date":"2018-07-13T02:24:23","date_gmt":"2018-07-13T00:24:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=3851"},"modified":"2018-08-06T11:10:09","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:09","slug":"le-velo-aux-pays-bas-et-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/07\/13\/le-velo-aux-pays-bas-et-en-france\/","title":{"rendered":"Le v\u00e9lo aux Pays-Bas et en France"},"content":{"rendered":"<p>Deux histoires diff\u00e9rentes<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment les Pays-Bas ont d\u00e9velopp\u00e9 le v\u00e9lo<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je souhaiterais vous faire partager un \u00e9v\u00e8nement auquel je me suis int\u00e9ress\u00e9 r\u00e9cemment et qui raconte comment les Pays-Bas ont commenc\u00e9 progressivement \u00e0 r\u00e9aliser des am\u00e9nagements cyclables. Cette histoire, je l\u2019ai lue dans le livre de Peter Walker intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Bike Nation<\/em>\u00a0\u00bb (sous-titr\u00e9 \u00ab <em>how cycling can save the world<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 14 octobre 1971, le journaliste Vic Langenhoff perd Simone, sa fille de 6 ans et demi, percut\u00e9e par une automobiliste alors qu\u2019elle se rendait \u00e0 v\u00e9lo \u00e0 son \u00e9cole du village de Helvoirt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9vast\u00e9 par ce d\u00e9c\u00e8s et enrag\u00e9 de voir la personne responsable sanctionn\u00e9e uniquement d\u2019une amende de 150 guilders (qui correspondraient \u00e0 25\u20ac aujourd\u2019hui), il d\u00e9cide de mettre en avant les cons\u00e9quences de la culture d\u2019apr\u00e8s-guerre par le biais de son journal local De Tijd.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 20 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes (1950-1970) ont vu quintupl\u00e9e la part de l\u2019automobile et explos\u00e9 le nombre de tu\u00e9s sur les routes, notamment pour ceux qui se d\u00e9placent \u00e0 v\u00e9lo. On en comptait 1 000 en 1950 contre 3 300 en 1971 dont 450 enfants, et parmi lesquels, Simone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 20 sept. 1972 Vic annonce dans De Tijd la cr\u00e9ation d\u2019un groupe de pression citoyenne nomm\u00e9 \u00abStop de Kindermoord\u00bb (traduit par \u00abStop au massacre d\u2019enfants\u00bb) . Son but: casser l\u2019indiff\u00e9rence avec laquelle la soci\u00e9t\u00e9 accepte la mort de 450 enfants tous les ans sur la route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vic s\u2019adresse directement aux gouvernements r\u00e9gionaux \u00ab qui choisissent de faire 1km d\u2019autoroute plut\u00f4t que 100km de pistes cyclables s\u00e9curis\u00e9es \u00bb \u00e0 destination de ceux qui, comme Simone, n\u2019ont pas d\u2019autre choix que de p\u00e9daler ou de marcher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Stop de Kindermoord est rapidement devenu un mouvement de protestation massif dans tout le pays. Des actions-choc ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2019\u00e9coute progressive des autorit\u00e9s a \u00e9t\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e subitement au moment du choc p\u00e9trolier de 1973 qui a remis en cause le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement centr\u00e9 autour de la voiture jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que des pistes cyclables ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9es petit \u00e0 petit \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1970 et que, graduellement, les habitants ont r\u00e9-enfourch\u00e9 leur v\u00e9lo pour les utiliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette crise p\u00e9troli\u00e8re mondiale a eu un \u00e9cho retentissant aux Pays-Bas puisque les d\u00e9cideurs ne se sont pas content\u00e9s d\u2019am\u00e9nager des infrastructures cyclable. D\u00e8s 1973, le gouvernement d\u00e9clare le dimanche journ\u00e9e sans voiture afin de pr\u00e9server les r\u00e9serves de p\u00e9trole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 3 millions de voitures individuelles du pays n\u2019avaient tout simplement pas le droit de circuler sous peine d\u2019amende. La mesure a \u00e9t\u00e9 mise en place pendant un an et a particip\u00e9 \u00e0 changer les mentalit\u00e9s alors tr\u00e8s autocentr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait l\u2019occasion de d\u00e9montrer par les actes la viabilit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 moins d\u00e9pendante du p\u00e9trole, de faire appel \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 pour r\u00e9inventer les pratiques de l\u2019espace public. \u00c7a a donn\u00e9 des choses assez extraordinaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">40 ans plus tard, ce sont 30% de tous les trajets qui sont fait \u00e0 v\u00e9lo aux Pays-Bas (2% en France). La voiture n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 bannie pour autant et le taux de motorisation aux Pays-Bas est \u00e9quivalent \u00e0 celui du Royaume-Uni par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les gens ne la prennent que pour les usages qui sont les plus pertinents. Les voitures sont syst\u00e9matiquement s\u00e9par\u00e9es des v\u00e9los gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau de plus de 30 000 km de pistes cyclables afin de permettre \u00e0 tout le monde de les utiliser en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9sormais la mortalit\u00e9 sur les routes hollandaise est de moins de 600 chaque ann\u00e9e dont moins d\u2019un tiers concerne des cyclistes et on ne d\u00e9plore plus qu\u2019une dizaine d\u2019enfants tu\u00e9s sur les routes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la petite route de campagne qui a vu la mort de Simone Langenhoff, elle ressemble toujours \u00e0 la description qu\u2019en avait fait son p\u00e8re dans De Tijd: \u00e9troite, pav\u00e9e et bord\u00e9e de ch\u00eanes. Mais il y a aussi une piste cyclable derri\u00e8re les arbres et de chaque c\u00f4t\u00e9 de la route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carfree.fr<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***********\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0**********<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>200 ans de v\u00e9lo, de la naissance \u00e0 la renaissance <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paris, jardin du Luxembourg, 7\u00a0avril 1818\u00a0: devant une foule de plusieurs milliers de personnes, le baron allemand Karl Drais pr\u00e9sente le v\u00e9hicule qu\u2019il a invent\u00e9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente\u00a0: un si\u00e8ge fix\u00e9 entre deux roues de bois cercl\u00e9es de fer, un timon comme guidon et la pouss\u00e9e alternative des pieds sur le sol comme propulseur. Voil\u00e0 qui permet, si l\u2019on est entra\u00een\u00e9, de parcourir jusqu\u2019\u00e0 15\u00a0km en une heure. Son engin, la \u00ab\u00a0draisienne\u00a0\u00bb, que les Anglais appellent <em>hobby horse,<\/em> se veut un substitut au cheval, trop on\u00e9reux\u00a0: comme \u00e0 cheval, on s\u2019y assoit sur une selle. Le succ\u00e8s n\u2019est que de courte dur\u00e9e, le temps que les dandys de l\u2019\u00e9poque s\u2019en amusent puis s\u2019en lassent\u00a0; seuls les gamins d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019y exercent encore avant de passer au v\u00e9lo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, la draisienne ne tombe pas totalement dans l\u2019oubli. En 1861, un artisan parisien en r\u00e9cup\u00e8re une et y ajoute des p\u00e9dales sur l\u2019axe de la roue avant. Ce \u00ab\u00a0v\u00e9locip\u00e8de\u00a0\u00bb, appel\u00e9 aussi v\u00e9loce, puis v\u00e9lo, rencontre un vif succ\u00e8s aupr\u00e8s de la haute soci\u00e9t\u00e9 du second Empire lors de l\u2019Exposition universelle de Paris de 1867. Il conna\u00eetra de nombreuses versions et am\u00e9liorations sur deux ou trois roues, la plus spectaculaire \u00e9tant le \u00ab\u00a0grand by\u00a0\u00bb (1871) \u00e0 la roue avant d\u00e9mesur\u00e9e. L\u00e0 encore, seuls les enfants continuent aujourd\u2019hui \u00e0 p\u00e9daler sur la roue avant de leurs petits tricycles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les innovations d\u00e9cisives viendront des \u00eeles britanniques, dans les ann\u00e9es 1880, avec l\u2019invention d\u2019un p\u00e9dalier central et de la transmission du mouvement par cha\u00eene \u00e0 la roue arri\u00e8re et celle du pneumatique \u00e0 chambre \u00e0 air par Dunlop (1888).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un loisir aristocratique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Fran\u00e7ais prennent le relais avec le pneu d\u00e9montable de Michelin (1891) et le d\u00e9railleur (1895). Gr\u00e2ce \u00e0 des aciers de bonne qualit\u00e9, un cadre \u00e0 structure triangulaire, des roues \u00e0 rayons et des freins relativement efficaces \u00e0 sec, le v\u00e9lo moderne est n\u00e9. Le march\u00e9 qu\u2019il va rapidement repr\u00e9senter stimule \u00e0 son tour des innovations dans les roulements \u00e0 billes, les pneumatiques, les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s, la pr\u00e9cision de l\u2019usinage et de l\u2019ajustage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme d\u00e9j\u00e0 avec la machine \u00e0 coudre &#8211; autre bien durable de l\u2019\u00e9poque &#8211; et bient\u00f4t l\u2019automobile, on voit se d\u00e9velopper avec le v\u00e9lo une industrie, une multitude d\u2019entreprises (comme, en France, Alcyon \u00e0 Dijon, Peugeot \u00e0 Sochaux, Mercier et la Manufacture \u00e0 Saint-Etienne), des r\u00e9seaux de distribution et de nombreux petits ateliers de r\u00e9paration. Sans oublier les grands sous-traitants comme Michelin, qui fournit les pneus et pratique une publicit\u00e9 moderne avec la cr\u00e9ation par le dessinateur O\u2019Galop du personnage de Bibendum qui, \u00e0 sa naissance, est cercl\u00e9 d\u2019une multitude de pneus de v\u00e9los.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de 1890, la bicyclette est encore un produit cher, valant plusieurs mois de salaire ouvrier, achet\u00e9e par les classes ais\u00e9es pratiquant le cyclotourisme ou plus modestement des loisirs de plein air dans les stations baln\u00e9aires, au bois de Boulogne, autour des r\u00e9sidences de campagne. Mais son prix va progressivement baisser, la rendant accessible aux classes moyennes et m\u00eame populaires\u00a0: en 1914, on comptait en France 3,5\u00a0millions de bicyclettes ayant pay\u00e9 la taxe. Car l\u2019Etat, lui aussi, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce nouveau moyen de d\u00e9placement\u00a0: d\u00e8s 1893 (et jusqu\u2019en 1958) est institu\u00e9 un imp\u00f4t, dont le paiement est attest\u00e9 par une plaque m\u00e9tallique fix\u00e9e sur le v\u00e9lo (une taxe existe aussi vers 1900 en Belgique, en Italie et aux Pays-Bas).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019\u00e2ge du succ\u00e8s populaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Etat fran\u00e7ais dote \u00e9galement certains de ses agents, tels les postiers. Les premiers policiers \u00e0 v\u00e9lo circulent dans Paris en 1900, bient\u00f4t baptis\u00e9s \u00ab\u00a0hirondelles\u00a0\u00bb, en raison de leur cape flottant au vent qui \u00e9voque l\u2019aile de cet oiseau, mais aussi et avant tout du nom de leur v\u00e9lo (\u00ab\u00a0Hirondelle\u00a0\u00bb de la Manufacture de Saint-Etienne). Une dizaine de groupes cyclistes sont aussi form\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e avant 1914.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le succ\u00e8s naissant du v\u00e9lo dans les milieux populaires doit d\u2019abord \u00e0 sa dimension sportive. Sur route, avec diverses courses en ligne ou \u00e0 \u00e9tapes, dont la plus c\u00e9l\u00e8bre est le Tour de France. Mais aussi sur piste, avec la construction de v\u00e9lodromes ouverts ou ferm\u00e9s, comme le v\u00e9lodrome d\u2019hiver \u00e0 Paris, qui accueille ses premiers sportifs en 1910. Les Six jours de Paris restent un moment tr\u00e8s attendu\u00a0: deux coureurs par \u00e9quipe se relaient sans interruption. Venu des Etats-Unis en passant par le Royaume-Uni, ce type de course est un grand succ\u00e8s populaire, qui va croissant dans l\u2019entre-deux-guerres. Sur route comme sur piste, les coureurs sont le plus souvent issus de milieux populaires, paysans ou ouvriers. On leur pr\u00eate les qualit\u00e9s d\u2019endurance, de discipline, de d\u00e9brouillardise qu\u2019on attend d\u2019un bon travailleur. La publicit\u00e9, les journaux, la radio des ann\u00e9es 1930 les c\u00e9l\u00e8brent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le quotidien omnisports <em>Le V\u00e9lo<\/em> est dreyfusard, et en particulier Pierre Giffard, son dirigeant le plus connu, initiateur de plusieurs courses cyclistes comme Paris-Brest-Paris. Le comte de Dion, homme politique d\u2019extr\u00eame droite antidreyfusard, qui s\u2019int\u00e9resse au v\u00e9lo comme \u00e0 l\u2019automobile, cr\u00e9e en 1900 un journal omnisports concurrent, <em>L\u2019Auto-V\u00e9lo<\/em>. Mais condamn\u00e9 par la justice \u00e0 enlever de son titre le mot \u00ab\u00a0V\u00e9lo\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 pris par son concurrent, le journal devient <em>L\u2019Auto<\/em> en janvier 1903.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour garder le lectorat passionn\u00e9 de cyclisme &#8211; le sport alors le plus populaire en France -, il cr\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e le Tour de France, ce qui lui permet de gagner la bataille du lectorat. <em>Le V\u00e9lo<\/em> succombera l\u2019ann\u00e9e suivante. <em>L\u2019Auto<\/em> restera le principal quotidien sportif jusqu\u2019en ao\u00fbt 1944. Il ne survit pas \u00e0 la Lib\u00e9ration\u00a0: collaborationniste, il avait retrouv\u00e9 pendant la guerre les penchants qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le v\u00e9lo sportif mont\u00e9 par des gens du peuple banalise son usage, d\u2019autant que les prix baissent encore\u00a0: mesur\u00e9 en heures de travail ouvrier, il est divis\u00e9 par 10 entre les ann\u00e9es 1890 et les ann\u00e9es 1930. Au moment o\u00f9 les classes bourgeoises et aristocratiques abandonnent le v\u00e9lo pour l\u2019automobile, alors produit de luxe, comme nouvel instrument de distinction, les classes moyennes modestes et populaires s\u2019adonnent au cyclisme, non seulement sportif pour les plus jeunes, mais aussi utilitaire, pour tous les \u00e2ges et de nombreux m\u00e9tiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>V\u00e9lo, boulot, dodo<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du XXe\u00a0si\u00e8cle, les m\u00e9tiers \u00e0 v\u00e9lo se multiplient\u00a0: porteurs de journaux, de t\u00e9l\u00e9grammes, livreurs de magasins et artisans sillonnent les rues des grandes villes \u00e0 bicyclette ou en triporteur. Le v\u00e9lo gagne aussi les campagnes pour de petits trajets &#8211; des hameaux au centre-bourg ou, plus loin, au chef-lieu de canton. Des paysannes l\u2019utilisent pour se rendre au march\u00e9 proche, portant devant et derri\u00e8re des paniers emplis de marchandises \u00e0 vendre. Le garde champ\u00eatre parcourt les rues et petites routes du village. Le cur\u00e9, mont\u00e9 sur un v\u00e9lo \u00e0 haut guidon lui permettant de garder un port digne, s\u2019y met lui aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup d\u2019ouvriers, dans un rayon d\u2019une vingtaine de kilom\u00e8tres de leur lieu de travail, s\u2019y rendent \u00e0 bicyclette jusque dans les ann\u00e9es 1950. L\u2019usine Schneider de Champagne-sur-Seine, dans le sud de la Seine-et-Marne, n\u2019accordait alors de logement dans ses HLM \u00e0 ses ouvriers que s\u2019ils venaient de plus de 20\u00a0km et ne disposaient pas de moyens de transport en commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 1920, les embouteillages aux heures d\u2019embauche en banlieue parisienne sont le fait des v\u00e9los. Le docteur Ruffier, fervent cycliste, observe sur le pont de Bezons, \u00e0 7\u00a0heures du matin, un jour de semaine, \u00ab\u00a0<em>un flot de cyclistes se dirigeant vers la capitale ou sa proche banlieue. Tous ces gens se rendaient \u00e0 leur travail.<\/em> (&#8230;) <em>Billancourt, Boulogne, Puteaux, Saint-Denis, Pantin, Vincennes et Malakoff sont travers\u00e9es, matin et soir, par quatre ou cinq cent mille bicyclettes. M\u00eame chose dans les grandes villes de province<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/200-ans-de-velo-de-naissance-a-renaissance\/00085499?utm_source=emailing&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=NL_Quotidienne%2F06072018#footnote1_3x34nlm\">1<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une impression de libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le v\u00e9lo n\u2019est pas seulement un sport ou un moyen de transport utilitaire. Il donne aussi une formidable impression de libert\u00e9 aux adeptes du cyclotourisme qui parcourent les routes avec le guide du Touring Club de France d\u00e8s la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle. Le v\u00e9lo lib\u00e8re aussi la femme, qui, \u00e0 la fin du XIXe, est parfois regard\u00e9e de travers quand elle y monte avec ses jupes-culottes. Et la bien-pensante Sarah Bernhardt de souligner que \u00ab\u00a0<em>cette vie au-dehors dont la bicyclette multiplie les occasions peut avoir des cons\u00e9quences dangereuses et tr\u00e8s graves<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enfants aussi se saisissent de l\u2019engin pour jouer et s\u2019\u00e9vader, d\u2019abord avec le vieux v\u00e9lo de leur m\u00e8re sur lequel ils p\u00e9dalent sans s\u2019asseoir sur la selle trop haute, puis sur des v\u00e9los adapt\u00e9s \u00e0 leur taille, rapidement mis sur le march\u00e9 par les fabricants. C\u2019est encore vrai pour les adolescents, en particulier \u00e0 la campagne, comme le souligne la chanson d\u2019Yves Montand <em>A bicyclette.<\/em> Et c\u2019est le tandem, mont\u00e9 par un jeune couple ouvrier partant en vacances, qui symbolise l\u2019immense sentiment de libert\u00e9 nouvelle qu\u2019apportent les premiers cong\u00e9s pay\u00e9s en 1936.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux Pays-Bas, pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, profitant de l\u2019arr\u00eat des importations de bicyclettes, la marque Batavus produit un mod\u00e8le-type utilitaire, noir et robuste, le fameux \u00ab\u00a0v\u00e9lo hollandais\u00a0\u00bb. Simultan\u00e9ment, la p\u00e9nurie d\u2019essence, qui immobilise les automobiles, promeut l\u2019usage de la bicyclette dans les classes sup\u00e9rieures. L\u2019Association des cyclistes n\u00e9erlandais obtient alors la multiplication des pistes cyclables, pendant et apr\u00e8s la guerre\u00a0: le pays en recense 2 700 km en 1938 (alors que le r\u00e9seau routier en compte 6 100). De plus, la superficie et la topographie de ce plat pays ainsi que la densit\u00e9 urbaine se pr\u00eatent bien \u00e0 son usage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les classes sup\u00e9rieures font du v\u00e9lo le symbole d\u2019une nation pacifique et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pacifi\u00e9e. D\u00e8s 1898, Wilhelmine, la reine des Pays-Bas qui r\u00e9gna jusqu\u2019en 1948, est bien \u00ab\u00a0la petite reine\u00a0\u00bb du v\u00e9lo. Les Pays-Bas sont, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, pionniers dans l\u2019am\u00e9nagement de voies cyclables et dans la mod\u00e9ration de la circulation automobile et de sa vitesse (en particulier les 30 km\/h en ville).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1939, la France compte 9\u00a0millions de v\u00e9los, contre 2,4\u00a0millions de voitures et camions. Mais il y a alors dans le pays bien peu de pistes cyclables (peut-\u00eatre un millier de kilom\u00e8tres sur tout le territoire). Et encore sont-elles dues, comme en Allemagne \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, au souci des autorit\u00e9s de d\u00e9barrasser les voies des cyclistes pour faciliter la circulation automobile. C\u2019est aussi pour faciliter cette circulation que les r\u00e9seaux de tramways sont d\u00e9mantel\u00e9s dans l\u2019avant-guerre et l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre. Entre-temps, pendant la p\u00e9riode de la guerre et de l\u2019Occupation, le carburant \u00e9tant rationn\u00e9, les v\u00e9hicules souvent r\u00e9quisitionn\u00e9s, les d\u00e9placements surveill\u00e9s, l\u2019usage de la bicyclette conna\u00eet un regain\u00a0: nombre d\u2019habitants des villes l\u2019enfourchent pour aller \u00e0 la campagne proche, bravant interdictions et couvre-feux pour chercher la nourriture que ne procurent pas les tickets de rationnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La mob remplace le v\u00e9lo<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00ab\u00a0Trente Glorieuses\u00a0\u00bb ne sont pas celles du v\u00e9lo. Dans les ann\u00e9es 1950, ouvriers et employ\u00e9s vont encore massivement au travail \u00e0 bicyclette. Un comptage r\u00e9alis\u00e9 en 1951 aux sorties de Lille montre que sur 31\u00a0000 v\u00e9hicules recens\u00e9s, 52\u00a0% sont des bicyclettes, 44\u00a0% des voitures, 4\u00a0% des deux-roues motoris\u00e9s. Mais \u00e7a ne va pas durer. Il y a certes 10\u00a0millions de v\u00e9los, mais on s\u2019en sert de moins en moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les milieux populaires et chez les jeunes, les deux-roues motoris\u00e9s &#8211; le rudimentaire Solex produit de 1946 \u00e0 1984, les mobylettes Motob\u00e9cane (produites de 1956 \u00e0 2002) ou Peugeot, puis les cyclomoteurs, les scooters venus d\u2019Italie et les motocyclettes &#8211; remplacent de plus en plus le v\u00e9lo pour les d\u00e9placements quotidiens et m\u00eame les loisirs. L\u2019attraction de la modernit\u00e9 du monde motoris\u00e9, la hausse du niveau de vie moyen, l\u2019\u00e9talement urbain accroissant les distances y contribuent. Les ouvri\u00e8res du textile \u00e0 Troyes dans les ann\u00e9es 1970 se rendent massivement au travail en mobylette et beaucoup d\u2019hommes et de femmes sillonnent les campagnes pour aller travailler ou se rendre au march\u00e9, avant de pouvoir acheter les petites voitures que sont la 4CV Renault, la 2CV Citro\u00ebn puis la 4L Renault.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d\u00e8s les ann\u00e9es 1960, des responsables s\u2019inqui\u00e8tent. En 1963, en Angleterre, une commission charg\u00e9e de rendre un rapport sur l\u2019avenir de l\u2019automobile \u00e9crit qu\u2019elle menace l\u2019environnement de plusieurs fa\u00e7ons\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Danger, peur, bruit, fum\u00e9e, vibrations, d\u00e9membrement, pr\u00e9judice esth\u00e9tique.\u00a0\u00bb<\/em> Cette commission s\u2019inqui\u00e8te aussi de l\u2019\u00e9norme consommation d\u2019espaces par les routes, voies rapides et parkings. Dans les ann\u00e9es 1970, avec les premi\u00e8res alertes lanc\u00e9es par le Club de Rome, par des intellectuels comme Ivan Illich et des \u00e9cologistes comme Ren\u00e9 Dumont d\u00e9non\u00e7ant la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, le tout-automobile est remis en question. On assiste \u00e0 un renouveau des transports en commun et m\u00eame \u00e0 un retour des tramways dans les villes, d\u00e9cid\u00e9 d\u00e8s 1977 \u00e0 Nantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une reconqu\u00eate encore timide<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le v\u00e9lo va recommencer, timidement, \u00e0 se faire une place en ville. La\u00a0Rochelle est pionni\u00e8re en proposant en 1976 des v\u00e9los en libre-service. Des ann\u00e9es 1980 \u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019usage de la bicyclette change profond\u00e9ment. Une enqu\u00eate constatait qu\u2019en 1982, le cycliste urbain type \u00e9tait un homme plut\u00f4t jeune, sans permis de conduire, issu de milieux populaires \u00e0 revenus modestes, circulant en banlieue ou dans une ville de province. En 2008, c\u2019est majoritairement un homme (\u00e0 63\u00a0%), surtout cadre de la fonction publique ou de profession lib\u00e9rale, rarement ouvrier ou employ\u00e9. La progression de l\u2019usage du v\u00e9lo est tr\u00e8s marqu\u00e9e dans les grandes villes. Parall\u00e8lement, le v\u00e9lo sportif a su se r\u00e9inventer avec la pratique du VTT et du v\u00e9lo acrobatique au pied des barres d\u2019immeubles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la reconqu\u00eate est fragile et concerne aujourd\u2019hui surtout les classes urbaines moyennes sup\u00e9rieures. Un \u00e9v\u00e9nement comme <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/velos-libre-service-lutte-survie\/00082995\">l\u2019effondrement actuel du syst\u00e8me Velib\u2019 \u00e0 Paris<\/a> peut lui faire du tort. La pratique du v\u00e9lo assist\u00e9 \u00e9lectriquement respecte les imp\u00e9ratifs de protection de l\u2019air que l\u2019on respire en ville, mais seul le v\u00e9lo, comme la marche, r\u00e9pond au souci d\u2019avoir une activit\u00e9 physique quotidienne. Il est, \u00e0 tous points de vue, bon pour la sant\u00e9, comme pouvaient d\u00e9j\u00e0 le penser les pratiquants de la Belle Epoque qui associaient la bicyclette au go\u00fbt du plein air et au rapprochement avec la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alternatives \u00e9conomiques<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3867\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/SalonDames-180518-07-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/SalonDames-180518-07-201x300.jpg 201w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/SalonDames-180518-07.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux histoires diff\u00e9rentes<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3877,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[17],"class_list":["post-3851","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-informations-generales","tag-amenagement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3851","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3851"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3851\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3890,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3851\/revisions\/3890"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3877"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}