{"id":4234,"date":"2018-09-12T02:00:07","date_gmt":"2018-09-12T00:00:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=4234"},"modified":"2018-09-09T07:02:39","modified_gmt":"2018-09-09T05:02:39","slug":"la-foret-est-un-espace-propice-aux-nouvelles-formes-de-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/09\/12\/la-foret-est-un-espace-propice-aux-nouvelles-formes-de-resistance\/","title":{"rendered":"La for\u00eat est un espace propice aux nouvelles formes de r\u00e9sistance"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jean-Baptiste Vidalou puise dans la for\u00eat des C\u00e9vennes, o\u00f9 il vit, l\u2019inspiration pour de nouvelles formes de lutte.Et veut \u00e9tendre la notion de \u00ab\u00a0zone \u00e0 d\u00e9fendre\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4225\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/OrDeQuestion-180908-1-300x258.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/OrDeQuestion-180908-1-300x258.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/OrDeQuestion-180908-1.jpg 349w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Refuge, communaut\u00e9, lieu de vie, de passage, territoire sacr\u00e9, propice \u00e0 la m\u00e9ditation\u2026 La for\u00eat plurielle est devenue un objet convoit\u00e9 par tous : politiques, industriels, passionn\u00e9s des arbres\u2026 Philosophe et b\u00e2tisseur en pierre s\u00e8che, Jean-Baptiste -Vidalou a puis\u00e9 dans son v\u00e9cu et son rapport \u00e0 la nature pour donner \u00e0 voir la for\u00eat comme un \u00eatre \u00e0 part enti\u00e8re. Il la d\u00e9finit avec tendresse comme un bien commun \u00e0 d\u00e9fendre et salue ces r\u00e9sistants en lutte contre le <em>\u00ab temps des infrastructures \u00bb<\/em> et des ing\u00e9nieurs. Sa plume devient plus incisive lorsqu\u2019il relate l\u2019histoire de l\u2019am\u00e9nagement du territoire ou d\u00e9nonce l\u2019exploitation industrielle des zones foresti\u00e8res. Son livre <em>\u00catre for\u00eats, habiter des territoires en lutte<\/em> (1) est un plaidoyer pour une for\u00eat lib\u00e9r\u00e9e, respect\u00e9e et ingouvernable : <em>\u00ab La for\u00eat n\u2019est pas un gisement de biomasse, une zone d\u2019am\u00e9nagement diff\u00e9r\u00e9, une r\u00e9serve de biosph\u00e8re, un puits de carbone ; la for\u00eat, c\u2019est un peuple qui s\u2019insurge, c\u2019est une d\u00e9fense qui s\u2019organise, ce sont des imaginaires qui s\u2019intensifient. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u2019o\u00f9 vient ce besoin d\u2019\u00e9crire ce livre sur la multiplicit\u00e9 des for\u00eats et des luttes ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jean-Baptiste Vidalou :<\/strong> Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir les premi\u00e8res intuitions pour ce livre, je vivais avec ma compagne au c\u0153ur d\u2019une for\u00eat de ch\u00e2taigniers, dans le parc naturel des C\u00e9vennes. Venant de la ville, nous n\u2019avions pas beaucoup d\u2019exp\u00e9rience de vie dans un milieu naturel aussi sauvage que celui-ci. Les sangliers venaient se nourrir au pied de notre maison ! C\u2019\u00e9tait un choix pour exp\u00e9rimenter le contact direct avec la mati\u00e8re : faire son bois de chauffage, couper du bois dans sa propre for\u00eat, le laisser s\u00e9cher pendant plusieurs ann\u00e9es, le d\u00e9biter, le planer, enlever l\u2019\u00e9corce et en sortir un meuble utile. Nous avons v\u00e9cu une certaine forme d\u2019autonomie. Puis le projet de centrale biomasse \u00e0 Gardanne, pr\u00e8s de Marseille, a pris de l\u2019ampleur. De nombreux habitants des C\u00e9vennes se sont organis\u00e9s en collectifs, car personne ne voulait que l\u2019industriel allemand EON, troisi\u00e8me groupe mondial de l\u2019\u00e9nergie, vienne ponctionner des milliers de m\u00e8tres cubes de bois. EON \u00e9tait tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par la valeur \u00e9nerg\u00e9tique de la ch\u00e2taigneraie. Ses machines surpuissantes auraient ravag\u00e9 les pentes c\u00e9venoles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e du livre est n\u00e9e de tous ces enjeux \u00e0 la fois concrets, existentiels, affectifs et du besoin de r\u00e9v\u00e9ler sous un autre angle les diff\u00e9rentes luttes qui s\u2019exercent en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le bois Lejuc contre le projet d\u2019enfouissement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires \u00e0 Bure, la for\u00eat de Kolbsheim contre le projet de grand contournement ouest de Strasbourg, la for\u00eat de Roybon contre le projet de Center Parcs\u2026 La for\u00eat incarne-t-elle le lieu de lutte par excellence dans ce que vous nommez le <em>\u00ab monde de l\u2019\u00e9conomie et des ing\u00e9nieurs \u00bb<\/em> ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un espace propice \u00e0 ces nouvelles formes de r\u00e9sistance que l\u2019on peut appeler \u00ab territoires en lutte \u00bb, o\u00f9 les questions \u00e9cologiques sont pass\u00e9es de la sph\u00e8re militante classique \u00e0 la politique terrestre, situ\u00e9e, ancr\u00e9e quelque part. Elles rejettent cette vieille dichotomie occidentale entre le sujet humain et une \u00ab nature \u00bb qui ne serait l\u00e0 que pour \u00eatre domin\u00e9e, assujettie, produire de l\u2019\u00e9nergie et des marchandises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e9galement un espace pour se demander comment s\u2019allier \u00e0 d\u2019autres humains et non-humains, \u00e0 des lieux comme une for\u00eat ou un bocage pour Notre-Dame-des-Landes, \u00e0 des animaux, des plantes\u2026 Et pour exp\u00e9rimenter de nouvelles pratiques : red\u00e9couvrir une pharmacop\u00e9e, des techniques de b\u00fbcheronnage avec traction animale, construire une charpente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour moi, une zone \u00e0 d\u00e9fendre (ZAD), c\u2019est un trou dans la carte du pouvoir, de par les formes d\u2019organisation toujours singuli\u00e8res qui s\u2019y vivent. Ce n\u2019est pas l\u2019anarchie ou le chaos, comme voudraient le voir le gouvernement et sa police, mais d\u2019autres formes d\u2019organisation, de d\u00e9bat, d\u2019assembl\u00e9es, de rapports amoureux, de transports, d\u2019alimentation, de soin, d\u2019agriculture, etc. De tout temps, les communaut\u00e9s paysannes ou les peuples indig\u00e8nes ont ressenti cela par leurs traditions, leur quotidien. En Occident, que ce soit dans les ZAD ou par les pratiques individuelles dites \u00ab alternatives \u00bb, de plus en plus de personnes commencent \u00e0 sentir cette n\u00e9cessit\u00e9 : il s\u2019agit de prendre soin du territoire comme on prend soin de son propre corps. L\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus de coupure entre \u00ab moi \u00bb et le \u00ab monde \u00bb, mais une multiplicit\u00e9 de liens qui se nouent. Le territoire n\u2019est pas seulement une carte, une \u00e9tendue \u00e0 g\u00e9rer, mais une entit\u00e9 organique qui a du sens, ou plut\u00f4t plusieurs sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Est-ce que vivre en for\u00eat ou pr\u00e8s d\u2019une for\u00eat permet de se couper du monde ou, au contraire, d\u2019en faire pleinement partie, de s\u2019engager politiquement ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais envie de casser ce clich\u00e9 de la \u00ab nature \u00bb comme s\u00e9par\u00e9e du monde social, qui pr\u00e9sente les habitants des for\u00eats comme de gentils sauvages. Vivre en for\u00eat permet de tisser de v\u00e9ritables liens avec le monde, parfois davantage qu\u2019un citadin qui r\u00e9p\u00e9terait son m\u00e9tro-boulot-dodo. Revenir sur terre, s\u2019ancrer dans un lieu et le d\u00e9fendre sont des gestes politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, m\u00eame quand on va dans des parcs naturels, il y a toujours des gens qui habitent l\u00e0, au plein sens du terme. Et ils entretiennent un contact -particulier, \u00e0 la fois avec le monde \u00ab sauvage \u00bb et le monde \u00ab civilis\u00e9 \u00bb. Ce qui me semble int\u00e9ressant dans ce lien entre l\u2019homme et la for\u00eat, ce sont les fronti\u00e8res poreuses, les espaces hybrides entre, par exemple, le village, la for\u00eat, la ville, les campagnes\u2026 Il n\u2019y a pas encore si longtemps, la for\u00eat comme les champs entraient en ville, cr\u00e9ant autant de zones de communication entres des espaces diff\u00e9rents. L\u2019urgence \u00e9cologique est de devenir des \u00eatres terrestres, singuli\u00e8rement attach\u00e9s \u00e0 un territoire et pr\u00eats \u00e0 le d\u00e9fendre. Mais ce territoire n\u2019est pas forc\u00e9ment rural. Par exemple, \u00e0 Bagnolet, des personnes se posent les m\u00eames questions que dans les C\u00e9vennes : qu\u2019est-ce que la gentrification ? Comment sauver un espace vert o\u00f9 il reste encore un peu de libert\u00e9 ? Comment sauver une ferme p\u00e9dagogique d\u2019un projet m\u00e9tropolitain ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut plus vivre sur ce globe terrestre sans \u00eatre li\u00e9 \u00e0 quelque chose, on ne peut plus se penser comme l\u2019humanit\u00e9 gestionnaire d\u2019une plan\u00e8te \u00e0 l\u2019agonie qu\u2019il suffirait de r\u00e9parer \u00e0 grands renforts de high-tech.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous \u00e9crivez qu\u2019on peut <em>\u00ab juger d\u2019une \u00e9poque \u00e0 la mani\u00e8re dont elle traite ses for\u00eats \u00bb<\/em>. Qu\u2019en d\u00e9duisez-vous de la n\u00f4tre ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous poursuivons le mod\u00e8le m\u00e9caniciste et industriel enclench\u00e9 au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, peut-\u00eatre sous des formes plus manag\u00e9riales. Mais cela s\u2019inscrit toujours dans le projet cart\u00e9sien de l\u2019homme se rendant \u00ab ma\u00eetre et possesseur de la nature \u00bb, avec en filigrane la figure de l\u2019ing\u00e9nieur, capable de calculer, mesurer, g\u00e9rer cette nature qu\u2019on a confin\u00e9e dans une -cat\u00e9gorie distincte de la n\u00f4tre. Car tout doit \u00eatre \u00ab g\u00e9r\u00e9 \u00bb, m\u00eame la catastrophe. Peut-\u00eatre que la v\u00e9ritable catastrophe, aujourd\u2019hui, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela : on est capable de mesurer pixel par pixel ce qu\u2019on est en train de ravager, mais sans jamais interrompre le processus. C\u2019est le c\u0153ur de notre \u00e9poque, qu\u2019on appelle l\u2019Anthropoc\u00e8ne, o\u00f9 l\u2019homme est devenu une force g\u00e9ologique de destruction. Il y a quelque chose de pourri dans notre conception occidentale du monde, et c\u2019est cela qu\u2019il faut remettre en cause !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c0 partir de quand les for\u00eats sont-elles devenues des objets \u00e0 exploiter et \u00e0 g\u00e9rer ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Colbert, alors contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances sous Louis XIV, constate que la for\u00eat fran\u00e7aise se r\u00e9duit comme peau de chagrin <em>[lire aussi p. 36]<\/em>, notamment \u00e0 cause de la pression d\u00e9mographique des populations paysannes. Il fait r\u00e9diger des ordonnances pour organiser les for\u00eats, mais il va prendre la question \u00e0 l\u2019envers et affirmer que l\u2019\u00c9tat doit devenir le seul ma\u00eetre de ces vastes \u00e9tendues. Deux raisons \u00e0 cela : l\u2019imposition de taxes, car la for\u00eat est un r\u00e9servoir financier gigantesque pour l\u2019\u00c9tat, et les besoins colossaux en bois de la Marine, puisque nous sommes alors en plein essor \u00e9conomique et militaire. C\u2019est la premi\u00e8re organisation logistique de la fili\u00e8re : il faut savoir o\u00f9 ponctionner les meilleurs bois, o\u00f9 les transporter, qui va les utiliser, pour quel usage\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019instaure \u00e9galement une forme d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation du bois. La rationalisation de la for\u00eat va contre les usages coutumiers, avec interdiction de glaner, de couper du bois, de faire pa\u00eetre ses b\u00eates\u2026 Au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les besoins augmentent encore pour alimenter les fourneaux des forges, puis pour la p\u00e2te \u00e0 papier, les traverses des chemins de fer, etc. Et aujourd\u2019hui, comme point ultime de ce processus, nous avons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la biomasse, une nouvelle forme d\u2019exploitation industrielle, et de l\u2019autre la pr\u00e9servation, la mise sous cloche des parcs nationaux, sous l\u2019\u00e9gide du tourisme et des labels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les parcs nationaux repr\u00e9sentent donc une autre forme d\u2019exploitation de la nature ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces paysages \u00ab pr\u00e9serv\u00e9s \u00bb sont des constructions culturelles. En France, ils ont \u00e9merg\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 avec la d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement du territoire (Datar) : diff\u00e9rents am\u00e9nageurs pensent que certaines zones doivent \u00eatre mises \u00e0 la disposition des populations urbaines pour qu\u2019elles viennent se ressourcer. Il en va de m\u00eame avec l\u2019id\u00e9e du \u00ab sauvage \u00bb : la <em>wilderness<\/em> am\u00e9ricaine, avec ses grands espaces sauvages, \u00e9tait au d\u00e9part un espace peupl\u00e9 mais qui a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9 puis vid\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les habitants originels de ces espaces naturels sont devenus <em>persona non grata<\/em>\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup sont devenus des \u00ab r\u00e9fugi\u00e9s de la conservation \u00bb, surtout s\u2019ils ont des pratiques consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab irrationnelles \u00bb, n\u2019utilisent pas les techniques modernes de gestion de la for\u00eat. En Inde, le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er des parcs pour la protection d\u2019animaux embl\u00e9matiques comme le tigre, mais les populations locales \u00e9taient de trop, faisaient tache dans le d\u00e9cor\u2026 Idem pour Yellowstone, aux \u00c9tats-Unis. Les peuples indig\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s pour des raisons coloniales, puis le parc national a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 sur ces m\u00eames terres. Derri\u00e8re chaque parc national se cache un drame humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En quoi la for\u00eat reste-t-elle ingouvernable, malgr\u00e9 cette fr\u00e9n\u00e9sie de la gestion et de la d\u00e9forestation ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La for\u00eat est une forme de vie d\u00e9bordante, ing\u00e9rable, incalculable. Laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, elle s\u2019\u00e9tend, se multiplie, se diversifie avec l\u2019arriv\u00e9e de nouvelles essences jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u00e9quilibre soit trouv\u00e9. Historiquement, la for\u00eat a toujours \u00e9t\u00e9 une zone de refuge pour les exil\u00e9s, les d\u00e9munis, les bandits, les fous\u2026 Toutes les formes biologiques vivant l\u00e0 apportent quelque chose d\u2019ingouvernable, de chaotique, tout en \u00e9tant profond\u00e9ment interreli\u00e9. C\u2019est un \u00e9cosyst\u00e8me qui n\u2019entre pas dans nos cases habituelles. Je ne fais pas de la for\u00eat le seul espace d\u2019ingouvernabilit\u00e9, mais je ne vois pas d\u2019autre forme de biotope sur cette plan\u00e8te ayant une telle capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9multiplier ses formes de vie : plantes, insectes, r\u00e9seau racinaire, champignons, bact\u00e9ries\u2026 Toute une architecture collective du vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qui sont les alli\u00e9s des for\u00eats aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ceux qui la d\u00e9fendent physiquement, mais aussi ceux qui en font un bon usage, avec de nouvelles pratiques sylvicoles. Par exemple, le R\u00e9seau pour les alternatives foresti\u00e8res, qui essaye de racheter collectivement des parcelles pour y introduire des formes de travail prenant soin de futaies irr\u00e9guli\u00e8res, non homog\u00e8nes. Plus largement, ce sont toutes les personnes qui ont saisi cette n\u00e9cessit\u00e9 de devenir des \u00ab terrestres \u00bb, qui s\u2019ancrent quelque part, s\u2019organisent, se d\u00e9fendent ensemble, qui ont une autre sensibilit\u00e9 au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les for\u00eats sont embl\u00e9matiques d\u2019un espace \u00e0 d\u00e9fendre, car des personnes sont pr\u00eates \u00e0 se battre pour elles, intuitivement, et pour mille raisons diff\u00e9rentes. Mais cette sensation commune peut na\u00eetre partout : dans un quartier pour sauver une maison occup\u00e9e, dans un champ pour d\u00e9fendre un camarade paysan contre l\u2019expropriation de ses terres, autour de la question des r\u00e9fugi\u00e9s, des gr\u00e8ves, des blocages\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, il faudrait que la notion de \u00ab zone \u00e0 d\u00e9fendre \u00bb sorte des ZAD elles-m\u00eames : cette question de notre rapport existentiel au territoire devrait se poser publiquement \u00e0 chacun d\u2019entre nous, que ce soit \u00e0 Paris, \u00e0 Marseille ou dans les C\u00e9vennes\u2026 Pourquoi habitons-nous tel lieu ? Quels sont mes attachements \u00e0 ma rue, \u00e0 mon quartier, \u00e0 ce sentier ? Qu\u2019avons-nous \u00e0 d\u00e9fendre ? La question territoriale sera la grande question politique du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>La D\u00e9couverte, 2017, 144 p., 14 euros.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Politis du mois d\u2019ao\u00fbt<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4219\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SalonDames-180907-44-237x300.jpg\" alt=\"\" width=\"237\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SalonDames-180907-44-237x300.jpg 237w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SalonDames-180907-44.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 237px) 100vw, 237px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Baptiste Vidalou puise dans la for\u00eat des C\u00e9vennes, o\u00f9 il vit, l\u2019inspiration pour de nouvelles formes de lutte.Et veut \u00e9tendre la notion de \u00ab\u00a0zone \u00e0 d\u00e9fendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[17,26],"class_list":["post-4234","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-environnement","tag-amenagement","tag-environnement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4234","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4234"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4234\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4236,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4234\/revisions\/4236"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4234"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4234"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4234"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}