{"id":435,"date":"2017-04-01T00:25:38","date_gmt":"2017-03-31T22:25:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=435"},"modified":"2018-08-06T11:10:46","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:46","slug":"hommage-a-fatima-bedar-assassinee-le-17-octobre-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2017\/04\/01\/hommage-a-fatima-bedar-assassinee-le-17-octobre-1961\/","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Fatima Bedar, assassin\u00e9e le 17 octobre 1961"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est l\u2019une des nombreuses victimes de la r\u00e9pression du 17 octobre 1961. Le corps sans vie de Fatima, 15 ans, est retrouv\u00e9 dans le canal de Saint-Denis le 31 octobre 1961. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Fatima avait 15 ans en octobre 1961. Son fr\u00e8re Djoudi avait 5 et demi. Il se souvient tr\u00e8s bien de sa s\u0153ur : \u201cC\u2019est elle qui m\u2019accompagnait chaque matin \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Elle avait de tr\u00e8s longs cheveux noirs. Je me souviens de son cartable et de ses livres. J\u2019\u00e9tais \u00e9merveill\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par ses gros livres et ses gros dictionnaires\u201d. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1946, leur p\u00e8re arrive en France pour travailler. Il vit dans des h\u00f4tels comme de nombreux travailleurs. En 1951, il construit un baraquement au sein du bidonville Pleyel \u00e0 Saint-Denis. Puis, il fait venir sa fille Fatima et sa femme. En 1954, il a les moyens d\u2019acheter une habitation en dur \u00e0 Aubervilliers : \u201cJe suis n\u00e9 dans cette maison en 1956. Nous avons ensuite habit\u00e9 \u00e0 Sarcelles en 1959-1960 pour enfin arriver en avril 1961 \u00e0 Stains dans le quartier de l\u2019Avenir. Nous \u00e9tions voisins avec Monsieur Beaumale, le maire actuel de la ville\u201d ajoute Djoudi. Fatima accompagne chaque matin Djoudi \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Elle \u00e9tudie au coll\u00e8ge industriel et commercial f\u00e9minin rue des Boucheries, \u00e0 Saint-Denis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Octobre 1961. Fatima Bedar veut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel lanc\u00e9 par la f\u00e9d\u00e9ration de France du Front de Lib\u00e9ration Nationale (FLN) pour se rendre \u00e0 la marche pacifique afin de lutter contre le couvre-feu raciste instaur\u00e9 par le Pr\u00e9fet de police Maurice Papon, sous la pr\u00e9sidence du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Djoudi confie\u00a0: \u201cMon p\u00e8re soutenait le mouvement de l\u2019ind\u00e9pendance en Alg\u00e9rie, il se rendait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des r\u00e9unions clandestines du FLN, accompagn\u00e9 parfois de ma s\u0153ur Fatima ou de mon autre grande s\u0153ur qui avait dix ans et demi. C\u2019est s\u00fbrement dans ces r\u00e9unions que ma s\u0153ur, qui comprenait le kabyle, connaissait exactement l\u2019intention des Alg\u00e9riens de l\u2019\u00e9poque et leurs difficiles conditions de vie et de travail en r\u00e9gion parisienne.\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le matin m\u00eame du \u00a017 octobre, Djoudi assiste \u00e0 une br\u00e8ve altercation entre sa m\u00e8re et Fatima qui souhaite se rendre \u00e0 la manifestation le soir du 17. \u201cMes parents y \u00e9taient oppos\u00e9s puisque c\u2019\u00e9tait elle qui devait nous garder \u00e0 la maison. Nous \u00e9tions sept fr\u00e8res et s\u0153urs. Mes parents devaient se rendre \u00e0 cette manifestation pacifique. Elle n\u2019en a fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate, et le 17 au soir, elle n\u2019est pas rentr\u00e9e \u00e0 la maison. Mes parents ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019affoler. Ils se sont d\u2019abord rendus dans les diff\u00e9rents lieux qu\u2019elle fr\u00e9quentait, notamment chez les cousines et cousins. Mais impossible de savoir o\u00f9 elle \u00e9tait\u201d\u00a0se souvient-il. Le p\u00e8re de Fatima ne va pas imm\u00e9diatement au commissariat \u00e0 cause de l\u2019ambiance bouillante qui r\u00e8gne alors. Ils attendent chez eux le retour de Fatima. Le lendemain, il se rend au commissariat de Stains et Saint-Denis pour signaler sa disparition. \u201cMon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal re\u00e7u par la police avec des insultes, des bousculades ainsi que des coups. La police lui a dit qu\u2019elle n\u2019avait pas de nouvelles. Le 18 octobre 1961, mon p\u00e8re a d\u00e9pos\u00e9 une d\u00e9claration de disparition au sujet de ma s\u0153ur\u201d.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201c<span style=\"font-size: medium;\">Mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 regarder l\u2019ensemble des corps pour reconna\u00eetre celui de ma s\u0153ur\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quinze jours durant, le p\u00e8re de Fatima, aid\u00e9 d\u2019un cousin et de sa femme fran\u00e7aise, essaient d\u2019avoir plus d\u2019informations en se rendant dans plusieurs commissariats, notamment, celui du 8e arrondissement pour demander de faire une recherche nationale. \u201cPendant quinze jours, ma m\u00e8re me prenait par la main. Je me souviens, comme si s\u2019\u00e9tait hier, des rues qu\u2019on arpentait dans les villes de Saint-Denis mais surtout celles\u00a0 de Stains : rue des Hucailles, Aristide Briand, Jean Jaur\u00e8s et rue du Repos\u2026\u00a0 Je me demandais pourquoi ma m\u00e8re me ramenait tous les jours comme cela et je la voyais pleurer et prier durant ces deux semaines. Mais le 31 octobre, mon p\u00e8re est arriv\u00e9 \u00e0 la maison avec le cartable de Fatima \u00e0 la main en annon\u00e7ant la nouvelle : ma s\u0153ur avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e noy\u00e9e dans le canal de Saint-Denis\u201d livre Djoudi. Le p\u00e8re de Fatima a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 par le commissariat de Saint-Denis \u00e0 8h30. Djoudi explique\u00a0: \u201cOn lui a signal\u00e9 que le corps d\u2019une femme avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert et qu\u2019il pouvait s\u2019agir de sa fille\u201d. C\u2019est un \u00e9clusier de Saint-Denis qui a d\u00e9couvert le corps de Fatima. \u201cElle \u00e9tait agripp\u00e9e, les jambes coinc\u00e9es dans la grille de la turbine de cette \u00e9cluse. L\u2019\u00e9clusier a donc appel\u00e9 les pompiers et la police\u00a0\u00bb ajoute t-il.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le p\u00e8re de Fatima s\u2019est donc rendu \u00e0 l\u2019institut m\u00e9dico-l\u00e9gal de Paris. \u201cArriv\u00e9 l\u00e0-bas, il a eu droit \u00e0 une fouille au corps. Puis, on l\u2019a fait entrer dans une grande salle o\u00f9 il y avait entre une quinzaine et une vingtaine de corps allong\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol dans des sacs plastiques. C\u2019\u00e9taient des corps d\u2019Alg\u00e9riens qui ont \u00e9t\u00e9 rep\u00each\u00e9s dans le canal. Mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 regarder l\u2019ensemble des corps pour reconna\u00eetre celui de ma s\u0153ur. Il a regard\u00e9 les corps un par un pour arriver sur celui de Fatima. Elle \u00e9tait m\u00e9connaissable. Elle \u00e9tait gonfl\u00e9e et de couleur violette. Il a reconnu sa fille gr\u00e2ce \u00e0 ses longs cheveux noirs\u201d. Les policiers ont conclu \u00e0 un suicide. \u201cCe n\u2019\u00e9tait pas le cas, ma s\u0153ur n\u2019avait aucune raison de se suicider. Elle \u00e9tait pleine de vie. A l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait l\u2019omerta ! Mon p\u00e8re \u00e9tait sous la pression de la police, ils ont fini par le faire signer un proc\u00e8s verbal dans lequel une petite histoire a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e\u201d explique Djoudi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Fatima a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e le 3 novembre 1961 au cimeti\u00e8re communal de la ville de Stains en pr\u00e9sence de camarades de classe, de professeur ainsi que de la directrice. \u201cA partir de ce jour l\u00e0, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le black out total. Une chape de plomb s\u2019est pos\u00e9e sur ma famille et sur les \u00e9v\u00e9nements du 17 octobre 1961. Moi, je ne voyais plus ma s\u0153ur me d\u00e9poser \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Je demandais \u00e0 mes parents et \u00e0 mes s\u0153urs ou \u00e9tait Fatima. Ils me r\u00e9pondaient qu\u2019elle ne reviendrait jamais. Pendant vingt ans, nos familles ont occult\u00e9 ces \u00e9v\u00e9nements. Nous ne savions pas dans quelles conditions Fatima avait disparu. Mes s\u0153urs avaient entendu parler des \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu \u00e0 Charonne car ceux- ci avaient \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9s. Nous avons finalement conclu que Fatima s\u2019\u00e9tait rendue \u00e0 cette manifestation dans laquelle il y avait eu des morts\u201d raconte t-il.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Meurtres pour m\u00e9moire<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">La Famille Bedar conna\u00eetra la v\u00e9rit\u00e9 sur la mort de Fatima des ann\u00e9es plus tard : \u201cDidier Daeninckx a \u00e9crit un <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Didier_Daeninckx%22%20%5Co%20%22Didier%20Daeninckx\">article dans le journal L\u2019Humanit\u00e9 en 1986<\/a>, deux ans apr\u00e8s la publication de son roman \u201cMeurtres pour m\u00e9moire\u201d. Ce roman revient justement les \u00e9v\u00e9nements du 17 octobre 1961.\u00a0C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on en parlait\u201d. Sa s\u0153ur Louisa travaillait\u00a0 \u00e0 EDF en tant que secr\u00e9taire de direction. C\u2019est une coll\u00e8gue de travail qui a lu l\u2019article ce journal. \u201cEn lisant le nom\u00a0 Bedar, elle a demand\u00e9 \u00e0 Louisa si c\u2019\u00e9tait sa s\u0153ur. \u00c9tonn\u00e9e, elle a imm\u00e9diatement\u00a0 \u00e9crit \u00e0 Didier Daeninckx afin de lui demander ce qui le faisait croire que sa s\u0153ur \u00e9tait morte durant les \u00e9v\u00e9nements du 17 octobre 1961\u2033. Didier Daeninckx a contact\u00e9 l\u2019historien Jean-Luc Einaudi qui connaissait bien ce sujet pour y avoir travaill\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es. Djoudi expose\u00a0:\u201dA partir de l\u00e0, Jean-Luc Einaudi m\u2019a contact\u00e9 pour essayer d\u2019avoir un t\u00e9moignage. Je lui ai donc donn\u00e9 le 27 d\u00e9cembre 1987, ainsi que ma s\u0153ur Louisa en janvier 1988. Je suis rest\u00e9 en contact permanent avec Jean-Luc Einaudi qui a fait d\u2019autres recherches notamment dans les cimeti\u00e8res, l\u2019institut m\u00e9dico-l\u00e9gal. Il a \u00e9galement contact\u00e9 l\u2019\u00e9clusier, la directrice du coll\u00e8ge de Fatima mais aussi ses camarades de classe, en vain car ces personnes \u00e9taient d\u00e9c\u00e9d\u00e9es pour la plupart. Par la suite, nous avons pu contacter une amie de sa classe qui a accept\u00e9 de t\u00e9moigner. Cette amie nous a affirm\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait fort possible que Fatima ait particip\u00e9 \u00e0 la manifestation du 17 octobre. Cette amie s\u2019y \u00e9tait elle-m\u00eame rendue avec sa m\u00e8re. Ce t\u00e9moignage \u00e9tait important car il contredisait compl\u00e8tement un autre t\u00e9moignage qui \u00e9tait indiqu\u00e9 dans le rapport de police de l\u2019\u00e9poque\u201d.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Jean -Luc Einaudi a souhait\u00e9 obtenir les t\u00e9moignages des parents de Fatima. Mais, Djoudi ne savait pas trop s\u2019ils devaient leur en parler : \u201c\u00c9voquer ces \u00e9v\u00e9nements \u00e0 mes parents les rendaient encore plus tristes. Apr\u00e8s le drame de 1961, ma m\u00e8re est tomb\u00e9e malade et s\u2019est rendue dans plusieurs maisons de repos. Elle a eu toutes les maladies possibles et imaginables. Toutes ces maladies l\u2019ont suivi jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 2003. J\u2019ai pos\u00e9 la question \u00e0 mon p\u00e8re qui m\u2019a dit de laisser tomber car rien ne pouvait faire revenir ma s\u0153ur. A la suite du drame, mon p\u00e8re ne voulait plus entendre parler de cette histoire.\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201c<span style=\"font-size: medium;\">Fatima est morte \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les policiers fran\u00e7ais jetaient les Alg\u00e9riens \u00e0 la Seine\u201d<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Adolescents, Djoudi et ses s\u0153urs allaient r\u00e9guli\u00e8rement au cimeti\u00e8re. Ses s\u0153urs posaient des questions \u00e0 leur m\u00e8re pour essayer d\u2019en savoir un peu plus. Elle r\u00e9pondait simplement : \u201cFatima est morte \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les policiers fran\u00e7ais jetaient les Alg\u00e9riens \u00e0 la Seine\u201d. Djoudi ajoute, \u201cPour la police, il n\u2019y a eu que deux morts officiellement durant la manifestation. Par la suite, 200 \u00e0 300 cadavres ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts. Il u a eu plus de 300 disparus. Pour la police, ces cadavres \u00e9taient ceux d\u2019Alg\u00e9riens qui ont bizarrement\u00a0 d\u00e9cid\u00e9 comme ma\u00a0 s\u0153ur le 17 octobre 1961 de se donner la mort, ou bien de gens qui ont \u00e9t\u00e9 victimes de r\u00e8glement de compte entre le MNA et le FLN. On sait tr\u00e8s bien que tous ces morts l\u00e0 sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s le 17, 18 ou 19 octobre 1961 et que les corps ont \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9s dans la Seine. Beaucoup de corps n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. Certains ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s par le courant jusqu\u2019\u00e0 Rouen et au Havre, voire m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la mer\u201d.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 17 octobre 2006, la famille Bedar\u00a0 a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exhumer le corps de Fatima pour le rapatrier en Alg\u00e9rie afin de l\u2019inhumer au carr\u00e9 des martyrs. Pour Djoudi \u201d il est important pour ma famille que Fatima soit enterr\u00e9e dans sa terre natale.\u201d En 2012, Fran\u00e7ois Hollande, lors du 51e\u00a0 anniversaire des \u00e9v\u00e9nements du 17 octobre 1961, a reconnu dans un communiqu\u00e9 de presse\u00a0que \u201cle 17 octobre 1961, des Alg\u00e9riens qui manifestaient pour le droit \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors d\u2019une sanglante r\u00e9pression. La R\u00e9publique reconna\u00eet avec lucidit\u00e9 ces faits. Cinquante et un ans apr\u00e8s cette trag\u00e9die, je rends hommage \u00e0 la m\u00e9moire des victimes\u201d. Djoudi salue cette reconnaissance, \u201celle permet \u00e0 ma famille de tourner une page, pas de la d\u00e9chirer, mais simplement de la tourner et de commencer le v\u00e9ritable deuil\u00a0\u201c.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Fille de tirailleur alg\u00e9rien<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour comprendre l\u2019histoire de Fatima, il faut aussi s\u2019int\u00e9resser \u00e0 celle du p\u00e8re. Il est n\u00e9 en 1917 en petite Kabylie. A son adolescence, il travaillait dans les champs pour le compte de colons. \u201c\u00c9tant jeune homme, il a voulu faire autre chose et est parti \u00e0 Bougie (aujourd\u2019hui, Beja\u00efa) pour travailler en cuisine. En 1938, les gendarmes sont venus le chercher au village pour qu\u2019il effectue son service militaire.\u201d, \u00e0 la caserne de Constantine de 1938 \u00e0 1940. A la seconde guerre mondiale, l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise l\u2019am\u00e8ne en France pour y faire la guerre.\u201d Il n\u2019a pas combattu longtemps car le 17 juin 1940 son unit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 faite prisonni\u00e8re par les Allemands. Il est rest\u00e9 en captivit\u00e9 dans le camp de Chevagnes, dans l\u2019Allier, durant un an. Comme, il savait cuisiner, on l\u2019a mis dans les cuisines du camp pour pr\u00e9parer les repas des gardes Allemands et des SS\u201d confie Djoudi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 21 juillet 1941, apr\u00e8s un an de captivit\u00e9, son p\u00e8re s\u2019\u00e9chappe. Djoudi raconte\u00a0: \u201cIl se rendait au village du coin qui se trouvait \u00e0 proximit\u00e9 du camp pour faire le r\u00e9approvisionnement. Il a profit\u00e9 de l\u2019inattention de ses\u00a0 gardes pour entrer dans l\u2019\u00e9glise qui se trouvait tout pr\u00e8s de son lieu de d\u00e9tention. En voyant mon p\u00e8re, le cur\u00e9 lui a donn\u00e9 des v\u00eatements de civils et un v\u00e9lo pour qu\u2019il puisse s\u2019\u00e9vader et arriver \u00e0 joindre la ligne de d\u00e9marcation. C\u2019est une fois qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9passer cette ligne qu\u2019il a pu \u00eatre rapatri\u00e9 en Alg\u00e9rie. Mais il a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 une seconde fois en 1943 pour \u00eatre mut\u00e9 au sein du troisi\u00e8me r\u00e9giment de tirailleurs alg\u00e9riens de l\u2019infanterie du G\u00e9n\u00e9ral de Monsabert. Et c\u2019est au sein de ce r\u00e9giment qu\u2019il a particip\u00e9 au combat en Tunisie et \u00e0 la campagne d\u2019Italie avec les batailles de Sienne et de Rome. Puis le 15 ao\u00fbt 1944, il a embarqu\u00e9 en Italie avec son unit\u00e9 du troisi\u00e8me r\u00e9giment de tirailleurs alg\u00e9riens pour d\u00e9barquer \u00e0 Saint-Tropez\u00a0\u201c.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des villes comme Toulon et Marseille ont pu \u00eatre lib\u00e9r\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la participation dans les combats du troisi\u00e8me r\u00e9giment des tirailleurs alg\u00e9riens. \u201cSon unit\u00e9 a aussi poursuivi les Allemands \u00e0 travers les Alpes et le Jura et s\u2019est battue dans les Vosges et en Alsace. Mon p\u00e8re m\u2019a dit qu\u2019il avait beaucoup souffert du froid et de la neige dans cette r\u00e9gion. Il a termin\u00e9 ses combats en mai 1945 \u00e0 Stuttgart en Allemagne. Bon nombre de ses camarades sont retourn\u00e9s en Alg\u00e9rie en 1945. Ils ont retrouv\u00e9 leurs familles compl\u00e8tement d\u00e9cim\u00e9es par un autre massacre qui avait eu lieu \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le 8 mai 1945, jour de capitulation nazi. Mon p\u00e8re, en fin de compte, \u00e9tait en quelque sorte en sursis car seize ans apr\u00e8s S\u00e9tif, la France coloniale lui a enlev\u00e9 sa fille\u201d conclut Djoudi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">N\u00e9e en 1946, Fatima serait aujourd\u2019hui\u00a0 \u00e2g\u00e9e de 67 ans. Elle a disparu, comme des centaines d\u2019autres d\u2019Alg\u00e9riens un certain 17 octobre pour avoir os\u00e9 d\u00e9fier l\u2019interdiction de sortir apr\u00e8s de 20h30. Fatima souhaitait simplement que les droits des Alg\u00e9riens soient reconnus en France et que l\u2019Alg\u00e9rie devienne un pays ind\u00e9pendant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: medium;\">T\u00e9moignage de Djoudi Bedar, le fr\u00e8re de la victime, interview\u00e9 par Hana Ferroudj (article initialement paru sur le <\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\"><a href=\"http:\/\/bondyblog.liberation.fr\/201310170100\/fatima-bedar-fille-de-tirailleur-algerien-noyee-le-17-octobre-1961\/#.ViINlc5lN24\">Bondyblog<\/a>)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est l\u2019une des nombreuses victimes de la r\u00e9pression du 17 octobre 1961. 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