{"id":4545,"date":"2018-10-25T07:25:30","date_gmt":"2018-10-25T05:25:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=4545"},"modified":"2018-10-25T07:40:01","modified_gmt":"2018-10-25T05:40:01","slug":"contaminations-dans-locean-pacifique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/10\/25\/contaminations-dans-locean-pacifique\/","title":{"rendered":"Contaminations dans l\u2019oc\u00e9an Pacifique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Cet endroit est le cimeti\u00e8re de milliards de microplastiques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4525\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/9octobre-18-1-300x218.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"218\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/9octobre-18-1-300x218.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/9octobre-18-1.jpg 412w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le plus vaste oc\u00e9an du globe, les polluants impr\u00e9gn\u00e9s de substances canc\u00e9rog\u00e8nes et mutag\u00e8nes sont absorb\u00e9s par la faune marine et remontent dans la cha\u00eene alimentaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vingt-cinq degr\u00e9s sur le pont, 22 dans l\u2019eau. Pas un souffle d\u2019air ne ride la surface de l\u2019oc\u00e9an. Les aliz\u00e9s sont aux abonn\u00e9s absents et, sans ses deux moteurs diesel de 375 chevaux et les 40\u00a0000 litres de gazole stock\u00e9s dans ses flancs, la go\u00e9lette scientifique <em>Tara <\/em>serait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment encalmin\u00e9e dans le d\u00e9sert liquide qu\u2019elle s\u2019est donn\u00e9 pour mission de sonder. Parti de son port d\u2019attache morbihanais de Lorient dans le cadre de l\u2019exp\u00e9dition \u00ab\u00a0Tara Pacific\u00a0\u00bb, en mai\u00a02016, le voilier de 36\u00a0m\u00e8tres sillonne l\u2019oc\u00e9an Pacifique et ausculte les r\u00e9cifs coralliens de ses archipels afin d\u2019y d\u00e9terminer les impacts du changement climatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette \u00e9tape menant d\u2019Honolulu, dans les \u00eeles Hawa\u00ef, \u00e0 Portland (Oregon), sur la C\u00f4te ouest des Etats-Unis, offre une rare opportunit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de quatre scientifiques oc\u00e9anographes dirig\u00e9s par Maria Luiza Pedrotti, chercheuse en biologie marine au Laboratoire d\u2019oc\u00e9anographie de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Ils pourront effectuer, en pleine mer et pendant pr\u00e8s de trois semaines, des pr\u00e9l\u00e8vements qui permettront un \u00e9tat des lieux de la biodiversit\u00e9 du Pacifique Nord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes dans la zone de haute pression subtropicale du Pacifique Nord. Une r\u00e9gion du plus vaste oc\u00e9an au monde que les vieux loups de mer connaissent aussi sous le nom de \u00ab\u00a0latitude des chevaux\u00a0\u00bb. Une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la marine \u00e0 voile o\u00f9, selon la l\u00e9gende, les navigateurs scotch\u00e9s par le calme plat qui les \u00e9puisait autant qu\u2019il les affamait finissaient par flanquer par-dessus bord leur pr\u00e9cieuse cargaison d\u2019\u00e9quid\u00e9s \u2013 ou ce qu\u2019il en restait apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9vor\u00e9e\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019importe\u00a0: en cette fin juin du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, apr\u00e8s une dizaine de jours pass\u00e9s \u00e0 treize \u00e0 bord de <em>Tara<\/em>, la tentation de faire quelques brasses coul\u00e9es est irr\u00e9sistible. Avec les collines de San Francisco \u00e0 900 milles marins (environ 1\u00a0700\u00a0km) \u00e0 l\u2019est et le fond de l\u2019oc\u00e9an, miroitant sous le soleil, \u00e0 5\u00a0000\u00a0m sous nos palmes, l\u2019endroit a tous les attributs du paradis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maria Luiza Pedrotti, elle, n\u2019a pourtant pas le c\u0153ur \u00e0 la baignade. A la table de bois qui fait office de paillasse sur l\u2019arri\u00e8re-pont du voilier, la chef de mission scientifique filtre une singuli\u00e8re et peu rago\u00fbtante mixture\u00a0: un m\u00e9lange de plancton et de\u2026 microplastiques. Au fil de sa carri\u00e8re, cette Br\u00e9silienne de 59 ans a \u00e9largi son champ d\u2019\u00e9tude. <em>\u00ab\u00a0Je suis pass\u00e9e du plancton, base de la cha\u00eene alimentaire, \u00e0 sa relation avec les microplastiques et autres organismes marins, puisqu\u2019ils sont devenus indissociables<\/em>, soupire-t-elle. <em>Enfant, je r\u00eavais d\u2019\u00eatre une Indiana Jones des oc\u00e9ans, mais en guise de tr\u00e9sors, j\u2019ai d\u00e9couvert des mat\u00e9riaux toxiques.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9cor trompeur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que les eaux en apparence cristallines dans lesquelles croise l\u2019exp\u00e9dition \u00ab\u00a0Tara Pacific\u00a0\u00bb sont en r\u00e9alit\u00e9 un cloaque grand comme quatre \u00e0 six fois la France. Elles constituent le \u00ab\u00a0Great Pacific Garbage Patch\u00a0\u00bb (GPGP), la \u00ab\u00a0grande plaque d\u2019ordures du Pacifique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0vortex de d\u00e9chets\u00a0\u00bb, plus commun\u00e9ment connue sous le nom de \u00ab\u00a0continent de plastique\u00a0\u00bb. <em>\u00ab\u00a0Cette d\u00e9nomination est un abus de langage qui persuade le grand public qu\u2019il est simple de l\u2019\u00e9radiquer comme une d\u00e9charge ordinaire, \u00e0 terre\u00a0\u00bb<\/em>, regrette Maria Luiza Pedrotti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9cor est en effet trompeur. On rencontre bien ici des morceaux de cagettes, de tuyaux, de filets de p\u00eache \u2013 dont un s\u2019est emp\u00eatr\u00e9 dans notre gouvernail \u2013, et m\u00eame des bou\u00e9es,\u00a0\u00e0 la fr\u00e9quence d\u2019un ou deux toutes les dix minutes environ. Mais nulle trace des ignobles agglom\u00e9rats de sacs, bouteilles ou bidons de plastique omnipr\u00e9sents aux embouchures des rivi\u00e8res, sur les plages ou aux abords des \u00eeles les plus recul\u00e9es, qui alimentent la diffusion de photos chocs et de vid\u00e9os virales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le GPGP diffuse une contamination bien plus insidieuse, compos\u00e9e pour plus de 90\u00a0% d\u2019\u00ab\u00a0ingr\u00e9dients\u00a0\u00bb de 1 \u00e0 5\u00a0mm, invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu depuis le pont d\u2019un bateau. Selon les donn\u00e9es les plus r\u00e9centes, collect\u00e9es en\u00a02015-2016, il contient 1\u00a0800\u00a0milliards de morceaux de plastique plus petits que des grains de riz. Le continent de plastique est en r\u00e9alit\u00e9 une \u00ab\u00a0soupe\u00a0\u00bb. Et m\u00eame un masque de plong\u00e9e ne permet pas forc\u00e9ment de distinguer les d\u00e9tails de sa composition en dehors des zones de concentration. <em>\u00ab\u00a0Une bouteille en plastique vide de 20 grammes, c\u2019est 20\u00a0000 morceaux de microplastique d\u2019un millim\u00e8tre\u00a0\u00bb<\/em>, donne pour exemple Maria Luiza Pedrotti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Polystyr\u00e8ne, poly\u00e9thyl\u00e8ne, nylon, polyur\u00e9thane, polypropyl\u00e8ne\u2026 Issus de la fragmentation de gros d\u00e9chets par le brassage de l\u2019eau, l\u2019action des rayons ultraviolets et la biod\u00e9gradation due aux micro-organismes, les microplastiques du GPGP arborent toutes les formes et couleurs imaginables. Et, tels ces granul\u00e9s de plastique retrouv\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un calamar dans l\u2019estomac d\u2019un thon albacore de 7\u00a0kg p\u00each\u00e9 la veille, ils s\u2019insinuent partout. <em>\u00ab\u00a0Ces granul\u00e9s sont de la mati\u00e8re premi\u00e8re pour la fabrication d\u2019objets en plastique qui ne devrait en principe jamais sortir telle quelle des usines. Ils sont probablement tomb\u00e9s du chargement d\u2019un porte-conteneurs\u00a0\u00bb<\/em>, se convainc Maria Luiza Pedrotti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab Dolphin \u00bb, \u00ab\u00a0High Speed Net\u00a0\u00bb et \u00ab Manta \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque ann\u00e9e, l\u2019homme rejette plus de 8\u00a0millions de tonnes de plastique \u00e0 la mer. Une diss\u00e9mination dont il est responsable et dont il est en train de devenir la victime. <em>\u00ab\u00a0Trente minutes d\u2019immersion suffisent pour qu\u2019un fragment de plastique soit colonis\u00e9 par des algues ou des champignons<\/em>, note Maria Luiza Pedrotti. <em>La faune marine, qui les confond avec le plancton, s\u2019en d\u00e9lecte, et le tout remonte dans la cha\u00eene alimentaire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une situation d\u2019autant plus alarmante que, m\u00eame r\u00e9duits \u00e0 la taille d\u2019un quart de confetti, les plastiques restent impr\u00e9gn\u00e9s des substances canc\u00e9rog\u00e8nes et mutag\u00e8nes\u00a0: polluants organiques persistants comme le DDT, les polychlorobiph\u00e9nyles et les dioxines, perturbateurs endocriniens comme le bisph\u00e9nol A, qui entrent dans leur composition\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les microplastiques sont en outre un vecteur de transport id\u00e9al pour des organismes exog\u00e8nes, mutag\u00e8nes ou pathog\u00e8nes susceptibles de d\u00e9grader l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des oc\u00e9ans. Comme le Vibrio, qui appartient \u00e0 la classe de bact\u00e9ries dont la plus connue cause le chol\u00e9ra chez l\u2019humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec une production mondiale de plastique pass\u00e9e d\u2019un million de tonnes en\u00a01950 \u00e0 plus de 320\u00a0millions de tonnes en\u00a02016, la source de contamination ne semble pas pr\u00e8s de se tarir. Selon Plastics Europe, un des lobbys de la plasturgie, elle devrait m\u00eame s\u2019accro\u00eetre de 4\u00a0% chaque ann\u00e9e. Une \u00e9tude am\u00e9ricaine parue \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2017 r\u00e9v\u00e8le de son c\u00f4t\u00e9 que 8,3\u00a0milliards de tonnes de plastique ont \u00e9t\u00e9 produites dans le monde depuis 1950 \u2013 pr\u00e8s de la moiti\u00e9 a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. Quelque 6,3\u00a0milliards de tonnes sont d\u00e9j\u00e0 devenues des d\u00e9chets. De cette masse, 9\u00a0% ont \u00e9t\u00e9 recycl\u00e9s, 12\u00a0% incin\u00e9r\u00e9s et 79\u00a0% mis en d\u00e9charges ou rejet\u00e9s dans la nature et en grande partie dans les oc\u00e9ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La jeune science du d\u00e9chet plastique semble donc promise \u00e0 un grand avenir. Pour la faire avancer, nos cinq scientifiques lancent des filets \u00e0 l\u2019eau, jour et nuit. Jusqu\u2019\u00e0 dix fois par 24\u00a0heures, ces bas de soie g\u00e9ants aux mailles resserr\u00e9es du nom de Dolphin (\u00ab\u00a0dauphin\u00a0\u00bb), High Speed Net (\u00ab\u00a0filet \u00e0 haute vitesse\u00a0\u00bb) ou Manta (comme la raie) et dot\u00e9s de m\u00e2choires d\u2019acier et de collecteurs filtrent l\u2019eau de surface pour pi\u00e9ger le plancton et les microplastiques. On les tra\u00eene entre trente minutes et deux heures chacun, et ils ne souffrent qu\u2019une mer calme et une vitesse de tractation r\u00e9duite \u2013 faute de quoi ils ricochent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assise en tailleur sur le pont, M\u00e9lanie Billaud, 21 ans, \u00e9tudiante en master I des sciences de la vie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nice-Sophia Antipolis, embarqu\u00e9e dans le cadre d\u2019un stage au Laboratoire d\u2019oc\u00e9anographie de Villefranche-sur-Mer, trie le butin du jour avec la minutie d\u2019un orpailleur. D\u2019un tamis en inox au maillage de 2\u00a0mm, elle s\u2019ab\u00eeme les yeux \u00e0 extraire les microplastiques, fragment par fragment, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une pince souple, avant de les mesurer dans une bo\u00eete de P\u00e9tri. Elle place ensuite en culture les organismes marins qui les ont colonis\u00e9s pour d\u00e9terminer la pr\u00e9f\u00e9rence de ces derniers pour tel ou tel polym\u00e8re de plastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0On manque de donn\u00e9es\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La future chercheuse, qui vient de soutenir un m\u00e9moire sur la \u00ab\u00a0plastisph\u00e8re\u00a0\u00bb, ce nouvel \u00e9cosyst\u00e8me marin compos\u00e9 de plastique sur lesquels grouillent microbes et bact\u00e9ries et qui menace les oc\u00e9ans, chantonne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les plastiques sont nos amis\/Il faut les aimer aussi\/Mais connaissez-vous les noms\/De mes nouveaux compagnons\/Laissez-moi vous pr\u00e9senter\/Mes b\u00e9b\u00eates pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb<\/em> Une version revisit\u00e9e du tube des Inconnus <em>Les insectes sont nos amis<\/em> qui conte les trouvailles \u00e9tonnantes que l\u2019on peut faire dans un vide-ordures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Je ne suis pas candide,<\/em> dit dans un sourire la jeune femme en lib\u00e9rant un minuscule crabe translucide cramponn\u00e9 \u00e0 un fragment de plastique, tel un naufrag\u00e9 sur son radeau.<em> Mais envisager le plastique en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00e0 part enti\u00e8re de notre environnement et \u00e9tudier son \u00e9volution est simplement devenu incontournable, et c\u2019est fascinant.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des cinq vortex de d\u00e9chets identifi\u00e9s et mod\u00e9lis\u00e9s par les scientifiques \u2013 les gyres \u2013, celui du Pacifique Nord est le plus \u00e9tendu. Comme ceux du Pacifique Sud, de l\u2019Atlantique Sud, de l\u2019Atlantique Nord et de l\u2019oc\u00e9an Indien, c\u2019est un tourbillon g\u00e9ant et permanent form\u00e9 par les courants de surface sous l\u2019effet du vent. Et comme eux, il se trouve dans les eaux internationales, ces zones qui appartiennent \u00e0 la fois \u00e0 tout le monde et \u00e0 personne, si \u00e9loign\u00e9es de toute terre habit\u00e9e qu\u2019il est ais\u00e9 de les ignorer. Localis\u00e9 entre Hawa\u00ef et les c\u00f4tes californiennes, le GPGP vagabonde de quelques degr\u00e9s, d\u2019est en ouest au gr\u00e9 des saisons, et du nord au sud selon les ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bringuebal\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 lui par les courants oc\u00e9aniques, algues, planctons et polluants issus de sources lointaines se retrouvent pi\u00e9g\u00e9s en son centre, mais n\u2019y demeurent pas forc\u00e9ment. <em>\u00ab\u00a0On manque encore cruellement de donn\u00e9es sur le destin de ces microplastiques,<\/em> note Maria Luiza Pedrotti<em>. Une des hypoth\u00e8ses est qu\u2019ils s\u2019accumulent au fond de l\u2019oc\u00e9an, dont le niveau de pollution demeure mal connu.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019Am\u00e9ricain Charles Moore, 70 ans aujourd\u2019hui, qui a m\u00e9diatis\u00e9 le potentiel de nuisances du GPGP, il y a un peu plus de vingt ans, quand seule une poign\u00e9e de scientifiques du laboratoire de biologie marine de Woods Hole, la plus ancienne institution du genre fond\u00e9e en\u00a01888 dans le Massachussetts sur la C\u00f4te est des Etats-Unis, s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec des amis, Charles Moore s\u2019offrait, en juillet\u00a01997, une croisi\u00e8re au retour de la Transpacific, course \u00e0 la voile reliant Los Angeles \u00e0 Honolulu, cr\u00e9\u00e9 en\u00a01906. Sur <em>Alguita<\/em>, son catamaran de 50 pieds (15,24\u00a0m), il s\u2019\u00e9tait class\u00e9 3<sup>e<\/sup> dans la cat\u00e9gorie multicoques, logiquement domin\u00e9e par <em>Commodore Explorer<\/em>, le catamaran de 28\u00a0m du Fran\u00e7ais Bruno Peyron second\u00e9 par Florence Arthaud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Joint par t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Long Beach, en Californie, o\u00f9 il coordonne depuis des ann\u00e9es un ensemble de potagers urbains bios, Charles Moore raconte avoir \u00e9t\u00e9 <em>\u00ab\u00a0tr\u00e8s perturb\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> en d\u00e9couvrant, lors de sa navigation d\u2019il y a vingt et un ans, <em>\u00ab\u00a0assez de macrod\u00e9chets pour remplir un caddie en quelques heures\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Trouver la trace de l\u2019homme jusque dans ce lieu des plus isol\u00e9s m\u2019a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 la combattre\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-t-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa bouleversante d\u00e9couverte tombait \u00e0 pic. Elev\u00e9 au bord du Pacifique et initi\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la navigation hauturi\u00e8re par son p\u00e8re, cet ancien \u00e9tudiant en chimie converti en militant antiguerre du Vietnam et antinapalm, avait cr\u00e9\u00e9, d\u00e8s 1994, l\u2019Algalita Marine Research Foundation \u2013 une association visant \u00e0 pr\u00e9server de la pollution la c\u00f4te californienne \u2013, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage laiss\u00e9 par un grand-p\u00e8re ayant fait fortune dans\u2026 l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re. Le plastique \u00e9tant un d\u00e9riv\u00e9 du p\u00e9trole, il savoure cette <em>\u00ab\u00a0ironie du sort\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charles Moore a d\u2019abord fait \u00e9quipe avec Curtis Ebbesmeyer, un oc\u00e9anographe de Seattle (Etat de Washington) aujourd\u2019hui retrait\u00e9, qui avait \u00e9tudi\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1980 les courants marins du Pacifique en pistant des canards en plastique et autres chaussures Nike tomb\u00e9s de<strong>s<\/strong> porte-conteneurs. Jusqu\u2019\u00e0 leur \u00e9chouage sur les plages de la C\u00f4te ouest am\u00e9ricaine\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Iles poubelles\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En\u00a01999, les deux hommes ont pr\u00e9par\u00e9 ensemble la premi\u00e8re des nombreuses campagnes d\u2019observation d\u2019<em>Algalita<\/em> dans le Pacifique, et mis au point une m\u00e9thode d\u2019\u00e9chantillonnage et d\u2019analyses des microplastiques. Au fil des ann\u00e9es, la Fondation Algalita est devenue une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de recherches et d\u2019\u00e9ducation sur la pollution oc\u00e9anique. Et en\u00a02011, Charles Moore a publi\u00e9 <em>Plastic Ocean <\/em>(Penguin Random House, 2011, non traduit), le r\u00e9cit du combat qu\u2019il continue de mener. <em>\u00ab\u00a0Curtis aurait d\u00fb d\u00e9poser la marque \u201ccontinent de plastiques\u201d, il serait devenu richissime\u00a0\u00bb,<\/em> dit en plaisantant M.\u00a0Moore. Si elle a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9veiller les consciences, cette m\u00e9taphore est aussi copieusement galvaud\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 l\u2019urgence \u00e9cologique, une association \u00e0 but non lucratif et deux agences publicitaires se sont ainsi r\u00e9cemment alli\u00e9es pour pr\u00e9senter le GPGP comme un v\u00e9ritable territoire qu\u2019elles ont baptis\u00e9 \u00ab\u00a0Trash Isles\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0\u00eeles poubelles\u00a0\u00bb. Par le biais d\u2019une p\u00e9tition sur la plate-forme Change.org qui a d\u00e9j\u00e0 recueilli plus de 240\u00a0000 signatures, elles ont lanc\u00e9 en\u00a02017 une campagne de lobbying qui vise \u00e0 faire du GPGP le 196<sup>e<\/sup> Etat membre de l\u2019ONU.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce statut le soumettrait \u00e0 la charte environnementale des Nations unies, non contraignante juridiquement, mais qui stipule que tous les pays membres doivent<em> \u00ab\u00a0coop\u00e9rer dans un esprit de partenariat mondial en vue de conserver, de prot\u00e9ger et de r\u00e9tablir la sant\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me terrestre\u00a0\u00bb<\/em>. Al Gore, ancien vice-pr\u00e9sident des Etats-Unis et militant \u00e9cologiste, est devenu le premier citoyen de cette nation virtuelle qui s\u2019est invent\u00e9 une devise, un drapeau et un passeport.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des propositions techniques de d\u00e9pollution \u00e9mergent r\u00e9guli\u00e8rement depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Celle de Boyan Slat, un N\u00e9erlandais de 24 ans qui a fond\u00e9 l\u2019association \u00e0 but non lucratif The Ocean Cleanup, focalise l\u2019attention des m\u00e9dias. D\u00e8s 2012, lors d\u2019une conf\u00e9rence internationale intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Comment les oc\u00e9ans peuvent s\u2019autonettoyer\u00a0\u00bb, le jeune homme avait cr\u00e2nement affirm\u00e9 pouvoir d\u00e9barrasser les hautes mers de leurs d\u00e9chets \u00e0 l\u2019aide de barri\u00e8res flottantes en s\u2019appuyant sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de convergence des courants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assist\u00e9 d\u2019une kyrielle d\u2019ing\u00e9nieurs et gr\u00e2ce \u00e0 des financements participatifs de plusieurs dizaines de millions de dollars, l\u2019\u00e9tudiant en ing\u00e9nierie a\u00e9ronautique a mis au point un syst\u00e8me destin\u00e9 \u00e0 retenir les plastiques et autres objets \u00e0 la d\u00e9rive. Et \u00e0 les conduire vers une plate-forme d\u2019extraction aliment\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9nergie solaire, qui r\u00e9cup\u00e9rera les mati\u00e8res en vue de leur \u00e9vacuation par bateau et de leur recyclage \u00e0 terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une phase d\u2019exp\u00e9rimentation men\u00e9e en mer du Nord en\u00a02017 afin de v\u00e9rifier la r\u00e9sistance de son invention aux intemp\u00e9ries, Boyan Slat devait d\u00e9ployer ses pi\u00e8ges \u00e0 d\u00e9chets pour un dernier test, le 8\u00a0septembre, au large de San Francisco. Avant de les disposer pour de bon, d\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e, dans le GPGP, dont il assure pouvoir nettoyer <em>\u00ab\u00a0la moiti\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> en cinq ans\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4533\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-03-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-03-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-03.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet endroit est le cimeti\u00e8re de milliards de microplastiques<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[17,26],"class_list":["post-4545","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-environnement","tag-amenagement","tag-environnement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4545","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4545"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4545\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4547,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4545\/revisions\/4547"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4545"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4545"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4545"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}