{"id":4558,"date":"2018-10-28T02:53:56","date_gmt":"2018-10-28T01:53:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=4558"},"modified":"2018-10-22T14:55:42","modified_gmt":"2018-10-22T12:55:42","slug":"tourisme-nord-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/10\/28\/tourisme-nord-sud\/","title":{"rendered":"Tourisme Nord-Sud"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Le march\u00e9 des illusions. Le tourisme international, moteur de d\u00e9veloppement et ferment d\u2019humanit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4528\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/OC62-181110-226x300.jpg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/OC62-181110-226x300.jpg 226w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/OC62-181110.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le credo des promoteurs du secteur ne r\u00e9siste pas \u00e0 la d\u00e9construction des trois illusions sur lesquelles il repose\u00a0: celles de la d\u00e9mocratisation, de l\u2019exotisme et de la prosp\u00e9rit\u00e9. L\u2019actuelle r\u00e9partition des co\u00fbts et des b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019industrie du d\u00e9paysement creuse les \u00e9carts. Sans r\u00e9gulation politique des flux et des impacts, pas de \u00ab\u00a0tourisme durable\u00a0\u00bb possible.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tourisme international est moteur de prosp\u00e9rit\u00e9 et ferment d\u2019humanit\u00e9. L\u2019Organisation mondiale du tourisme le mart\u00e8le, de rapports euphoriques en communiqu\u00e9s promotionnels (OMT, 2017 et 2018). Avec elle, les tour-op\u00e9rateurs, les voyagistes et les h\u00f4tes de profession le confirment \u00e0 l\u2019envi. Et les touristes bien s\u00fbr, qu\u2019ils s\u2019assument comme tels ou non, beaucoup d\u2019entre eux claironnant leur d\u00e9dain \u00e0 l\u2019\u00e9gard\u2026 des vacanciers, premier paradoxe. Le tourisme sans fronti\u00e8res est par\u00e9 de toutes les vertus. \u00c9conomiques, sociales, politiques, culturelles et environnementales. \u00ab\u00a0Passeport pour le d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vacances pour tous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0forgeur de d\u00e9mocraties\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pont entre les peuples\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gardien du patrimoine et de la nature\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vecteur d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, les races et les classes\u00a0\u00bb, le grandiose et prolifique commerce du d\u00e9paysement a d\u00e9croch\u00e9 le statut de panac\u00e9e universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les institutions internationales et la plupart des \u00c9tats nationaux abondent dans le m\u00eame sens, m\u00eame si \u2013 deuxi\u00e8me paradoxe \u2013 la c\u00e9l\u00e9bration du potentiel \u00ab\u00a0<em>transformateur et inclusif <\/em>\u00a0\u00bb du tourisme s\u2019y appuie d\u00e9sormais sur la conscience de ses d\u00e9fauts. Comme dans ce r\u00e9cent rapport de la Conf\u00e9rence des Nations unies sur le commerce et le d\u00e9veloppement \u2013 \u00ab\u00a0Le tourisme au service de la croissance en Afrique\u00a0\u00bb (Cnuced, 2017) \u2013 o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la manne touristique est conditionn\u00e9 au d\u00e9passement de quelques-uns de ses travers structurels les plus \u00e9vidents\u00a0: \u00ab\u00a0<em>fuites de recettes financi\u00e8res importantes <\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>tensions socioculturelles<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>pr\u00e9judices environnementaux<\/em>\u00a0\u00bb. S\u2019il parvient \u00e0 les contourner, \u00ab\u00a0<em>le secteur du tourisme pourrait sortir des millions de personnes de la pauvret\u00e9 tout en contribuant \u00e0 la paix et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion <\/em>\u00a0\u00bb, explique la Cnuced, optimiste. En conclusion toutefois, \u00e0 nouveau lucide, elle reconna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>la contribution de la paix au tourisme est beaucoup plus forte que celle du tourisme \u00e0 la paix <\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019emp\u00eache\u00a0: la foi dans le r\u00f4le modernisateur, lib\u00e9rateur et \u00e9mancipateur de l\u2019expansion touristique \u2013 constante depuis la moiti\u00e9 du si\u00e8cle pass\u00e9 \u2013 \u00e9crase les doutes, les b\u00e9mols et les critiques. Son ampleur, chiffr\u00e9e par l\u2019OMT et lou\u00e9e par ses d\u00e9vots, suffit \u00e0 l\u2019imposer. \u00c0 la fois levier et fruit de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des flux, le secteur appara\u00eet de fait ind\u00e9tr\u00f4nable\u00a0: premier poste du commerce international\u00a0; un emploi sur dix \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire\u00a0; un dixi\u00e8me du produit mondial brut\u00a0; un tiers des exportations de services (45% pour les pays en d\u00e9veloppement)\u00a0; environ 1,4 milliard de s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en 2018 (pour 675 millions en 2000)\u00a0; pr\u00e8s de 1300 milliards d\u2019euros de recettes en 2017 (pour 550 milliards en 2000)\u00a0; et toujours, pour les sept derni\u00e8res d\u00e9cennies, un taux de croissance annuel qui tutoie les 5%, lorsqu\u2019il n\u2019atteint pas, comme en 2017, les 7% (OMT, 2018). Le tourisme touche au firmament. Ou presque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le regard des scientifiques est plus partag\u00e9 (Singh, 2012), leur ton plus circonspect, voire dubitatif. Depuis le d\u00e9collage des premi\u00e8res d\u00e9cennies \u2013 les \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb (1945-1975) \u2013, cadres et contextes th\u00e9oriques, id\u00e9ologiques, \u00e9conomiques et normatifs ont \u00e9volu\u00e9. Aux approches modernisatrices des ann\u00e9es 1950 et 1960 (\u00ab\u00a0le d\u00e9veloppement du tourisme g\u00e9n\u00e8re croissance, emploi et \u00e9changes\u00a0\u00bb), ont r\u00e9pondu d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 diverses perspectives critiques (\u00ab\u00a0le tourisme accro\u00eet d\u00e9pendances, disparit\u00e9s et acculturation\u00a0\u00bb), des propositions alternatives (\u00ab\u00a0\u00e0 petite \u00e9chelle, endog\u00e8ne, \u00e9cologique et participatif, le tourisme peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique\u00a0\u00bb), et, au tournant des ann\u00e9es 1990, des lectures qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0post-structuralistes\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0post-d\u00e9veloppementistes\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0ni ange ni d\u00e9mon, le tourisme est un tout complexe au sein duquel les capacit\u00e9s d\u2019action, d\u2019instrumentalisation, d\u2019appropriation et de r\u00e9sistance des visit\u00e9s ne doivent pas \u00eatre sous-estim\u00e9es\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste que les courants modernisateurs du d\u00e9but, largement dominants parmi les promoteurs du secteur, ont eux aussi su s\u2019adapter, int\u00e9grer et \u00e9voluer pour faire du tourisme international contemporain, le fer de lance d\u2019une mondialisation \u00ab\u00a0\u00e0 visage humain\u00a0\u00bb, visant officiellement la propagation de pratiques \u00e9thiques, la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9, le respect des cultures et de l\u2019environnement, tout en reposant \u2013 troisi\u00e8me paradoxe \u2013 sur la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes et l\u2019\u00e9rosion des \u00ab\u00a0freins\u00a0\u00bb (fiscaux, sociaux, environnementaux) au bon d\u00e9veloppement tous azimuts du march\u00e9 des vacances \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Hall, 2007\u00a0; Duterme, 2012). D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat sans doute, comme invite \u00e0 le faire parmi d\u2019autres le chercheur Cl\u00e9ment Marie Dit Chirot (2018), de \u00ab\u00a0remat\u00e9rialiser\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9tude du fait touristique, en privil\u00e9giant les \u00ab\u00a0<em>outils th\u00e9oriques susceptibles d\u2019\u00e9clairer les formes de domination sociale inh\u00e9rente au ph\u00e9nom\u00e8ne<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux lectures tiers-mondistes ou structuralistes des ann\u00e9es 1970 et 1980 s\u2019\u00e9taient progressivement substitu\u00e9es \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier de nouvelles approches du tourisme, constitutives d\u2019un \u00ab\u00a0tournant culturel\u00a0\u00bb que des touristologues anglo-saxons vont aller jusqu\u2019\u00e0 baptiser \u00ab\u00a0<em>critical turn<\/em>\u00a0\u00bb (Ateljevic <em>et al<\/em>., 2007). Si les premi\u00e8res, focalis\u00e9es sur les impacts dans les pays visit\u00e9s, avaient p\u00e9ch\u00e9 par leur r\u00e9ductionnisme \u00e9conomique et leur biais productiviste, les secondes, filles du \u00ab\u00a0retour du sujet\u00a0\u00bb en sciences sociales, allaient s\u2019int\u00e9resser au touriste lui-m\u00eame, \u00e0 ses repr\u00e9sentations culturelles et \u00e0 la complexit\u00e9 de ses interactions en situation. \u00ab\u00a0<em>Sch\u00e9matiquement, ces \u00e9volutions [ont fait] passer l\u2019approche scientifique du tourisme de l\u2019\u00e9tude des soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9ceptrices vers celle des touristes, des dimensions \u00e9conomiques du ph\u00e9nom\u00e8ne vers ses aspects culturels, et d\u2019une perspective macrosociale \u00e0 une approche plus attentive aux individus et aux jeux d\u2019acteurs. <\/em>\u00a0\u00bb (Marie Dit Chirot, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es cependant, des voix autoris\u00e9es \u2013 notamment plusieurs de celles mises en discussion dans <em>Critical Debates in Tourism<\/em> (Singh, 2012) \u2013 d\u00e9noncent les limites du \u00ab\u00a0tournant culturel\u00a0\u00bb, en pointant \u00e0 leur tour les nouveaux angles morts de la d\u00e9marche. L\u00e0 o\u00f9 les \u00e9tudes structuralistes tendaient \u00e0 oublier les capacit\u00e9s d\u2019action des populations visit\u00e9es derri\u00e8re la force essentialis\u00e9e des m\u00e9canismes d\u2019intrusion externe, les travaux post-structuralistes survalorisent, eux, les ruses anthropologiques et les strat\u00e9gies microsociologiques au d\u00e9triment des contraintes in\u00e9galitaires. Le \u00ab\u00a0tournant culturel\u00a0\u00bb a fait exister le tourisme \u00ab\u00a0<em>en dehors des formes de pouvoir structurel qui caract\u00e9risent le capitalisme et la globalisation au 21e si\u00e8cle<\/em>\u00a0\u00bb, critique Raoul Bianchi (2009). \u00ab\u00a0<em>L\u2019emphase mise sur les dimensions discursives, symboliques et culturelles des micro-pratiques<\/em>\u00a0\u00bb op\u00e8re \u00ab\u00a0<em>aux d\u00e9pens des aspects mat\u00e9riels<\/em>\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer les rapports de domination comme \u00ab\u00a0<em>contingents <\/em>\u00a0\u00bb ou de faire du touriste lui-m\u00eame \u00ab\u00a0<em>la proie occasionnelle<\/em>\u00a0\u00bb de ceux-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme d\u2019autres, Bianchi plaide d\u00e8s lors pour une approche \u00ab\u00a0<em> radicale critique<\/em>\u00a0\u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne touristique, \u00ab\u00a0<em>aussi sensible aux subjectivit\u00e9s plurielles et aux diversit\u00e9s culturelles<\/em>\u00a0\u00bb qui le constituent, \u00ab\u00a0<em>que fond\u00e9e sur une analyse structurelle des forces mat\u00e9rielles du pouvoir au sein du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement lib\u00e9ralis\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb qui le conditionne. La seule fa\u00e7on \u00e0 ses yeux de mettre au jour les r\u00e9alit\u00e9s du tourisme mondialis\u00e9, sans passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0<em>des sch\u00e9mas in\u00e9galitaires, des conditions de travail, de la d\u00e9t\u00e9rioration \u00e9cologique et des polarisations sociales <\/em>\u00a0\u00bb qu\u2019il produit (Bianchi, 2009). \u00ab\u00a0<em>Fait social total <\/em>\u00a0\u00bb, reprennent Linda Boukhris et Amandine Chapuis (2016), l\u2019expansion touristique \u00ab\u00a0<em>s\u2019ins\u00e8re dans des processus socio-\u00e9conomiques, institue une mat\u00e9rialit\u00e9 et met en jeu des relations de pouvoir, de domination et de r\u00e9sistance.<\/em> (\u2026) <em>Il faut donc \u00eatre attentifs \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019incorporation des dispositifs et \u00e0 la subjectivation qu\u2019ils induisent, aux ressorts de la domination comme aux formes de r\u00e9sistance.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce \u00ab\u00a0fait social total\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019ensemble des dimensions du social s\u2019y donne \u00e0 voir (l\u2019\u00e9conomique, le politique, le symbolique, etc.) \u2013 met en pr\u00e9sence tour-op\u00e9rateurs, visiteurs et visit\u00e9s. En pr\u00e9sence asym\u00e9trique. Les premiers se concurrencent ou se conglom\u00e8rent, les deuxi\u00e8mes s\u2019imitent ou se distinguent, les derniers se pr\u00e9cipitent ou se retirent. Le tout, dans un environnement que les uns et les autres d\u00e9gradent ou r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent. Aborder le tourisme tant comme un march\u00e9 que comme un rapport de domination, c\u2019est aussi se donner les moyens de le d\u00e9mythifier, de d\u00e9construire les illusions que ses promoteurs et z\u00e9lateurs entretiennent \u00e0 dessein pour mieux le vendre. Elles sont trois ces illusions, plus pr\u00e9gnantes que les autres, trois images tronqu\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9, trois mirages qui faussent la vue\u00a0: l\u2019illusion de la d\u00e9mocratisation, l\u2019illusion de l\u2019exotisme et l\u2019illusion de la prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019illusion de la d\u00e9mocratisation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tous touristes\u00a0!\u00a0\u00bb, le slogan, repris mille fois, date du si\u00e8cle pass\u00e9. La d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s au tourisme international semble \u00e0 ce point acquise qu\u2019elle engendre aujourd\u2019hui davantage de commentaires sur ses cons\u00e9quences que sur son impossibilit\u00e9. Ses effets de saturation \u2013 de la \u00ab\u00a0massification\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1970 au \u00ab\u00a0surtourisme\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 2010 \u2013 posent probl\u00e8me et mobilisent l\u2019attention, l\u00e0 o\u00f9 son non-aboutissement, son caract\u00e8re hautement relatif, voire totalement illusoire, ne fait pas d\u00e9bat. Vu d\u2019ici, on comprend la m\u00e9prise. Jadis r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une poign\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s \u2013 le fameux \u00ab\u00a0Grand Tour\u00a0\u00bb initiatique des jeunes aristocrates \u2013, la possibilit\u00e9 du d\u00e9placement d\u2019agr\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, annuelle d\u2019abord, aujourd\u2019hui pluriannuelle, n\u2019est plus l\u2019affaire d\u2019<em>happy few<\/em>. Tous, nous y avons droit. Tous ou presque, nous l\u2019exer\u00e7ons, ce droit \u2013 universalis\u00e9 par la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme \u2013 \u00e0 la mobilit\u00e9\u2026 r\u00e9cr\u00e9ative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s au tourisme, c\u2019est d\u2019abord l\u2019histoire des social-d\u00e9mocraties occidentales du 20e si\u00e8cle. L\u2019histoire des luttes et des politiques sociales, des cong\u00e9s pay\u00e9s, de la croissance de l\u2019\u00e9conomie et du niveau de vie, de l\u2019explosion des temps libres, de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et du spectacle. L\u2019histoire du d\u00e9veloppement des technologies, de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des communications, du r\u00e9tr\u00e9cissement des distances r\u00e9elles et virtuelles. Celle aussi de la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 a\u00e9rien et des \u00e9changes. L\u2019histoire du \u00ab\u00a0tourisme social\u00a0\u00bb, associatif et militant, \u00ab\u00a0<em>pour le divertissement et l\u2019\u00e9mancipation des classes populaires<\/em>\u00a0\u00bb (Unat.asso.fr), puis celle du \u00ab\u00a0<em>low cost <\/em>\u00a0\u00bb, agressif et marchand, \u00ab\u00a0<em>pour toutes les occasions et de super \u00e9conomies<\/em>\u00a0\u00bb (Ryanair.com).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la cl\u00e9, un tourisme hors fronti\u00e8res massifi\u00e9 et globalis\u00e9, accessible \u00e0 environ 40% des populations d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique du Nord, et depuis le tournant du mill\u00e9naire, aux \u00ab\u00a0gagnants\u00a0\u00bb \u2013 \u00e0 partir des <em>upper middle classes<\/em> vers le haut \u2013 des puissances \u00e9mergentes et \u00e9merg\u00e9es, surtout asiatiques. L\u2019OMT \u00e9talonne annuellement le miracle et calcule ses projections pour l\u2019avenir\u00a0: des 1,3 milliard de s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger enregistr\u00e9s en 2017, la grande majorit\u00e9 sont toujours le fait de touristes europ\u00e9ens (48%) et nord-am\u00e9ricains (15%), bien que la part relative des vacanciers en provenance d\u2019autres continents, en particulier de la Chine (10%), ne cesse de cro\u00eetre. Pour s\u00fbr, ces nouveaux consommateurs hors sol prendront \u00e0 leur compte une part plus significative encore des 1,9 milliard d\u2019\u00ab\u00a0arriv\u00e9es\u00a0\u00bb internationales que l\u2019OMT, ravie, annonce pour 2030 (OMT, 2017 et 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, la suppos\u00e9e d\u00e9mocratisation du tourisme, si elle est peu discut\u00e9e, rel\u00e8ve bel et bien de l\u2019illusion. Produit de luxe inabordable pour l\u2019essentiel de l\u2019humanit\u00e9, le d\u00e9placement r\u00e9cr\u00e9atif \u00e0 l\u2019\u00e9tranger reste de facto l\u2019apanage de moins de 500 millions de personnes. Moins d\u2019une personne sur quinze \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, en position politique, culturelle ou \u00e9conomique de visiter les quatorze restantes. En cela, les flux touristiques \u00ab\u00a0<em>constituent un reflet assez fid\u00e8le de l\u2019organisation de la plan\u00e8te et de ses disparit\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crivions-nous il y a plus de dix ans (<em>Alternatives Sud<\/em>, 2006). Rien n\u2019a chang\u00e9\u00a0: migrations d\u2019agr\u00e9ment et de d\u00e9sagr\u00e9ment se croisent aux fronti\u00e8res, b\u00e9antes pour les uns, grillag\u00e9es pour les autres, des r\u00e9gions \u00e9mettrices et r\u00e9ceptrices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Changements climatiques aidant, s\u2019y est ajout\u00e9e la conscience, plus forte et aga\u00e7ante qu\u2019hier, qu\u2019une d\u00e9mocratisation r\u00e9elle de l\u2019acc\u00e8s au tourisme international dans ses formes actuelles ou, dit autrement, qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ralisation effective \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 du droit \u00e0 la mobilit\u00e9 de plaisance d\u00e9borderait copieusement les capacit\u00e9s d\u2019absorption \u00e9cologique du globe. Tr\u00eave d\u2019hypocrisie, mieux vaut d\u00e8s lors ne plus souhaiter ce que l\u2019on sait impossible, ne serait-ce qu\u2019en raison du \u00ab\u00a0bilan carbone\u00a0\u00bb cumul\u00e9 des habitudes consum\u00e9ristes \u2013 pass\u00e9es, pr\u00e9sentes et \u00e0 venir \u2013 que seule une minorit\u00e9 de privil\u00e9gi\u00e9s est en mesure de s\u2019offrir sans trop d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le b\u00e2t blesse \u00e0 un autre niveau. Au sein m\u00eame des hordes touristiques cette fois, car la pr\u00e9tendue d\u00e9mocratisation du tourisme y est aussi une illusion. Si \u00ab\u00a0<em>les pratiques ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es sous l\u2019angle de la diffusion sociale (des classes sup\u00e9rieures vers les couches moyennes et populaires) et culturelle (des soci\u00e9t\u00e9s occidentales vers le reste du monde)<\/em>, expliquent Saskia Cousin et Bertrand R\u00e9au dans <em>Sociologie du tourisme<\/em> (2009), la croissance des d\u00e9parts en vacances \u00ab\u00a0<em>s\u2019accompagne d\u2019un creusement des \u00e9carts entre les classes sociales\u00a0: la \u2018massification\u2019 n\u2019entra\u00eene pas un nivellement des in\u00e9galit\u00e9s. (\u2026) Les cat\u00e9gories sup\u00e9rieures modifient leur style de vie \u00e0 mesure qu\u2019il se banalise. <\/em>\u00a0\u00bb Elles disposent en effet de plus de temps libre, de ressources culturelles et de moyens \u00e9conomiques pour ce faire. Consubstantiel des choix touristiques, l\u2019imp\u00e9ratif de distinction op\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les strat\u00e9gies de diff\u00e9renciation sociale, conscientes ou pas, jouent \u00e0 plein. L\u2019enjeu revient \u00e0 se d\u00e9marquer, \u00ab\u00a0<em>toujours se singulariser, montrer que l\u2019on sait, mieux que d\u2019autres, jouir du spectacle du monde<\/em>\u00a0\u00bb (Venayre <em>et al.<\/em>, 2016), en d\u00e9pit de la relative banalisation du voyage outre-mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La totalit\u00e9 de l\u2019article\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Tourisme-Nord-Sud-le-marche-des\">https:\/\/www.cetri.be\/Tourisme-Nord-Sud-le-marche-des<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4536\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-06-216x300.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-06-216x300.jpg 216w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/SalonDames-181022-06.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le march\u00e9 des illusions. 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