{"id":4923,"date":"2018-12-18T01:49:05","date_gmt":"2018-12-18T00:49:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=4923"},"modified":"2018-12-16T17:44:51","modified_gmt":"2018-12-16T16:44:51","slug":"centenaire-de-14-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/12\/18\/centenaire-de-14-18\/","title":{"rendered":"Centenaire de 14-18"},"content":{"rendered":"\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Loin des tranch\u00e9es\u00a0: quand les multinationales europ\u00e9ennes engrangeaient d\u00e9j\u00e0 les profits de la guerre <\/strong><\/p>\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\">\r\n<figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"248\" height=\"350\" class=\"wp-image-4906 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Macron-181210-1.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Macron-181210-1.jpg 248w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Macron-181210-1-213x300.jpg 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 248px) 100vw, 248px\" \/><\/figure>\r\n<\/div>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">extraits de bastamag.net<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Septembre 1914. Alors que les arm\u00e9es allemandes envahissent le Nord de la France, la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale sonne aussi pour les industriels. Le gouvernement charge de grands patrons fran\u00e7ais de r\u00e9organiser l\u2019\u00e9conomie, plac\u00e9e au service de la guerre. Mais pas question pour autant de sacrifier les profits\u00a0! Des deux c\u00f4t\u00e9s du Rhin, les b\u00e9n\u00e9fices explosent pour quelques grandes entreprises. Une situation qui suscite col\u00e8res et d\u00e9bats alors que des centaines de milliers d\u2019hommes tombent au front. Plusieurs de ces \u00ab\u00a0profiteurs de guerre\u00a0\u00bb d\u2019hier sont devenus les multinationales d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">6 septembre 1914. Les avant-gardes allemandes arrivent \u00e0 Meaux, \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de Paris. Interrompant trois semaines de retraite, les arm\u00e9es fran\u00e7aises et britanniques font volte-face pour mener la premi\u00e8re bataille de la Marne. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re, la mobilisation industrielle commence. Car la guerre semble devoir durer. Apr\u00e8s un mois de conflit, l\u2019arm\u00e9e manque d\u00e9j\u00e0 d\u2019artillerie et de munitions. L\u2019\u00e9tat-major r\u00e9clame 100\u00a0000 obus par jour pour ses fameux canons de 75 alors que les ateliers n\u2019en fabriquent que 10\u00a0000.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 20 septembre, le ministre de la Guerre, le socialiste Alexandre Millerand, organise une r\u00e9union \u00e0 Bordeaux, o\u00f9 le gouvernement s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9. Y participent des repr\u00e9sentants du Comit\u00e9 des forges, la plus puissante organisation patronale fran\u00e7aise, des membres de l\u2019influente famille Wendel, propri\u00e9taire des aci\u00e9ries de Lorraine, et Louis Renault, fondateur des usines \u00e9ponymes. Des \u00ab\u00a0groupements industriels r\u00e9gionaux\u00a0\u00bb sont cr\u00e9\u00e9s. Ils serviront d\u2019interm\u00e9diaires entre l\u2019\u00c9tat et l\u2019arm\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les gros industriels et leurs sous-traitants de l\u2019autre, pour r\u00e9pondre aux commandes. Les grandes entreprises en prennent la direction, comme la Compagnie des forges et aci\u00e9ries de la marine et d\u2019Hom\u00e9court, ou les \u00e9tablissements Schneider (Le Creusot), cr\u00e9\u00e9s en 1836 et l\u2019un des principaux fournisseurs d\u2019armement fran\u00e7ais. Ces deux entreprises sont les a\u00efeux de ce qui deviendra beaucoup plus tard Arcelor Mittal et Schneider Electric.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Louis Renault, il dirige la mobilisation des industriels en r\u00e9gion parisienne. Une occasion inesp\u00e9r\u00e9e alors que la marque au losange conna\u00eet de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s avant la guerre. C\u00f4t\u00e9 allemand aussi, on s\u2019organise. D\u00e9but octobre, une commission destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9velopper des gaz de combat est lanc\u00e9e. Carl Duisberg, le patron de l\u2019entreprise chimique Bayer en prend la t\u00eate (voir notre prochain article, publi\u00e9 le 2 septembre).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De grandes \u00e9pop\u00e9es industrielles commencent gr\u00e2ce au conflit<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, cette r\u00e9organisation de l\u2019appareil productif porte lentement ses fruits. Entre 1915 et 1917, les usines Renault doublent leur production de camions, et assembleront plus de 2000 chars FT-17, tout en fabriquant 8,5 millions d\u2019obus. D\u2019autres futurs constructeurs automobiles fran\u00e7ais se lancent \u00e0 la faveur du conflit, avant m\u00eame de fabriquer des voitures. La premi\u00e8re usine d\u2019Andr\u00e9 Citro\u00ebn est construite en 1915 quai de Javel \u00e0 Paris. Et son premier gros contrat ne concerne pas des voitures, mais des obus. \u00c0 la fin du conflit, Citro\u00ebn aura livr\u00e9 plus de 24 millions d\u2019obus. Opportunit\u00e9 similaire pour l\u2019usine sid\u00e9rurgique des fr\u00e8res Peugeot \u00e0 Sochaux, qui assemble obus et moteurs d\u2019avions. Elle ne fabriquera sa premi\u00e8re voiture qu\u2019en 1921 (Peugeot et Citro\u00ebn fusionneront en 1976).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi en pleine guerre que na\u00eet ce qui deviendra le groupe Dassault. Le jeune ing\u00e9nieur Marcel Bloch \u2013 futur Marcel Dassault \u2013 doit r\u00e9pondre \u00e0 sa premi\u00e8re commande en 1916\u00a0: fabriquer une cinquantaine d\u2019h\u00e9lices d\u2019avion d\u2019un nouveau mod\u00e8le, baptis\u00e9es \u00c9clair, pour \u00e9quiper les biplans de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air. <em>\u00ab\u00a0De grandes figures comme Louis Renault, ou Ernest Mattern chez Peugeot, s\u2019imposent dans l\u2019histoire de leurs entreprises, et ces industriels, parfois en accord avec l\u2019\u00c9tat, parfois sans son accord, contribuent aussi puissamment \u00e0 l\u2019effort de guerre qu\u2019\u00e0 la croissance de leur propre empire industriel\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crivent les historiens Antoine Prost et Jay Winter.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un capitalisme d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces entreprises, aujourd\u2019hui devenues de grandes multinationales, s\u2019enorgueillissent de leur contribution \u00e0 \u00ab\u00a0la victoire finale\u00a0\u00bb. <em>\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019instar de tr\u00e8s nombreux industriels, l\u2019entreprise accentue son activit\u00e9 en faveur de l\u2019effort de guerre national\u00a0\u00bb<\/em>, explique Schneider sur son site, assurant \u00eatre <em>\u00ab\u00a0l\u2019un des grands acteurs de la victoire\u00a0\u00bb<\/em>. Michelin, qui fournit pneumatiques, masques \u00e0 gaz, toiles de tente ou avions de combat Br\u00e9guet, affiche son <em>\u00ab\u00a0effort de guerre comme soutien patriotique\u00a0\u00bb<\/em>. Tout comme Renault\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Pendant la premi\u00e8re guerre mondiale, l\u2019entreprise fabrique camions, brancards, ambulances, obus, et m\u00eame les fameux chars FT17 qui apportent une contribution d\u00e9cisive \u00e0 la victoire finale\u00a0\u00bb<\/em>. Dassault aviation et la soci\u00e9t\u00e9 Safran, dont l\u2019anc\u00eatre, la Soci\u00e9t\u00e9 des moteurs Gn\u00f4me et Rh\u00f4ne, produit des moteurs pour l\u2019aviation de combat, sont de leur c\u00f4t\u00e9 partenaires de la <a href=\"http:\/\/centenaire.org\/fr\/partenaires\">mission du centenaire<\/a> de la Grande guerre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque, ces \u00e9lites \u00e9conomiques <em>\u00ab\u00a0se proclament mobilis\u00e9es, non dans les tranch\u00e9es, bien s\u00fbr, dont on laisse l\u2019honneur aux glorieux h\u00e9ros, mais depuis le fauteuil de la direction de l\u2019usine, d\u2019un conseil d\u2019administration ou encore d\u2019une chambre consulaire\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit l\u2019historien Fran\u00e7ois Bouloc, dans sa th\u00e8se sur \u00ab\u00a0Les profiteurs de la Grande Guerre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Effort de guerre national\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0soutien patriotique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contribution d\u00e9cisive \u00e0 la victoire\u00a0\u00bb\u2026 <em>\u00ab\u00a0Un capitalisme d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral verrait alors jour, sous l\u2019effet puissant d\u2019un in\u00e9branlable consensus patriotique\u00a0\u00bb<\/em>, ironise l\u2019historien.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme s\u2019est-il mis pendant quatre ans en suspens\u00a0? Les industriels se sont-ils totalement mobilis\u00e9s, sans esprit lucratif, au service de la communaut\u00e9 nationale et des hommes qui meurent en masse au front lors d\u2019aberrantes offensives\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Sollicit\u00e9s serait peut-\u00eatre un terme plus appropri\u00e9 pour qualifier le type d\u2019implication attendu de la part des industriels produisant pour la d\u00e9fense nationale. C\u2019est en effet avec beaucoup de pr\u00e9venance que l\u2019\u00c9tat a recours \u00e0 l\u2019appareil productif priv\u00e9, n\u2019usant que marginalement du droit de r\u00e9quisition pr\u00e9vu par la loi, conc\u00e9dant de larges avances pour permettre les immobilisations de capital n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019adaptation ou \u00e0 la cr\u00e9ation des outils de production. Certes, un contr\u00f4le de plus en plus \u00e9troit s\u2019installe progressivement, en amont et en aval de la production, mais sans ob\u00e9rer les importants profits de guerre, r\u00e9alis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la combinaison d\u2019une forte demande et des hauts prix consentis\u00a0\u00bb<\/em>, explique Fran\u00e7ois Bouloc. \u00c0 la diff\u00e9rence des 7,9 millions d\u2019hommes mobilis\u00e9s pendant toute la dur\u00e9e de la guerre, pas question pour les \u00e9lites \u00e9conomiques de risquer le sacrifice ultime.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chiffre d\u2019affaires de Renault a ainsi \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par quatre entre 1914 et 1918, passant de 53,9 millions de francs en 1914 \u00e0 249 millions de francs en 1919. Michelin n\u00e9gocie \u00e2prement la hausse de ses prix, pr\u00e9textant de la volatilit\u00e9 des cours du caoutchouc. L\u2019entreprise d\u2019Andr\u00e9 Citro\u00ebn r\u00e9alise de son c\u00f4t\u00e9 une marge b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019ordre de 40\u00a0%\u00a0! De m\u00eame que Schneider\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les b\u00e9n\u00e9fices bruts d\u00e9clar\u00e9s de Schneider et Cie atteignent un maximum de 40% \u00e0 la fin et au lendemain de la guerre et permettent de r\u00e9partir pour les trois exercices de 1918 \u00e0 1920 des dividendes repr\u00e9sentant le tiers du capital nominal\u00a0\u00bb<\/em>, pointe l\u2019historien Claude Beaud, sp\u00e9cialiste de la multinationale. Avec l\u2019armistice, le groupe acquiert aussi des actifs en Allemagne et dans l\u2019ancien empire austro-hongrois, notamment les \u00e9tablissements \u0160koda en R\u00e9publique tch\u00e8que. Associ\u00e9 \u00e0 la banque d\u2019affaires l\u2019Union bancaire et parisienne (aujourd\u2019hui absorb\u00e9 par le Cr\u00e9dit du Nord, filiale de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale), Schneider fonde en 1920 une puissante holding pour g\u00e9rer ses participations en Europe de l\u2019Est, \u00ab\u00a0l\u2019Union europ\u00e9enne industrielle et financi\u00e8re\u00a0\u00bb\u2026 Cela ne s\u2019invente pas\u00a0!<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque, ces importants profits suscitent d\u00e9bats et m\u00e9contentements. <em>\u00ab\u00a0On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels\u00a0\u00bb<\/em>, lance Anatole France quatre ans apr\u00e8s l\u2019armistice, le 18 juillet 1922, dans une lettre publi\u00e9e en une de <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, le quotidien fond\u00e9 par Jaur\u00e8s. D\u00e8s les premiers mois de guerre, les pol\u00e9miques surgissent. De la Mer du Nord \u00e0 Mulhouse, les accusations contre les \u00ab\u00a0profiteurs\u00a0\u00bb de l\u2019arri\u00e8re se propagent sur le front. En mai 1915, un rapport de la Commission des finances de l\u2019Assembl\u00e9e nationale regrette que le ministre de la Guerre Alexandre Millerand se soit <em>\u00ab\u00a0livr\u00e9<\/em> [aux industriels] <em>sans d\u00e9fense le jour o\u00f9 on leur a demand\u00e9 de fabriquer co\u00fbte que co\u00fbte\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commandes sont livr\u00e9es en retard, du mat\u00e9riel est d\u00e9fectueux, nombre d\u2019usines sid\u00e9rurgiques n\u2019\u00e9tant pas pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 fabriquer des armes, et \u00e0 un tel rendement. Des obus de 75 sont factur\u00e9s 14 francs au lieu de 10 francs, pointe la Commission des finances. Beau profit quand ils sont fabriqu\u00e9s par millions\u00a0! <em>\u00ab\u00a0Le minist\u00e8re de la guerre est enfin accus\u00e9 de n\u2019avoir pr\u00e9vu dans les contrats aucune p\u00e9nalit\u00e9 financi\u00e8re pour retard et inex\u00e9cutions\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit Jean-Louis Rizzo, dans sa biographie du socialiste Alexandre Millerand.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des profits embusqu\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s du Rhin<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En juillet 1916, une loi \u00e9tablit une contribution extraordinaire sur les b\u00e9n\u00e9fices exceptionnels r\u00e9alis\u00e9s pendant la guerre. Mais l\u2019administration fiscale aura bien du mal \u00e0 obtenir les documents des entreprises. <em>\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 Michelin ne cessa pas pendant la guerre d\u2019entourer ses r\u00e9sultats comptables du plus grand secret\u00a0\u00bb<\/em>, illustre ainsi Anne Moulin, dans une \u00e9tude sur l\u2019industrie pneumatique \u00e0 Clermont-Ferrand. <em>\u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la guerre, avec les r\u00e9serves et les provisions diverses dont il disposait, ainsi que gr\u00e2ce aux b\u00e9n\u00e9fices des filiales \u00e9trang\u00e8res, \u00c9douard Michelin avait donc \u00e0 sa disposition un \u00ab\u00a0tr\u00e9sor de guerre\u00a0\u00bb lui laissant une marge de man\u0153uvre consid\u00e9rable\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit l\u2019historienne, s\u2019appuyant notamment sur le rapport du d\u00e9put\u00e9 radical-socialiste Paul Laffont, r\u00e9dig\u00e9 en 1918. Le grand rival de Michelin, les \u00e9tablissements Bergougnan, distribuent, entre 1914 et 1918, 21,6 millions de francs \u00e0 ses actionnaires\u2026 Avant d\u2019\u00eatre rachet\u00e9s par \u00c9douard Michelin.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La contribution extraordinaire sur les profits de guerre de 1916 suscitera l\u2019opposition des industriels. <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019on parle d\u2019imposer les gains amass\u00e9s sur les fournitures de guerre et aussit\u00f4t, ce prodige qu\u2019est le capitalisme d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 s\u2019\u00e9vanouit, laissant le devant de la sc\u00e8ne \u00e0 la rationalit\u00e9 ordinaire, celle du meilleur \u00e9cart entre le b\u00e9n\u00e9fice net et le chiffre d\u2019affaires. (\u2026) La comptabilit\u00e9 en partie double pr\u00e9vaut alors, et elle ne comporte en g\u00e9n\u00e9ral pas de rubrique \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat de la patrie\u00a0\u00bb. La guerre se pr\u00e9sente alors pour ce qu\u2019elle est aux yeux des industriels\u00a0: une conjoncture \u00e9conomique riche de potentialit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>, commente Fran\u00e7ois Bouloc.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les profits amass\u00e9s par l\u2019industrie \u00e0 la faveur du conflit font d\u00e9bat des deux c\u00f4t\u00e9s de la ligne bleue des Vosges. En Allemagne, une commission parlementaire examine aussi \u00e0 partir de 1916 les gains des entreprises impliqu\u00e9es dans les productions militaires. Les industries coop\u00e8rent peu, mais la commission obtient quelques r\u00e9sultats probants. Elle \u00e9tablit que les seize plus grandes entreprises houill\u00e8res et sid\u00e9rurgiques allemandes ont multipli\u00e9 leurs b\u00e9n\u00e9fices par au moins huit entre 1913 et 1917\u00a0! Pr\u00e8s de trois-quarts du chiffre d\u2019affaires de Bayer, qui produit notamment le tristement c\u00e9l\u00e8bre gaz moutarde, vient de ses productions de guerre. L\u2019Allemagne aussi voit des \u00e9pop\u00e9es industrielles na\u00eetre \u00e0 la faveur du conflit\u00a0: le futur constructeur automobile BMW se lance en 1917 en fabriquant des moteurs pour les avions de combats. Apr\u00e8s l\u2019armistice, m\u00eame si les industriels allemands subissent confiscations et obligations de d\u00e9truire leurs usines d\u2019armement, les grandes entreprises comme Krupp se sont vite relev\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des colonies tr\u00e8s profitables<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Krupp \u00e9quipe l\u2019arm\u00e9e allemande en artillerie. C\u2019est l\u2019entreprise qui a mis au point le canon g\u00e9ant la \u00ab\u00a0grosse Bertha\u00a0\u00bb. D\u2019une port\u00e9e de 120 km, la \u00ab\u00a0grosse Bertha\u00a0\u00bb tirera en 1918 plus de 300 obus sur Paris pour faire craquer psychologiquement la population. Krupp \u2013 aujourd\u2019hui fusionn\u00e9 avec Thyssen \u2013 a alors plus que doubl\u00e9 ses b\u00e9n\u00e9fices. Ceux-ci passent de 31 millions de marks en 1913-1914 \u00e0 plus de 79 millions en 1916-1917. Le fabricant d\u2019armes allemand Rheinmetall, fond\u00e9 en 1899, a lui multipli\u00e9 ses profits par dix gr\u00e2ce \u00e0 la guerre\u00a0: de 1,4 million de marks \u00e0 plus de 15 millions.<em>\u00ab\u00a0Celui qui r\u00e9alise des performances exceptionnelles dans des circonstances exceptionnelles a le droit \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration exceptionnelle\u00a0\u00bb<\/em>, justifie alors le directeur du groupement de l\u2019industrie allemande de l\u2019acier et du fer, Jakob Reichert. Il ne parle \u00e9videmment pas de ce qu\u2019endurent les fantassins dans la boue et la mitraille des tranch\u00e9es\u2026 <em>\u00ab\u00a0Pour ces grandes entreprises, la guerre s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre quelque chose d\u2019indiscutablement tr\u00e8s profitable\u00a0\u00bb<\/em>, analyse l\u2019historien allemand Hans-Ulrich Wehler.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9conomie de guerre et les profits qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re se globalisent. Au Royaume-Uni, la compagnie p\u00e9troli\u00e8re anglo-n\u00e9erlandaise Shell (fond\u00e9e en 1907) grandit \u00e9galement \u00e0 la faveur du conflit. Elle approvisionne en essence le Corps exp\u00e9ditionnaire britannique envoy\u00e9 sur le continent (600 000 soldats en 1916). Shell fournit aussi 80\u00a0% du TNT utilis\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e. Tout en continuant \u00e0 prospecter du p\u00e9trole dans des zones \u00e0 l\u2019abri du conflit, comme le Venezuela, le Mexique ou la Malaisie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"446\" height=\"300\" class=\"wp-image-4914 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/NousToutes-181128-01.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/NousToutes-181128-01.jpg 446w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/NousToutes-181128-01-300x202.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><\/figure>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Loin des tranch\u00e9es\u00a0: quand les multinationales europ\u00e9ennes engrangeaient d\u00e9j\u00e0 les profits de la guerre<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4923","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture-formation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4923"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4923\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4957,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4923\/revisions\/4957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}