{"id":4940,"date":"2018-12-11T01:16:28","date_gmt":"2018-12-11T00:16:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=4940"},"modified":"2018-12-13T07:31:15","modified_gmt":"2018-12-13T06:31:15","slug":"il-ny-a-pas-de-nouveau-monde-ca-nexiste-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/12\/11\/il-ny-a-pas-de-nouveau-monde-ca-nexiste-pas\/","title":{"rendered":"\u00abIl n\u2019y a pas de nouveau monde, \u00e7a n\u2019existe pas\u00bb"},"content":{"rendered":"\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une r\u00e9flexion d\u2019Annie Ernaux sur les gilets jaunes\u00a0; une autre d\u2019Antoine Spire<\/strong><\/p>\r\n<p><!--more--><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\">\r\n<figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"357\" height=\"300\" class=\"wp-image-4943 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/mouvement-181208-06.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/mouvement-181208-06.jpg 357w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/mouvement-181208-06-300x252.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 357px) 100vw, 357px\" \/><\/figure>\r\n<\/div>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M\u00eame si elle ne partage pas toutes leurs id\u00e9es, l\u2019\u00e9crivaine soutient les gilets jaunes, explosion sociale contre un pouvoir qui \u00abignore la vie des gens\u00bb. Elle y voit une r\u00e9surgence d\u2019une m\u00e9moire de la r\u00e9volte et de l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Annie Ernaux s\u2019attendait \u00e0 <em>\u00abquelque chose\u00bb<\/em>. D\u00e8s les premi\u00e8res mobilisations le 17\u00a0novembre, l\u2019auteure de <em>M\u00e9moire de fille<\/em> (Gallimard 2016) s\u2019int\u00e9resse aux gilets jaunes dans lesquels elle voit une insurrection contre le m\u00e9pris d\u2019un pouvoir. Pour l\u2019\u00e9crivaine, Emmanuel Macron, d\u00e9connect\u00e9 du r\u00e9el, fait preuve d\u2019un <em>\u00abinconscient de classe\u00bb.<\/em> Celui-ci s\u2019exprime aussi bien dans ses paroles &#8211; <em>\u00ables gens qui ne sont rien\u00bb<\/em> &#8211; que dans son attitude -\u00e9voquer la crise depuis l\u2019Argentine comme si la situation fran\u00e7aise comptait moins que l\u2019\u00e9tat du monde. Elle a sign\u00e9 la semaine derni\u00e8re dans <em>Lib\u00e9ration <\/em><a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/debats\/2018\/12\/04\/gilets-jaunes-verts-rouges-roses-convergeons_1695973\">une tribune o\u00f9 elle appelle, avec d\u2019autres intellectuels, \u00e0 la convergence des gilets <em>\u00abjaunes, verts, rouges, roses\u00bb<\/em> <\/a>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abDepuis l\u2019\u00e9lection d\u2019Emmanuel Macron, il y a un\u00a0mauvais climat. Pas de d\u00e9sespoir, le mot serait trop fort, plut\u00f4t une perte d\u2019esp\u00e9rance. Vous savez, je pense \u00e0 cette phrase de Diderot dans <em>le\u00a0Neveu de Rameau<\/em> sur la dignit\u00e9 : <em>\u00ab\u00a0Cela se r\u00e9veille \u00e0 propos de bottes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abIl a suffi d\u2019une taxation de trop pour que le sentiment de ne pas compter, de n\u2019\u00eatre rien, explose. Je vois dans le mouvement des gilets jaunes une insurrection contre un pouvoir qui m\u00e9prise, un gouvernement qui ignore la vie des gens. J\u2019ai encore le souvenir de mes parents disant : <em>\u00ab\u00a0Avant 1936 et le Front populaire, l\u2019ouvrier n\u2019\u00e9tait pas compt\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Aujourd\u2019hui, il y a une grande partie de la population, toutes professions confondues, qui \u00e9prouve ce sentiment-l\u00e0. A\u00a0juste titre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abCe sentiment d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9\u00a0est\u00a0plus profond que sous Sarkozy ou Hollande. Cela tient \u00e0 la personnalit\u00e9\u00a0d\u2019Emmanuel Macron. Ce qui me frappe chez lui, c\u2019est sa d\u00e9connexion du r\u00e9el et cet inconscient de classe qui refait surface malgr\u00e9 lui, m\u00eame s\u2019il a beau \u00eatre fort en communication. Le r\u00e9pertoire est connu, il y a les \u00ab\u00a0gens qui font\u00a0\u00bb et ceux qui <em>\u00ab\u00a0ne sont rien\u00a0\u00bb<\/em>, l\u2019utilisation de la d\u00e9finition <em>\u00ab\u00a0classes laborieuses\u00a0\u00bb<\/em> qui renvoie aux <em>\u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019historien Louis Chevalier. En ces jours m\u00eame, s\u2019exprimer comme il l\u2019a fait depuis l\u2019Argentine et rester silencieux en\u00a0France, est une fa\u00e7on de manifester que le\u00a0monde, l\u2019univers et sa stature internationale comptent plus que le pays qui l\u2019a \u00e9lu. En pleine col\u00e8re des gens, il va visiter le chantier de la transformation de l\u2019Elys\u00e9e. Ces travaux fastueux seraient-ils plus int\u00e9ressants que la situation sociale\u00a0? Et depuis le 1<sup>er<\/sup>\u00a0d\u00e9cembre, il impose orgueilleusement l\u2019attente de son Verbe. Rester\u00a0le ma\u00eetre des horloges, quelle phrase, quelle notion\u00a0outrecuidante. Pourquoi ne s\u2019est-il pas exprim\u00e9\u00a0avant le dernier samedi de mobilisation ? N\u2019est-il pas, en ce sens, comptable aussi des violences \u00e0 Paris ? Il\u00a0attise la col\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abLe lieu de la contestation a un sens politique et social, voire culturel. Ce n\u2019est pas parti de Paris mais des r\u00e9gions et ce sont les quartiers riches de la capitale qui sont le champ de bataille de ceux qui n\u2019y habitent pas, n\u2019y viennent quasiment jamais, des provinciaux ou des habitants de la grande banlieue. Et l\u2019Elys\u00e9e, c\u2019est un peu le Versailles de l\u2019Ancien R\u00e9gime. C\u2019est peut-\u00eatre en raison de l\u2019origine composite, provinciale de la col\u00e8re, de sa formulation parfois brutale, que finalement peu d\u2019intellectuels, d\u2019\u00e9crivains et d\u2019artistes, se sont d\u00e9clar\u00e9s solidaires du mouvement des gilets jaunes, de <em>\u00ab\u00a0ces gens-l\u00e0\u00a0\u00bb<\/em> comme je l\u2019ai entendu.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abJe ne partage pas toutes les id\u00e9es des gilets jaunes, tant s\u2019en faut, et, au d\u00e9but, des propos et des incidents racistes m\u2019ont fait craindre le pire, je peux comprendre que dans un premier temps beaucoup d\u2019\u00e9crivains aient pu \u00eatre rebut\u00e9s. Mais maintenant ? Cela ouvre un ab\u00eeme de r\u00e9flexion sur les rapports r\u00e9els et imaginaires entre les\u00a0intellectuels et le reste de la population.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abIl est clair, quand on va dans un hypermarch\u00e9, que les gens n\u2019arrivent pas \u00e0 boucler leur fin de mois. Sur les tapis de caisse, ce sont les produits les moins chers et les promotions qui sont choisis. Il y a dans ce mouvement une demande sociale \u00e9vidente. Une demande politique aussi, le\u00a0d\u00e9sir d\u2019une participation citoyenne.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abCe que devrait dire Macron ? Son geste le plus fort serait de r\u00e9tablir l\u2019ISF mais il ne le fera pas. Le gouvernement l\u00e2che des petites choses, il ne propose pas l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un Grenelle, ni de revaloriser le smic. Comme en 1789, dont le langage est tr\u00e8s pr\u00e9sent durant ce conflit m\u00eame dans ses exc\u00e8s &#8211; jusqu\u2019\u00e0 des allusions \u00e0 la guillotine -, il faudrait mettre en place des cahiers de dol\u00e9ances. Revaloriser le smic aussi.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abQuand Macron ou d\u2019autres parlent de nouveau monde, ils n\u2019ont pas de m\u00e9moire. Mais cette m\u00e9moire revient quand on s\u2019y attend le moins. Une vieille m\u00e9moire de la r\u00e9volte et du d\u00e9sir d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui est bien plus vivante dans les couches populaires que dans la bourgeoisie. Quand j\u2019\u00e9tais enfant, je me souviens de ma m\u00e8re disant : <em>\u00ab\u00a0On n\u2019est plus au temps des rois.\u00a0\u00bb<\/em> C\u2019\u00e9tait le pire r\u00e9gime qu\u2019il soit. On avait tous en m\u00e9moire Victor Hugo, l\u2019\u00e9crivain du peuple et de la R\u00e9publique. Il n\u2019y a pas de nouveau monde, \u00e7a n\u2019existe pas, il y a un monde qui continue, se construit, et il contient le pass\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: center;\">***********\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 **************<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Gilets jaunes : \u201cLa fiscalit\u00e9 est centrale dans le pacte r\u00e9publicain\u201d<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les revendications des Gilets jaunes, une violente remise en cause de l\u2019imp\u00f4t. Pr\u00e9l\u00e8vements injustes, opaques\u2026 Selon le sociologue Alexis Spire, le pacte fiscal entre l\u2019Etat et les citoyens semble rompu.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Des pr\u00e9fectures et des mairies incendi\u00e9es, un pr\u00e9sident hu\u00e9, l\u2019Arc de Triomphe vandalis\u00e9, des morts et des bless\u00e9s&#8230; Le mouvement des Gilets jaunes, <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/idees\/la-colere-des-gilets-jaunes-tout%2C-sauf-une-surprise...%2Cn5924012.php\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">insurrection moderne d\u2019une France des classes populaires et moyennes<\/a>, s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e. Aujourd\u2019hui consid\u00e9rablement \u00e9largies et disparates, ses revendications premi\u00e8res portaient sur l\u2019augmentation de la taxe sur le carburant\u2009: une r\u00e9volte d\u2019abord dirig\u00e9e contre l\u2019imp\u00f4t, comme la France en a connu beaucoup \u00e0 travers son histoire. Ce ras-le-bol fiscal, le sociologue du CNRS Alexis Spire, sp\u00e9cialiste des transformations de l\u2019Etat et de la sociologie des in\u00e9galit\u00e9s, l\u2019explore dans un passionnant ouvrage issu d\u2019une longue enqu\u00eate de terrain\u2009: <em>R\u00e9sistances \u00e0 l\u2019imp\u00f4t, attachement \u00e0 l\u2019Etat<\/em> (\u00e9d.\u00a0Seuil, 2018). Sur la base de rencontres avec des contribuables \u00e0 leur domicile, aux guichets des finances publiques, de la s\u00e9curit\u00e9 sociale des ind\u00e9pendants ou encore de l\u2019Urssaf, il dessine un pacte fiscal en pleine crise, p\u00e9tri de contradictions, d\u2019incompr\u00e9hensions et d\u2019injustices. Un pacte pourtant \u00ab\u00a0<em>au c\u0153ur du contrat social et de la citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> de notre pays depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La violence exprim\u00e9e par certains Gilets jaunes vous a-t-elle surpris<\/strong><strong>\u2009<\/strong><strong>?<\/strong><br \/>Oui, car elle n\u2019avait pas eu cette intensit\u00e9 dans les r\u00e9centes mobilisations autour de l\u2019imp\u00f4t. Beaucoup de mots d\u2019ordre recoupent ce que j\u2019ai entendu lors de mon enqu\u00eate, ainsi que dans le Finist\u00e8re aupr\u00e8s des Bonnets rouges [qui protestaient en 2013 contre la fiscalit\u00e9 des v\u00e9hicules polluants, ndlr]. Mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement surpris du caract\u00e8re massif du mouvement, in\u00e9dit, et qui a la double particularit\u00e9 de n\u2019\u00eatre circonscrit ni \u00e0 un territoire, ni \u00e0 une profession ou un statut comme l\u2019\u00e9taient les mobilisations de syndicats de transporteurs \u00e0 propos des carburants, ou des ind\u00e9pendants contre leur r\u00e9gime social&#8230; L\u2019ampleur des violences m\u2019a \u00e9galement \u00e9tonn\u00e9. Tourn\u00e9e contre des pr\u00e9fectures, des mairies, des b\u00e2timents publics, cette col\u00e8re est le sympt\u00f4me d\u2019une puissante fronde contre l\u2019Etat, qui d\u00e9passe largement le cadre fiscal et dont il est extr\u00eamement difficile de savoir si elle est minoritaire ou non&#8230; Je remarque que, quand il s\u2019agit d\u2019imp\u00f4t, l\u2019opinion publique comme le pouvoir font preuve d\u2019une certaine mansu\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des d\u00e9bordements, comme dans les ann\u00e9es\u00a01970 quand des actes violents avaient accompagn\u00e9 la r\u00e9volte fiscale men\u00e9e par le syndicaliste G\u00e9rard Nicoud&#8230; Sur ce terrain, les gouvernants manient leurs r\u00e9ponses avec prudence et une certaine f\u00e9brilit\u00e9, redoutant tout risque d\u2019escalade. Probablement parce que la fiscalit\u00e9 est le poumon de l\u2019Etat\u2009: son pouvoir de recouvrer l\u2019imp\u00f4t est consubstantiel \u00e0 son existence m\u00eame.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les r\u00e9voltes antifiscales ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire de France. Celle des Gilets jaunes \u00e9chappe-t-elle aux typologies classiques<\/strong><strong>\u2009<\/strong><strong>?<\/strong><br \/>Il y a effectivement une longue histoire des mobilisations contre l\u2019imp\u00f4t, toujours associ\u00e9es \u00e0 des questions de survie \u00e9conomique, de pouvoir d\u2019achat et de rapport \u00e0 l\u2019Etat. Il est difficile de comparer les mouvements contemporains \u00e0 ceux de l\u2019Ancien R\u00e9gime, mais souvenons-nous que les premi\u00e8res revendications de la R\u00e9volution fran\u00e7aise concernaient, d\u00e9j\u00e0, les injustices li\u00e9es \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. La fiscalit\u00e9 est centrale dans le pacte r\u00e9publicain, et la R\u00e9volution l\u2019a plac\u00e9e au c\u0153ur du contrat social et de la citoyennet\u00e9. Les Etats g\u00e9n\u00e9raux de\u00a01789 ont abouti au principe essentiel dont nous avons h\u00e9rit\u00e9\u2009: le consentement \u00e0 l\u2019imp\u00f4t, que les citoyens acceptent \u00e0 condition qu\u2019il soit juste et d\u00e9cid\u00e9 d\u00e9mocratiquement.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ce consentement semble aujourd\u2019hui largement fissur\u00e9\u2026<\/strong><br \/>Le consentement \u00e0 l\u2019imp\u00f4t renvoie \u00e0 deux choses diff\u00e9rentes. D\u2019abord, le fait de se conformer \u00e0 la loi, de payer son d\u00fb. Cet aspect n\u2019est pas menac\u00e9\u2009: selon l\u2019administration, 95\u00a0% des professionnels et des particuliers remplissent leurs d\u00e9clarations fiscales. M\u00eame la Bretagne affiche un tr\u00e8s fort civisme fiscal, en d\u00e9pit de sa longue histoire de contestation politique contre les taxes. Et pour l\u2019heure, les Gilets jaunes ne formulent pas d\u2019appel \u00e0 la gr\u00e8ve de l\u2019imp\u00f4t. C\u2019est la deuxi\u00e8me dimension, aujourd\u2019hui fortement en crise, qui r\u00e9v\u00e8le les fractures de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\u2009: celle de l\u2019acceptation politique de l\u2019imp\u00f4t et de sa r\u00e9partition, de la mani\u00e8re dont l\u2019Etat utilise l\u2019argent qu\u2019il r\u00e9colte. La col\u00e8re monte notamment parce que la part des pr\u00e9l\u00e8vements proportionnels (comme la TVA ou la CSG), dont les taux sont les m\u00eames pour tous, quels que soient les revenus, et qui p\u00e8sent donc plus lourd dans les budgets modestes, augmente sans cesse au d\u00e9triment de la part de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu, qui lui, est progressif<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ces fractures traduisent une opposition entre Paris etles r\u00e9gions mais mettent aussi \u00e0 jour des populations interm\u00e9diaires, jusqu\u2019\u00e0pr\u00e9sent noy\u00e9es dans la classe moyenne<\/strong>\u2026<br \/>Beaucoup de contribuables s\u2019identifient en effet \u00e0 la classe moyenne, avec lesentiment d\u2019\u00eatre pris en \u00e9tau entre les nantis qui pratiquent l\u2019\u00e9vasionfiscale, et les d\u00e9munis qui sont assist\u00e9s par des prestations.Sociologiquement, les Gilets jaunes sont un mouvement des classes populaires,des ouvriers et des employ\u00e9s, et des petites classes moyennes, si l\u2019on consid\u00e8reles retrait\u00e9s en fonction de leur ancienne profession. La r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019imp\u00f4tprend plusieurs formes\u2009: les classes populaires protestent contre l\u2019injustice, mais d\u2019autres r\u00e9sistances sont beaucoup plus discr\u00e8tes, comme, par exemple, toutes les possibilit\u00e9s de niches fiscales, plus nombreuses \u00e0 mesure quel\u2019on grimpe dans la hi\u00e9rarchie sociale. Il y a pour les plus ais\u00e9s une infinit\u00e9de savoir-faire, de n\u00e9gociations, pour actionner des m\u00e9canismes ded\u00e9fiscalisation qui permettent de r\u00e9sister efficacement \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. Sans compterque les discours d\u2019adh\u00e9sion ne correspondent pas toujours \u00e0 la pratique\u2009: j\u2019ai rencontr\u00e9 des restaurateurs totalement convaincus du bien-fond\u00e9 de l\u2019imp\u00f4t, qui fraudent pourtant sur leur chiffre d\u2019affaires ou le nombre d\u2019heures de leurs salari\u00e9s\u2026<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des contribuables notent que plus\u00a0ils sont tax\u00e9s,\u00a0plus les services publics s\u2019effritent, et regrettent\u00a0la disparition du rapport humain avec les fonctionnaires des imp\u00f4ts\u2026<\/strong><br \/>Les r\u00e9formes des services publics conduisent \u00e0 des suppressions de postes au profit d\u2019une administration sans guichet, \u00e0 distance et num\u00e9rique. Ce changement ne touche pas les citoyens de mani\u00e8re \u00e9gale selon leur lieu de vie, leur niveau de dipl\u00f4me, leur cat\u00e9gorie socioprofessionnelle. Ceux qui sont en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale se trouvent priv\u00e9s d\u2019agents d\u2019accueil, d\u2019interlocuteurs auxquels ils pourraient expliquer leurs difficult\u00e9s. Cette mutation se fait donc au prix d\u2019une aggravation de la fracture sociale et territoriale.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Que voulez-vous dire en \u00e9crivant<\/strong><strong>\u2009<\/strong><strong>: <\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>L<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>Etat organise son ill<\/strong><strong>\u00e9<\/strong><strong>gitimit<\/strong><strong>\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong><strong>\u2009<\/strong><strong>?<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><br \/>Je d\u00e9signe l\u2019invisibilit\u00e9 de tr\u00e8s nombreux biens et services qui sont financ\u00e9s par l\u2019imp\u00f4t au sens large (l\u2019ensemble des pr\u00e9l\u00e8vements, taxes, cotisations sociales, etc.), sans que les citoyens en aient conscience. Par exemple, beaucoup de Fran\u00e7ais qui placent leur enfant \u00e0 l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e sous contrat ignorent que l\u2019Etat en finance une grande partie, notamment en payant les enseignants. Ils ne savent pas non plus que l\u2019Etat subventionne de nombreuses infrastructures culturelles ou sportives. Certains b\u00e9n\u00e9ficient aussi de prestations sans se rendre compte qu\u2019elles sont financ\u00e9es par l\u2019imp\u00f4t\u2009: la moiti\u00e9 des gens qui touchent des allocations familiales sont convaincus de ne recevoir aucune aide de l\u2019Etat. Or, quand on ne voit pas ce que l\u2019imp\u00f4t finance, il peut para\u00eetre ill\u00e9gitime. Il y a un coup de projecteur puissant sur l\u2019argent d\u00e9tourn\u00e9, les scandales d\u2019optimisation, d\u2019\u00e9vasion fiscale. Mais l\u2019usage quotidien de l\u2019argent public, lui, est tr\u00e8s largement opaque. Ainsi, lors de la suppression de la taxe d\u2019habitation, personne n\u2019a expliqu\u00e9 \u00e0 quoi servait cette taxe, ni ce qui allait dispara\u00eetre. Il y a un consensus politique pour baisser les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, mais sans jamais pr\u00e9ciser \u00e0 quels services il faudra renoncer.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pourquoi ce d\u00e9ficit de communication sur l\u2019emploi de l\u2019argent des imp\u00f4ts<\/strong><strong>\u2009<\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La totalit\u00e9 du texte d\u2019A. Spire en pi\u00e8ce jointe\u00a0:\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-file\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Telerama_Gilets-jaunes.pdf\">Telerama_Gilets jaunes<\/a><a class=\"wp-block-file__button\" href=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Telerama_Gilets-jaunes.pdf\" download=\"\">Download<\/a><\/div>\r\n\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\" style=\"text-align: justify;\">\r\n<figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"302\" class=\"wp-image-4942 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-181124-22-1.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-181124-22-1.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-181124-22-1-298x300.jpg 298w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\r\n<\/div>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une r\u00e9flexion d\u2019Annie Ernaux sur les gilets jaunes\u00a0; une autre d\u2019Antoine Spire<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[33,34],"class_list":["post-4940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture-formation","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4940","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4940"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4940\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4968,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4940\/revisions\/4968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4940"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4940"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4940"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}