{"id":5046,"date":"2018-12-29T02:59:57","date_gmt":"2018-12-29T01:59:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=5046"},"modified":"2018-12-27T09:02:59","modified_gmt":"2018-12-27T08:02:59","slug":"a-naples","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2018\/12\/29\/a-naples\/","title":{"rendered":"A Naples"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les damn\u00e9s de la terre pollu\u00e9e<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5035\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SG_Parie-181220-1-300x186.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SG_Parie-181220-1-300x186.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SG_Parie-181220-1.jpg 696w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Campanie est devenue une d\u00e9charge \u00e0 ciel ouvert, o\u00f9 l\u2019incurie, la corruption et le crime organis\u00e9 ont concouru \u00e0 empoisonner le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce petit appartement du c\u0153ur de Naples, o\u00f9 les stores baiss\u00e9s ne laissent entrer qu\u2019un filet de lumi\u00e8re, la vie s\u2019est arr\u00eat\u00e9e depuis bien longtemps. M\u00eame la perp\u00e9tuelle rumeur venue de l\u2019ext\u00e9rieur ne semble arriver ici qu\u2019\u00e9touff\u00e9e. Et alors qu\u2019on \u00e9tait sorti quelques instants sur la terrasse, histoire de prendre son souffle et un peu de courage avant de commencer l\u2019entretien, la vue d\u2019un toboggan et d\u2019une balan\u00e7oire branlante, juste en bas, dans la cour, a achev\u00e9 de donner \u00e0 l\u2019ensemble de la sc\u00e8ne une lourdeur irrespirable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maria Caccioppoli, 42 ans, des cheveux noirs et des airs de madone, a perdu son fils de 9 ans en\u00a02013, des suites d\u2019un cancer du cerveau. A la voir si fragile, tapotant fi\u00e9vreusement sur son t\u00e9l\u00e9phone comme pour se donner une contenance, tout en articulant \u00e0 voix basse quelques r\u00e9ponses \u00e0 peine audibles, sans m\u00eame lever les yeux, on s\u2019est un instant demand\u00e9 si l\u2019entretien pourrait vraiment avoir lieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, en une seconde, tout a chang\u00e9. Ses yeux clairs ont cess\u00e9 de chercher dans la pi\u00e8ce un point d\u2019appui invisible pour nous fixer, avec une duret\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9e. Et sa voix, soudain forte et assur\u00e9e, n\u2019a plus trembl\u00e9 que pour trahir sa col\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Dieu n\u2019a pas voulu \u00e7a. Ce n\u2019est pas une fatalit\u00e9, tout \u00e7a c\u2019est \u00e0 cause de ces connards de merde<\/em>, lance-t-elle froidement, en d\u00e9tachant chaque syllabe, avant de raconter l\u2019histoire de son fils. <em>Il est n\u00e9 en\u00a02003. Tout allait bien jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on lui d\u00e9couvre un glioblastome multiforme, en\u00a02012. Au d\u00e9but, les m\u00e9decins ne voulaient pas y croire. Ils m\u2019ont demand\u00e9 plusieurs fois o\u00f9 on habitait, ce qui pouvait expliquer la maladie dans notre environnement\u2026 C\u2019\u00e9tait un cancer du cerveau sans espoir, le genre de maladie qu\u2019on peut attraper \u00e0 60 ans, mais jamais \u00e0 8. Mon fils est mort un an apr\u00e8s. Et depuis ce jour, je vais partout o\u00f9 on m\u2019invite pour raconter mon histoire. Je suis devenue une activiste.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9gion maudite<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maria Caccioppoli a perdu son enfant alors qu\u2019elle avait 37 ans. Depuis, elle a vou\u00e9 sa vie \u00e0\u00a0une perp\u00e9tuelle qu\u00eate de justice. Car elle en est persuad\u00e9e\u00a0: s\u2019il est tomb\u00e9 malade et s\u2019il en est mort, c\u2019est qu\u2019elle a eu le tort, quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, de partir s\u2019installer \u00e0 Casalnuovo di Napoli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Nous voulions du calme, de la nature, fuir le centre de Naples\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient-elle. Casalnuovo, ce n\u2019est pas vraiment la campagne, plut\u00f4t une des excroissances tentaculaires et un peu anarchiques de la m\u00e9tropole napolitaine, au nord de la ville. Une agglom\u00e9ration de moins de 50\u00a0000 habitants, sans charme, qui a pouss\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e dans la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 la faveur du d\u00e9collage industriel du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la vie y \u00e9tait moins ch\u00e8re et l\u2019air y semblait meilleur qu\u2019au centre de la ville, alors Maria Caccioppoli et son mari ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en\u00a02003. Ce qu\u2019ils ne savaient pas encore, c\u2019est qu\u2019ils venaient de s\u2019installer au beau milieu d\u2019une zone qui allait acqu\u00e9rir, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s, une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 nationale, h\u00e9ritant au passage d\u2019un surnom terrible\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Terra dei fuochi\u00a0\u00bb<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0Terre des feux\u00a0\u00bb. Une r\u00e9gion maudite, constitu\u00e9e de 55 communes \u00e0 cheval sur les provinces de Naples et de Caserte, transform\u00e9e en d\u00e9charge \u00e0 ciel ouvert, o\u00f9 l\u2019incurie des citoyens, la corruption des puissants et le crime organis\u00e9 ont concouru \u00e0 empoisonner le sol, au point de mettre gravement en p\u00e9ril la sant\u00e9 des habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, nous ne savions rien. Puis, quand les histoires ont commenc\u00e9, on pensait que nous n\u2019\u00e9tions pas concern\u00e9s, que \u00e7a n\u2019arrivait qu\u2019aux autres. Et puis apr\u00e8s, il \u00e9tait trop tard\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Monceaux de d\u00e9chets domestiques ou industriels<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En\u00a02016, Maria et son mari sont retourn\u00e9s vivre \u00e0 Naples, apr\u00e8s treize ann\u00e9es \u00e0 Casalnuovo. Ils n\u2019ont m\u00eame pas le droit d\u2019esp\u00e9rer recommencer \u00e0 z\u00e9ro pour surmonter l\u2019\u00e9preuve. Atteinte d\u2019une maladie rare, Maria Cacioppolia a appris, peu apr\u00e8s la mort de son fils, qu\u2019elle ne pourrait plus avoir d\u2019enfant. Alors, dans son nouvel appartement, elle a reconstitu\u00e9 la chambre de son enfant mort, comme un mausol\u00e9e, et elle consacre toutes ses forces \u00e0 faire conna\u00eetre le calvaire des habitants de la \u00ab\u00a0Terre des feux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au commencement, il y avait la <em>\u00ab\u00a0Campania felix\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Campanie heureuse\u00a0\u00bb, en latin). Un pays de cocagne, qui, aux yeux des anciens, semblait b\u00e9ni des dieux. N\u2019est-ce pas l\u00e0 que, au temps des guerres puniques, Hannibal, victorieux de Rome, se serait endormi, profitant des \u00ab\u00a0d\u00e9lices de Capoue\u00a0\u00bb qui allaient causer sa perte\u00a0? Une terre volcanique, donc plus fertile qu\u2019ailleurs, la douceur du climat m\u00e9diterran\u00e9en et la lumi\u00e8re du Sud en plus\u2026 Pendant des si\u00e8cles, la r\u00e9gion de Naples a \u00e9t\u00e9 vue comme un v\u00e9ritable paradis sur terre. Comment a-t-elle pu, en quelques d\u00e9cennies, prendre ce visage meurtri\u00a0? La question devient vite obs\u00e9dante quand on explore les environs de Naples et de Caserte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les bords des routes, \u00e0 l\u2019abandon, des monceaux de d\u00e9chets domestiques ou industriels. Vieux meubles, voitures calcin\u00e9es, pots de peinture, amiante ou chutes de tissu\u2026 Sur des centaines de kilom\u00e8tres carr\u00e9s, plusieurs milliers de d\u00e9charges improvis\u00e9es pars\u00e8ment une campagne luxuriante et bucolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En hiver, ce sont les pluies et le ruissellement des eaux souill\u00e9es qui polluent les sols. Mais d\u00e8s que les temp\u00e9ratures s\u2019\u00e9l\u00e8vent, \u00e0 la fin du printemps, certaines d\u2019entre elles commencent \u00e0 s\u2019enflammer, plus ou moins spontan\u00e9ment, empoisonnant l\u2019air que les hommes respirent. Depuis fin 2013, le fait de mettre le feu \u00e0 une d\u00e9charge sauvage est puni, en th\u00e9orie, de trois \u00e0\u00a0cinq ann\u00e9es d\u2019emprisonnement. Mais est-il possible de mettre un carabinier devant chaque tas d\u2019ordures\u00a0? Comme une terrible fatalit\u00e9, la r\u00e9gion tout enti\u00e8re semble confront\u00e9e \u00e0 une crise insoluble, sans issue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Quand l\u2019arm\u00e9e gardait les d\u00e9charges<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019\u00e9t\u00e9 2007 a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 Naples, au vu et au su de toute l\u2019Italie, et bient\u00f4t du monde entier, la fameuse \u00ab\u00a0crise des d\u00e9chets\u00a0\u00bb, qui, en r\u00e9alit\u00e9, couvait depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant plusieurs mois, les ordures s\u2019entassent dans toute l\u2019agglom\u00e9ration, faute d\u2019endroit o\u00f9 les retraiter. Chacun fait mine de d\u00e9couvrir que la r\u00e9gion est plac\u00e9e depuis 1993 sous le r\u00e9gime de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019urgence\u00a0\u00bb, et que les d\u00e9chets de l\u2019agglom\u00e9ration napolitaine sont du ressort d\u2019un commissariat aux comp\u00e9tences \u00e9largies, mais qui n\u2019arrive pas, faute de volont\u00e9 politique et d\u2019accord entre les diff\u00e9rents intervenants, \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l\u2019absence d\u2019infrastructures dignes de la troisi\u00e8me agglom\u00e9ration d\u2019Italie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement Prodi acc\u00e9l\u00e8re la construction de trois incin\u00e9rateurs, malgr\u00e9 l\u2019opposition des populations. Faute de solution locale, des trains entiers de d\u00e9chets domestiques sont envoy\u00e9s vers l\u2019Allemagne pour y \u00eatre incin\u00e9r\u00e9s, on mobilise l\u2019arm\u00e9e pour garder les d\u00e9charges\u2026 La situation semble inextricable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenue au pouvoir en mai\u00a02008, la droite berlusconienne fait de la crise des d\u00e9chets le symbole de l\u2019incurie de la gauche et promet de r\u00e9soudre le probl\u00e8me en quelques mois. Le premier conseil des ministres du gouvernement Berlusconi est d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 Naples, de grands chantiers sont lanc\u00e9s et les communes de l\u2019agglom\u00e9ration mises en demeure de mettre en place une collecte diff\u00e9renci\u00e9e sous peine d\u2019\u00eatre mises sous tutelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Dommages irr\u00e9versibles sur l\u2019environnement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9cembre\u00a02009, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence est lev\u00e9, et le gouvernement claironne que la crise est finie. Sur place, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Le <u><a href=\"https:\/\/abonnes.lemonde.fr\/planete\/article\/2009\/04\/20\/a-naples-un-incinerateur-met-fin-aux-decharges-sauvages_1182889_3244.html\">gigantesque incin\u00e9rateur d\u2019Acerra<\/a><\/u>, qui devait br\u00fbler 2\u00a0000 tonnes de d\u00e9chets par jour, n\u2019en \u00e9limine gu\u00e8re plus de 500, et les monceaux d\u2019ordures continuent \u00e0 s\u2019accumuler, dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0crise des d\u00e9chets\u00a0\u00bb, dans son urgence, a eu pour effet paradoxal de d\u00e9tourner l\u2019attention du c\u0153ur du probl\u00e8me, et de masquer, tel un \u00e9cran de fum\u00e9e, les maux des habitants des \u00ab\u00a0Terres des feux\u00a0\u00bb, auquel aucune r\u00e9ponse n\u2019a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019expression <em>\u00ab\u00a0Terra dei fuochi\u00a0\u00bb,<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence aux innombrables colonnes de fum\u00e9es toxiques qui pars\u00e8ment la r\u00e9gion chaque \u00e9t\u00e9, est apparue pour la premi\u00e8re fois en\u00a02003, dans un rapport de la plus importante association \u00e9cologiste d\u2019Italie, la Legambiente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est un enfant du pays, le journaliste et \u00e9crivain Roberto Saviano, auteur du livre <em>Gomorra, <\/em>devenu un film puis une s\u00e9rie \u00e0 succ\u00e8s, qui l\u2019a popularis\u00e9e et lui a donn\u00e9 une notori\u00e9t\u00e9 internationale. Dans ce roman-enqu\u00eate atypique, qui s\u2019est vendu \u00e0 plus de 2,5\u00a0millions d\u2019exemplaires en Italie et vaut \u00e0 son auteur d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0condamn\u00e9 \u00e0 mort\u00a0\u00bb par la Camorra, les environs de Naples et de Caserte sont d\u00e9crits comme des zones int\u00e9gralement contr\u00f4l\u00e9es par le crime organis\u00e9, avec le consentement d\u2019une large part de la population, voire la complicit\u00e9 de certains agriculteurs, qui acceptent, moyennant finances, l\u2019enfouissement clandestin de d\u00e9chets toxiques sur leurs parcelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un enfer o\u00f9 sont d\u00e9vers\u00e9s chaque ann\u00e9e, dans la plus parfaite ill\u00e9galit\u00e9, plusieurs millions de tonnes de d\u00e9chets toxiques, au prix de dommages irr\u00e9versibles sur l\u2019environnement ainsi que sur la sant\u00e9 des 2,5\u00a0millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>La production agricole en danger<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un endroit illustre, \u00e0 lui seul, l\u2019ampleur de la destruction environnementale en cours\u00a0: c\u2019est le r\u00e9seau de canaux construit durant le r\u00e8gne des Bourbons, au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui avait vocation \u00e0\u00a0assainir la zone et \u00e0\u00a0permettre sa mise en culture. Pour les besoins d\u2019une enqu\u00eate judiciaire, l\u2019inspecteur Pietro Papapicco, de la Guardia di Finanza, les a arpent\u00e9s m\u00e9thodiquement, d\u2019Avellino, \u00e0 l\u2019est, jusqu\u2019\u00e0 Castel Volturno, sur les bords de la mer Tyrrh\u00e9nienne, o\u00f9 d\u00e9bouchent ces canaux. Ce travail titanesque lui a pris quatre ann\u00e9es. Depuis son d\u00e9part \u00e0 la retraite, il vit en Pologne, mais il a accept\u00e9 de nous guider dans ce labyrinthe, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un de ses passages dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faut voir, c\u2019est qu\u2019on parle d\u2019un milieu naturel extraordinaire,<\/em> souligne-t-il, alors qu\u2019on roule au ralenti sur une route de campagne longeant un canal. <em>Jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, c\u2019\u00e9tait un petit paradis. Ici, tout poussait, et on trouvait toutes les esp\u00e8ces d\u2019oiseaux possibles. Et puis il y a eu l\u2019industrialisation de la r\u00e9gion, qui a commenc\u00e9 \u00e0 changer les choses. Six grandes stations d\u2019\u00e9puration ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es, tandis que les canaux, un \u00e0 un, ont \u00e9t\u00e9 ciment\u00e9s. Les rejets ill\u00e9gaux d\u2019eaux pollu\u00e9es et de d\u00e9chets industriels en tout genre se sont multipli\u00e9s et, en vingt ans, tous ces canaux sont devenus de v\u00e9ritables d\u00e9charges \u00e0 ciel ouvert. Mais c\u2019\u00e9tait le d\u00e9collage \u00e9conomique, la modernisation, il n\u2019y avait pas de contr\u00f4les et personne ne s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 l\u2019environnement\u2026 Les choses n\u2019ont commenc\u00e9 \u00e0 bouger qu\u2019il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En\u00a02006, Pietro Papapicco est charg\u00e9 par les magistrats de Caserte, avec des collaborateurs issus de plusieurs agences nationales, d\u2019une enqu\u00eate exhaustive. Tous les canaux et leurs affluents sont cartographi\u00e9s, de fa\u00e7on \u00e0 trouver l\u2019origine des eaux qui s\u2019y d\u00e9versent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Dans le m\u00eame temps, le travail des grandes centrales d\u2019\u00e9puration a \u00e9t\u00e9 examin\u00e9. Et il s\u2019est vite av\u00e9r\u00e9 qu\u2019elles n\u2019\u00e9puraient pas grand-chose\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit le carabinier retrait\u00e9. Des centaines d\u2019infractions sont constat\u00e9es, le scandale est national. Mais les dommages sont irr\u00e9versibles, et ces canaux, que le cin\u00e9aste et photographe Folco Quilici montrait il y a un demi-si\u00e8cle comme de v\u00e9ritables oasis luxuriantes, semblent aujourd\u2019hui vus, par les habitants eux-m\u00eames, comme les cicatrices honteuses d\u2019une modernisation incontr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mutilations du paysage mettent en p\u00e9ril un des rares atouts dont jouit l\u2019\u00e9conomie locale\u00a0: l\u2019excellence de sa production agricole. Car ces d\u00e9charges \u00e0 ciel ouvert, que l\u2019on d\u00e9couvre au\u00a0d\u00e9tour de chaque chemin, \u00e0 la sortie de chaque virage, voisinent avec d\u2019innombrables serres et vergers, qui produisent des fruits et l\u00e9gumes vendus dans le monde entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le symbole de la renomm\u00e9e plan\u00e9taire de l\u2019agriculture campanienne, c\u2019est un autre produit\u00a0: la mozzarella de bufflonne. En\u00a02008, ce fleuron de la gastronomie locale avait d\u00fb \u00eatre retir\u00e9 de la vente pour cause de contamination \u00e0 la dioxine, un scandale sanitaire dont le souvenir subsiste, en Campanie, comme une plaie ouverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>L\u2019ombre de la Camorra<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Pour nous faire taire, les pouvoirs publics nous accusent d\u2019\u00eatre irresponsables, et de mettre en danger toute l\u2019agriculture locale\u00a0\u00bb,<\/em> d\u00e9nonce Enzo Tosti, militant \u00e9cologiste rencontr\u00e9 \u00e0 Orta di Atella, \u00e0 mi-chemin entre Naples et Caserte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Malgr\u00e9 l\u2019urgence sanitaire et nos demandes, il n\u2019y a pas eu d\u2019enqu\u00eates s\u00e9rieuses de la part des pouvoirs publics, <\/em>poursuit-il.<em> Je suis all\u00e9 me faire analyser le sang, \u00e0 mes frais. Quand le m\u00e9decin est arriv\u00e9 avec mes r\u00e9sultats, il a commenc\u00e9 en me demandant dans quel genre d\u2019industrie chimique j\u2019avais travaill\u00e9\u2026 Ce n\u2019est pas logique, je vis \u00e0 la campagne, je n\u2019ai jamais travaill\u00e9 dans l\u2019industrie, ces chiffres proviennent forc\u00e9ment des d\u00e9chets\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Puis il confie que lui aussi est tomb\u00e9 malade, sans vouloir \u00eatre plus pr\u00e9cis sur le sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0La pr\u00e9tendue crise des d\u00e9chets n\u2019\u00e9tait pas une crise,<\/em> continue-t-il. <em>Car le probl\u00e8me ne vient pas des d\u00e9chets domestiques, mais des d\u00e9chets industriels\u00a0: pour vous donner un ordre de grandeur, on estime que l\u2019Italie produit annuellement 30\u00a0millions de tonnes de d\u00e9chets domestiques, et 135\u00a0millions de tonnes de d\u00e9chets industriels\u2026 Or, le probl\u00e8me, c\u2019est que les chiffres des d\u00e9chets domestiques sont cr\u00e9dibles, tandis que ceux des d\u00e9chets industriels reposent sur de simples d\u00e9clarations\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Le militant cite l\u2019exemple de Calvi Risorta, dans la province de Caserte, o\u00f9 l\u2019entreprise, Pozzi Ginori, qui faisait des salles de bains et des carrelages et utilisait des solvants et des colorants, avait pris l\u2019habitude d\u2019enterrer ses d\u00e9chets sur les lieux m\u00eames de l\u2019usine.<em> \u00ab\u00a0Ils ont empoisonn\u00e9 2\u00a0millions de m\u00e8tres cubes de terre. On a gagn\u00e9, aujourd\u2019hui, et l\u2019entreprise a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e, mais au d\u00e9but, nous avions tout le monde contre nous, m\u00eame les syndicats\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour lire l\u2019article complet du Monde\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/A-Naples.docx\">A Naples<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5038\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-180816-13-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-180816-13-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/SalonDames-180816-13.jpg 531w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les damn\u00e9s de la terre pollu\u00e9e\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[26,33],"class_list":["post-5046","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-social","tag-environnement","tag-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5046"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5048,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5046\/revisions\/5048"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}