{"id":5277,"date":"2019-02-07T02:12:47","date_gmt":"2019-02-07T01:12:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=5277"},"modified":"2019-02-03T18:10:14","modified_gmt":"2019-02-03T17:10:14","slug":"sentiment-dinjustice-et-revolte-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2019\/02\/07\/sentiment-dinjustice-et-revolte-sociale\/","title":{"rendered":"Sentiment d\u2019injustice et r\u00e9volte sociale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Quelles que soient les causes structurelles, ce sont deux \u00e9l\u00e9ments ponctuels qui ont aliment\u00e9 le sentiment d\u2019injustice et d\u00e9clench\u00e9 la r\u00e9volte des gilets jaunes\u00a0: l\u2019in\u00e9quit\u00e9 fiscale et l\u2019inad\u00e9quation \u00e9cologique.<strong>\u00a0<\/strong><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5284\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Lundiam-190202-03-300x188.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Lundiam-190202-03-300x188.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Lundiam-190202-03.jpg 480w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html\">https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extraits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les analyses du mouvement de protestation des gilets jaunes sont multiples. Certaines approches sont structurelles et ont pour projet de montrer que ce mouvement de protestation \u00e9tait en germe depuis plusieurs ann\u00e9es, voire des d\u00e9cennies. Cette contribution privil\u00e9gie une autre temporalit\u00e9. Elle a pour objet de comprendre pourquoi les protestations des gilets jaunes ont \u00e9merg\u00e9 sp\u00e9cifiquement en cette fin d\u2019ann\u00e9e 2018. Les pratiques de pouvoir de l\u2019actuel gouvernement ont \u00e9t\u00e9 suffisamment analys\u00e9es \u2013 sp\u00e9cifiquement les \u00ab\u00a0petites phrases\u00a0\u00bb du pr\u00e9sident \u2013 pour qu\u2019il ne soit plus utile de les pr\u00e9senter. Par contre, les politiques socio-fiscales mises en \u0153uvre et leur inad\u00e9quation \u00e0 la question de la transition \u00e9cologique constituent deux ruptures qui ont largement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un mouvement social in\u00e9dit par son ampleur et sa dur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9formes socio-fiscales et sentiment d\u2019injustice fiscale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une des revendications majeures des gilets jaunes porte sur les prix des carburants et, plus globalement, sur leur pouvoir d\u2019achat. \u00ab\u00a0On ne s\u2019en sort plus\u00a0\u00bb est le leitmotiv ordinaire. Dans quelle mesure cette protestation est-elle fond\u00e9e\u00a0? La notion statistique de pouvoir d\u2019achat utilis\u00e9e par l\u2019Insee est celle du pouvoir d\u2019achat du revenu disponible brut (RDB). Il se d\u00e9finit comme la somme de tous les revenus d\u2019activit\u00e9 et des revenus du patrimoine ainsi que des transferts aux m\u00e9nages (prestations sociales), moins les imp\u00f4ts et autres pr\u00e9l\u00e8vements sociaux. Le revenu r\u00e9el qui reste \u00e0 la disposition des m\u00e9nages pour la consommation et l\u2019\u00e9pargne se calcule en d\u00e9flatant l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation de la croissance des revenus (le RDB).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, la politique de r\u00e9duction du d\u00e9ficit public a principalement \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par une r\u00e9duction du revenu disponible moyen des m\u00e9nages (Insee, 2018). L\u2019analyse de l\u2019\u00e9volution du revenu disponible par d\u00e9cile montre que ce sont les m\u00e9nages les plus ais\u00e9s, ceux du 10<sup>e<\/sup> d\u00e9cile, dont le revenu disponible a \u00e9t\u00e9 le plus affect\u00e9 (-2,2%) sur la p\u00e9riode 2008-2016. La baisse de leur RDB est due essentiellement aux r\u00e9formes fiscales mises en \u0153uvre de 2012 \u00e0 2017, notamment la suppression du bouclier fiscal, l\u2019ajout d\u2019une tranche marginale d\u2019imposition sur le revenu pour les plus hauts revenus, et l\u2019alignement de la fiscalit\u00e9 des revenus du capital sur celle du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les m\u00e9nages du premier d\u00e9cile, en raison du maintien du pouvoir d\u2019achat des prestations sociales, ont connu une baisse de leur revenu disponible limit\u00e9e (-1%), les m\u00e9nages des deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me et surtout quatri\u00e8me d\u00e9ciles ont \u00e9galement connu une baisse sensible de leur revenu disponible (de -1,6% \u00e0 -2%). Ces m\u00e9nages, qui appartiennent aux cat\u00e9gories populaires et \u00e0 la \u00ab\u00a0petite\u00a0\u00bb classe moyenne (ouvriers, employ\u00e9s, retrait\u00e9s pauvres, artisans et petits commer\u00e7ants), sont <u><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2018\/12\/11\/gilets-jaunes-une-enquete-pionniere-sur-la-revolte-des-revenus-modestes_5395562_3232.html?fbclid=IwAR163emLLdCrKv79HeyPT3eU9JTSXpYd-wFUFjr725TRPcfOw8NxKS1j6T4\">surrepr\u00e9sent\u00e9s dans le mouvement des gilets jaunes<\/a><\/u>. \u00c0 l\u2019inverse, les cat\u00e9gories moyennes ais\u00e9es (du septi\u00e8me au neuvi\u00e8me d\u00e9cile) ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es mod\u00e9r\u00e9ment par la baisse moyenne du revenu disponible des m\u00e9nages (cf. tableau).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rience sociale des gilets jaunes, caract\u00e9ris\u00e9e par une baisse progressive de leur pouvoir d\u2019achat, est donc valid\u00e9e par l\u2019\u00e9volution du revenu disponible brut selon le d\u00e9cile. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident Macron, les mesures adopt\u00e9es \u00e0 partir de juillet 2017 et la loi de finances initiale 2018 (LFI), vot\u00e9e fin 2017, ont d\u00e9bouch\u00e9 sur une inflexion sensible des politiques socio-fiscales ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les principales r\u00e9formes socio-fiscales prises depuis juillet 2017, certaines ont exerc\u00e9 un effet symbolique et financier fort, sp\u00e9cifiquement l\u2019augmentation de la CSG, la fiscalit\u00e9 \u00e9cologique et les mesures relatives aux revenus et patrimoine. \u00c0 partir de janvier 2018, le taux de CSG des retrait\u00e9s est pass\u00e9 de 6,6% \u00e0 8,3% (+1,7 point) sans faire l\u2019objet de compensation pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux. Pour \u00eatre exon\u00e9r\u00e9s de la hausse de la CSG, les retrait\u00e9s devaient avoir une pension de retraite inf\u00e9rieure \u00e0 14 404 euros par an pour un c\u00e9libataire (1200 \u20ac mensuels) et 22 051 euros pour un couple (soit 1837 \u20ac par mois). Fait in\u00e9dit, les retrait\u00e9s dont les revenus sont \u00e9quivalents au SMIC ont donc connu une baisse nette de leur pension\u00a0! \u00c0 cette perte de pouvoir d\u2019achat s\u2019ajoute la suppression de l\u2019indexation sur les prix des pensions de retraite. Celles-ci ont progress\u00e9 de seulement de 0,3% alors que le taux d\u2019inflation est reparti \u00e0 la hausse en 2017 (+1%) et encore plus en 2018 (+1,9% sur les 10 premiers mois). En 2018, pour les retrait\u00e9s modestes, surrepr\u00e9sent\u00e9s parmi les gilets jaunes et dont les pensions ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites par la hausse de la CSG, la d\u00e9sindexation de leur pension exerce des effets encore plus sensibles sur leur niveau de vie\u00a0[<u><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html#nb1\">1<\/a><\/u>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi de finances initiale de 2018 a aussi sensiblement baiss\u00e9 la taxation du capital avec la cr\u00e9ation d\u2019un plafonnement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus du capital. En passant de 45\u00a0% \u00e0 12,8\u00a0%, le taux marginal d\u2019imposition au bar\u00e8me de l\u2019imp\u00f4t sur les revenus des actifs financiers a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par 3,5. Ce taux uniforme de 12,8\u00a0% est inf\u00e9rieur \u00e0 la premi\u00e8re tranche d\u2019imposition des revenus du travail, fix\u00e9e \u00e0 14\u00a0% d\u00e8s que le revenu d\u00e9clar\u00e9 atteint 9 807 euros (<u><a href=\"https:\/\/droit-finances.commentcamarche.com\/faq\/64848-impot-2018-bareme-2018-calcul-et-tranches\">soit 817 \u20ac mensuels<\/a><\/u>). \u00c0 partir de 2018, les revenus de la rente sont donc moins impos\u00e9s que ceux du travail. Une autre mesure fiscale majeure est la suppression de l\u2019imp\u00f4t de solidarit\u00e9 sur la fortune. Avec celle-ci, la d\u00e9tention des actifs financiers n\u2019est \u00e9galement plus impos\u00e9e. Ces mesures fiscales sur la d\u00e9tention et les revenus du capital ont r\u00e9duit de 5,3 milliards d\u2019euros les recettes de l\u2019\u00c9tat en 2018 (Madec, 2018)\u00a0[<u><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html#nb2\">2<\/a><\/u>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019addition de ces mesures fiscales (PFU, ISF et IFI) d\u00e9bouche sur une r\u00e9duction de l\u2019imposition des revenus des m\u00e9nages du 10<sup>e<\/sup> d\u00e9cile. Cette r\u00e9duction est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e pour les m\u00e9nages les plus ais\u00e9s. Ainsi, 44\u00a0% des gains li\u00e9s \u00e0 la mise en place du PFU vont b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 1\u00a0% des m\u00e9nages, soit 370 000 foyers fiscaux. Leur gain moyen devrait \u00eatre de plus de 10 000 \u20ac par an. Pour les 100 contribuables les plus riches, le gain serait de 1,5 million d\u2019euros en moyenne (Fondation Jean Jaur\u00e8s, 2018). Outre l\u2019efficacit\u00e9 contest\u00e9e de ces all\u00e9gements fiscaux (Dabla-Norris et al., 2015, Madec et al., 2018\u00a0; Merle, 2018\u00a0; OCDE, 2015, Piketty, 2017), les gilets jaunes consid\u00e8rent \u00e0 juste titre que les plus riches sont moins tax\u00e9s alors que les autres le sont davantage. Le sentiment d\u2019injustice, objectivement fond\u00e9, a favoris\u00e9 un \u00ab\u00a0ras-le-bol fiscal\u00a0\u00bb puissamment f\u00e9d\u00e9rateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La connaissance des gains en pouvoir d\u2019achat des cat\u00e9gories les plus ais\u00e9es doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par l\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e de la situation des cat\u00e9gories populaires et moyennes (Madec, Plane et Sampognaro, 2018). Pour \u00eatre compl\u00e8te, une telle analyse ne doit pas se limiter \u00e0 la seule augmentation de la CSG et aux mesures relatives \u00e0 la d\u00e9tention et aux revenus du capital mais porter sur l\u2019ensemble des dispositions socio-fiscales qui exercent un effet sur le revenu disponible des m\u00e9nages (ch\u00e8que \u00e9nergie, prime d\u2019activit\u00e9, revalorisation AAH, RSA et ASPA, baisse de la taxe d\u2019habitation et, \u00e9videmment, l\u2019effet de fiscalit\u00e9 \u00e9cologique et de la fiscalit\u00e9 sur le tabac).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les quatre premiers vingtiles, l\u2019ensemble des mesures prises par le gouvernement exerce en 2018 des effets le plus souvent n\u00e9gatifs sur le niveau de vie moyen des plus pauvres (-0,6% pour le premier vingtile). L\u2019effet n\u00e9gatif de la fiscalit\u00e9 \u00e9cologique est particuli\u00e8rement marqu\u00e9. Ce calcul de l\u2019\u00e9volution du pouvoir d\u2019achat permet de conna\u00eetre un effet moyen par vingtile (cf. tableau). Il pr\u00e9sente toutefois deux limites. D\u2019abord, l\u2019impact des mesures socio-fiscales du budget estim\u00e9 jusqu\u2019en d\u00e9cembre 2018, c\u2019est-\u00e0-dire en ann\u00e9e pleine, est plus favorable aux premiers d\u00e9ciles (Madec, Plane et Sampognaro, 2018). Ensuite, pour les travailleurs pauvres qui ne b\u00e9n\u00e9ficient pas des mesures sociales (revalorisation RSA, ASPA et AL), la baisse du niveau de vie est plus forte (cf. tableau). Cette baisse est encore plus marqu\u00e9e pour les professions aux revenus modestes dont l\u2019usage de la voiture est particuli\u00e8rement fr\u00e9quent (aides m\u00e9nag\u00e8res, aides \u00e0 domicile, ambulanciers, artisans, infirmi\u00e8res lib\u00e9rales, VTC ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas de d\u00e9taxe sur le carburant, etc.). Il en est de m\u00eame des populations rurales. Les <u><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Agtbo9Rgcok\">analyses cartographiques r\u00e9alis\u00e9es par Herv\u00e9 Le Bras<\/a><\/u> montrent que ces populations sp\u00e9cifiques sont surrepr\u00e9sent\u00e9es parmi les gilets jaunes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suppression de l\u2019ISF et la cr\u00e9ation du plafonnement forfaitaire unitaire (PFU) ont eu pour cons\u00e9quence d\u2019imposer une r\u00e9duction du p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat. Dans la Loi de Finances Initiale (LFI) 2018, la mission \u00ab\u00a0Coh\u00e9sion des territoires\u00a0\u00bb dont l\u2019objet est de d\u00e9velopper \u00ab\u00a0une strat\u00e9gie d\u2019acc\u00e8s pour tous et en tout point du territoire aux services essentiels (tr\u00e8s haut d\u00e9bit, t\u00e9l\u00e9phonie mobile, acc\u00e8s aux services publics essentiels, logement, sant\u00e9, culture&#8230;)\u00a0\u00bb fait l\u2019objet d\u2019une baisse de cr\u00e9dits budg\u00e9taires de 1,7 M<sup>ds<\/sup> d\u2019euros (Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie, 2017). La baisse de ces cr\u00e9dits est notamment justifi\u00e9e par la r\u00e9forme des aides personnelles au logement. La mission \u00ab\u00a0Travail et emploi\u00a0\u00bb du Minist\u00e8re du travail se caract\u00e9rise \u00e9galement par une baisse de cr\u00e9dits consid\u00e9rable de -1,5 M<sup>ds<\/sup> d\u2019euros (de 16,7 M<sup>ds<\/sup> en 2017 \u00e0 15,2 M<sup>ds<\/sup> en 2018). Par rapport \u00e0 la loi de finances initiale de 2017, les principales diminutions concernent les contrats aid\u00e9s (- 40\u00a0%), soit plus de 100 000 emplois aid\u00e9s, et les aides temporaires \u00e0 l\u2019embauche (- 42\u00a0%) (Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le financement des r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts favorables aux cat\u00e9gories ais\u00e9es (ISF et PFU) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par une r\u00e9duction des d\u00e9penses sp\u00e9cifiquement destin\u00e9es aux cat\u00e9gories moyennes et populaires surrepr\u00e9sent\u00e9es dans le mouvement des gilets jaunes. Pour cette raison, les analyses limit\u00e9es \u00e0 la seule \u00e9volution du niveau de vie sont incompl\u00e8tes lorsque \u00ab\u00a0l\u2019acc\u00e8s aux services publics essentiels\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 insuffisant pour les cat\u00e9gories modestes, est encore r\u00e9duit, notamment dans les territoires ruraux. Les gilets jaunes ne connaissent pas le d\u00e9tail des chiffres mais ils per\u00e7oivent la logique d\u2019ensemble. Bien que simplificateur, un slogan tel que \u00ab\u00a0le pr\u00e9sident des riches\u00a0\u00bb constitue une synth\u00e8se globalement juste. Les gilets jaunes ont compris que la politique gouvernementale se fait en partie sans eux et contre eux. Le \u00ab\u00a0travail de p\u00e9dagogie\u00a0\u00bb que souhaite mener le gouvernement ne peut modifier ni la r\u00e9alit\u00e9 objective ni m\u00eame, tant la l\u00e9gitimit\u00e9 du gouvernement est affaiblie, la conscience incompl\u00e8te, partielle voire partiale, que les gilets jaunes ont de cette r\u00e9alit\u00e9. Pour faire accepter l\u2019augmentation des prix des carburants, l\u2019argument de la transition \u00e9cologique pr\u00e9sent\u00e9 par le gouvernement est-il plus pertinent\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La strat\u00e9gie gouvernementale de transition \u00e9cologique\u00a0: efficace ou illusoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement justifie la hausse des prix des carburants par la n\u00e9cessit\u00e9 de financer la transition \u00e9cologique. Le principe du pollueur payeur est indirectement sollicit\u00e9. Cet argument est<em> a priori <\/em>fond\u00e9. La r\u00e9partition des \u00e9missions de CO2 par secteurs d\u2019activit\u00e9 montre que les transports sont responsables de 29% des \u00e9missions, un poste plus important que l\u2019agriculture (20\u00a0%), les b\u00e2timents et r\u00e9sidentiels tertiaires (19\u00a0%), l\u2019industrie (18\u00a0%), la production d\u2019\u00e9nergie (11%), le traitement des d\u00e9chets (4\u00a0%) (CITEPA, 2018). \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur des transports, les voitures particuli\u00e8res repr\u00e9sentent 54% des \u00e9missions, soit 15,6% des \u00e9missions totales de CO2 et les poids lourds 21%, soit 11,3\u00a0% des \u00e9missions. Les autres modes de transports, notamment a\u00e9rien et maritime, \u00e9mettent sensiblement moins d\u2019\u00e9missions de CO2. Augmenter la TICPE (Taxe int\u00e9rieure de consommation sur les produits \u00e9nerg\u00e9tiques) appara\u00eet l\u00e9gitime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les pr\u00e9visions du gouvernement, le montant total des recettes de la TICPE (essence, di\u00e9sel et fioul) devrait \u00eatre de 33,8 milliards d\u2019euros en 2018 (et 37,7 milliards en 2019 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019augmentation de la TICPE). Assimiler l\u2019augmentation de la TICPE \u00e0 la transition \u00e9cologique est toutefois trompeur. Seulement 21% de la TICPE sont directement affect\u00e9s \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique, soit 7,1 milliards en 2018. L\u2019essentiel de la TICPE est donc affect\u00e9 au budget g\u00e9n\u00e9ral pour financer d\u2019autres d\u00e9penses ou compenser les pertes de recettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, et ces donn\u00e9es invalident le discours du gouvernement, malgr\u00e9 une hausse de la TICPE attendue de 3,9 milliards d\u2019euros en 2019, la part r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique ne va pas augmenter (Sen\u00e9cat et Vaudamo, 2018). La hausse de la taxe est donc d\u00e9tourn\u00e9e de son objectif officiel de financement de la transition \u00e9cologique. De la m\u00eame fa\u00e7on, pour l\u2019ann\u00e9e 2018, le projet de loi de finances rectificative a pr\u00e9vu de fl\u00e9cher vers le budget g\u00e9n\u00e9ral 577 millions d\u2019euros pr\u00e9lev\u00e9s du compte d\u2019affectation sp\u00e9ciale \u00ab\u00a0Transition \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb. Ces 577 millions d\u2019euros, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, correspondent \u00e0 l\u2019augmentation de la TICPE en 2018 (Public S\u00e9nat, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La strat\u00e9gie gouvernementale consiste donc, en invoquant la cause de la transition \u00e9cologique, \u00e0 augmenter la TICPE qui p\u00e8se sensiblement plus sur les bas revenus, et \u00e0 utiliser le montant de cette taxe pour permettre de limiter le d\u00e9ficit budg\u00e9taire et, notamment, financer les baisses d\u2019imp\u00f4ts accord\u00e9es aux contribuables les plus ais\u00e9s qui sont aussi, par ailleurs, les plus gros pollueurs. Les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre augmentent en effet fortement avec le niveau de revenu (Piketty, 2015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, la hausse des prix des carburants devrait r\u00e9duire la consommation des automobilistes. Mais cette corr\u00e9lation n\u00e9gative entre prix et consommation est faiblement v\u00e9rifi\u00e9e s\u2019il n\u2019existe pas d\u2019alternatives \u00e0 l\u2019usage de la voiture. La derni\u00e8re enqu\u00eate nationale de l\u2019Insee (2008) sur les \u00ab\u00a0modes de transports et d\u00e9placements\u00a0\u00bb des Fran\u00e7ais apporte sur cette question des informations utiles. Sur l\u2019ensemble du territoire m\u00e9tropolitain, de 80% \u00e0 90% des \u00ab\u00a0d\u00e9placements du domicile vers un lieu de travail fixe\u00a0\u00bb sont assur\u00e9s en voiture en tant que conducteur ou passager. Cette proportion consid\u00e9rable ne baisse que lorsque le r\u00e9sident habite au \u00ab\u00a0centre d\u2019un p\u00f4le urbain de plus de 100 000 habitants\u00a0\u00bb (61% de d\u00e9placements en voiture), dans la banlieue de Paris (45%) ou \u00e0 Paris m\u00eame (12,7%). La densit\u00e9 des transports collectifs urbains et p\u00e9riurbains est une des conditions d\u2019une r\u00e9duction de l\u2019usage de la voiture. Dans la banlieue parisienne, bien qu\u2019ils soient souvent d\u00e9grad\u00e9s, les transports collectifs demeurent cependant une r\u00e9elle alternative \u00e0 la voiture. Ils sont utilis\u00e9s par 45% des actifs. Augmenter la TICPE sans offrir une alternative \u00e0 la voiture permet d\u2019augmenter les recettes de l\u2019\u00c9tat, mais exerce un effet r\u00e9duit sur la baisse de la consommation de carburant (Combes, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour favoriser la transition \u00e9cologique, le gouvernement propose des primes pour renouveler le parc automobile par des voitures moins polluantes, voire des voitures \u00e9lectriques. La premi\u00e8re mesure ne peut exercer que des effets r\u00e9duits sur les \u00e9missions de CO2. Les normes europ\u00e9ennes de pollution plus s\u00e9v\u00e8res se sont traduites par une r\u00e9duction mod\u00e9r\u00e9e des \u00e9missions de CO2 tant les tests d\u2019homologation sous-estiment les consommations r\u00e9elles. Dans la tradition des \u00ab\u00a0Baladurettes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Jupettes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Sarkozytes\u00a0\u00bb, la politique des primes \u00e0 l\u2019achat rel\u00e8ve davantage du soutien au march\u00e9 de l\u2019industrie automobile, actuellement morose, qu\u2019\u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Quant \u00e0 la surprime pour la voiture \u00e9lectrique, <u><a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/economie\/automobile\/vehicules-electriques-l-ademe-invite-a-limiter-leur-usage-a-des-distances-limitees-type-trajet-domicile-travail-par-exemple_2969773.html\">l\u2019Ademe<\/a><\/u> indique que celle-ci, \u00e0 la fabrication, exerce des impacts environnementaux plus importants que les voitures thermiques en raison des diverses pollutions mini\u00e8res li\u00e9es \u00e0 l\u2019extraction des m\u00e9taux rares utilis\u00e9s dans les batteries. \u00c0 l\u2019instar des agro-carburants, cette solution est probl\u00e9matique\u00a0[<u><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html#nb3\">3<\/a><\/u>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une partie des mesures gouvernementales d\u2019accompagnement \u00e0 l\u2019augmentation de la taxe sur les carburants manifeste une pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 la voiture individuelle. Cette pr\u00e9f\u00e9rence est coh\u00e9rente avec la r\u00e9cente r\u00e9forme de la SNCF. Alors que l\u2019entretien des routes et l\u2019am\u00e9lioration des r\u00e9seaux routiers sont financ\u00e9s par l\u2019ensemble des contribuables, il en est autrement du r\u00e9seau ferroviaire financ\u00e9 essentiellement par les passagers. La dette du gestionnaire d\u2019infrastructure atteint pour cette raison pr\u00e8s de 45 milliards d\u2019euros fin 2016 (Spinetta, 2018) et a impos\u00e9, de 1950 \u00e0 2010, une r\u00e9duction de plus de 25% du r\u00e9seau, soit 10 00 km de lignes en moins. Sur le dernier demi-si\u00e8cle, la concurrence de la route qui accumule les investissements publics contribue \u00e0 expliquer la place grandissante des d\u00e9placements polluants li\u00e9s \u00e0 l\u2019automobile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin de revenir sur cette tendance, la r\u00e9cente r\u00e9forme de la SNCF accentue celle-ci. D\u2019abord, la r\u00e9forme pr\u00e9voit le recentrage sur les transports du quotidien en zone urbaine et p\u00e9riurbaine et les dessertes \u00e0 grande vitesse entre les principales m\u00e9tropoles fran\u00e7aises. La r\u00e9duction du r\u00e9seau secondaire va donc \u00eatre poursuivie ainsi que l\u2019isolement des populations rurales. Ensuite, l\u2019ouverture \u00e0 la concurrence, pr\u00e9vue d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 2019, va s\u2019op\u00e9rer sur la seule partie du r\u00e9seau actuellement rentable et r\u00e9duire d\u2019autant les recettes de la SNCF susceptibles de financer l\u2019entretien du r\u00e9seau secondaire non rentable. Loin de relancer des d\u00e9placements en train dont les \u00e9missions en CO2 sont r\u00e9duites, la r\u00e9forme de la SNCF risque d\u2019aboutir au r\u00e9sultat inverse. La privatisation partielle des chemins de fer anglais a d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9duction de la qualit\u00e9 du service et <u><a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/au-royaume-uni-la-privatisation-des-chemins-de-fer-deraille-628489.html\">une augmentation des prix<\/a><\/u>, facteurs peu favorables \u00e0 un usage plus intensif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres mesures gouvernementales vont \u00e0 l\u2019encontre de la transition \u00e9cologique. Ainsi, dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l\u2019\u00e9nergie (PLE), le cr\u00e9dit d\u2019imp\u00f4t transition \u00e9cologique (CITE) li\u00e9 au remplacement des fen\u00eatres en simple vitrage par du double vitrage a \u00e9t\u00e9 <u><a href=\"https:\/\/www.service-public.fr\/particuliers\/vosdroits\/F1224\">sensiblement r\u00e9duit<\/a><\/u>. \u00c0 un investissement de long terme susceptible d\u2019aider les m\u00e9nages \u00e0 r\u00e9duire leur facture \u00e9nerg\u00e9tique, le gouvernement a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le \u00ab\u00a0ch\u00e8que \u00e9nergie\u00a0\u00bb qui compense une partie du co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie au lieu d\u2019essayer de le r\u00e9duire. Le parall\u00e8le entre l\u2019augmentation de la taxe carbone aux effets \u00e9nerg\u00e9tiques incertains et la r\u00e9duction d\u2019une aide fiscale aux effets imm\u00e9diats et certains montre, de nouveau, que la th\u00e9matique de la transition \u00e9cologique est instrumentalis\u00e9e dans le but d\u2019accro\u00eetre les recettes de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la part de l\u2019actuel gouvernement, il existe un paradoxe \u00e0 invoquer la transition \u00e9cologique et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019augmenter la TICPE et, en m\u00eame temps, 1) de ne pas affecter la totalit\u00e9 de l\u2019accroissement des recettes de la TICPE \u00e0 cette transition, 2) de favoriser des palliatifs tels que le remplacement de vieux v\u00e9hicules par des plus r\u00e9cents, 3) de ne pas investir davantage dans les transports collectifs, 4) de r\u00e9duire des aides fiscales r\u00e9duisant la facture \u00e9nerg\u00e9tique. Les gilets jaunes ont une certaine conscience de ces paradoxes lorsqu\u2019ils indiquent que les solutions propos\u00e9es par le gouvernement sont inadapt\u00e9es. Le remplacement de leur v\u00e9hicule par un nouveau constitue un co\u00fbt souvent inaccessible. De surcro\u00eet, l\u2019amortissement d\u2019un tel achat ne peut se r\u00e9aliser que sur plusieurs ann\u00e9es et sa rentabilit\u00e9 est incertaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les raisons de la mobilisation des gilets jaunes sont doubles. Outre le sentiment de n\u2019\u00eatre ni entendus ni compris, ils expriment un puissant sentiment d\u2019injustice fiscale et ne sont pas convaincus par la politique gouvernementale de transition \u00e9cologique. Dans ces domaines, leur exp\u00e9rience subjective est objectivement fond\u00e9e. Parmi les revendications prot\u00e9iformes des gilets jaunes figurent aussi la taxation du k\u00e9ros\u00e8ne, celle du fuel lourd et, plus largement, le r\u00e9tablissement de l\u2019ISF, la taxation des entreprises les plus polluantes ou la lutte contre la fraude fiscale qui constitue un manque \u00e0 gagner consid\u00e9rable <u><a href=\"http:\/\/archives.solidairesfinancespubliques.fr\/gen\/cp\/dp\/dp2013\/120122_Rapport_fraude_evasionfiscale.pdf\">pour les finances publiques<\/a><\/u>. Autant de pistes qui rel\u00e8vent de l\u2019\u00e9quit\u00e9 fiscale, qui permettraient de financer et\/ou de favoriser la transition \u00e9cologique, et qui ne sont ni propos\u00e9es ni, semble-t-il, envisag\u00e9es par le gouvernement. Si le \u00ab\u00a0grand d\u00e9bat national\u00a0\u00bb pr\u00e9voit d\u2019aborder la question fiscale, celle-ci est envisag\u00e9e dans le cadre d\u2019une <u><a href=\"https:\/\/www.gouvernement.fr\/le-grand-debat-national\">\u00ab\u00a0fiscalit\u00e9 efficace et comp\u00e9titive\u00a0\u00bb<\/a><\/u>. La th\u00e9matique de la justice fiscale, centrale dans le mouvement des gilets jaunes, est d\u2019embl\u00e9e marginalis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment un tel foss\u00e9 a-t-il pu se construire entre le gouvernement et une large frange de citoyens\u00a0? Majoritairement issues des cat\u00e9gories bourgeoises hautement dot\u00e9es en capital culturel et\/ou \u00e9conomique, les \u00e9lites dirigeantes ignorent largement le monde social, la spirale de la marginalisation, les processus de d\u00e9litements des liens sociaux, la peur du d\u00e9classement et les fins de mois difficiles. Dans les \u00ab\u00a0grandes \u00e9coles\u00a0\u00bb (polytechnique, HEC, ENA\u2026), ces \u00e9coles de pouvoir, la formation des \u00e9lites en psychologie, sociologie, histoire, g\u00e9ographie, \u00e9conomie est souvent lacunaire. Pour autant que des formations en sciences sociales aient lieu, par exemple en \u00e9conomie, elles sont s\u00e9lectionn\u00e9es pour \u00eatre \u00ab\u00a0utiles\u00a0\u00bb. Elles sont souvent l\u2019objet de luttes id\u00e9ologiques et sont parfois davantage susceptibles de d\u00e9sinformer que de comprendre le monde social\u00a0[<u><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Sentiment-d-injustice-et-revolte-sociale.html#nb4\">4<\/a><\/u>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le mouvement des gilets jaunes r\u00e9sulte de la d\u00e9connexion des \u00e9lites, cette interpr\u00e9tation occulte une analyse du conflit en termes de lutte des classes. Les r\u00e9formes socio-fiscales, sp\u00e9cifiquement la suppression de l\u2019ISF et la cr\u00e9ation du PFU, ont largement favoris\u00e9 les cat\u00e9gories sociales les plus riches au d\u00e9triment des cat\u00e9gories populaires et moyennes. Ces derni\u00e8res revendiquent un partage moins in\u00e9quitable des richesses. Pour cette raison, le mouvement des gilets jaunes et la politique du gouvernement sont en opposition frontale. Il n\u2019existe pas de \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb entre le sommet et la base, seulement des compromis provisoires et fragiles. Soit ils sont \u00e9labor\u00e9s par la n\u00e9gociation, soit ils \u00e9mergent de la violence. Seul le premier choix est compatible avec la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour substituer la concertation \u00e0 la violence, il aurait fallu que le gouvernement f\u00fbt capable d\u2019un geste symbolique et financier fort. Lorsque l\u2019ISF a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9, le ministre de l\u2019\u00e9conomie a indiqu\u00e9 que les effets de cette mesure seraient \u00e9valu\u00e9s. Certains ministres ont rappel\u00e9 cet engagement au plus fort de la crise des gilets jaunes. Le pr\u00e9sident a exclu l\u2019id\u00e9e de revenir sur cet all\u00e9gement fiscal. En restant fid\u00e8le \u00e0 son image de pr\u00e9sident des riches et \u00e0 une politique qui leur est particuli\u00e8rement favorable, Emmanuel Macron a perdu une occasion de repenser son action politique. Il a pris ainsi le risque de faire, \u00e0 terme, le lit des extr\u00e9mismes politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5289\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/SalonDames-190202-02-169x300.jpg\" alt=\"\" width=\"169\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/SalonDames-190202-02-169x300.jpg 169w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/SalonDames-190202-02.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 169px) 100vw, 169px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelles que soient les causes structurelles, ce sont deux \u00e9l\u00e9ments ponctuels qui ont aliment\u00e9 le sentiment d\u2019injustice et d\u00e9clench\u00e9 la r\u00e9volte des gilets jaunes\u00a0: l\u2019in\u00e9quit\u00e9 fiscale et l\u2019inad\u00e9quation \u00e9cologique.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[33,34],"class_list":["post-5277","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-social","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5277","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5277"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5277\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5297,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5277\/revisions\/5297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5277"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5277"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5277"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}