{"id":5592,"date":"2019-03-27T02:54:16","date_gmt":"2019-03-27T01:54:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=5592"},"modified":"2019-03-25T10:56:42","modified_gmt":"2019-03-25T09:56:42","slug":"dix-ans-apres-la-revolte-des-guadeloupeens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2019\/03\/27\/dix-ans-apres-la-revolte-des-guadeloupeens\/","title":{"rendered":"Dix ans apr\u00e8s la r\u00e9volte des Guadeloup\u00e9ens"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ch\u00f4mage, vie ch\u00e8re ou pollutions\u00a0: l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas tenu ses engagements <\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5590\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/GJ_arras-190330-1-196x300.jpg\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/GJ_arras-190330-1-196x300.jpg 196w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/GJ_arras-190330-1.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En janvier 2009, le LKP, collectif contre la \u00ab\u00a0profitation\u00a0\u00bb, d\u00e9clenchait la plus longue gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019histoire guadeloup\u00e9enne\u00a0: 44 jours pour exiger la fin de l\u2019h\u00e9ritage colonial, responsable de la vie ch\u00e8re. Sous la pression populaire, l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s signaient, le 26 f\u00e9vrier 2009, un accord instaurant une hausse de 200 euros des bas salaires. Un protocole comportant 165 points d\u2019accord \u00e9tait paraph\u00e9 par le pr\u00e9fet et les \u00e9lus locaux. Acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, lutte contre la vie ch\u00e8re, cr\u00e9ation d\u2019un prix unique de l\u2019eau, indemnisation des victimes de pesticides\u2026 Dix ans plus tard, la plupart de ces engagements n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s. Retour sur une lutte, et sur ses promesses trahies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas foule ce matin devant le palais de la mutualit\u00e9, \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre. L\u2019appel \u00e0 <em>\u00ab\u00a0reprendre le chemin de la lutte\u00a0\u00bb<\/em> lanc\u00e9 par une trentaine de syndicats et d\u2019associations ce samedi 2 f\u00e9vrier 2019 n\u2019a pas convaincu les Guadeloup\u00e9ens. C\u2019est donc un cort\u00e8ge modeste qui met le cap sur le centre commercial Carrefour Mil\u00e9nis. Depuis plus de deux mois, l\u2019hypermarch\u00e9 est en proie \u00e0 un conflit social tendu. Sur les visages des manifestants, beaucoup de col\u00e8re, de la rage aussi. <em>\u00ab\u00a0Despointes, voleur, Despointes, esclavagiste\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Jean Huygues-Despointes, propri\u00e9taire de cet hypermarch\u00e9 Carrefour, est dans le collimateur de la CGTG et de l\u2019UGTG, les deux principales organisations syndicales de Guadeloupe. Elles exigent notamment que tous les salari\u00e9s gagnant moins de 1,4 Smic b\u00e9n\u00e9ficient de la hausse de salaire de 200 euros pr\u00e9vue dans l\u2019accord interprofessionnel sur les r\u00e9mun\u00e9rations, sign\u00e9 il y a dix ans, le 26 f\u00e9vrier 2009. Il y a l\u00e0, effectivement, de quoi s\u2019impatienter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accord \u00ab\u00a0Jacques Bino\u00a0\u00bb \u2013 du nom du syndicaliste de la CGTG tu\u00e9 par balles le 17 f\u00e9vrier 2009 dans des circonstances toujours pas \u00e9lucid\u00e9es \u2013 symbolisait \u00e0 lui seul la victoire du LKP, le \u00ab\u00a0collectif contre l\u2019exploitation outranci\u00e8re\u00a0\u00bb, qui a conduit la plus longue gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019histoire de l\u2019archipel au nom de la lutte contre la vie ch\u00e8re\u00a0[<a href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Chomage-vie-chere-ou-pollutions-dix-ans-apres-la-revolte-des-Guadeloupeens-l#nb126-1\">1<\/a>]. Ce mouvement social de 44 jours a aussi \u00e9t\u00e9 un grand moment de v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant au public l\u2019\u00e9tendue de l\u2019exploitation exerc\u00e9e en Guadeloupe par quelques descendants de colons. Une semaine plus tard, le 4 mars, un <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2009\/03\/05\/le-lkp-signe-la-fin-de-la-greve-en-guadeloupe_1163420_3224.html\">second accord plus \u00e9tendu<\/a>, historique, \u00e9tait conclu avec l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s sur 165 points, reprenant presque int\u00e9gralement les revendications du LKP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La hausse de 200 euros des bas salaires\u00a0: \u00ab\u00a0Une tr\u00e8s grande victoire\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hausse de 200 euros des bas salaires, hausse des minimas sociaux, baisse des prix des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, baisse de 43 centimes du litre d\u2019essence, baisse de 5 \u00e0 10\u00a0% des tarifs bancaires, baisse de 3 \u00e0 10\u00a0% du prix de l\u2019eau, gel des loyers\u2026 Les deux accords de fin de conflit ont suscit\u00e9 beaucoup d\u2019espoir. Il fallait encore que l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s territoriales lui donnent une traduction r\u00e9elle. \u00c9lie Domota, toujours secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UGTG et leader du LKP, veut retenir la <em>\u00ab\u00a0tr\u00e8s grande victoire\u00a0\u00bb<\/em> que constitue la signature de l\u2019accord Bino, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle <em>\u00ab\u00a0plusieurs dizaines de milliers de travailleurs ont obtenu une augmentation de salaire\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9lie Domota, leader du LKP<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, comme le montre le conflit \u00e0 Carrefour Mil\u00e9nis, l\u2019application de cet accord reste un combat de tous les jours. La hausse de 200 euros des bas salaires devait \u00eatre financ\u00e9e pendant les trois premi\u00e8res ann\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, les collectivit\u00e9s et les entreprises. Puis par les entreprises seules, en vertu d\u2019une clause de convertibilit\u00e9. Or, d\u00e8s le 10 avril 2009, cette clause a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e de l\u2019arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel cens\u00e9 ent\u00e9riner l\u2019accord. R\u00e9sultat\u00a0: certaines entreprises versent 200 euros, d\u2019autres rien du tout. D\u2019autres encore, ont sign\u00e9 leur propre accord. <em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat a institu\u00e9 une discrimination entre les salari\u00e9s et une distorsion de concurrence entre les employeurs\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9plore \u00c9lie Domota.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019alimentaire 42\u00a0% plus cher que dans l\u2019Hexagone, la t\u00e9l\u00e9phonie 60\u00a0%<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gilets jaunes avant l\u2019heure, les Guadeloup\u00e9ens qui sont descendus en masse dans la rue en 2009 avaient mis le pouvoir d\u2019achat en t\u00eate de leurs priorit\u00e9s. La vie est-elle devenue moins ch\u00e8re depuis\u00a0? Le prix des carburants, d\u00e9clencheur de la r\u00e9volte, a incontestablement baiss\u00e9. Il est aujourd\u2019hui inf\u00e9rieur d\u2019environ 20 centimes au prix moyen pratiqu\u00e9 dans l\u2019Hexagone. Les produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, en revanche, ne semblent pas avoir diminu\u00e9. La derni\u00e8re <a href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1908163\">\u00e9tude comparative<\/a> de l\u2019Insee sur les prix \u00e0 la consommation, publi\u00e9e en 2016, rel\u00e8ve des prix de l\u2019alimentaire sup\u00e9rieurs de 42\u00a0% \u00e0 ceux de l\u2019Hexagone, si l\u2019on prend comme r\u00e9f\u00e9rence le panier m\u00e9tropolitain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les autres produits, c\u2019est encore pire. Dans la t\u00e9l\u00e9phonie, l\u2019\u00e9cart atteint 60\u00a0%. Quant aux pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es automobiles, leur prix passe facilement du simple au double en traversant l\u2019Atlantique. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est un march\u00e9 captif\u00a0\u00bb<\/em>, soupire Victorin Lurel, s\u00e9nateur socialiste de la Guadeloupe et ancien ministre des outre-mer. Un march\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 par la famille Hayot, la plus riche des Antilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019\u00e9chec d\u2019une politique misant exclusivement sur \u00ab\u00a0le march\u00e9 et la concurrence\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit des engagements pris par les pouvoirs publics, aucun suivi r\u00e9gulier des prix n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9. Un Bureau d\u2019\u00e9tudes ouvri\u00e8res (BEO) int\u00e9grant syndicats et associations de consommateurs a bien vu le jour, conform\u00e9ment au protocole du 4 mars 2009, mais il a d\u00fb jeter l\u2019\u00e9ponge, l\u2019\u00c9tat n\u2019ayant pas pay\u00e9 sa contribution&#8230; Nomm\u00e9 ministre des outre-mer \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Fran\u00e7ois Hollande, Victorin Lurel jette le BEO aux oubliettes et met tous ses espoirs dans sa loi du 20 novembre 2012, dite de <em>\u00ab\u00a0r\u00e9gulation \u00e9conomique dans les outre-mer\u00a0\u00bb<\/em>, ou loi Lurel. Parmi ses objectifs\u00a0: faire la chasse aux pratiques anti-concurrentielles et instaurer un \u00ab\u00a0bouclier qualit\u00e9 prix\u00a0\u00bb (BQP), cens\u00e9 mod\u00e9rer les prix des produits de grande consommation. Victorin Lurel, interrog\u00e9 par <em>Basta\u00a0!<\/em>, en r\u00e9sume la philosophie\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le march\u00e9 et la concurrence restent les seuls facteurs pour faire baisser les prix et pr\u00e9server le pouvoir d\u2019achat. (&#8230;) Les prix administr\u00e9s, \u00e7a ne marche plus, c\u2019est d\u2019un autre temps.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui s\u00e9nateur PS, l\u2019ancien ministre admet que son texte, plus de six ans apr\u00e8s, n\u2019a pas permis d\u2019\u00e9tablir une <em>\u00ab\u00a0concurrence effective\u00a0\u00bb<\/em> dans les outre-mer. Ni de de s\u2019attaquer aux marges abusives et aux abus de position dominante. L\u2019import et la distribution restent domin\u00e9s par deux familles, les Despointes et les Hayot. Quant au BQP, <em>\u00ab\u00a0il n\u2019a servi \u00e0 rien\u00a0\u00bb<\/em>, enfonce Jean-Yves Le Merrer, pr\u00e9sident de l\u2019Association de d\u00e9fense, d\u2019\u00e9ducation et d\u2019information du consommateur (Adeic) en Guadeloupe. Selon l\u2019Adeic, certains produits du bouclier sont souvent en rupture de stock. L\u2019association pointe \u00e9galement des \u00e9carts de prix injustifi\u00e9s entre deux magasins d\u2019une m\u00eame enseigne. Pour Jean-Yves Le Merrer, <em>\u00ab\u00a0la loi Lurel est inapplicable.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>53\u00a0% des jeunes guadeloup\u00e9ens sans emploi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fin janvier 2019, Victorin Lurel a d\u00e9pos\u00e9 deux amendements au S\u00e9nat pour am\u00e9liorer sa loi. Mais <em>\u00ab\u00a0au p\u00f4le concurrence des Direccte<\/em>\u00a0[<a href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Chomage-vie-chere-ou-pollutions-dix-ans-apres-la-revolte-des-Guadeloupeens-l#nb126-2\">2<\/a>]<em>, les agents ne sont m\u00eame pas assez nombreux pour aller sur le terrain\u00a0\u00bb<\/em>, regrette le s\u00e9nateur. Dans le protocole du 4 mars 2009, l\u2019\u00c9tat s\u2019\u00e9tait pourtant engag\u00e9 \u00e0 <em>\u00ab\u00a0augmenter le nombre d\u2019inspecteurs et contr\u00f4leurs de la concurrence et de la r\u00e9pression des fraudes pour cr\u00e9er une brigade de contr\u00f4le des prix\u00a0\u00bb<\/em>. Le 20 d\u00e9cembre 2018, 6 ans apr\u00e8s le vote de la loi Lurel, Bruno Le Maire et Annick Girardin ont nomm\u00e9 un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la concurrence en outre-mer. Une d\u00e9cision qui sonne comme un aveu d\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la \u00ab\u00a0vie ch\u00e8re\u00a0\u00bb est un mal r\u00e9current outre-mer, le ch\u00f4mage l\u2019est tout autant, et particuli\u00e8rement celui des jeunes. En 2009 selon l\u2019Insee, 55% des Guadeloup\u00e9ens \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 24 ans \u00e9taient sans emploi. En 2017, ils \u00e9taient encore 53%. Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, \u00c9lie Domota continue de d\u00e9noncer le sacrifice d\u2019une jeunesse d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e, ainsi que la pr\u00e9f\u00e9rence trop souvent donn\u00e9e, selon lui, aux m\u00e9tropolitains et aux \u00e9trangers dans l\u2019attribution de certains postes. <em>\u00ab\u00a0Le chantier EDF \u00e0 Jarry, ce sont des Espagnols qui ont travaill\u00e9 dessus. Et sur le chantier du nouveau CHU, pourquoi les autorit\u00e9s, les \u00e9lus, n\u2019ont pas fait en sorte que les Guadeloup\u00e9ens soient dignement form\u00e9s pour occuper un certain nombre d\u2019emplois\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel avenir pour les jeunes dans cet archipel qui a conserv\u00e9 la structure d\u2019une \u00e9conomie de plantation et o\u00f9 domine l\u2019emploi administratif\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Nous avons un gros probl\u00e8me de cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb<\/em>, juge Willy Ang\u00e8le. Aujourd\u2019hui dirigeant d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de conseils, il \u00e9tait pr\u00e9sident du Medef Guadeloupe au moment du mouvement social de 2009 et n\u2019a pas sign\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019accord d\u2019augmentation de 200 euros des bas salaires. Insoutenable \u00e9conomiquement, selon lui. <em>\u00ab\u00a0Notre \u00e9conomie marche sur une seule jambe<\/em>, explique-t-il\u00a0: <em>la consommation. Et celle-ci est nourrie essentiellement par des transferts de fonds publics. Quand on a cr\u00e9\u00e9 les d\u00e9partements d\u2019outre-mer en 1946, on avait deux options\u00a0: construire le d\u00e9veloppement \u00e9conomique ou faire du transfert social. On a choisi la deuxi\u00e8me option.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Nous payons pour \u00eatre empoisonn\u00e9s\u00a0! Et nous payons ch\u00e8rement\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Willy Ang\u00e8le oublie de dire que l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits sociaux en outre-mer a \u00e9t\u00e9 un long combat. Ainsi, les Guadeloup\u00e9ens n\u2019ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du Smic et du RMI m\u00e9tropolitains qu\u2019en 1996 et 2002, respectivement. Bien longtemps apr\u00e8s leurs compatriotes de l\u2019Hexagone. Pour l\u2019ex-pr\u00e9sident du Medef Guadeloupe, l\u2019\u00eele aux belles eaux est rest\u00e9e <em>\u00ab\u00a0un pays en d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb<\/em> faute d\u2019investissements suffisants. Sur ce point, l\u2019\u00e9tat actuel du r\u00e9seau de distribution d\u2019eau potable lui donne malheureusement raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se lever, vouloir prendre sa douche&#8230; mais pas une goutte ne sort du robinet. Voil\u00e0 une situation tout \u00e0 fait banale dans la Guadeloupe de 2019. Les \u00ab\u00a0tours d\u2019eau\u00a0\u00bb, ces coupures organis\u00e9es pour pallier la v\u00e9tust\u00e9 du r\u00e9seau, n\u2019\u00e9pargnent personne. En raison de l\u2019\u00e9tat d\u00e9sastreux des canalisations, selon la pr\u00e9fecture deux litres sur trois n\u2019arrivent pas au robinet\u00a0! Premi\u00e8res responsables\u00a0: les collectivit\u00e9s, qui ont en charge leur gestion depuis la loi de d\u00e9centralisation de 1982. De plus, <em>\u00ab\u00a0les compteurs sont d\u00e9faillants et notre eau contient des pesticides, de la boue et des engrais\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9nonce Germain Paran, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 des usagers de l\u2019eau de la Guadeloupe. <em>\u00ab\u00a0Nous payons pour \u00eatre empoisonn\u00e9s\u00a0! Et nous payons ch\u00e8rement\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019emporte-t-il. Selon la pr\u00e9fecture, <em>\u00ab\u00a070% des stations de traitement des eaux us\u00e9es ne sont pas conformes\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 la r\u00e9glementation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c9tat d\u00e9sastreux du r\u00e9seau de distribution d\u2019eau potable<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Guadeloupe, le prix du m\u00e8tre cube peut doubler d\u2019une commune \u00e0 l\u2019autre. Le r\u00e9seau d\u2019eau potable souffre non seulement d\u2019un grave sous-investissement, mais aussi de la multiplicit\u00e9 des acteurs en charge de sa gestion. Les associations militent depuis dix ans pour la cr\u00e9ation d\u2019un syndicat unique de gestion. En vain. Un rapport d\u2019audit interminist\u00e9riel publi\u00e9 en mai 2018 estime qu\u2019il faudrait investir au minimum 50 millions d\u2019euros par an <em>\u00ab\u00a0pour commencer \u00e0 rattraper un peu le retard pris dans le renouvellement\u00a0\u00bb<\/em> du r\u00e9seau. Probl\u00e8me\u00a0: les intercommunalit\u00e9s sont mal en point. A commencer par la communaut\u00e9 d\u2019agglom\u00e9ration Grand Sud Cara\u00efbes (autour de Basse-Terre), qui tra\u00eene une dette de 75 millions d\u2019euros\u00a0[<a href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Chomage-vie-chere-ou-pollutions-dix-ans-apres-la-revolte-des-Guadeloupeens-l#nb126-3\">3<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une \u00eele toujours malade du chlord\u00e9cone<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Pr\u00e9fet Philippe Gustin est inquiet. La population guadeloup\u00e9enne est en baisse et les projections ne sont pas bonnes. Au cours de la prochaine d\u00e9cennie, l\u2019archipel pourrait perdre jusqu\u2019\u00e0 50 000 habitants, soit un habitant sur huit. <em>\u00ab\u00a0On savait que les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s quittaient la Guadeloupe, mais les jeunes non dipl\u00f4m\u00e9s aussi, tout comme les anciens (\u2026), parce que l\u2019environnement qui leur est offert ne les satisfait pas.\u00a0\u00bb<\/em> Et l\u00e0 encore, on ne peut pas dire que l\u2019\u00c9tat soit exemplaire en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons le sujet qui pr\u00e9occupe le plus les Antillais aujourd\u2019hui\u00a0: la pollution au chlord\u00e9cone, un pesticide ultra-toxique utilis\u00e9 pendant plus de vingt ans dans les bananeraies avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s fran\u00e7aises\u00a0[<a href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Chomage-vie-chere-ou-pollutions-dix-ans-apres-la-revolte-des-Guadeloupeens-l#nb126-4\">4<\/a>]. Emmanuel Macron, \u00e0 l\u2019occasion du \u00ab\u00a0grand d\u00e9bat national\u00a0\u00bb, le 1er f\u00e9vrier, a pr\u00e9tendu devant les \u00e9lus d\u2019outre-mer que le chlord\u00e9cone n\u2019\u00e9tait pas canc\u00e9rig\u00e8ne. Un jeu pervers visant \u00e0 \u00e9viter \u00e0 l\u2019\u00c9tat de devoir indemniser des milliers de personnes malades de ce pesticide, comme le demandait d\u00e9j\u00e0 le LKP en 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant encore plusieurs si\u00e8cles, le chlord\u00e9cone restera bien une menace directe pour tous les travailleurs de la banane mais aussi pour les autres habitants qui mangent des tubercules ou des l\u00e9gumes locaux et boivent l\u2019eau du robinet. En 2006, d\u00e9j\u00e0, l\u2019avocat Harry Durimel, \u00e0 l\u2019\u00e9poque porte-parole des Verts en Guadeloupe, d\u00e9posait plainte contre X, au nom de plusieurs associations, <em>\u00ab\u00a0pour mise en danger de la vie d\u2019autrui et administration de substances nuisibles ayant port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019autrui\u00a0\u00bb<\/em>. Treize ans plus tard, toujours aucune mise en examen. Pourquoi une telle lenteur\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Parce que c\u2019est une affaire d\u2019\u00c9tat\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, l\u00e2che l\u2019avocat. Parmi les personnes vis\u00e9es par cette plainte, de hauts responsables politiques sont en cheville avec les lobbies agricoles. Le 23 janvier, la proposition de loi visant \u00e0 cr\u00e9er un fonds d\u2019indemnisation des victimes du chlord\u00e9cone, d\u00e9pos\u00e9e par la d\u00e9put\u00e9e guadeloup\u00e9enne H\u00e9l\u00e8ne Vainqueur-Christophe a \u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/la1ere.francetvinfo.fr\/assemblee-nationale-n-examinera-pas-proposition-loi-creation-fonds-indemnisation-victimes-du-chlordecone-672691.html\">rejet\u00e9e<\/a> par la commission des Affaires sociales de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les sargasses, l\u2019autre catastrophe qui ne dit pas son nom<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 2011, un nouveau fl\u00e9au est venu s\u2019ajouter aux difficult\u00e9s des Guadeloup\u00e9ens, restaurateurs et h\u00f4teliers notamment\u00a0: les sargasses, des algues brunes, venues vraisemblablement des c\u00f4tes br\u00e9siliennes, qui envahissent chaque ann\u00e9e les plages et les marinas. En se d\u00e9composant, elles d\u00e9gagent de l\u2019ammoniac et de l\u2019hydrog\u00e8ne sulfur\u00e9, un gaz mortel \u00e0 tr\u00e8s forte dose. La pr\u00e9fecture et l\u2019Agence r\u00e9gionale de sant\u00e9 affirment qu\u2019en raison des faibles \u00e9missions gazeuses, les risques encourus par les riverains sont sans commune mesure avec le ph\u00e9nom\u00e8ne des algues vertes en Bretagne. L\u2019\u00c9tat refuse aux communes sinistr\u00e9es de reconnaitre l\u2019\u00e9tat de catastrophe naturelle car il s\u2019agit, dit-il, d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne <em>\u00ab\u00a0r\u00e9current\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9current, sans doute, mais de plus en plus persistant. Cette ann\u00e9e, les premi\u00e8res algues sont arriv\u00e9es d\u00e8s le mois de janvier et ne devraient pas dispara\u00eetre avant ao\u00fbt ou septembre. Une nouvelle bataille en perspective pour Ma\u00eetre Harry Durimel, qui a d\u00e9cid\u00e9 de porter l\u2019affaire devant le tribunal correctionnel. Il compte sur une jurisprudence bien fournie en la mati\u00e8re. L\u2019an dernier, par exemple, l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 verser plus de 500\u00a0000\u00a0euros \u00e0\u00a0l\u2019agglom\u00e9ration de Saint-Brieuc. Sa faute\u00a0? N\u2019avoir pas su emp\u00eacher la prolif\u00e9ration d\u2019algues vertes dans cette baie pollu\u00e9e depuis des d\u00e9cennies par l\u2019\u00e9levage industriel. De m\u00eame, l\u2019avocat guadeloup\u00e9en consid\u00e8re que l\u2019\u00c9tat aurait d\u00fb <em>\u00ab\u00a0mettre les moyens\u00a0\u00bb<\/em> pour emp\u00eacher les sargasses d\u2019atteindre le littoral antillais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Trois grands-messes, deux lois, et la d\u00e9ception d\u2019une population<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En l\u2019espace de dix ans, les outre-mer auront connu trois grands-messes\u00a0: les \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/archives.etatsgenerauxdeloutremer.fr\/\">\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux<\/a>\u00a0\u00bb en 2009, les \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.gouvernement.fr\/les-assises-des-outre-mer\">Assises<\/a>\u00a0\u00bb en 2017-2018, et le \u00ab\u00a0Grand d\u00e9bat national\u00a0\u00bb aujourd\u2019hui. Mais aussi deux lois cens\u00e9es changer les choses\u00a0: \u00ab\u00a0contre la vie ch\u00e8re\u00a0\u00bb en 2012, pour \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle\u00a0\u00bb en 2017. Tout cela sans r\u00e9sultats tangibles. L\u2019\u00c9tat, notamment, ne s\u2019est pas donn\u00e9 les moyens de bousculer les pouvoirs \u00e9conomiques responsables de la vie ch\u00e8re. Tout comme il se r\u00e9v\u00e8le incapable de r\u00e9pondre aux cons\u00e9quences sanitaires de l\u2019un des plus graves scandales fran\u00e7ais de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, celui du chlord\u00e9cone. La gestion des probl\u00e8mes d\u2019eau potable et d\u2019assainissement par les \u00e9lus locaux s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e catastrophique, tandis que la d\u00e9fiance entre syndicats et patronat reste forte, et toujours marqu\u00e9e par le fant\u00f4me de l\u2019esclavage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Guadeloupe reste emp\u00eatr\u00e9e dans des aspirations contradictoires\u00a0: davantage d\u2019\u00e9galit\u00e9 avec la m\u00e9tropole, et davantage d\u2019autonomie aussi. En clair\u00a0: plus d\u2019\u00c9tat et moins d\u2019\u00c9tat&#8230; Aujourd\u2019hui d\u00e9\u00e7us par les faibles r\u00e9sultats de leur mobilisation historique en 2009, les Guadeloup\u00e9ens n\u2019ont pas pour autant abdiqu\u00e9, assure Elie Domota, le porte-parole du LKP\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le peuple va continuer \u00e0 descendre dans la rue et poursuivre son chemin vers l\u2019\u00e9mancipation. Nous ne serons peut-\u00eatre plus l\u00e0 pour le voir, vous et moi, mais le combat continue.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Bastamag.net<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-5591\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/SalonDames-190323-01-218x300.jpg\" alt=\"\" width=\"218\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/SalonDames-190323-01-218x300.jpg 218w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/SalonDames-190323-01.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ch\u00f4mage, vie ch\u00e8re ou pollutions\u00a0: l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas tenu ses engagements<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[18,33,34],"class_list":["post-5592","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","tag-arnaque","tag-social","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5592"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5592\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5593,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5592\/revisions\/5593"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}