{"id":6047,"date":"2019-06-09T02:09:32","date_gmt":"2019-06-09T00:09:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6047"},"modified":"2019-06-10T15:20:14","modified_gmt":"2019-06-10T13:20:14","slug":"contre-euralille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2019\/06\/09\/contre-euralille\/","title":{"rendered":"Contre Euralille"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour son d\u00e9mant\u00e8lement <\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec <a href=\"https:\/\/www.hobo-diffusion.com\/fssProduit\/findByEditeur\/editeur\/93\">Contre Euralille<\/a>, vous lirez l\u2019histoire des renoncements socialistes des ann\u00e9es 80, leur \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb avec le patronat local, et quelques saillies cyniques de l\u2019architecte Rem Koolhaas. C\u2019est donc un livre \u00e0 lire, d\u2019autant qu\u2019il est bien \u00e9crit. En conclusion, publi\u00e9e ci-dessous, les auteurs l\u00e8vent quelques pistes pour prendre du \u00ab\u00a0pouvoir sur la ville\u00a0\u00bb. Il est fait mention de la friche Saint-Sauveur, m\u00eame si la contestation n\u2019est vue que par son aspect judiciaire. Pourtant, ce qui s\u2019exp\u00e9rimente sur son Belv\u00e9d\u00e8re, permet de r\u00e9pondre au d\u00e9bat lanc\u00e9 par le livre\u00a0: que faire d\u2019Euralille\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre pose la question de l\u2019avenir id\u00e9al du quartier\u00a0: faudrait-il le d\u00e9truire ou en subvertir les fonctions\u00a0? Dans la r\u00e9alit\u00e9, la question peut sembler saugrenue, mais elle permet de se projeter dans la ville que nous voulons. Les premiers \u00e9cologistes comme Jacques Ellul d\u00e9fendaient que la technique impose ses usages\u00a0; qu\u2019il n\u2019y a donc pas de subversion possible \u2013 ici, de l\u2019urbain. Le situationniste Guy Debord, cit\u00e9 par les auteurs de <em>Contre Euralille<\/em>, reprochait \u00e0 l\u2019ex-situ Constant de vouloir \u00ab\u00a0int\u00e9grer les masses dans la civilisation technique capitaliste\u00a0\u00bb lorsque celui-ci imaginait profiter des progr\u00e8s de l\u2019automatisation et des t\u00e9l\u00e9-communications pour faire de la ville un espace de jeu (Debord fera \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame reproche \u00e0 H. Lefebvre, l\u2019auteur du <em>Droit \u00e0 la ville<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon nous, \u00ab\u00a0reprendre du pouvoir sur la ville\u00a0\u00bb reviendrait \u00e0 une plus grande participation des citoyens dans l\u2019\u00ab\u00a0organisation concentrationnaire de la vie\u00a0\u00bb (Debord). Ce qu\u2019on appelle encore abusivement la \u00ab\u00a0ville\u00a0\u00bb n\u2019est plus seulement un lieu de confrontation de classe, mais une m\u00e9ga-machine technique aux mains de sp\u00e9cialistes, d\u2019ing\u00e9nieurs des eaux, des ponts, de l\u2019\u00e9nergie, des t\u00e9l\u00e9coms, tout autant responsables de notre survie que de ce qui la menace. Si l\u2019air de la ville m\u00e9di\u00e9vale a pu <a href=\"https:\/\/www.elnorpadcado.fr\/Inauguration-du-Beffroi-de-Saint-Sauveur-en-photos\">rendre libre<\/a>, il provoque d\u00e9sormais des insuffisances respiratoires. Il n\u2019y a donc pas plus d\u2019\u00ab\u00a0autogestion\u00a0\u00bb de la ville qu\u2019il n\u2019y a de nucl\u00e9aire citoyen. La question est\u00a0: reprendre du pouvoir, oui, mais sur <em>quoi<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une gare TGV comme Lille Europe n\u2019existerait pas dans un monde sans \u00e9nergie nucl\u00e9aire. Elle doit donc \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9e avec la centrale de Gravelines. Sans cette gare TGV, les tours de bureaux d\u2019Euralille n\u2019existeraient pas non plus. Car elles n\u2019ont d\u2019utilit\u00e9 que dans cette organisation atomique du travail pour turbo-cadres connect\u00e9s, riv\u00e9s \u00e0 un ordinateur et s\u00e9par\u00e9s de tout dans leur petit bureau. Elles devront donc \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9es elles aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu de projection utopique sur un quartier permet bien s\u00fbr d\u2019imaginer plus largement l\u2019avenir de notre civilisation technopolitaine. Or, notre modeste contribution au d\u00e9bat est \u00e9crite depuis le Belv\u00e9d\u00e8re de la friche Saint Sauveur, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on peut sentir ce qu\u2019un \u00ab\u00a0d\u00e9laiss\u00e9 urbain\u00a0\u00bb offre comme libert\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 les usages de l\u2019espace n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9s par des urbanistes (ici, la SPL Euralille \u2013 \u00e0 d\u00e9manteler), l\u00e0 o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience de la non-ville ouvre tant de perspectives. Voil\u00e0 une des pistes lev\u00e9es par le livre qui rappelle cette exp\u00e9rience d\u2019\u00ab\u00a0architecture vernaculaire\u00a0\u00bb sur l\u2019ancienne zone des Dondaines, ensevelie sous le quartier d\u2019affaires. D\u00e9cid\u00e9ment, c\u2019est un livre \u00e0 lire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extraits de la conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Con\u00e7u dans le d\u00e9passement des oppositions id\u00e9ologiques,<\/strong> incarn\u00e9 par une architecture d\u00e9lirante et projet\u00e9 comme une matrice \u00e9conomique, le projet Euralille est une entreprise avou\u00e9e de substitution d\u2019une ville \u00e0 une autre. Alors, que faire d\u2019Euralille\u00a0? Que faire de ce non-lieu et de sa pr\u00e9tention \u00e0 gangrener le territoire qui l\u2019entoure \u2013 que faire, en somme, contre la m\u00e9tropole\u00a0? Comment retrouver le sens de l\u2019habiter, l\u2019\u00e9chelle des individus et du lien quotidien\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question est d\u2019autant plus \u00e9pineuse qu\u2019elle ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un constat historique, qui ouvre \u00e0 son tour son lot d\u2019interrogations. La centralit\u00e9 du travail dans le mouvement r\u00e9volutionnaire a perdu la position dominante qu\u2019elle occupait au si\u00e8cle dernier. Par quels moyens, en effet, recr\u00e9er du commun autour du turbin quand \u2013 dans l\u2019agglom\u00e9ration lilloise peut-\u00eatre plus qu\u2019ailleurs \u2013 il s\u2019est r\u00e9tract\u00e9 \u00e0 ce point\u00a0? Quand les emplois disponibles sont si peu stables et aussi atomis\u00e9s\u00a0? Quand, dans certains quartiers de Lille, plus de la moiti\u00e9 de la population en \u00e2ge de travailler n\u2019a pas de boulot\u00a0? Et quand, enfin, la perspective du \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb n\u2019enr\u00f4le plus grand monde\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sym\u00e9triquement \u00e0 ce d\u00e9clin du travail dans l\u2019activation des luttes collectives, apparaissent aujourd\u2019hui de multiples t\u00e9moignages de l\u2019importance croissante du rapport au territoire dans la construction des identit\u00e9s sociales. Les protagonistes de la lutte des classes ne sont plus simplement les \u00ab\u00a0ouvriers\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0patrons\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0contrema\u00eetres\u00a0\u00bb. Ce sont aussi \u00ab\u00a0les habitants des quartiers populaires\u00a0\u00bb, ceux des \u00ab\u00a0ghettos de riches\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0bobos des quartiers branch\u00e9s\u00a0\u00bb. Autant de cat\u00e9gories qui, au-del\u00e0 de leur caract\u00e8re sch\u00e9matique, d\u00e9signent toutes la m\u00eame reconfiguration en cours des rapports de force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est d\u2019ailleurs tout l\u2019enjeu de la matrice Euralille\u00a0: elle \u00e9tend sa logique au moment m\u00eame o\u00f9 une part importante des identit\u00e9s sociales migre du travail vers l\u2019habitat \u2013 comme si le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un territoire, \u00e0 sa ville ou \u00e0 son quartier devenait un \u00e9l\u00e9ment central de l\u2019affirmation de son identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance du r\u00f4le \u00e9conomique des m\u00e9tropoles, une fraction croissante de la population reconstruit ses attaches symboliques sur une base moins directement li\u00e9e \u00e0 la place qui lui est assign\u00e9e dans le proc\u00e8s de production, qu\u2019\u00e0 la position occup\u00e9e dans la g\u00e9ographie du capital. \u00c0 la suite d\u2019autres contributions, ce chapitre s\u2019inscrit donc dans les d\u00e9bats politiques \u2013 strat\u00e9giques, si l\u2019on veut \u2013 autour du territoire et des mani\u00e8res de l\u2019habiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9rer le lien qui lie chaque habitant \u00e0 son quartier et \u00e0 sa vie quotidienne consiste \u00e0 prendre fait et cause contre la philosophie d\u2019Euralille en elle-m\u00eame, et se donner les moyens de s\u2019y opposer en pratique. Sur une place d\u2019un quartier en gentrification, sur un rond-point du p\u00e9ri-urbain ou dans les for\u00eats des ZAD les premiers gestes d\u2019une lutte sont aujourd\u2019hui ceux qui investissent ou construisent des maisons. Ceci est loin d\u2019\u00eatre anodin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019enjeu semble se d\u00e9placer, les m\u00e9thodes, elles, n\u2019ont pas fondamentalement chang\u00e9. Les outils de ceux qui voulaient entraver la bonne marche du capitalisme industriel ne sont pas si diff\u00e9rents de ceux que d\u00e9veloppent aujourd\u2019hui les nouveaux prolos de la m\u00e9tropole. Ils se d\u00e9clinent suivant une alternative calqu\u00e9e sur les luttes ouvri\u00e8res d\u2019hier\u00a0: saboter la m\u00e9tropole et renverser son h\u00e9g\u00e9monie. Ce dernier chapitre propose un petit voyage dans le temps et dans l\u2019espace pour retrouver les nombreuses traces de ces r\u00e9sistances, \u00e0 Lille et ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En repartant d\u2019un \u00ab\u00a0bidonville\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Au fil des deux derniers si\u00e8cles<\/strong>, le capitalisme industriel s\u2019est progressivement saisi du secteur du logement en rationalisant sa production. Cette histoire aboutit \u00e0 une stricte division\u00a0: aux urbanistes, architectes et paysagistes, le privil\u00e8ge de penser l\u2019habitat et la ville, de concevoir nos lieux de vie. Aux entreprises du BTP et \u00e0 leurs multiples sous-traitants, le soin de construire les b\u00e2timents, les rues et les places, et de concr\u00e9tiser la ville de papier en ville de b\u00e9ton. Charge aux habitants d\u2019investir ensuite des espaces qui leur sont en tous points \u00e9trangers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, il existe des endroits o\u00f9 cette division entre conception, r\u00e9alisation et habitation a \u00e9t\u00e9 abolie ou, a minima, suspendue. O\u00f9 l\u2019acte d\u2019habiter prend son sens le plus fort. Que ces exp\u00e9riences soient le r\u00e9sultat de strat\u00e9gies conscientes ou marqu\u00e9es du sceau de la n\u00e9cessit\u00e9 importe peu. Ce qui les rassemble, c\u2019est qu\u2019elles trouvent place dans les derniers endroits de la ville qui n\u2019int\u00e9ressent pas (encore) \u00e9lus et promoteurs. Dans des espaces qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0p\u00e9riph\u00e9riques\u00a0\u00bb, car scrut\u00e9s depuis l\u2019opulence de l\u2019hyper-centre. L\u00e0 o\u00f9 les habitants, par choix ou sous contrainte, doivent faire preuve d\u2019autonomie vis-\u00e0-vis des politiques et des investisseurs, de l\u2019\u00c9tat et de l\u2019argent. L\u00e0 o\u00f9 il reste de la vie \u2013 m\u00eame si c\u2019est, le plus souvent, dans la survie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Lille, il se trouve que la plus remarquable de ces exp\u00e9riences d\u2019auto-construction est intervenue \u00e0 l\u2019emplacement m\u00eame de l\u2019actuel quartier Euralille. Une exp\u00e9rience occult\u00e9e de l\u2019histoire locale, qui m\u00eale d\u00e9brouille quotidienne, inventivit\u00e9 architecturale et r\u00e9sistance en actes \u00e0 la ville marchande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retour en arri\u00e8re. Au milieu du XIXe si\u00e8cle, l\u2019emplacement actuel d\u2019Euralille est une \u00e9tendue sauvage et arbor\u00e9e, qui s\u2019\u00e9tale au pied des fortifications \u00e9rig\u00e9es par Vauban deux cents ans plus t\u00f4t. Pour d\u00e9gager la vue aux d\u00e9fenseurs autour des enceintes militaires, la zone devant le mur de fortification \u2013 le \u00ab\u00a0glacis\u00a0\u00bb \u2013 est frapp\u00e9e d\u2019une interdiction de construction et d\u00e9clar\u00e9e non-aedificandi. Pour autant, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, des jardins ouvriers y voient le jour avec leurs remises et leurs cabanons, et des soldats y cultivent un bout de terre en maraichage. Rapidement inflammables en cas d\u2019attaque, les constructions en bois sont finalement autoris\u00e9es, et les baraquements qui servaient de d\u00e9p\u00f4t d\u2019outils sont occup\u00e9s toute l\u2019ann\u00e9e avec l\u2019accord officieux des autorit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019entre-deux-guerres, la zone englobe pr\u00e8s de 1500 habitants dans plus de 300 habitations. Dans le quartier des Dondaines, pas de rues trac\u00e9es \u00e0 la r\u00e8gle, pas de \u00ab\u00a0sch\u00e9ma directeur\u00a0\u00bb ni de \u00ab\u00a0plan d\u2019ensemble\u00a0\u00bb \u2013 juste des petits sentiers qui se faufilent entre les bosquets, et qui apparaissent au gr\u00e9 des constructions. Un groupe de baraques s\u2019agglutine pr\u00e8s du Fort Saint-Agn\u00e8s, vestige des remparts de Vauban, pendant que d\u2019autres s\u2019installent \u00e0 l\u2019\u00e9cart, en ordre dispers\u00e9. Certaines habitations ont des formes architecturales tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9es. Construites sur plusieurs \u00e9tages, elles prennent des allures de petits chalets, avec charpente et ornements en bois. Lorsque la presse locale s\u2019y balade dans les ann\u00e9es 1930, elle juge le coin \u00ab\u00a0pittoresque\u00a0\u00bb, avec ses \u00ab\u00a0nombreux et coquets jardins\u00a0\u00bb. Dans les ann\u00e9es 1940, une salle de projection faisant office de cin\u00e9ma est install\u00e9e dans un ancien wagon SNCF d\u00e9saffect\u00e9 tandis qu\u2019une cabane en bois b\u00e2tie \u00e0 la h\u00e2te fait office de salle de classe pour les gamins du coin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les maisons de la zone ne sont jamais des produits finis. Elles \u00e9voluent en fonction des mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration \u00e0 disposition et de la vie de la famille qui l\u2019occupe. Dans le courant des ann\u00e9es 1950, une habitante explique \u00e0 Nord Matin\u00a0: \u00ab\u00a0Mon mari est emballeur. Au d\u00e9but de notre mariage, on a trouv\u00e9 un modeste baraquement dans les Dondaines et, petit \u00e0 petit, on a am\u00e9nag\u00e9, baraque apr\u00e8s baraque, neuf pi\u00e8ces pour nous loger.\u00a0\u00bb Les habitations sont pens\u00e9es et r\u00e9alis\u00e9es en fonction des usages des occupants, avec une rare libert\u00e9 dans la conception et l\u2019ex\u00e9cution des ouvrages. Ce toit au-dessus de la t\u00eate est d\u2019abord un investissement en temps et en huile de coude. Cette architecture sans architectes est possible, car la zone est inconstructible. Compos\u00e9e de terrains inutiles \u00e0 l\u2019industrie et n\u00e9glig\u00e9s par la mairie, elle est exceptionnellement hors d\u2019atteinte de la sp\u00e9culation et des plans r\u00e9gulateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rience a fait long feu. Le 14 janvier 1972, sous le regard de certains habitants, de journalistes et de quelques officiels de la mairie, deux bulldozers enterrent les derni\u00e8res carcasses de v\u00e9hicules. Au loin, vers la gare de Lille, on aper\u00e7oit les restes d\u2019un grand feu dans lequel se consument les planches de bois qui constituaient les murs des derniers baraquements de la zone. \u00ab\u00a0Y\u2019a des gars qui pleurent dans les Dondaines, l\u00e0 tout partout. On leur a vol\u00e9 leur terrain, tout enlev\u00e9, et pour quoi faire\u00a0? Rien du tout\u00a0! Et ici qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire\u00a0? Encore une autoroute\u00a0?\u00a0\u00bb Un habitant t\u00e9moigne au micro d\u2019un journaliste de France Inter. La maison qu\u2019il avait construite de ses mains va \u00eatre ras\u00e9e, et l\u2019avenir s\u2019assombrit. \u00ab\u00a0Regardez, moi, on me fout en l\u2019air ici, o\u00f9 je vais aller\u00a0? Dans un HLM au 3e ou au 4e\u2026\u00a0\u00bb C\u2019est son quartier qui est d\u00e9truit, l\u00e0 o\u00f9 il a connu ses gal\u00e8res, mais aussi ses bonheurs. L\u00e0 o\u00f9 il a ses habitudes, o\u00f9 il est connu et reconnu. \u00ab\u00a0On ne voit que l\u2019argent. Et nous on n\u2019a pas d\u2019argent. J\u2019ai juste que mes mains moi. C\u2019est tout ce que j\u2019ai. Parce que si y\u2019en a des riches qui sont libres, pourquoi nous on serait pas libres\u00a0? Pourquoi\u00a0?\u00a0\u00bb Ce jour de janvier 1972, la police est venue en soutien aux agents municipaux. Les derni\u00e8res familles des Dondaines ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9es par la force. La presse locale titre\u00a0: \u00ab\u00a0En attendant la r\u00e9alisation de grands projets d\u2019urbanisme.\u00a0\u00bb C\u2019est le vrai d\u00e9part du projet Euralille\u00a0: dans les expulsions et la violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Architectures vernaculaires<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les baraques des Dondaines<\/strong> ne sont pas sans rappeler quelques cabanes plus r\u00e9centes\u00a0: celles construites sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. On y retrouve le m\u00eame souci de r\u00e9cup\u00e9ration, la m\u00eame inventivit\u00e9 hors-normes, le m\u00eame dialecte architectural. \u00c0 ceci pr\u00e8s que ces constructions sont express\u00e9ment r\u00e9alis\u00e9es comme des outils d\u2019une lutte contre l\u2019am\u00e9nagement rationnel du territoire. En ce sens, la ZAD a r\u00e9ussi quelque chose d\u2019exceptionnel\u00a0: rendre toute sa port\u00e9e politique au fait de construire et d\u2019habiter. L\u2019activit\u00e9 de construire est ici sortie de son carcan industriel. Au produit commercial, reproductible \u00e0 l\u2019infini sur le mod\u00e8le de la s\u00e9rie, ces constructions r\u00e9alisent des \u0153uvres\u00a0: chaque habitation est unique, \u00e0 l\u2019image de l\u2019investissement collectif de celles et ceux qui l\u2019ont pens\u00e9e et r\u00e9alis\u00e9e. \u00c0 la mani\u00e8re de l\u2019ouvrier de l\u2019industrie qui transforme son \u00e9tabli, qui s\u2019approprie son poste de travail pour faciliter sa t\u00e2che, ces pratiques d\u2019auto-construction se livrent comme autant de soustractions \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie dominante de l\u2019urbanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les plis de la m\u00e9tropole, il existe d\u2019autres lieux o\u00f9 les habitants ont progressivement conquis des espaces d\u2019autonomie dans leur fa\u00e7on d\u2019habiter, o\u00f9 ils ont d\u00e9velopp\u00e9 des architectures vernaculaires. Des cour\u00e9es de Fives aux rues roubaisiennes, les maisons ouvri\u00e8res qui sont aujourd\u2019hui ras\u00e9es par les projets de r\u00e9novation sont souvent des petits bijoux d\u2019inventivit\u00e9 et l\u2019expression de leur appropriation par les habitants. Dans une cour\u00e9e fivoise, on peut observer l\u2019alignement de trois maisons qui avait empi\u00e9t\u00e9 sur l\u2019all\u00e9e principale pour cr\u00e9er une extension qui servait de salon, ou de nouvelle chambre \u00e0 coucher. Les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s pour ces extensions correspondaient aux opportunit\u00e9s des habitants, aux mat\u00e9riaux \u00e0 disposition, mais surtout \u00e0 leur savoir-faire. R\u00e9alis\u00e9es sans la moindre autorisation, ces extensions \u00e9taient construites en chaux blanche, les courbes \u00e9taient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es aux angles droits, ce qui conf\u00e9rait aux b\u00e2timents des allures de maisons traditionnelles m\u00e9diterran\u00e9ennes. Il y a plus de po\u00e9sie urbaine dans ces extensions d\u2019une cour\u00e9e pourrie de Fives ou Roubaix que dans n\u2019importe quelle tour construite par les mastodontes du BTP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour lire l\u2019article complet\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.elnorpadcado.fr\/Contre-Euralille-Pour-son-demantelement\">https:\/\/www.elnorpadcado.fr\/Contre-Euralille-Pour-son-demantelement<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*************\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *********<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derni\u00e8re nouvelle<br \/>\nSachez que La Voix du Nord du 03\/06 croit savoir que \u00ab\u00a0la piscine olympique pourrait dispara\u00eetre\u00a0\u00bb du projet Saint-Sauveur. Conditionnel de rigueur. La d\u00e9cision se serait prise entre deux urnes le soir des Europ\u00e9ennes, aux vues du score d&rsquo;EELV \u00e0 Lille (21,7%, soit \u00e0 peine moins que LREM \u00e0 22). Le PS \u00e9tant dans la panade (8,3 \u00e0 Lille), il pense devoir conc\u00e9der les quelques hectares du Belv\u00e9d\u00e8re pour sauver le reste : les 20 hectares restants de la friche, et ses strapontins \u00e0 la mairie. Nous restons bien s\u00fbr vigilants sur les futures man\u0153uvres d&rsquo;appareils et les annonces, mais une premi\u00e8re victoire se dessine.<br \/>\nToujours est-il que nous avons appris cette d\u00e9cision, conditionnelle, pendant le Festival de cagettes de ce week-end. Notre th\u00e9orie sur cette d\u00e9cision se tourne donc plut\u00f4t vers le Beffroi majestueux qui aura terrass\u00e9 la minorit\u00e9 radicalis\u00e9e du Conseil municipal. Nous ne voyons pas d&rsquo;autre explication cr\u00e9dible !<\/p>\n<p>La d\u00e9fense de Saint-Sauveur continue, il reste 20 hectares \u00e0 gagner !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour son d\u00e9mant\u00e8lement<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,14],"tags":[32,34],"class_list":["post-6047","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","category-politique","tag-objecteur-de-croissance","tag-tous-ensemble"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6047"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6047\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6067,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6047\/revisions\/6067"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}