{"id":6099,"date":"2019-07-04T02:13:46","date_gmt":"2019-07-04T00:13:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6099"},"modified":"2019-06-20T14:14:20","modified_gmt":"2019-06-20T12:14:20","slug":"la-surveillance-stade-supreme-du-capitalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2019\/07\/04\/la-surveillance-stade-supreme-du-capitalisme\/","title":{"rendered":"La surveillance, stade supr\u00eame du capitalisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une analyse de Shoshana Zuboff<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis vingt ans, un capitalisme mutant men\u00e9 par les g\u00e9ants du Web s\u2019immisce dans nos relations sociales et tente de modifier nos comportements, analyse l\u2019universitaire am\u00e9ricaine Shoshana Zuboff dans son dernier ouvrage. Mais son concept de \u00ab\u00a0capitalisme de surveillance\u00a0\u00bb ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Shoshana Zuboff a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res \u00e0 analyser la mani\u00e8re dont l\u2019informatique transformait le monde du travail. Cette pionni\u00e8re dans l\u2019\u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e des bouleversements du management s\u2019est f\u00e9licit\u00e9e, au d\u00e9part, de l\u2019arriv\u00e9e de \u00ab\u00a0travailleurs du savoir\u00a0\u00bb. Elle a per\u00e7u tr\u00e8s t\u00f4t que l\u2019extension d\u2019Internet et la g\u00e9n\u00e9ralisation des ordinateurs personnels permettraient de fonder une <em>\u00ab\u00a0\u00e9conomie nouvelle\u00a0\u00bb<\/em> capable de r\u00e9pondre aux besoins des individus et de renforcer le pouvoir des consommateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis elle a \u00e9t\u00e9 terriblement d\u00e9\u00e7ue. En janvier, Shoshana Zuboff a r\u00e9sum\u00e9 ses craintes dans <em>The Age of Capitalism Surveillance<\/em> (Public Affairs, non traduit).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La presse anglo-saxonne, du lib\u00e9ral <em>Wall Street Journal<\/em> au tr\u00e8s \u00e0 gauche <em>The Nation<\/em>, du <em><u><a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2019\/jan\/20\/shoshana-zuboff-age-of-surveillance-capitalism-google-facebook\">Guardian <\/a><\/u><\/em>\u00e0 la <em>New York Review of Books,<\/em> mais aussi l\u2019anticapitaliste Naomi Klein et le professeur de communication Joseph Turow, ont salu\u00e9 ce livre comme un essai majeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019horreur\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre, \u00ab\u00a0L\u2019Age du capitalisme de surveillance\u00a0\u00bb, en annonce le concept\u00a0: en vingt\u00a0ans, <em>\u00ab\u00a0sans notre consentement significatif\u00a0\u00bb, <\/em>un capitalisme mutant men\u00e9 par les g\u00e9ants du Web \u2013 Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (Gafam) \u2013 s\u2019est immisc\u00e9 dans nos relations sociales et introduit dans nos maisons \u2013 <em>\u00ab\u00a0de la bouteille de vodka intelligente au thermom\u00e8tre rectal\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Shoshana Zuboff.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a cartographi\u00e9 et photographi\u00e9 les rues de nos villes, capt\u00e9 nos visages et nos expressions, traqu\u00e9 nos connexions, fich\u00e9 nos d\u00e9sirs, recens\u00e9 nos affects. Appuy\u00e9 sur l\u2019intelligence artificielle, il a d\u00e9velopp\u00e9 une surveillance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de nos comportements. Il a ensuite revendu ce big data \u00e0 des entreprises, mais aussi \u00e0 des mouvements politiques. <u><a href=\"https:\/\/theintercept.com\/2019\/03\/01\/surveillance-capitalism-book-shoshana-zuboff-naomi-klein\/\">Le magazine d\u2019investigation am\u00e9ricain <em>The Intercept<\/em> a qualifi\u00e9 l\u2019essai de <em>\u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019horreur\u00a0\u00bb<\/em>.<\/a><\/u><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parcours intellectuel de Shoshana Zuboff m\u00e9rite le d\u00e9tour. Etudiante en psychologie sociale, elle a, en\u00a01980, une <em>\u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb<\/em> apr\u00e8s trois ans d\u2019enqu\u00eates dans le monde du travail\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019informatique arrive dans les entreprises, <\/em>explique-t-elle. <em>Nos soci\u00e9t\u00e9s sont \u00e0 l\u2019aube d\u2019une transformation structurelle aussi profonde que la r\u00e9volution industrielle de la fin du XIX<sup>e<\/sup> et au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En\u00a01982, elle devient l\u2019une des premi\u00e8res professeures de la Harvard Business School \u2013 elle enseigne alors le <em>\u00ab\u00a0comportement organisationnel\u00a0\u00bb<\/em>.<em> \u00ab\u00a0On voyait si peu de femmes enseignantes \u00e0 Harvard, <\/em>se souvient-elle,<em> qu\u2019il n\u2019y avait m\u00eame pas de toilettes pour elles au\u00a0club de la facult\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un \u00ab\u00a0panoptique de l\u2019information\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En\u00a01988, elle publie une vaste \u00e9tude sur l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019ordinateur en entreprise\u00a0: <em>In the Age of the Smart Machine. The Future of Work and Power<\/em> (Basic Books, non traduit). Appuy\u00e9 sur des centaines d\u2019entretiens aupr\u00e8s d\u2019employ\u00e9s, de cadres et de dirigeants de la banque, du commerce, de la grande industrie et des t\u00e9l\u00e9communications, l\u2019ouvrage souligne les transformations induites par la r\u00e9volution de l\u2019informatique. Celle-ci produit un travail plus abstrait, plus symbolique, plus d\u00e9sincarn\u00e9, plus isol\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Si les ordinateurs permettent d\u2019automatiser et d\u2019all\u00e9ger les t\u00e2ches bureaucratiques, r\u00e9duisant substantiellement les co\u00fbts, <\/em>poursuit-elle, <em>ils g\u00e9n\u00e8rent aussi quantit\u00e9 d\u2019informations nouvelles, d\u00e9veloppent des nouveaux territoires d\u2019apprentissage et de connaissances pour les employ\u00e9s.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle circulation de l\u2019information remet en cause, selon elle, le management classique\u00a0: les<em> \u00ab\u00a0subalternes\u00a0\u00bb<\/em> s\u2019emparent d\u2019un savoir neuf sur l\u2019entreprise, s\u2019expriment, prennent des initiatives. Un nouveau type d\u2019<em>\u00ab\u00a0organisation inform\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em> \u00e9merge, moins hi\u00e9rarchis\u00e9e, plus souple, mobilisant de nouveaux <em>\u00ab\u00a0travailleurs du savoir\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 des id\u00e9es qui sont aujourd\u2019hui reprises par les partisans de <em>\u00ab\u00a0l\u2019entreprise lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette d\u00e9mocratisation soul\u00e8ve aussit\u00f4t <em>\u00ab\u00a0des conflits d\u2019autorit\u00e9 sur le th\u00e8me \u201cQui sait\u00a0?\u201d, \u201cQui d\u00e9cide qui sait\u00a0?\u201d, \u201cQui d\u00e9cide de qui d\u00e9cide\u00a0?\u201d\u00a0\u00bb, <\/em>si bien que de nombreuses directions, dit-elle, ne <em>\u00ab\u00a0r\u00e9sistent pas \u00e0 la tentation d\u2019utiliser ces nouveaux flux de donn\u00e9es pour centraliser l\u2019information et contr\u00f4ler plus encore leurs employ\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Certaines mettent en place un nouveau management de surveillance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, qu\u2019elle appelle, en faisant r\u00e9f\u00e9rence aux travaux de Michel Foucault sur la soci\u00e9t\u00e9 disciplinaire, <em>\u00ab\u00a0le panoptique de l\u2019information\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>In the Age of the Smart Machine<\/em> devient un classique de l\u2019analyse du travail \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019informatisation\u00a0: dans ce livre, Shoshana Zuboff souligne \u00e0 la fois ses possibilit\u00e9s \u00e9mancipatrices et ses risques de contr\u00f4le total.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019avenir est encore ouvert, mais six ans apr\u00e8s la publication de l\u2019ouvrage, en\u00a01994, le doute s\u2019empare d\u2019elle\u00a0: elle estime que l\u2019utopie d\u2019une entreprise renouvel\u00e9e par l\u2019informatique ne s\u2019est finalement pas r\u00e9alis\u00e9e. <em>\u00ab\u00a0Les possibilit\u00e9s plus vastes d\u2019un lieu de travail inform\u00e9 et coop\u00e9ratif ont \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume-t-elle. D\u00e9\u00e7ue, Shoshana Zuboff change de vie\u00a0: elle prend un cong\u00e9 sabbatique et s\u2019installe en\u00a01996 avec son mari dans une ferme du Maine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Un nouveau \u201ccapitalisme distribu\u00e9\u201d\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques ann\u00e9es plus tard, elle d\u00e9cide malgr\u00e9 tout de mener une enqu\u00eate pluridisciplinaire sur la consommation, la cr\u00e9ation de valeur et l\u2019impact des hautes technologies dans nos vies<em>.<\/em> En\u00a02002, elle publie avec l\u2019entrepreneur James Maxmin <em>The Support Economy <\/em>(Penguin, non traduit), un livre qui tente de d\u00e9crire <em>\u00ab\u00a0le prochain \u00e9pisode du capitalisme\u00a0\u00bb<\/em>. Les analyses de Shoshana Zuboff \u00e9voluent\u00a0: la chercheuse, qui \u00e9tait pessimiste sur les \u00e9volutions du monde du travail, se montre optimiste au sujet des transformations de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour elle, comme pour beaucoup d\u2019analystes de l\u2019\u00e9poque tels Jeremy Rifkin dans <em>L\u2019Age de l\u2019acc\u00e8s <\/em>(La\u00a0D\u00e9couverte, 2005), Siobhan O\u2019Mahony dans ses travaux sur l\u2019open source ou Thomas W. Malone, sp\u00e9cialiste de l\u2019intelligence collective au Massachusetts Institute of Technology, la circulation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019information transforme en profondeur la soci\u00e9t\u00e9 de consommation de masse domin\u00e9e par la publicit\u00e9\u00a0: elle engendre, et c\u2019est une bonne nouvelle, <em>\u00ab\u00a0un monde d\u2019individus inform\u00e9s cherchant \u00e0 contr\u00f4ler la qualit\u00e9 de leur vie\u00a0\u00bb<\/em> et \u00e0\u00a0l\u2019imposer aux entreprises. C\u2019est ce que Shoshana Zuboff appelle <em>\u00ab\u00a0l\u2019autod\u00e9termination psychologique\u00a0\u00bb \u2013 <\/em>qui n\u2019est pas sans rappeler la <em>\u00ab\u00a0modernit\u00e9 r\u00e9flexive\u00a0\u00bb<\/em> fond\u00e9e sur \u00ab\u00a0l\u2019individuation\u00a0\u00bb des sociologues Anthony Giddens et Ulrich Beck.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Grace aux r\u00e9seaux, aux technologies portables et \u00e0 la personnalisation, \u00e9crit-elle, le consommateur peut prendre les commandes et s\u2019imposer aux producteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0En\u00a02001, l\u2019iPod brise le mod\u00e8le d\u2019achat massif des CD de l\u2019industrie musicale<\/em>, raconte-t-elle.<em> Les actifs musicaux sont distribu\u00e9s directement au consommateur, qui exige la musique qu\u2019il veut, quand il veut, o\u00f9 il veut.\u00a0\u00bb<\/em> Elle y voit le signe que les nouvelles technologies peuvent offrir de nouveaux pouvoirs au consommateur. Elle l\u2019\u00e9crit dans de nombreux articles parus dans <em>BusinessWeek<\/em> et <em>Fast Company\u00a0: <\/em>nous assistons, selon elle, \u00e0 <em>\u00ab\u00a0l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un\u00a0nouveau \u201ccapitalisme distribu\u00e9\u201d, o\u00f9 la cr\u00e9ation de valeur d\u00e9pend d\u2019une nouvelle logique de distribution attentive aux besoins des individus\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des \u00ab\u00a0surplus de comportement\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais rien ne se passe comme pr\u00e9vu. L\u2019ann\u00e9e 2001 est celle de l\u2019\u00e9clatement de la bulle Internet\u00a0: les 4\u00a0300\u00a0soci\u00e9t\u00e9s du Nasdaq, sur\u00e9valu\u00e9es, perdent 145\u00a0milliards de dollars entre 2000 et 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire face \u00e0 la perte de confiance de leurs investisseurs, les dirigeants de Google, s\u2019appuyant sur les id\u00e9es de l\u2019\u00e9conomiste Hal Varian, d\u00e9cident de rentabiliser les donn\u00e9es personnelles de leurs millions d\u2019usagers\u00a0: ils comprennent qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent leurs d\u00e9sirs et documentent leurs comportements. C\u2019est un v\u00e9ritable tr\u00e9sor de guerre \u2013 du <em>\u00ab\u00a0bois vierge\u00a0extrait \u00e0 tr\u00e8s faible co\u00fbt\u00a0\u00bb<\/em>, estime Shoshana Zuboff. Google d\u00e9cide de les revendre au\u00a0prix fort au capitalisme marchand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre 2001 et 2004, ann\u00e9e de son introduction en Bourse, les revenus de Google augmentent de 3\u00a0590\u00a0%. En\u00a02006, la firme rach\u00e8te YouTube pour 1,65\u00a0milliard de dollars. En\u00a02008, une dirigeante de l\u2019entreprise \u2013 que Shoshana Zuboff appelle <em>\u00ab\u00a0Mary Typho\u00efd\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 passe chez Facebook et communique \u00e0 son nouvel employeur les m\u00e9thodes de Google en profitant du \u00ab\u00a0social graph\u00a0\u00bb du r\u00e9seau, qui affiche toutes les connexions des usagers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le g\u00e9ant de la distribution Amazon et l\u2019entreprise Microsoft, qui rach\u00e8te Linkedin et ses 400\u00a0millions d\u2019affili\u00e9s en\u00a02016, se convertissent \u00e0 leur tour \u00e0 ces m\u00e9thodes. Le \u00ab\u00a0capitalisme de surveillance\u00a0\u00bb se met en place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un de ses concepts centraux est, assure l\u2019universitaire dans son essai, la notion de <em>\u00ab\u00a0surplus de comportement\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: les Gafam, mais aussi les op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9phonie comme AT&amp;T ou les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Internet des objets et de la \u00ab\u00a0smart city\u00a0\u00bb<em>,<\/em> ne se contentent pas de collecter les donn\u00e9es d\u2019usage et de service\u00a0: ils int\u00e8grent dans les pages en r\u00e9seaux et dans les machines intelligentes des dispositifs d\u2019espionnage invisible. Ils rep\u00e8rent ainsi, gr\u00e2ce aux algorithmes, nos habitudes les plus intimes. Ils reconnaissent nos voix et nos visages, d\u00e9cryptent nos \u00e9motions et \u00e9tudient leur diffusion gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019<em>\u00ab\u00a0affective computing\u00a0\u00bb<\/em> afin de capter<em> \u00ab\u00a0la totalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience humaine en tant que mati\u00e8re premi\u00e8re gratuite\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces masses de donn\u00e9es comportementales sont revendues comme des <em>\u00ab\u00a0produits de pr\u00e9vision\u00a0\u00bb<\/em> extr\u00eamement lucratifs. <em>\u00ab\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas le produit,<\/em> r\u00e9sume Shoshana Zuboff,<em> vous \u00eates la carcasse abandonn\u00e9e de l\u2019\u00e9l\u00e9phant traqu\u00e9 par des braconniers\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Un contrat faustien\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La logique de cette traque m\u00e8ne \u00e0 ce qu\u2019elle appelle l\u2019<em>\u00ab\u00a0instrumentarianism\u00a0\u00bb <\/em>(\u00ab\u00a0l\u2019instrumentalisation\u00a0\u00bb)\u00a0: la capacit\u00e9 de modeler les comportements en vue d\u2019obtenir <em>\u00ab\u00a0des r\u00e9sultats rentables\u00a0\u00bb<\/em>, voire d\u2019<em>\u00ab\u00a0automatiser\u00a0\u00bb<\/em> les conduites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il est devenu difficile d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce projet de march\u00e9 dont les tentacules s\u2019\u00e9tendent des innocents joueurs de Pok\u00e9mon Go dirig\u00e9s vers les bars et les magasins qui paient pour les attirer\u00a0\u00e0<strong>\u00a0<\/strong>l\u2019impitoyable exploitation des profils Facebook \u00e0 des fins d\u2019orientation de comportement individuel<strong>\u00a0<\/strong>\u00bb<\/em> \u2013 et ce <em>\u00ab\u00a0en cliquant oui \u00e0 l\u2019achat de nouvelles chaussures de sport propos\u00e9 apr\u00e8s votre jogging du dimanche matin\u00a0\u00bb<\/em>, ou en ciblant <em>\u00ab\u00a0votre vote de fin de semaine\u00a0\u00bb<\/em>, comme on l\u2019a vu pendant l\u2019affaire Cambridge Analytica, la soci\u00e9t\u00e9 de conseil dont le slogan proclame <em>\u00ab\u00a0Data drives all we do\u00a0\u00bb<\/em> (\u00ab\u00a0Les donn\u00e9es d\u00e9terminent tout ce que nous faisons\u00a0\u00bb). <em>\u00ab\u00a0Ils veulent notre \u00e2me<\/em>, conclut Shoshana Zuboff<em>. Nous avons sign\u00e9 avec eux un contrat faustien.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Shoshana Zuboff, ces critiques ne prennent pas en compte le fait que <em>\u00ab\u00a0la situation est sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb<\/em> dans l\u2019histoire du capitalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas in\u00e9vitable\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-elle, que nous passions des immenses possibilit\u00e9s offertes par le World Wide Web et les nouvelles technologies au capitalisme de surveillance. <em>\u00ab\u00a0Ce capitalisme va \u00e0 l\u2019encontre du r\u00eave num\u00e9rique primitif,<\/em> explique-t-elle. <em>Il supprime le contenu moral que le r\u00e9seau poss\u00e8de par lui-m\u00eame, il abolit le fait qu\u2019\u00eatre \u201cconnect\u00e9\u201d est, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, intrins\u00e8quement prosocial, ou tend naturellement \u00e0 la d\u00e9mocratisation du savoir.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab Un coup d\u2019Etat dict\u00e9 par le march\u00e9 \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle d\u00e9nonce <em>\u00ab\u00a0un coup d\u2019Etat dict\u00e9 par le march\u00e9, dissimul\u00e9 par un cheval de Troie technologique, annexant et espionnant l\u2019exp\u00e9rience humaine, produisant une asym\u00e9trie jamais vue de connaissances, qui entrave les m\u00e9canismes normaux de d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment le contrer\u00a0? Elle en parle peu dans son essai, mais elle dit ne pas croire \u00e0 des lois antitrust qui d\u00e9mant\u00e8leraient les Gafam\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Cela ne ferait que multiplier le nombre d\u2019entreprises d\u00e9veloppant la m\u00eame strat\u00e9gie.\u00a0\u00bb<\/em> Elle ne croit pas non plus qu\u2019il faut militer pour la propri\u00e9t\u00e9 des donn\u00e9es\u00a0: tout se joue, selon elle, sur <em>\u00ab\u00a0les surplus de donn\u00e9es comportementales\u00a0\u00bb <\/em>extraites en permanence en secret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle applaudit le r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral sur la protection des donn\u00e9es europ\u00e9en (RGPD) et d\u00e9fend les nouveaux moteurs de recherche crypt\u00e9s comme Tor\u00a0; mais pour elle, ils ne font qu\u2019\u00e9corner le pouvoir intrusif de Google.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors\u00a0? Nous ne savons pas encore quelles formes prendra la r\u00e9sistance, conclut-elle, mais les usagers et les travailleurs du digital feront, selon elle, comme <em>\u00ab\u00a0les classes pauvres du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb,<\/em> qui se sont organis\u00e9es en syndicats et en associations pour combattre le capitalisme industriel, lui imposer des lois sociales, contenir l\u2019exploitation forcen\u00e9e et exiger un syst\u00e8me politique repr\u00e9sentatif et d\u00e9mocratique. S\u2019agirait-il de la derni\u00e8re utopie de Shoshana Zuboff\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse de Shoshana Zuboff<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6099","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6099"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6100,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6099\/revisions\/6100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}