{"id":6289,"date":"2019-09-26T02:14:38","date_gmt":"2019-09-26T00:14:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6289"},"modified":"2019-09-25T07:17:57","modified_gmt":"2019-09-25T05:17:57","slug":"le-pont-de-trop","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2019\/09\/26\/le-pont-de-trop\/","title":{"rendered":"Le pont de trop"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Menaces sur la Loire<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e8s d\u2019Orl\u00e9ans, un magnifique territoire de nature sauvage du Val de Loire est promis \u00e0 une destruction prochaine. Depuis bient\u00f4t 23 ans, le d\u00e9partement veut y construire un pont en d\u00e9pit d\u2019une avalanche d\u2019arguments contraires, dans un site class\u00e9 au Patrimoine Mondial de l&rsquo;UNESCO. A partir du 11 ao\u00fbt, un vigoureux mouvement de r\u00e9sistance construit un \u00ab Village des alternatives \u00bb tourn\u00e9 vers l\u2019avenir pour s\u2019opposer \u00e0 ce projet d\u2019un autre temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">************\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 **************<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La trou\u00e9e est large de 70 m\u00e8tres et s\u2019\u00e9tend sur deux kilom\u00e8tres. Les arbres du bois des Comtesses, ancien Espace Bois\u00e9 Class\u00e9, ont tous \u00e9t\u00e9 abattus et d\u00e9racin\u00e9s sans distinction sur une surface de dix hectares. Ce spectacle de d\u00e9solation est visible \u00e0 24 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de la ville d\u2019Orl\u00e9ans, devenue m\u00e9tropole en 2017. La d\u00e9forestation de ces bois priv\u00e9s a eu lieu en novembre 2017 sur la commune de Saint-Denis-de-L\u2019H\u00f4tel ; elle doit permettre le passage d\u2019une chauss\u00e9e de 7 m\u00e8tres de large, faisant partie d\u2019un projet qui allie d\u00e9viation de la D921 et construction d\u2019un pont pour le franchissement de la Loire. Le tout dans un milieu naturel Natura 2000 et un paysage class\u00e9 au Patrimoine Mondial de l\u2019Unesco.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce projet de pont, situ\u00e9 \u00e0 Mardi\u00e9, dans la commune voisine, est port\u00e9 par le D\u00e9partement du Loiret depuis 1996. Selon ses promoteurs, il viserait \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9sengorger\u00a0\u00bb \u00a0les communes de Saint-Denis-de-L\u2019H\u00f4tel et Jargeau du trafic routier. Depuis plus de 20 ans, l\u2019association Mardi\u00e9val lutte sur place et publie\u00a0chaque mois dans la <em>Lettre du Castor<\/em> un contre-argumentaire salutaire face \u00e0 la communication d\u00e9partementale. L\u2019association a par exemple mobilis\u00e9 ses adh\u00e9rents et des riverains lors d\u2019une action de reforestation en d\u00e9cembre 2017, quelques jours apr\u00e8s le d\u00e9boisement du bois des Comtesses. Preuve de la volont\u00e9 ind\u00e9fectible du D\u00e9partement de construire ce pont, les propri\u00e9taires des bois n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 expropri\u00e9s avant les travaux qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pendant l\u2019hiver\u2026 malgr\u00e9 l\u2019arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral interdisant toute intervention en raison de l\u2019hivernage de certaines esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es comme la chauve-souris arboricole ! Mardi\u00e9val a tout de m\u00eame r\u00e9ussi par la voie judiciaire \u00e0 retarder le chantier de la d\u00e9viation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une cam\u00e9ra, un nid et des balbuzards <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le triste spectacle du d\u00e9frichement du bois des Comtesses rappelle l\u2019urgence de la situation. Un prochain d\u00e9boisement est pr\u00e9vu en septembre 2019 dans le bois de Latingy \u00e0 Mardi\u00e9, \u00e0 l\u2019ouest de Saint-Denis-de-L\u2019H\u00f4tel, afin de continuer le trac\u00e9 de la d\u00e9viation jusqu\u2019\u00e0 la Loire. Ces bois priv\u00e9s abritent plusieurs esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es, dont le balbuzard p\u00eacheur, rapace \u00e0 t\u00eate blanche d\u2019environ 1,5 m\u00e8tres d\u2019envergure qui se nourrit essentiellement de poissons. La proximit\u00e9 de la Loire leur permet donc de p\u00eacher et d\u2019\u00e9lever leur prog\u00e9niture avant de s\u2019envoler \u00e0 nouveau vers l\u2019Afrique de l\u2019ouest, fin ao\u00fbt ou d\u00e9but septembre. Une des originalit\u00e9s de Mardi\u00e9val est d\u2019offrir depuis 2016 une plong\u00e9e sans \u00e9quivalent dans l\u2019intimit\u00e9 des rapaces gr\u00e2ce \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.balbucam.fr\/fr\/accueil\/\">BalbuCam<\/a> qui les filme en direct depuis leur nid situ\u00e9 \u00e0 30 m\u00e8tres de hauteur. Chaque jour entre 8 heures et 20 heures, le curieux peut se connecter et s\u2019immerger enti\u00e8rement dans le quotidien des balbuzards (\u00e9closion des \u0153ufs, consommation de poisson, envol des petits, \u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Marie Salomon, pr\u00e9sident de l\u2019association Mardi\u00e9val, se tient au coin de sa maison, appareil photo en main, pr\u00eat \u00e0 prendre un clich\u00e9 du balbuzard ramenant un poisson dans le nid. L\u2019homme quitte rarement ses jumelles lorsqu\u2019il se prom\u00e8ne dans son jardin qui borde la Loire, \u00e0 Mardi\u00e9. Il indique d\u2019un large geste du bras le site menac\u00e9 o\u00f9 le projet de pont devrait franchir la Loire, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres en aval. Le trac\u00e9 de la d\u00e9viation couperait \u00e0 travers champs au sud du fleuve, entra\u00eenant la suppression de 60 hectares de terres agricoles. Selon une \u00e9tonnante <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?time_continue=79&amp;v=-BSpSlq4wPQ\">vid\u00e9o<\/a> mise en ligne par le Conseil D\u00e9partemental du Loiret, le projet de pont devrait \u00ab s\u2019int\u00e9grer \u00bb \u00e0 merveille dans son environnement class\u00e9 en zone Natura 2000, gr\u00e2ce notamment aux \u00ab piles du pont qui s\u2019effacent pour laisser passer le fleuve \u00bb et \u00e0 sa \u00ab couleur qui rappellera les sables de la Loire \u00bb.\u00a0D\u00e9tail r\u00e9v\u00e9lateur des trompes-l\u2019\u0153il marketing du D\u00e9partement, la vid\u00e9o ne montre quasiment aucun v\u00e9hicule circulant sur la d\u00e9viation alors que l\u2019objectif est d\u2019y d\u00e9tourner un flux de 11\u00a0000 v\u00e9hicules\/jour\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un pont destructeur, tr\u00e8s co\u00fbteux et incoh\u00e9rent<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin des ann\u00e9es 1990, le D\u00e9partement a envisag\u00e9 de r\u00e9aliser un grand contournement urbain afin de fluidifier le trafic routier, en particulier des camions, avec notamment le projet de deux d\u00e9viations et ponts sur la Loire, \u00e0 Baule et Mardi\u00e9. Le premier ouvrage a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9, mais le D\u00e9partement s\u2019accroche toujours \u00e0 la d\u00e9viation de Mardi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre l\u2019enjeu d\u2019un tel projet, il faut d\u2019abord s\u2019int\u00e9resser au point de franchissement actuel de la Loire dans ce secteur. Il se situe \u00e0 Jargeau, o\u00f9 un pont a \u00e9t\u00e9 reconstruit et inaugur\u00e9 en 1988. La circulation y a souvent \u00e9t\u00e9 difficile, d\u2019abord \u00e0 cause du nombre de v\u00e9hicules passant chaque jour, ensuite parce que les am\u00e9nagements routiers et l\u2019absence d\u2019une r\u00e9gulation efficace du trafic ont longtemps pos\u00e9 probl\u00e8me. En outre, la taille r\u00e9duite des trottoirs et le passage permanent de poids lourds rendent sa travers\u00e9e difficile pour les nombreux pi\u00e9tons qui empruntent le pont chaque jour ; quant aux cyclistes, ils sont forc\u00e9s de partager la route avec tous les autres v\u00e9hicules. La vice-pr\u00e9sidente de Mardi\u00e9val, Sylvie David-Rousseau, rappelle que ces deux arguments (bouchons et s\u00e9curit\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s d\u00e8s 1994 par le D\u00e9partement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lu au conseil municipal de Jargeau depuis 1995, Daniel Breton et la coordination d\u2019associations \u00ab\u00a0Alternatives pour nos d\u00e9placements\u00a0\u00bb militent pour la construction d\u2019une passerelle pi\u00e9tons-v\u00e9los accroch\u00e9e au pont actuel, estim\u00e9e entre 1 et 2 millions d\u2019euros et qui permettrait aux pi\u00e9tons de traverser la Loire en toute s\u00e9curit\u00e9. Ils ont \u00e9galement propos\u00e9 la mise en place d\u2019am\u00e9nagements aux deux extr\u00e9mit\u00e9s du pont, afin de fluidifier le trafic actuel. Ces deux projets co\u00fbteraient bien moins cher que le projet de d\u00e9viation, dont la facture, d\u2019abord estim\u00e9e \u00e0 13 millions d\u2019euros, s\u2019\u00e9l\u00e8verait aujourd\u2019hui \u00e0 une somme comprise entre 94 millions d\u2019euros selon le Conseil D\u00e9partemental\u00a0 et beaucoup plus de 100 millions d\u2019euros selon Mardi\u00e9val, sur la base de co\u00fbts de constructions semblables. Pour illustrer l\u2019inflation des co\u00fbts de telles infrastructures, l\u2019exemple du chantier de l\u2019A19, qui relie l\u2019A10 \u00e0 l\u2019A6 et traverse la Beauce, est \u00e9loquent\u00a0: il a co\u00fbt\u00e9 847 millions d\u2019euros au lieu des 595 millions initialement pr\u00e9vus, soit plus de 42 % de d\u00e9passement du budget. Pourtant les alternatives propos\u00e9es ci-dessus n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement examin\u00e9es par le D\u00e9partement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Marie Salomon souligne quant \u00e0 lui l\u2019incoh\u00e9rence d\u2019un projet b\u00e2ti sur une pr\u00e9vision d\u2019augmentation du trafic routier de 2 % par an qui se r\u00e9v\u00e8lent fausses : en r\u00e9alit\u00e9, on observe depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 une baisse d\u2019environ 1,2 % chaque ann\u00e9e, selon les relev\u00e9s r\u00e9alis\u00e9s par le Conseil D\u00e9partemental lui-m\u00eame. Par ailleurs, des d\u00e9cennies de multiplication des infrastructures routi\u00e8res en France prouvent que chaque nouvelle route cens\u00e9e r\u00e9duire le trafic en un lieu produit une augmentation globale de la circulation. Les porteurs du projet ont m\u00eame document\u00e9 la faible efficacit\u00e9 de la d\u00e9viation et du pont pour limiter les nuisances des riverains : le flux de v\u00e9hicules traversant l\u2019actuel pont de Jargeau diminuerait seulement d\u2019un tiers, passant passant de 15 000 \u00e0 10 000 v\u00e9hicules par jour, car les conducteurs locaux n\u2019emprunteront probablement la d\u00e9viation pour leurs petits trajets. Qui plus est, le trac\u00e9 de la d\u00e9viation se situe au centre de la coupure verte de la m\u00e9tropole, ce qui constitue une absurdit\u00e9 \u00e9cologique au regard des r\u00e9centes exigences l\u00e9gislatives limitant l\u2019artificialisation des sols et l\u2019\u00e9talement urbain. Aberration soulign\u00e9e par le Parlement Europ\u00e9en lui-m\u00eame en 2007 quand il a rappel\u00e9 au D\u00e9partement l\u2019obligation de revoir le projet qui menace plusieurs directives, dont les directives Natura 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9sumons : un projet de pont vieux de plus de 20 ans avec une r\u00e9duction limit\u00e9e du trafic aboutirait \u00e0 la destruction d\u2019un riche espace de biodiversit\u00e9 class\u00e9 Natura 2000 et Patrimoine mondial de l\u2019Unesco, le tout sans r\u00e9duire significativement le trafic et en privant le D\u00e9partement d\u2019une centaine de millions d\u2019euros utiles pour d\u2019autres investissements. Il semblerait bien que tous les crit\u00e8res d\u2019un Grand Projet Inutile et Impos\u00e9 soient r\u00e9unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rouvrir une ligne de train plut\u00f4t que construire de nouvelles routes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce dossier, la ligne de train Ch\u00e2teauneuf-Orl\u00e9ans, aujourd\u2019hui abandonn\u00e9e, s\u2019av\u00e8re \u00eatre une des pierres angulaire des d\u00e9bats. Elle constitue une alternative s\u00e9rieuse au d\u00e9sengorgement partiel du pont de Jargeau et des communes alentour, notamment sur l\u2019axe est-ouest. D\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude de la SNCF, si la ligne \u00e9tait relanc\u00e9e, un voyageur sur deux serait un ancien automobiliste, et 8 000 voyageurs se d\u00e9placeraient chaque jour ! On imagine l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique d\u2019une telle alternative alors que le Loiret a connu un record absolu de temp\u00e9rature avec 42,8\u00b0 le 25 juillet dernier. En d\u00e9pit de cette autre perspective de mobilit\u00e9, le pr\u00e9sident du D\u00e9partement Marc Gaudet d\u00e9fend un \u00e9trange argument. Par voie de presse, il a r\u00e9ussi \u00e0 induire l\u2019id\u00e9e que s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9viation revient \u00e0 emp\u00eacher la r\u00e9ouverture de la ligne de train. Le d\u00e9boisement du bois des Comtesses a effectivement pour but de permettre la construction de la route mais \u00e9galement d\u2019un passage souterrain sous la voie de chemin de fer. Le D\u00e9partement s\u2019appuie sur ces croisements pour pr\u00e9tendre que les deux projets sont solidaires, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils sont parfaitement dissociables. La SNCF admet elle-m\u00eame que la r\u00e9ouverture de la ligne est tout \u00e0 fait r\u00e9alisable sans les travaux de la d\u00e9viation. L\u2019horizon de la r\u00e9ouverture de la ligne reste pourtant flou, car la d\u00e9claration d\u2019utilit\u00e9 publique attendue par la R\u00e9gion en novembre 2017 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e pour des motifs financiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des fondations fragiles<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En plus d\u2019\u00eatre contestable et excessivement co\u00fbteux, ce projet de pont repose sur des fondations plus que fragiles, le fleuve \u00e9tant un milieu tr\u00e8s complexe, mouvant et largement indomptable. Dans ce pays travers\u00e9 par le plus long fleuve d\u2019Europe, nul n\u2019est cens\u00e9 ignorer la Loire : ses nombreux m\u00e9andres, ses bancs de sables \u00e9lanc\u00e9s, sa faune et sa flore end\u00e9miques et ses \u00e9tonnants trous d\u2019eau. A certains endroits, sous son lit de sable, la Loire continue de cheminer en profondeur car elle coule sur des bancs calcaires qui ont la propri\u00e9t\u00e9 de s\u2019\u00e9roder au contact de l\u2019eau ou de s\u2019effondrer sous le poids du sable, g\u00e9n\u00e9rant ainsi des courants souterrains. En-dessous de sa face \u00e9merg\u00e9e, il y a donc une \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me\u00a0\u00bb Loire invisible, obscure et impr\u00e9visible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2004, des crues importantes submergent une carri\u00e8re de sable situ\u00e9e \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres du site menac\u00e9 et modifient la topographie des lieux. Cet afflux d\u2019eau soudain provoque un effondrement d\u2019une digue de terre et cr\u00e9e d\u2019importants gouffres dans la roche au fond de la sabli\u00e8re. Quelques mois plus tard, on observe un ph\u00e9nom\u00e8ne curieux\u00a0: le Loiret, rivi\u00e8re situ\u00e9e \u00e0 12 km et qui se retrouvait \u00e0 sec chaque \u00e9t\u00e9, est rest\u00e9 en eau\u00a0! Un examen pouss\u00e9 des flux souterrains d\u00e9montre par la suite que l\u2019eau de la Loire \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate du projet de pont s\u2019engouffre en profondeur pour ressortir et r\u00e9alimenter le Loiret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 2004, le Loiret a donc vu son niveau s\u2019\u00e9lever gr\u00e2ce \u00e0 cet afflux d\u2019eau r\u00e9gulier. Morale de l\u2019histoire\u00a0: le lit visible de la Loire peut en cacher un autre, et une lourde intervention dans le sous-sol de cette zone du fleuve pour y ancrer les piles et la cul\u00e9e du pont pourrait provoquer un v\u00e9ritable sinistre \u00e9cologique. Le cours de cette \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me\u00a0\u00bb Loire serait modifi\u00e9, polluant et tarissant l\u2019apport d\u2019eau du Loiret au moment o\u00f9 celui-ci en a le plus besoin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un rapport accablant du BRGM<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fait encore plus \u00e9tonnant, le tr\u00e8s s\u00e9rieux Bureau de recherche g\u00e9ologique et mini\u00e8re (BRGM), a d\u00e9montr\u00e9 dans un \u00e9pais rapport l\u2019ensemble des risques majeurs li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alisation du pont. Un rapport sulfureux pour le D\u00e9partement, qui l\u2019a lui-m\u00eame command\u00e9 et re\u00e7u en 2017 mais dont il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 repousser la diffusion publique \u00e0\u2026 2020. Que dit ce rapport\u00a0qui a finalement fuit\u00e9 dans la presse gr\u00e2ce \u00e0 Mardi\u00e9val\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le document est d\u2019abord impressionnant par sa robustesse scientifique, puisqu\u2019il synth\u00e9tise pas moins de 61 \u00e9tudes men\u00e9es dans le sol et sous-sol en 2004, 2006 et 2014. Le premier probl\u00e8me qu\u2019il soul\u00e8ve provient de la roche karstique, qui pr\u00e9sente des fissures plus ou moins longues et profondes (les karsts). Les fondations du pont pourraient boucher ces fissures, ce qui r\u00e9duirait et polluerait les \u00e9coulements d\u2019eaux vers la nappe phr\u00e9atique et les zones de captages d\u2019eau potable en aval.\u00a0Mais la porosit\u00e9 du karst entra\u00eene surtout un fort risque de mouvements de terrain, les effondrements qu\u2019elle provoque faisant parfois appara\u00eetre d\u2019\u00e9normes cavit\u00e9s sous-terraines. Le risque n\u2019est pas hypoth\u00e9tique\u00a0: en 2010, dans une commune de l\u2019agglom\u00e9ration orl\u00e9anaise, un pavillon a \u00e9t\u00e9 englouti dans un\u00a0trou de 16 m\u00e8tres de diam\u00e8tre et 8 m\u00e8tres de profondeur\u00a0! A ce sujet, le rapport est explicite : \u00ab\u00a0En l\u2019\u00e9tat actuel des connaissances, et en se basant sur des d\u00e9marches similaires d\u2019\u00e9valuation de l\u2019al\u00e9a de mouvements de terrain li\u00e9s \u00e0 d\u2019autres types de cavit\u00e9s, nous estimons que l\u2019al\u00e9a de mouvement de terrain d\u2019origine karstique sur l\u2019emprise du projet est fort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le BRGM poursuit et souligne : \u00ab Sur la dur\u00e9e de vie suppos\u00e9e de l\u2019ouvrage, la survenue d\u2019un effondrement d\u2019origine karstique sur l\u2019emprise du projet est possible, voire probable, en particulier en cas de crue de la Loire. Un tel \u00e9v\u00e9nement remettrait en cause non seulement la s\u00e9curit\u00e9 des biens et des personnes, mais aussi l\u2019usage de l\u2019infrastructure pr\u00e9vue. \u00bb Notons au passage que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la pr\u00e9sence de ces roches karstiques qui a fait exploser le montant suppos\u00e9 des travaux et rend l\u2019addition finale encore incertaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les am\u00e9nageurs r\u00e9servent donc \u00e0 ce charmant coin de Loire sauvage un co\u00fbteux projet reposant sur un sous-sol en gruy\u00e8re, entra\u00eenant ainsi une b\u00e9tonisation qui polluerait la Loire, sans r\u00e9pondre vraiment aux nuisances routi\u00e8res r\u00e9elles subies par les locaux. Face \u00e0 ce d\u00e9sastre annonc\u00e9, la tergiversation des pouvoirs publics sur la r\u00e9ouverture de la ligne ferroviaire interroge. Plus exactement, la pr\u00e9fecture soutient obstin\u00e9ment un projet routier controvers\u00e9 et manifestement nuisible au climat et \u00e0 la biodiversit\u00e9, alors qu\u2019elle entrave un projet tr\u00e8s populaire de remise en service de la voie ferr\u00e9e, qui contribuerait \u00e0 la baisse du trafic automobile et de ses nuisances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u201cNous sommes la Loire qui se d\u00e9fend !\u201d<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le moment, le D\u00e9partement n\u2019est pas autoris\u00e9 \u00e0 d\u00e9buter les travaux de d\u00e9frichement du bois de Latingy ; il doit en effet attendre le d\u00e9part des balbuzards vers d\u2019autres latitudes. Malgr\u00e9 cet interdit et la BalbuCam qui atteste de leur pr\u00e9sence, plusieurs engins ont commenc\u00e9 mi-juillet \u00e0 creuser des tranch\u00e9es dans un champ attenant au bois, au sud de la D960. L\u2019Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), contact\u00e9 par Mardi\u00e9val, a imm\u00e9diatement rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre le Conseil D\u00e9partemental et les travaux ont \u00e9t\u00e9 suspendus. Mais pour combien de temps ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par voie de presse, le D\u00e9partement s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 ne pas commencer le d\u00e9frichement du bois avant le 1er septembre. Th\u00e9oriquement, il pourrait le faire jusqu\u2019au 31 octobre, date impos\u00e9e par une autre esp\u00e8ce prot\u00e9g\u00e9e : la chauve-souris arboricole, qui ne peut \u00eatre d\u00e9log\u00e9e une fois qu\u2019elle s\u2019est install\u00e9e dans les arbres pour passer l\u2019hiver. Cette \u201cfen\u00eatre de d\u00e9boisement autoris\u00e9\u201d permettrait donc aux engins de chantier de raser le bois de Latingy \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, m\u00eame si les bases l\u00e9gales de ces coupes franches sont pour le moins floues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est probablement pour pr\u00e9venir ce risque qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement singulier se pr\u00e9pare non loin de l\u00e0 : du 11 au 18 ao\u00fbt, le <a href=\"https:\/\/levillagedelaloire.frama.site\/\">Village de la Loire<\/a> s\u2019installera sur un terrain priv\u00e9 bordant le bois de Latingy. Le but\u00a0? Habiter collectivement et de mani\u00e8re autog\u00e9r\u00e9e un espace pendant une semaine, participer \u00e0 des ateliers et des discussions. L\u2019ambition et l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du village r\u00e9sonnent dans la formule \u201cNous sommes la Loire qui se d\u00e9fend !\u201d Face \u00e0 la b\u00e9tonisation croissante et l\u2019artificialisation des sols, ce Village propose de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des mondes alternatifs dont la construction en structures l\u00e9g\u00e8res sur le site menac\u00e9 constituera un des symboles. Il s\u2019agit aussi de garder un \u0153il sur le bois afin de le prot\u00e9ger, en prenant ainsi un relais symbolique entre le balbuzard et la chauve-souris arboricole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 qui appartient vraiment ce fleuve indocile si ce n\u2019est aux castors, aux promeneurs, aux balbuzards, aux cyclistes, aux h\u00e9rons, aux p\u00eacheurs, aux poissons, ou encore aux pratiquants de cano\u00eb-kayak et aux arbres et bancs de sable ? Ce peuple de la Loire est constitu\u00e9 d\u2019usagers passagers, qui souhaitent le rester, d\u2019\u00eatres qui n\u2019aspirent pas \u00e0 voir s\u2019\u00e9tendre sans cesse l\u2019empire des infrastructures climaticides. C\u2019est ce peuple, dans ses interactions diverses avec le milieu lig\u00e9rien, qui le fait vivre et l\u2019enrichit, bien davantage que les institutions (l\u2019Unesco, le d\u00e9partement, la R\u00e9gion, l\u2019Etat, l\u2019Europe) qui se pr\u00e9sentent comme garantes de son int\u00e9grit\u00e9\u2026 Mais concourent \u00e0 sa destruction ou ne sont pas capables de l\u2019emp\u00eacher\u00a0! \u00a0Le Village est une opportunit\u00e9 pour que s\u2019inventent des mani\u00e8res diff\u00e9rentes de composer des mondes \u00e9largis, face \u00e0 la logique des am\u00e9nageurs et des b\u00e9tonneurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Terrestres.org<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Menaces sur la Loire<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6289","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6289","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6289"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6289\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6290,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6289\/revisions\/6290"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6289"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6289"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6289"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}