{"id":6614,"date":"2020-01-09T02:47:13","date_gmt":"2020-01-09T01:47:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6614"},"modified":"2020-01-06T13:48:00","modified_gmt":"2020-01-06T12:48:00","slug":"nattendons-pas-la-fin-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/01\/09\/nattendons-pas-la-fin-du-monde\/","title":{"rendered":"N\u2019attendons pas la fin du\u00a0monde"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Introduction du livre coordonn\u00e9 par Christian Laval et Francis Vergne\u00a0<\/strong><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment le monde du travail peut-il envisager l\u2019avenir\u00a0? Mieux, comment peut-il inventer un <em>autre <\/em>avenir que celui que lui promet le n\u00e9olib\u00e9ralisme\u00a0? Voil\u00e0 la question que nous voulons poser dans cet ouvrage. Un grand projet historique a travers\u00e9 et nourri deux si\u00e8cles de mouvement ouvrier et syndical\u00a0: celui de l\u2019\u00e9mancipation du salariat et du travail. Est-il toujours d\u2019actualit\u00e9 et quelle signification lui donner en ce d\u00e9but du 21<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle\u00a0? \u00c9largir le champ des possibles en cherchant \u00e0 rep\u00e9rer ce qui peut ouvrir des voies nouvelles demeure aujourd\u2019hui l\u2019une des t\u00e2ches majeures du mouvement social comme elle l\u2019est pour les sciences sociales et la philosophie\u00a0<sup>1<\/sup>. En ces temps de triomphe bruyant et d\u2019imposition brutale de l\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral, une telle ambition peut sembler d\u00e9mesur\u00e9e. L\u2019objection principale est connue et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019envi depuis des d\u00e9cennies\u00a0: \u00ab\u00a0There is no alternative\u00a0\u00bb. Pourtant, les pratiques r\u00e9pressives mises en \u0153uvre depuis Margaret Thatcher et ses nombreux successeurs contredisent ce discours. Car s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019alternative pourquoi tant s\u2019acharner \u00e0 d\u00e9truire toute tentative de r\u00e9sistance, comme on l\u2019a vu avec la brutale r\u00e9pression du mouvement des Gilets jaunes, et toute invention d\u2019autres mani\u00e8res de vivre et de travailler\u00a0? Pourquoi recourir comme cela s\u2019est fait \u00e0 Notre-Dame-des-Landes \u00e0 la violence polici\u00e8re pour \u00e9radiquer des fa\u00e7ons de produire, de consommer et d\u2019\u00e9changer fond\u00e9es sur le droit d\u2019usage plut\u00f4t que sur la logique propri\u00e9taire ou \u00e9tatique\u00a0? Pourquoi balayer d\u2019un revers de main et refuser de discuter des contre-plans syndicaux pr\u00e9sent\u00e9s par les cheminot\u00b7es, par les personnels hospitaliers et les enseignant\u00b7es pour qui les transports publics, l\u2019h\u00f4pital ou l\u2019\u00e9cole et l\u2019universit\u00e9 ne sauraient \u00eatre des \u00ab\u00a0entreprises comme les autres\u00a0\u00bb\u00a0? Pourquoi tant d\u2019obstacles juridiques et financiers \u00e0 la reprise d\u2019entreprises sous forme de Scop par les salari\u00e9\u00b7es\u00a0? Ce que r\u00e9v\u00e8lent les dispositifs r\u00e9pressifs et les discours fatalistes du n\u00e9olib\u00e9ralisme, c\u2019est d\u2019abord que les luttes du monde du travail contre l\u2019exploitation et la domination du capital ne sont pas finies, et c\u2019est ensuite qu\u2019il existe bel et bien des alternatives qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre connues et d\u00e9fendues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reconnaissons cependant que les difficult\u00e9s \u00e0 inventer un autre avenir ne sont pas exclusivement dues \u00e0 la puissance de nos adversaires. P\u00e8se sur le monde du travail le sinistre bilan des r\u00e9alisations dites \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb du si\u00e8cle pass\u00e9 et des courants qui les ont encourag\u00e9es et justifi\u00e9es. Mais joue aussi le poids des d\u00e9faites cumul\u00e9es depuis des d\u00e9cennies. Il est d\u00e9moralisant d\u2019avoir \u00e0 se battre le dos au mur pour retarder l\u2019application de contre-r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales qui finissent, pour beaucoup, par s\u2019imposer. Un m\u00eame sc\u00e9nario se r\u00e9p\u00e8te qui laisse les organisations du salariat r\u00e9duites \u00e0 r\u00e9agir avec retard et peu d\u2019efficacit\u00e9 aux lois qui d\u00e9tricotent toujours un peu plus les conqu\u00eates sociales et les compromis d\u2019antan comme elles affaiblissent les services publics. L\u2019aspiration \u00e0 une convergence des luttes est souvent \u00e9voqu\u00e9e. Mais pour l\u00e9gitime qu\u2019elle soit, elle ne peut \u00e0 elle seule constituer le s\u00e9same permettant d\u2019inverser la situation. Converger vers quoi et pour aller o\u00f9\u00a0? Comment articuler r\u00e9sistances et alternatives\u00a0? Telle est sans doute la question d\u00e9cisive qui se pose aux mouvements sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est donc urgent et n\u00e9cessaire de mettre en perspective des exp\u00e9riences et des propositions propres \u00e0 nourrir une \u00ab\u00a0politique de l\u2019esp\u00e9rance\u00a0\u00bb et de mettre en mouvement l\u2019imagination sociale et \u00e9cologique \u00e0 partir des luttes du pr\u00e9sent. \u00ab\u00a0Ouvrir des possibles\u00a0\u00bb comme autant de br\u00e8ches dans l\u2019ordre des choses, c\u2019est-\u00e0-dire dans la structure de la domination quotidienne, n\u00e9cessite de convoquer l\u2019\u00ab\u2009impossible\u2009\u00bb dans le pr\u00e9sent. Edgar Quinet avait eu cette belle phrase \u00e0 propos de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en \u00e9crivant qu\u2019elle avait su \u00ab\u00a0ramener sur terre la foi \u00e0 l\u2019impossible\u00a0<sup>2\u00a0<\/sup>\u00bb. Ce que les murs de\u00a068 ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez r\u00e9alistes, demandez l\u2019impossible\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors que se sont \u00e9croul\u00e9s les mondes qui avaient usurp\u00e9 les mots de socialisme et de communisme, y a-t-il encore place pour un projet d\u2019\u00e9mancipation du travail\u00a0? Quel sens concret peut avoir cette expression dans le cadre des nouvelles formes du capitalisme\u00a0? Et au moment o\u00f9 se profile un changement climatique majeur aux cons\u00e9quences encore difficiles \u00e0 imaginer mais tr\u00e8s certainement dramatiques, ce projet est-il encore d\u2019actualit\u00e9\u00a0? Les propositions et les d\u00e9bats ne manquent pas dans le mouvement social, m\u00eame si un projet global de transformation du monde du travail a encore du mal \u00e0 \u00e9merger. Quelles sont les forces sociales, les formes de mobilisation, les pratiques alternatives et les propositions m\u00eame les plus utopiques qui peuvent aujourd\u2019hui soutenir un nouveau projet \u00e9mancipateur\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le r\u00f4le du syndicalisme int\u00e9gral dans l\u2019invention de l\u2019avenir<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pouvons qu\u2019agr\u00e9er la remarque de St\u00e9phane Sirot\u00a0: \u00ab\u00a0Les syndicats ne doivent plus avoir peur de produire de l\u2019utopie, sinon le patronat est le seul fournisseur d\u2019utopie\u00a0!\u00a0<sup>3\u00a0\u00bb<\/sup> N\u2019a-t-on pas vu se d\u00e9velopper \u00e0 une tr\u00e8s grande rapidit\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies de gigantesques utopies capitalistes qui en connectant des milliards d\u2019individus faisaient des informations recueillies sur chacun d\u2019eux des sources d\u2019accumulation consid\u00e9rables\u00a0? Et que penser de l\u2019essor de cette illusoire \u00e9mancipation promise par le n\u00e9olib\u00e9ralisme avec l\u2019auto-entrepreneuriat g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syndicat a pour objet l\u2019action revendicative quotidienne en faveur des travailleurs. Mais comment lutter au quotidien si l\u2019horizon des possibles est encombr\u00e9 d\u2019obstacles qui paraissent insurmontables, de hauts murs qui semblent infranchissables\u00a0? Ce probl\u00e8me \u00e9tait clairement pos\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e9poque du syndicalisme r\u00e9volutionnaire de la CGT. C\u2019\u00e9tait bien d\u2019ailleurs le sens de la Charte d\u2019Amiens, au 9<sup>e\u00a0<\/sup>congr\u00e8s de la CGT en octobre\u00a01906, quand il \u00e9tait question de la \u00ab\u00a0double besogne\u00a0\u00bb du syndicalisme\u00a0: d\u00e9fense du quotidien, pr\u00e9paration de l\u2019avenir. Cette pr\u00e9paration de l\u2019avenir, autrement dit l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9mancipation int\u00e9grale\u00a0\u00bb des travailleurs par les travailleurs eux-m\u00eames, \u00e9tait une projection qui supposait la mobilisation d\u2019un imaginaire partag\u00e9, celui pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se ressaisit par l\u2019association des producteurs et productrices de sa force collective, selon la d\u00e9finition du socialisme originel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, cet imaginaire qui soutient le projet d\u2019\u00e9mancipation est toujours menac\u00e9 par cet engluement dans le quotidien et le pr\u00e9sent. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0, il faut le rappeler, la critique que pouvait adresser Marx \u00e0 un syndicalisme fondamentalement conservateur, qui oubliait la perspective de long terme. Pour Marx, un syndicat a toujours tendance \u00e0 escamoter le but lointain tant il est enserr\u00e9 dans le cadre des institutions \u00e9tatiques et capitalistes existantes qui le transforment plus qu\u2019il n\u2019est capable de les transformer. Dans<em>Salaires, prix et profit<\/em>, titre d\u2019un rapport de\u00a01865 sur les luttes ouvri\u00e8res au sein de l\u2019Association internationale des travailleurs, Marx rappelle que les ouvriers doivent lutter au quotidien contre la tendance \u00e0 l\u2019abaissement de la valeur de la force de travail impos\u00e9 par le capital, mais que se limiter \u00e0 demander un salaire \u00e9quitable est un objectif qui ne remet pas en cause le salariat en tant que tel\u00a0: \u00ab\u00a0La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en disputer le prix avec le capitaliste, note Marx, est en connexion avec la condition qui l\u2019oblige \u00e0 se vendre elle-m\u00eame comme une marchandise\u00a0\u00bb. Il faut \u00e9videmment se livrer \u00e0 des \u00ab\u00a0escarmouches\u00a0\u00bb contre le capital, mais cette lutte quotidienne, seule, est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Pire, elle peut dissuader les travailleurs de se lib\u00e9rer de l\u2019\u00ab\u00a0asservissement g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019implique le r\u00e9gime du salariat\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi, \u00ab\u00a0au lieu du mot d\u2019ordre conservateur\u00a0:<em> \u00ab\u00a0<\/em>Un salaire \u00e9quitable pour une journ\u00e9e de travail \u00e9quitable\u00a0\u00bb, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d\u2019ordre r\u00e9volutionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0Abolition du salariat\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Si le mot d\u2019ordre en lui-m\u00eame m\u00e9rite aujourd\u2019hui discussion, c\u2019\u00e9tait dire que sans un but lointain, le poids du pr\u00e9sent l\u2019emporterait toujours et finirait par d\u00e9truire l\u2019espoir. Certes, il arriva plus d\u2019une fois \u00e0 Marx et Engels de d\u00e9nigrer la \u00ab\u00a0peinture imaginaire de la soci\u00e9t\u00e9 future\u00a0\u00bb des utopistes, mais m\u00eame s\u2019ils n\u2019en firent pas l\u2019aveu, ils maintinrent entiers les droits de l\u2019imagination en visant l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et la fin de la division du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donner raison \u00e0 Marx sur ce point, et ne pas craindre de suivre son inspiration. Le syndicalisme et plus g\u00e9n\u00e9ralement les forces se r\u00e9clamant de l\u2019\u00e9mancipation du travail ont trop souvent refus\u00e9 de \u00ab\u00a0penser utopiquement\u00a0\u00bb pour mieux s\u2019attacher \u00e0 la conqu\u00eate quotidienne et \u00e0 la pr\u00e9servation des \u00ab\u00a0acquis sociaux\u00a0\u00bb. Andr\u00e9 Gorz et Bruno Trentin ont montr\u00e9 que le grand \u00e9chec historique de la gauche sociale et politique au 20<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle tenait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019acceptation de la <em>subordination salariale<\/em>, et avec elle, \u00e0 l\u2019acceptation de l\u2019absence de d\u00e9mocratie et de citoyennet\u00e9 dans le domaine du travail. Et ceci en opposition avec ce qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 l\u2019impulsion premi\u00e8re du socialisme, ce \u00ab\u00a0r\u00eave ouvrier\u00a0\u00bb dont parle Jacques Ranci\u00e8re qui consistait \u00e0 faire du domaine du travail une r\u00e9publique sociale\u00a0<sup>4<\/sup>. Certes, il y eut bien dans les marges du mouvement ouvrier un mouvement conseilliste, il y exista bien en Espagne ou de fa\u00e7on \u00e9ph\u00e9m\u00e8re en Hongrie des formes d\u2019auto-organisation populaire, on vit se d\u00e9velopper en France m\u00eame une aspiration autogestionnaire dont Lip fut l\u2019embl\u00e8me, mais ce ne furent au total que des exp\u00e9riences courtes au regard du projet historique d\u2019\u00e9mancipation du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi cette gauche sociale et politique du 20<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ne s\u2019est-elle pas attaqu\u00e9e plus frontalement au taylorisme et au fordisme, pourquoi, m\u00eame quand elle \u00e9tait autrement plus puissante qu\u2019aujourd\u2019hui, a-t-elle monnay\u00e9 la soumission du travail contre une redistribution d\u2019une part plus importante de la valeur produite\u00a0? Est-ce d\u00fb \u00e0 la s\u00e9duction pour la rationalit\u00e9 capitaliste de la part des dirigeants de la gauche sociale et politique, \u00e0 l\u2019aspiration \u00e0 plus de consommation et de confort de la part des salari\u00e9s\u00a0? Sans doute tout cela \u00e0 la fois. Ou bien est-ce d\u00fb aussi au d\u00e9ficit de l\u2019imagination utopique\u00a0? Mais ce d\u00e9ficit \u00e0 son tour n\u2019est pas venu de rien. N\u2019est-ce pas justement le mode taylorien et fordiste de production, avec la destruction des m\u00e9tiers et l\u2019\u00e9rosion de l\u2019\u00e9thique du travail qu\u2019ils entra\u00eenaient, qui a emp\u00each\u00e9 d\u2019imaginer, comme l\u2019avait fait le mouvement ouvrier ancien, une autre soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la libre association des producteurs\u00a0? Pourtant l\u2019imagination a pu resurgir soudainement dans des phases exceptionnelles comme Mai\u00a068, d\u2019abord aux marges du mouvement ouvrier, puis dans un \u00e9clat soudain, en son c\u0153ur m\u00eame. Peut-\u00eatre est-elle en train de rena\u00eetre de fa\u00e7on encore insidieuse dans la culture intellectuelle et politique contemporaine\u00a0? Si cela se confirmait, il y aurait alors des raisons d\u2019y voir l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle p\u00e9riode. C\u2019est Jaur\u00e8s qui avait peut-\u00eatre le mieux situ\u00e9 l\u2019enjeu d\u2019une repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 future\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 r\u00e9p\u00e9ter trop pesamment que tout essai de pr\u00e9cision de l\u2019ordre futur est chim\u00e9rique et utopique, on risque de persuader le prol\u00e9tariat que m\u00eame les grandes lignes du r\u00e9gime socialiste ne se laissent pas d\u00e9m\u00ealer.\u00a0[\u2026] Et comment pourrait-on travailler, avec une passion r\u00e9volutionnaire, \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un ordre nouveau si on n\u2019en pouvait dessiner, au moins pour soi-m\u00eame, les traits essentiels\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette repr\u00e9sentation de l\u2019avenir, si elle est n\u00e9cessaire, est-elle pour autant suffisante\u00a0? Ne faut-il pas qu\u2019elle s\u2019incarne d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, au moins partiellement, dans des pratiques et des institutions pour qu\u2019on comprenne qu\u2019\u00ab\u00a0un autre monde est possible\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il est une autre limite, celle qui borne le syndicalisme \u00e0 la seule sph\u00e8re \u00e9troite de la vie professionnelle. Or, il n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui de cloisonner les domaines de l\u2019existence et les champs de l\u2019activit\u00e9 collective. Nous avons montr\u00e9 dans notre pr\u00e9c\u00e9dent ouvrage, <em>Demain le syndicalisme<\/em>, qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le n\u00e9olib\u00e9ralisme s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9 en un syst\u00e8me totalisant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9, le syndicalisme devait lui-m\u00eame, pour y faire face efficacement, se transformer en ce que nous avons appel\u00e9 le <em>syndicalisme int\u00e9gral\u00a0<\/em><sup>5<\/sup>. Face au n\u00e9olib\u00e9ralisme total, l\u2019action syndicale doit s\u2019inscrire dans le cadre d\u2019une logique alternative globale, nouer des alliances indispensables pour la promouvoir et pour commencer \u00e0 la mettre en \u0153uvre partout o\u00f9 cela est possible. La participation syndicale au mouvement altermondialiste a constitu\u00e9 une avanc\u00e9e remarquable dans cette voie. L\u2019existence en parall\u00e8le aux Forums sociaux de \u00ab\u00a0forums syndicaux\u00a0\u00bb en t\u00e9moigne, mais c\u2019est peut-\u00eatre surtout l\u2019\u00e9largissement du cadre d\u2019analyse de la situation des salariats nationaux qui en a \u00e9t\u00e9 l\u2019effet le plus important pour le syndicalisme. Il faut poursuivre cet \u00e9largissement en red\u00e9finissant les objectifs \u00e9galitaires, d\u00e9mocratiques et \u00e9cologistes du syndicalisme int\u00e9gral et en reposant clairement ses fondements \u00e9thiques et anthropologiques. Le pr\u00e9sent ouvrage, en ce sens, se veut une nouvelle contribution au renouvellement du syndicalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier ne pourra faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un r\u00e9examen de son rapport aux enjeux politiques globaux. Il faut sans doute abandonner cette pudeur totalement improductive qui voudrait que le syndicalisme ne se m\u00eale pas de \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb. Si par ce terme, on entend les batailles parlementaires et les luttes \u00e9lectorales, on voit bien que le syndicalisme agit sur un autre terrain. Mais son terrain d\u2019action, s\u2019il n\u2019est pas politicien, est politique, au sens o\u00f9 il en va des mani\u00e8res de vivre en collectivit\u00e9, des fa\u00e7ons de travailler et d\u2019agir, des mesures \u00e0 prendre d\u2019urgence pour \u00e9viter que le capitalisme pr\u00e9dateur et les nationalismes brutaux n\u2019ab\u00eement un peu plus la plan\u00e8te et ne mettent de plus en plus l\u2019humanit\u00e9 en danger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019y refuser, c\u2019est risquer d\u2019une part de tomber dans l\u2019hypocrisie d\u2019un pseudo-pragmatisme, qui a \u00e9t\u00e9 bien souvent l\u2019alibi d\u2019un renoncement, voire l\u2019argument d\u2019un soutien aux politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Et c\u2019est risquer, d\u2019autre part, le repli corporatiste qui conduit \u00e0 d\u00e9fendre co\u00fbte que co\u00fbte l\u2019action d\u2019une profession, et ceci parfois jusqu\u2019\u00e0 la caricature, comme certains syndicats de police qui se font sans honte les auxiliaires des politiques s\u00e9curitaires et les complices des pratiques violentes les plus inadmissibles. Le syndicalisme risque de mourir de ces compromissions, qui alimentent le d\u00e9sarroi \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il doit faire face \u00e0 une autre forme de danger, plus insidieuse, moins visible, qui est la mise en doute de l\u2019efficacit\u00e9 et m\u00eame de l\u2019utilit\u00e9 de l\u2019action collective. On peut craindre que, \u00e0 force d\u2019usure et de d\u00e9couragement, le \u00ab\u00a0collectif\u00a0\u00bb soit lui-m\u00eame en crise grave, dans une soci\u00e9t\u00e9 de concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. En somme, il est plus que temps d\u2019affirmer hautement une <em>politique du syndicalisme,<\/em> dont la ligne directrice serait la volont\u00e9 de r\u00e9habiliter le collectif au sein de toutes les relations sociales, dans le travail et en dehors du travail, et de d\u00e9velopper l\u2019<em>agir commun,<\/em> sous tous ses aspects. C\u2019est sans doute la signification la plus profonde de cet ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Institutions alternatives et mouvement social<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous p\u00e2tissons encore de la sorte de division du travail qui s\u2019est instaur\u00e9e dans le mouvement social entre le \u00ab\u00a0p\u00f4le revendicatif\u00a0\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et le \u00ab\u00a0p\u00f4le alternatif\u00a0\u00bb de l\u2019autre. Si le \u00ab\u00a0p\u00f4le revendicatif\u00a0\u00bb est principalement repr\u00e9sent\u00e9 par les organisations syndicales, le \u00ab\u00a0p\u00f4le alternatif\u00a0\u00bb est historiquement repr\u00e9sent\u00e9 par le secteur coop\u00e9rativiste et mutualiste. On peut aujourd\u2019hui \u00e9largir le domaine en d\u00e9signant par \u00ab\u00a0p\u00f4le alternatif\u00bb l\u2019ensemble des th\u00e9ories, des institutions et des pratiques \u00e9conomiques et sociales qui visent \u00e0 mettre en \u0153uvre concr\u00e8tement des alternatives aux mod\u00e8les de l\u2019entreprise capitaliste priv\u00e9e et de l\u2019administration bureaucratique d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous payons ch\u00e8rement le prix de cette division, dans la mesure m\u00eame o\u00f9 la lutte quotidienne est s\u00e9par\u00e9e des analyses et des pratiques qui entendent d\u00e9finir et concr\u00e9tiser d\u00e8s maintenant l\u2019horizon d\u2019esp\u00e9rance dont a besoin le \u00ab\u00a0p\u00f4le revendicatif\u00a0\u00bb. La seule fa\u00e7on de r\u00e9duire ce hiatus est d\u2019interroger les th\u00e9ories et les pratiques alternatives ou alt\u00e9ratrices, de questionner ce que les Anglo-Saxons appellent les exp\u00e9riences \u00ab\u00a0\u00e9rosives\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pr\u00e9figuratives\u00a0\u00bb, celles qui, pour \u00eatre limit\u00e9es et partielles, commencent n\u00e9anmoins \u00e0 affaiblir, ne serait-ce qu\u2019\u00e0 la marge, le capitalisme et \u00e0 donner une image de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019avenir. Ces \u00ab\u00a0utopies r\u00e9elles\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 pour reprendre la formule du th\u00e9oricien marxiste am\u00e9ricain Erik Olin Wright\u00a0\u2013 subvertissent l\u2019opposition classique entre r\u00e9alit\u00e9 et utopie et d\u00e9montrent en commen\u00e7ant d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 le construire qu\u2019un autre monde est <em>pratiquement<\/em> possible\u00a0<sup>6<\/sup>. \u00c9videmment, parler d\u2019utopies concr\u00e8tes ou de pratiques pr\u00e9figuratives ne veut pas dire que toutes les utopies concr\u00e8tes ou toutes les pratiques pr\u00e9figuratives correspondent \u00e0 un id\u00e9al \u00e9mancipateur. Elles sont plut\u00f4t des objets en d\u00e9bat\u00a0: ce n\u2019est pas seulement leur faisabilit\u00e9 qui est discutable mais leur signification et leur pertinence en regard d\u2019un certain nombre de principes normatifs. En tout cas, il nous semble essentiel de lier revendication, r\u00e9sistance et alternative. Le syndicalisme doit se tourner de plus en plus vers tous les mouvements et les exp\u00e9rimentations qui cherchent \u00e0 construire un \u00ab\u00a0autre monde\u00a0\u00bb, de la m\u00eame fa\u00e7on que ces mouvements et exp\u00e9rimentations doivent reconna\u00eetre dans le syndicalisme un alli\u00e9 important dans la transition \u00e9cologique et sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pourquoi ce panorama synth\u00e9tique et critique\u2009?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ambition de notre ouvrage est de pr\u00e9senter un panorama de ces th\u00e9ories de l\u2019avenir, de ces institutions alternatives et de ces pratiques alt\u00e9ratrices du point de vue de l\u2019\u00e9mancipation du travail et, partant, de rendre compte des d\u00e9bats qu\u2019elles suscitent ou devraient susciter dans le mouvement social. Il s\u2019agit, dans ce cadre, de rassembler de fa\u00e7on synth\u00e9tique des propositions qui sont trop rarement mises en relation les unes avec les autres. L\u2019utopie se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui en fragments\u00a0: chaque auteur ou chaque courant semble apporter \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb solution qui se veut totalisante et \u00e0 certains \u00e9gards exclusive. Or, il ne s\u2019agit pas ici de pr\u00e9senter la \u00ab\u00a0cl\u00e9 universelle\u00a0\u00bb qui r\u00e9soudrait tous les maux de la terre. Il ne s\u2019agit pas non plus, \u00e0 l\u2019inverse, de laisser croire que la seule issue possible, \u00f4 combien minimaliste, serait celle de la conversion individuelle ou du \u00ab\u00a0chacun fait ce qu\u2019il peut\u00a0\u00bb. Ce que nous d\u00e9signons par alternatives renvoie \u00e0 des propositions et \u00e0 des exp\u00e9riences qui gardent une ambition de transformation sociale globale. Notre propos ne pr\u00e9tend pas rendre compte de l\u2019ensemble des utopies contemporaines. Il se limitera pour l\u2019essentiel aux alternatives qui touchent le champ d\u00e9j\u00e0 fort vaste des mondes du travail dans toute leur diversit\u00e9 et qui appellent de la part du syndicalisme et de toutes les associations professionnelles une r\u00e9flexion collective urgente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a dit du travail qu\u2019il \u00e9tait devenu invisible dans une soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par la finance, le spectacle, la marchandise et la distraction de masse. Il est aussi devenu inaudible quand il s\u2019agit des propositions alternatives. Qui a pr\u00eat\u00e9 attention, parmi les journalistes et les responsables politiques, aux propositions syndicales en mati\u00e8re de retraite ou de r\u00e9forme des transports ferroviaires\u00a0? Les st\u00e9r\u00e9otypes sur la \u00ab\u00a0grogne\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0gr\u00e9viculture\u00a0\u00bb l\u2019emportent dans le commentaire m\u00e9diatique et politique. Cela participe de la remise en cause de la d\u00e9mocratie sociale\u00a0: les salari\u00e9s n\u2019ont pas le droit de proposition, encore moins le droit de r\u00eaver d\u2019une autre condition du travailleur. Cette situation est dangereuse. \u00c0 force de n\u2019\u00eatre pas entendus et d\u2019\u00eatre interdits d\u2019imagination, ils risquent fort d\u2019\u00eatre tent\u00e9s de s\u2019en remettre au nihilisme ou \u00e0 un pouvoir autoritaire. Les attitudes souvent g\u00ean\u00e9es, frileuses ou tardives des syndicats, quand ce n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une pure et simple d\u00e9nonciation comme l\u2019a pratiqu\u00e9e la CFDT pendant la crise sociale des Gilets jaunes et l\u2019absence de propositions imaginatives qu\u2019ils auraient d\u00fb porter dans cette lutte ont ouvert la voie \u00e0 des issues incertaines et ambigu\u00ebs, facilement r\u00e9cup\u00e9rables par le pouvoir ou l\u2019extr\u00eame droite. La sous-estimation du potentiel alternatif d\u2019un tel mouvement interroge la capacit\u00e9 du monde syndical \u00e0 mesurer son apport et \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans des mobilisations populaires qui renouvellent des registres d\u2019action davantage bas\u00e9s sur l\u2019auto-organisation et la d\u00e9mocratie sociale. Il est donc urgent d\u2019aller \u00e0 contre-courant et de faire en sorte que la question de l\u2019avenir du travail soit d\u00e9battue le plus largement au sein des univers professionnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois grandes questions doivent \u00eatre pos\u00e9es, qui correspondent aux diff\u00e9rentes parties du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) Dans la premi\u00e8re partie\u00a0(\u00ab\u00a0Les chantiers du syndicalisme\u00a0\u00bb) on se demandera comment le syndicalisme s\u2019y prend d\u00e8s aujourd\u2019hui pour changer l\u2019entreprise et transformer la vie au travail des salari\u00e9s. Il s\u2019agira d\u2019examiner ce que les syndicats pourraient avancer pour lib\u00e9rer le travail du temps contraint du capital, pour assurer une v\u00e9ritable stabilit\u00e9 de la vie professionnelle, pour faire avancer la cause de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, et pour mieux articuler pratiquement sant\u00e9 au travail et sant\u00e9 environnementale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) La deuxi\u00e8me partie\u00a0(\u00ab\u00a0Refonder les institutions du travail\u00a0\u00bb) s\u2019int\u00e9resse au probl\u00e8me central des <em>institutions<\/em> dans lesquelles se d\u00e9roule l\u2019activit\u00e9 professionnelle, car si le travail est malade comme on le dit et comme on le constate, c\u2019est aussi parce que les institutions du travail sont elles-m\u00eames des sources pathog\u00e8nes dans tous les secteurs, priv\u00e9, public et social. Il s\u2019agira de se demander comment mettre un terme \u00e0 la d\u00e9possession compl\u00e8te des salari\u00e9s de tout pouvoir dans l\u2019entreprise, comment r\u00e9organiser les entreprises pour qu\u2019elles deviennent de v\u00e9ritables institutions d\u00e9mocratiques, comment refonder les services publics afin qu\u2019ils soient des institutions au service de tous, et comment l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire devrait changer pour contribuer \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3) La troisi\u00e8me partie (\u00ab\u00a0Les voies de l\u2019\u00e9mancipation\u00a0\u00bb) entend reposer une question ancienne mais toujours d\u00e9cisive\u2009: faut-il se donner pour objectif de \u00ab\u00a0se lib\u00e9rer <em>du<\/em> travail\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0lib\u00e9rer <em>le<\/em> travail\u00a0\u00bb\u00a0? Sont-ce l\u00e0 les termes d\u2019une contradiction insurmontable\u00a0? Cette question conduit \u00e9videmment \u00e0 s\u2019interroger plus largement sur la mani\u00e8re dont il nous faut imaginer d\u2019autres relations entre la vie et le travail, et \u00e0 se demander comment le syndicalisme, n\u00e9 dans un si\u00e8cle productiviste, peut faire une mue radicale aux temps des d\u00e9sastres climatiques pour devenir un \u00e9cosyndicalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne chercherons pas ici \u00e0 ass\u00e9ner des v\u00e9rit\u00e9s, \u00e0 imposer une \u00ab\u00a0ligne\u00a0\u00bb, \u00e0 faire un concours des meilleures id\u00e9es. Notre propos est tr\u00e8s diff\u00e9rent, on l\u2019aura compris\u00a0: il consiste \u00e0 interroger ce qui se pr\u00e9sente comme des r\u00e9ponses \u00e0 la crise profonde du mod\u00e8le capitaliste de soci\u00e9t\u00e9 et comme des alternatives aux formes d\u2019emploi et de travail actuellement dominants. Car c\u2019est en questionnant de fa\u00e7on critique et constructive ces r\u00e9ponses et ces alternatives que l\u2019on aura le plus de chance de convaincre de l\u2019importance de l\u2019imagination cr\u00e9atrice pour la transformation du travail en une activit\u00e9 \u00e9mancip\u00e9e et \u00e9mancipatrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, cet ouvrage doit \u00eatre situ\u00e9 dans un ensemble de travaux qui lui donnent toute sa signification. Dans notre pr\u00e9c\u00e9dent ouvrage, <em>Demain le syndicalisme\u00a0\u2009<\/em><sup>7<\/sup><em>,<\/em> nous avons montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre voie possible que la r\u00e9invention d\u2019un syndicalisme int\u00e9gral qui, en renouvelant son r\u00e9pertoire d\u2019action et ses th\u00e9matiques, serait capable de prendre en compte tous les aspects de la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale, notamment la crise \u00e9cologique, pour mieux la combattre. Nous prolongeons ici cette r\u00e9flexion en montrant que c\u2019est par l\u2019int\u00e9gration de propositions alternatives dans son \u00ab\u00a0logiciel\u00a0\u00bb de pens\u00e9e et d\u2019action que le syndicalisme peut redonner au monde du travail un horizon d\u2019esp\u00e9rance pour lequel il vaut la peine de se battre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la formation et de l\u2019\u00e9ducation, dans ses rapports \u00e0 l\u2019alternative, n\u2019est pas abord\u00e9e directement ici. D\u2019une part, plusieurs d\u2019entre nous ont d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 \u00e0 la formation professionnelle des d\u00e9veloppements critiques et des propositions alternatives, qui compl\u00e9teront le pr\u00e9sent ouvrage sur un sujet pour nous essentiel quant \u00e0 la transformation d\u00e9mocratique du travail\u00a0<sup>8<\/sup>. D\u2019autre part, nous attachons une tr\u00e8s grande importance aux alternatives dans le champ \u00e9ducatif, et deux des r\u00e9dacteurs du pr\u00e9sent livre leur consacreront bient\u00f4t un ouvrage qui leur sera enti\u00e8rement consacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces travaux n\u2019ont d\u2019autre objectif que le renouvellement vital d\u2019un syndicalisme aujourd\u2019hui menac\u00e9. \u00c9videmment, le pr\u00e9alable est de faire en sorte que ces analyses et ces propositions soient pr\u00e9sent\u00e9es de fa\u00e7on claire et discut\u00e9es de fa\u00e7on rigoureuse dans les organisations syndicales. Il en va pour nous tout simplement de l\u2019avenir du syndicalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Christian Laval et Francis Vergne\u00a0(coord.)\u00a0: <em>N\u2019attendons pas la fin du monde<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Alternatives et mouvement social<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Institut de recherches de la FSU, Editions Syllepse, Paris\u00a02019,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/entreleslignesentrelesmots.blog\/2020\/01\/01\/introduction-du-livre-coordonne-par-christian-laval-et-francis-vergne-nattendons-pas-la-fin-du-monde\/\">https:\/\/entreleslignesentrelesmots.blog\/2020\/01\/01\/introduction-du-livre-coordonn<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction du livre coordonn\u00e9 par Christian Laval et Francis Vergne\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6614","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6614"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6614\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6616,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6614\/revisions\/6616"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}