{"id":6687,"date":"2020-01-28T02:32:03","date_gmt":"2020-01-28T01:32:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6687"},"modified":"2020-01-27T13:33:09","modified_gmt":"2020-01-27T12:33:09","slug":"la-bande-de-mobius-des-mots-presidentiels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/01\/28\/la-bande-de-mobius-des-mots-presidentiels\/","title":{"rendered":"La bande de M\u00f6bius des mots pr\u00e9sidentiels"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\">Nous savons \u00e0 quel point le langage est une bande de M\u00f6bius.<\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par effet sp\u00e9culaire, il se retourne. C\u2019est ainsi que les r\u00e9cents propos du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique viennent de le pointer d\u2019une fa\u00e7on stup\u00e9fiante. Et particuli\u00e8rement inqui\u00e9tante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a deux ans, bien avant les Gilets Jaunes, un article paru dans l\u2019Humanit\u00e9, sign\u00e9 Jean Ortiz (1), posait un regard affut\u00e9 sur la situation fran\u00e7aise, six mois apr\u00e8s l\u2019installation de Macron au pouvoir. \u00ab\u00a0<em>Tous les ingr\u00e9dients sont r\u00e9unis d\u2019une dictature de l\u2019argent par une petite caste de nababs sans scrupules<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crivait-il. L\u2019article s\u2019intitulait : \u00ab\u00a0<em>Vivrions-nous dans une dictature qui tairait son nom ?<\/em>\u00a0\u00bb et se concluait ainsi : \u00ab\u00a0<em>Osons \u00ab penser mal \u00bb : ce que nous vivons ressemble de plus en plus \u00e0 l\u2019\u00e9touffement mielleux de toute pens\u00e9e critique, par une dictature feutr\u00e9e qui sait parfaitement qu\u2019il lui faut taire son nom.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ans plus tard, Macron s\u2019exclame : \u00ab\u00a0<em>Mais allez en dictature\u00a0! Une dictature, c&rsquo;est un r\u00e9gime o\u00f9 une personne ou un clan d\u00e9cident des lois. Une dictature, c&rsquo;est un r\u00e9gime o\u00f9 on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la <u><a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/france\">France<\/a><\/u> c&rsquo;est cela, essayez la dictature et vous verrez\u00a0! La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en d\u00e9mocratie un principe fondamental\u00a0: le respect de l&rsquo;autre, l&rsquo;interdiction de la violence, la haine \u00e0 combattre.\u00a0<\/em>\u00bb Ce sont donc les mots pr\u00e9cis d\u2019Emmanuel Macron, dans un sophisme du pire. (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoique l\u2019on pense du Pr\u00e9sident, cet homme ne s\u2019exprime jamais au hasard. Son intelligence est aig\u00fce, affut\u00e9e ; sa culture r\u00e9elle et plus que solide. Lui d\u00e9nier cela serait une erreur profonde. Mais qu\u2019importe ce qu\u2019il sait ou non de Lacan, de la psychanalyse. Car il reste que la bande de M\u00f6bius de ces mots, dans ce cas tr\u00e8s particulier, se retournent contre celui qui les prononce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dire \u00ab\u00a0<em>une dictature, c&rsquo;est un r\u00e9gime o\u00f9 une personne ou un clan d\u00e9cident des lois <\/em>\u00bb est un \u00e9nonc\u00e9 qui interroge dans le contexte fran\u00e7ais actuel. Car un r\u00e9gime (la V\u00e8 R\u00e9publique), une personne (le chef de l\u2019\u00c9tat), un clan (celui d\u2019une majorit\u00e9 parlementaire totalement aux ordres durant une l\u00e9gislature) y d\u00e9cident des lois\u2026 Mais, dira-t-on \u00e0 raison pour abonder dans le sens du Pr\u00e9sident en reprenant ses mots, il est juste qu\u2019\u00ab\u00a0<em>une dictature, c&rsquo;est un r\u00e9gime o\u00f9 on ne change pas les dirigeants, jamais<\/em>.\u00a0\u00bb Dans la France de la V\u00e8 R\u00e9publique, on change les dirigeants. Mais de quels dirigeants parle-t-on ? Car nous avons ce jeu de marionnettes depuis des d\u00e9cennies, o\u00f9 il ne s\u2019agit plus d\u2019un choix de programme et de soci\u00e9t\u00e9 : seulement de faire barrage \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, \u00e0 deux reprises. Ou bien de confier un vote entre les mains de dirigeants qui trahissent leurs promesses, du Chirac et sa \u00ab\u00a0<em>fracture sociale<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 Hollande et son \u00ab\u00a0<em>ennemi c\u2019est la finance<\/em>\u00a0\u00bb. Sans parler de Mitterrand et son virage lib\u00e9ral de 1982, tournant le dos aux engagements de 1971 (Congr\u00e8s d\u2019Epinay), de 1972 (le Programme Commun), de 1981 (le slogan \u00ab\u00a0C<em>hanger la vie\u00a0<\/em>\u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, depuis 1982, tout change (?) pour que rien ne change dans la d\u00e9rive lib\u00e9rale autoritaire dont Macron est la phase ultime. Car les vrais dirigeants sont ailleurs : dans le monde de la finance et de l\u2019Europe lib\u00e9rale r\u00e9unis, relay\u00e9s par les petits et grands commis, ces missi dominici politiques et m\u00e9diatiques f\u00e9roces. Nous sommes donc face \u00e0 un mur d\u2019une dictature particuli\u00e8re mais clairement identifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce cadre de peau de chagrin d\u00e9mocratique, la violence tient la Une. Apr\u00e8s avoir condamn\u00e9 celle d\u2019une intrusion au si\u00e8ge de la CFDT (dont les images montrent que ce fut plus bon enfant et bien moins dur qu\u2019on le dit), sans avoir jamais condamn\u00e9 les violences des \u00e9borgnements et autres graves blessures, le Pr\u00e9sident affirme : \u00ab\u00a0<em>celles et ceux qui portent cette violence, celles et ceux qui, avec cynisme quelquefois, l&rsquo;encouragent, celles et ceux qui taisent tout reproche qu&rsquo;il faut avoir oublient une chose tr\u00e8s simple\u00a0: nous sommes une d\u00e9mocratie.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or cette phrase aussi se retourne totalement. \u00c9coutons-l\u00e0 du point de vue du gr\u00e9viste \u00e9vacu\u00e9 avec une force brutale, accus\u00e9 de faute professionnelle voire de sabotage du seul fait d\u2019\u00eatre en gr\u00e8ve. \u00c9coutons-l\u00e0 du point de vue du manifestant inquiet de voir ses droits constitutionnels menac\u00e9s, car se retrouvant nass\u00e9, gaz\u00e9, voire charg\u00e9. \u00c9coutons-l\u00e0 du point de vue du Gilet Jaune \u00e9borgn\u00e9, mis en garde \u00e0 vue sans raison juridique, tra\u00een\u00e9 devant les tribunaux pour \u00ab\u00a0<em>port d\u2019arme par destination\u00a0<\/em>\u00bb imaginaire, condamn\u00e9 lourdement pour des motifs t\u00e9nus (si vous n\u2019en \u00eates pas convaincu, allez voir les attendus des innombrables proc\u00e8s !) Alors il est clair que \u00ab\u00a0 <em>celles et ceux qui portent cette violence<\/em>\u00a0\u00bb se trouvent du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, ces derniers mots n\u2019\u00e9voquent en rien la responsabilit\u00e9 de ce pouvoir dans la mont\u00e9e des tensions, dans le refus &#8211; durant plus d\u2019un an &#8211; de reconna\u00eetre, sans m\u00eame parler de stopper, les violences polici\u00e8res, comme dans l\u2019absence de tout dialogue et le remplacement de la n\u00e9gociation par une pseudo concertation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ancr\u00e9s dans notre contexte \u00e0 vif, les paroles du Pr\u00e9sident sont graves, tr\u00e8s graves. Elles ne sont en rien celles du rassemblement : le \u00ab\u00a0<em>rassembleur\u00a0<\/em>\u00bb ment. Pire : cette fois, il donne un poids politique tr\u00e8s fort, articul\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e des \u00ab\u00a0<em>deux camps<\/em>\u00a0\u00bb jet\u00e9 \u00e0 la figure d\u2019une citoyenne en col\u00e8re par un Pr\u00e9fet de police m\u00e9prisant (3). Il divise au risque r\u00e9el, in\u00e9vitable, conscient, d\u2019avoir formul\u00e9 \u00e0 vif la vision macroniste. D\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e\u00a0dans son livre programmatique, \u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb, elle se\u00a0retourne contre l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame v\u00e9hicul\u00e9e\u00a0par le titre &#8211; car c&rsquo;est d&rsquo;une contre-r\u00e9volution qu&rsquo;il s&rsquo;agit. D\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e dans la version anxiog\u00e8ne d\u2019entre les deux tours de la pr\u00e9sidentielle de 2017 &#8211; \u00ab\u00a0<em>moi ou le chaos\u00a0<\/em>\u00bb &#8211; cette assertion n\u2019est plus op\u00e9ratoire : c\u2019est bien sa politique, lib\u00e9rale autoritaire, favorable aux seuls super-riches, qui pr\u00e9cipite le chaos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Mais il y a en d\u00e9mocratie un principe fondamental\u00a0: le respect de l&rsquo;autre, l&rsquo;interdiction de la violence, la haine \u00e0 combattre. <\/em>\u00bb C\u2019est juste en soi. Or ce respect n\u2019est plus assur\u00e9 par les forces du d\u00e9sordre, cette violence est celle des rapports sociaux capitalistes et cette haine de classe des macronistes s\u2019\u00e9tale ad nauseam partout, y compris sous des dehors de chattemite de discours minist\u00e9riels aussi mensongers que l\u00e9nifiants et profond\u00e9ment pervers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retour de la lutte de classe ? Non : exacerbation et mise \u00e0 nu de ce qui n\u2019a cess\u00e9 d\u2019exister, de sourdre, d\u2019\u00eatre ni\u00e9 &#8211; et qui explose \u00e0 la face d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9b\u00e9t\u00e9e par la violence de la classe dirigeante. Dans un contexte o\u00f9, \u00e9ventuellement, le seul parall\u00e8le historique pourrait \u00eatre la situation politique de 1850-1851, juste avant le coup d\u2019\u00c9tat de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, ce premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu au suffrage universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors ? Il est temps de revenir aux fondamentaux, d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9s par Dom Helder Camara (4) en son temps &#8211; et d\u2019une br\u00fblante actualit\u00e9 : \u00ab <em>Il y a trois sortes de violence. La premi\u00e8re, m\u00e8re de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui l\u00e9galise et perp\u00e9tue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui \u00e9crase et lamine des millions d\u2019hommes dans ses rouages silencieux et bien huil\u00e9s. La seconde est la violence r\u00e9volutionnaire, qui na\u00eet de la volont\u00e9 d\u2019abolir la premi\u00e8re. La troisi\u00e8me est la violence r\u00e9pressive, qui a pour objet d\u2019\u00e9touffer la seconde en se faisant l\u2019auxiliaire et la complice de la premi\u00e8re violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n\u2019y a pas de pire hypocrisie de n\u2019appeler violence que la seconde, en feignant d\u2019oublier la premi\u00e8re, qui la fait na\u00eetre, et la troisi\u00e8me qui la tue. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Article de l\u2019Humanit\u00e9 (8 janvier 2018)<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><u><a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/blogs\/dicta-macron-vivrions-nous-dans-une-dictature-qui-tairait-son-nom-648341\">https:\/\/www.humanite.fr\/blogs\/dicta-macron-vivrions-nous-dans-une-dictature-qui-tairait-son-nom-648341<\/a><\/u><\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Article de \u00ab\u00a020 minutes\u00a0\u00bb (24 janvier 2020)<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><u><a href=\"https:\/\/www.20minutes.fr\/societe\/2702699-20200124-essayez-dictature-verrez-emmanuel-macron-colere-face-critiques-politique\">https:\/\/www.20minutes.fr\/societe\/2702699-20200124-essayez-dictature-verrez-emmanuel-macron-colere-face-critiques-politique<\/a><\/u><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) Le 17 novembre dernier, \u00ab\u00a0oubliant\u00a0\u00bb son devoir de neutralit\u00e9, le pr\u00e9fet de police de Paris, Didier Lallement, r\u00e9pondit \u00e0 une femme qui l\u2019interpellait : \u00ab\u00a0<em>nous ne sommes pas dans le m\u00eame camp, madame\u2026\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) Dom Helder Camara (1909-1999) \u00e9tait un archev\u00eaque br\u00e9silien qui fit de la lutte contre la pauvret\u00e9 son combat quotidien dans le Br\u00e9sil de la dictature militaire. \u00ab\u00a0<em>Je nourris un pauvre et l&rsquo;on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n&rsquo;a pas de quoi se nourrir et l&rsquo;on me traite de communiste.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">mediapart\u00a0; Blog : <u><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/marc-evelyne-dumont\/blog\">Le blog de Marc Dumont<\/a><\/u><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous savons \u00e0 quel point le langage est une bande de M\u00f6bius.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6687","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6687"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6687\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6688,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6687\/revisions\/6688"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6687"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}