{"id":6875,"date":"2020-03-16T02:37:04","date_gmt":"2020-03-16T01:37:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6875"},"modified":"2020-03-15T10:38:19","modified_gmt":"2020-03-15T09:38:19","slug":"la-fidelite-des-serviteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/03\/16\/la-fidelite-des-serviteurs\/","title":{"rendered":"La fid\u00e9lit\u00e9 des serviteurs"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Cela ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0!<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.partage-le.com\/2020\/01\/28\/la-fidelite-des-serviteurs-par-ana-minski\/\">https:\/\/www.partage-le.com\/2020\/01\/28\/la-fidelite-des-servit<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extraits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <u><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=g5hVAjJuOF4\">civilisation<\/a><\/u>, la domination et l\u2019expansion des cultures citadines au d\u00e9triment de toutes les autres, m\u00e8ne depuis presque 5 000 ans une guerre contre la Nature, artificialisant et urbanisant le monde, accaparant ses forces. Sa supr\u00e9matie s\u2019exerce gr\u00e2ce \u00e0 une centralisation du pouvoir, une stratification sociale, une militarisation, une expansion incessante, une domestication, une mon\u00e9tarisation, une production de marchandises. L\u2019extension de sa domination s\u2019acc\u00e9l\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 une technologie toujours plus complexe, opaque et autoritaire qui permet, entre autres, de manipuler, exploiter et commercialiser le vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Affronter notre pass\u00e9, et notre pr\u00e9sent, riches en exterminations toutes plus abominables les unes que les autres, nous oblige \u00e0 ne pas sous-estimer sa capacit\u00e9 de destruction massive. Des ravages environnementaux ont cours depuis longtemps. L\u2019industrialisation a pu voir le jour parce qu\u2019elle r\u00e9pond \u00e0 des d\u00e9sirs n\u00e9s dans l\u2019imaginaire d\u2019une culture o\u00f9 la nature est per\u00e7ue, \u00e0 des degr\u00e9s divers selon les \u00e9poques et les lieux, comme une ennemie de la libert\u00e9 humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, la fascination qu\u2019exerce ce syst\u00e8me politique, \u00e9conomique, technologique et social, est si pr\u00e9gnante chez certains d\u2019entre nous que nous sommes incapables de nous \u00e9manciper de ses mythes ali\u00e9nants pour entrer enfin en r\u00e9sistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment la civilisation, malgr\u00e9 toutes ses violences, peut-elle encore fasciner, leurrer, faire r\u00eaver\u202f?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5 000 ans de servitude<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les analyses arch\u00e9ologiques et les \u00e9tudes ethnologiques permettent aujourd\u2019hui d\u2019appr\u00e9hender certains caract\u00e8res des soci\u00e9t\u00e9s anciennes. Les prendre en compte, c\u2019est nous donner les moyens de renouer avec notre libert\u00e9 d\u2019imagination et de cr\u00e9ation pour nous affranchir du mythe du progr\u00e8s, de la nature intrins\u00e8quement mauvaise de l\u2019homme, du supr\u00e9macisme humain et de l\u2019androcentrisme des soci\u00e9t\u00e9s modernes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains auteurs soutiennent que la stratification sociale, la pr\u00e9sence d\u2019une aristocratie et\/ou de la domination masculine, remontent au Pal\u00e9olithique voire se perdent dans la nuit des temps. Ils s\u2019appuient sur quelques exemples d\u2019inhumations dot\u00e9es d\u2019un riche mobilier fun\u00e9raire, sur le naturalisme des \u0153uvres pari\u00e9tales du Pal\u00e9olithique r\u00e9cent europ\u00e9en, sur la domination masculine existant chez de nombreux peuples indig\u00e8nes actuels et sur la pr\u00e9sence d\u2019une noblesse chez des peuples de chasseurs-cueilleurs stockeurs de salmonid\u00e9s des c\u00f4tes nord-ouest de l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, les quelques centaines de tombes mises au jour, qui t\u00e9moignent de plusieurs mill\u00e9naires de Pr\u00e9histoire, sugg\u00e8rent que la longue p\u00e9riode du Pal\u00e9olithique est bien diff\u00e9rente de celles qui lui succ\u00e8dent. S\u2019il existe en effet quelques tombes riches en mobilier fun\u00e9raire (Sungir \u00e9tant la plus c\u00e9l\u00e8bre), il est important de ne pas perdre de vue qu\u2019une tombe luxueuse n\u2019honore pas toujours un membre de l\u2019\u00e9lite et que la richesse fun\u00e9raire n\u2019est pas syst\u00e9matiquement le reflet d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 de richesse ou de pouvoir au sein de la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019autre part, des analyses r\u00e9centes de pal\u00e9opathologie ont montr\u00e9 que l\u2019on retrouvait r\u00e9guli\u00e8rement, dans ces exceptionnelles inhumations, des individus pr\u00e9sentant des malformations physiques. De m\u00eame, l\u2019arch\u00e9ologue Dominique Henry-Gambier, sp\u00e9cialiste des traitements fun\u00e9raires au Pal\u00e9olithique r\u00e9cent europ\u00e9en, a longuement analys\u00e9 les tombes doubles, triples, multiples ou collectives\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame chose en ce qui concerne la division sexuelle du travail et de la domination masculine au Pal\u00e9olithique, aucun vestige arch\u00e9ologique ne confirme ces hypoth\u00e8ses\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arch\u00e9ologiquement, on observe un v\u00e9ritable changement, en revanche, au N\u00e9olithique final, vers 4 500 ans av. J.-C., avec l\u2019apparition d\u2019un monumentalisme fun\u00e9raire\u00a0: tertres ou tumulus et m\u00e9galithes dont les plus connus en Europe sont ceux de Carnac. En M\u00e9sopotamie, la culture d\u2019Uruk, qui doit son nom \u00e0 un grand site sud-irakien appel\u00e9 aujourd\u2019hui Warka, pr\u00e9sente tous les traits qui d\u00e9finissent une civilisation\u00a0: s\u00e9dentarit\u00e9 \u2014 indispensable pour s\u2019approprier et quantifier les moyens de subsistance en vue de nourrir une population importante \u2014, domestication \u2014 exploitation de bl\u00e9 et d\u2019orge, \u00e9levage de b\u0153ufs, de moutons, de ch\u00e8vres et de porcs, et probablement plusieurs dizaines de milliers d\u2019habitants \u2014, centralisation du pouvoir \u2014 pour maintenir un contr\u00f4le sur un territoire d\u2019environ 200 hectares et sur la main d\u2019\u0153uvre n\u00e9cessaire pour rendre visible dans l\u2019espace ce pouvoir \u2014, architecture de plus en plus monumentale et extensive, et accentuation de la stratification sociale\u00a0visible dans le traitement fun\u00e9raire. Ces caract\u00e9ristiques se retrouvent \u00e0 des degr\u00e9s moindres \u00e0 l\u2019\u00e2ge du Bronze europ\u00e9en dans la culture minoenne o\u00f9 s\u2019\u00e9tablit, \u00e0 partir de 3\u00a0000 ans av. J.-C., un commerce de l\u2019\u00e9tain et du charbon, et dont les caract\u00e9ristiques palatiales ne laissent gu\u00e8re de doute sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019une organisation politique hi\u00e9rarchis\u00e9e et centralis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les civilisations nous permettent d\u2019appr\u00e9hender davantage la nature du pouvoir parce qu\u2019elles laissent derri\u00e8re elles plus de d\u00e9chets, de vestiges, que les groupes nomades, semi-nomades ou dont la s\u00e9dentarit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9 vers une cit\u00e9-\u00c9tat. Pour tenter d\u2019identifier l\u2019apparition de petites chefferies, les vestiges fun\u00e9raires, souvent difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter \u2014 ne nous permettant pas de comprendre toute la complexit\u00e9 sociale de ces soci\u00e9t\u00e9s \u2014 nous permettent n\u00e9anmoins de percevoir un changement significatif dans le traitement des d\u00e9funts. Il est ainsi possible d\u2019identifier des traces de premi\u00e8res chefferies gr\u00e2ce aux tombes dites d\u2019accompagnement qui t\u00e9moignent d\u2019une hi\u00e9rarchisation, puisque celui qui se fait accompagner dans la tombe n\u2019a pas le m\u00eame statut que celui qui l\u2019accompagne, de gr\u00e9 ou de force. La fouille du kourgane de Ma\u00efkop (2 500 ans av. J.-C.), \u00e9ponyme de la culture de Ma\u00efkop, est le plus ancien t\u00e9moignage de tombes dites d\u2019accompagnement en Europe. Elle est contemporaine des tombes d\u2019Ur, dat\u00e9es d\u2019environ 2 600 ans av. J.-C., et dans lesquelles de nombreux morts d\u2019accompagnement furent inhum\u00e9s\u00a0: 63 dans un cas, 74 dans un autre. Ce qui est surprenant, c\u2019est que la culture de Ma\u00efkop n\u2019\u00e9tait pas, contrairement aux civilisations de M\u00e9sopotamie, fond\u00e9e sur une urbanisation et une royaut\u00e9 institu\u00e9es. Il s\u2019agissait d\u2019une culture de paysans vivant en village, certainement domin\u00e9s par un chef. Entre 1 630 et 1 350 ans av. J-C., on observe un passage de groupes \u00e0 pouvoir fractionn\u00e9 et petites chefferies, financ\u00e9s par les \u00e9changes de richesses exotiques, vers un pouvoir fond\u00e9 sur le contr\u00f4le des moyens de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tombes d\u2019accompagnement ne sont donc pas l\u2019apanage des civilisations \u2014 s\u00e9dentarit\u00e9, domestication des moyens de subsistance, urbanisation, \u00c9tat \u2014 mais peuvent \u00eatre, et plus souvent qu\u2019on ne le pense, le fait de soci\u00e9t\u00e9s nomades (chez les Scythes), lignag\u00e8res (Ashantis) et de chasseurs-cueilleurs stockeurs (la c\u00f4te nord-ouest de l\u2019Am\u00e9rique). L\u2019accompagnement dans la mort, bien document\u00e9 dans l\u2019ouvrage d\u2019Alain Testart, concerne tr\u00e8s majoritairement des femmes, concubines, domestiques ou esclaves sexuelles, suivi des esclaves domestiques et\/ou garde du corps. Dans de nombreux cas, ces accompagnements sont volontaires, la fid\u00e9lit\u00e9 de l\u2019esclave et\/ou du serviteur pr\u00e9c\u00e9derait donc l\u2019apparition de l\u2019\u00c9tat \u2014 concentration du pouvoir et monopole de la violence \u2014, et pourrait bien expliquer son apparition et son succ\u00e8s. Partant de l\u00e0, certains n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 troquer l\u2019opposition domestique\/sauvage, par une opposition stockage\/absence de stockage. Pourtant, ce qui est en premier lieu exploit\u00e9 par le chef, c\u2019est la <u><a href=\"https:\/\/www.partage-le.com\/2019\/09\/homo-domesticus-ou-le-grand-recit-de-la-voie-male-par-ana-minski\/\">sph\u00e8re domestique<\/a><\/u>, celle qui concerne le corps \u2014 alimentation, v\u00eatement, reproduction et fornication \u2014 et qui permet au chef de s\u2019\u00e9muler sur la place publique. On observe donc, d\u00e8s l\u2019apparition de la distinction sph\u00e8re publique\/sph\u00e8re priv\u00e9e ou domestique, une guerre contre la nature qui g\u00e9n\u00e8re une premi\u00e8re ali\u00e9nation, celle du ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fid\u00e9lit\u00e9 suicidaire, d\u2019autant plus quand elle est celle d\u2019un esclave, nous choque. Cela dit, nous pensons qu\u2019elle ne nous concerne pas ou plus. Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Plusieurs formes de fid\u00e9lit\u00e9, moins spectaculaires, mais tout aussi suicidaires, permettent \u00e0 ceux qui nous gouvernent garder le pouvoir et d\u2019accro\u00eetre toujours plus leur domination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Croire aux mythes du ma\u00eetre, c\u2019est lui \u00eatre fid\u00e8le<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment comprendre que certains auteurs affirment, au pr\u00e9texte que les peuples chasseurs-cueilleurs de la c\u00f4te nord-est du Pacifique pr\u00e9sentent une structure sociale fortement hi\u00e9rarchis\u00e9e et esclavagiste, que les structures sociales du Pal\u00e9olithique \u00e9taient les m\u00eames\u202f? Il faut pour cela ne pas prendre en compte les peuples indig\u00e8nes de l\u2019Extr\u00eame-Orient sib\u00e9rien, qui pratiquent une \u00e9conomie de stockage \u2014 les p\u00eacheurs du Kamtchatka, les peuples de la for\u00eat tels que les Koriaks, les Chukchs ou les Yukaghirs qui pratiquent le stockage et pour certains le pastoralisme \u2014 mais ne d\u00e9veloppent pas pour autant une aristocratie h\u00e9r\u00e9ditaire, ne s\u2019adonnent pas \u00e0 un art monumental, ne constituent pas de structures autoritaires et n\u2019\u00e9laborent pas de droits sur les territoires de p\u00eache. L\u2019\u00e9conomie de stockage n\u2019implique pas n\u00e9cessairement une stratification sociale, ni une domination politique, tout comme l\u2019horticulture et l\u2019\u00e9levage, pratiqu\u00e9s par de nombreux peuples indig\u00e8nes qui ne connaissent ni noblesse ni structure politique coercitive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame chose concernant ces auteurs qui affirment que l\u2019homme a toujours d\u00e9truit son environnement au m\u00e9pris des plus r\u00e9centes <u><a href=\"https:\/\/partage-le.com\/2018\/11\/le-mythe-de-lhomme-tueur-par-ana-minski\/\">donn\u00e9es arch\u00e9ologiques<\/a><\/u>. En ce qui concerne l\u2019extinction de la m\u00e9gafaune, aucun site t\u00e9moignant d\u2019un abattage en masse de mammouths, de rhinoc\u00e9ros laineux ou d\u2019ours des cavernes (pour ne donner que quelques exemples) n\u2019a \u00e9t\u00e9 mis au jour pour confirmer une telle sp\u00e9culation. Non seulement les animaux principalement chass\u00e9s par les pr\u00e9historiques et dont les restes fossiles t\u00e9moignent \u2014 bisons, chevaux, rennes, cerfs\u2014 n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9s par les chasseurs-cueilleurs, mais de nouvelles esp\u00e8ces sont apparues. Au contraire, la disparition du bison est bel et bien le r\u00e9sultat de l\u2019appropriation et de l\u2019exploitation du vivant, le fait d\u2019une culture ayant objectiv\u00e9 la nature. Un exemple \u00e9galement souvent cit\u00e9 pour justifier de l\u2019irresponsabilit\u00e9 \u00e9cologique inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine est celui de l\u2019\u00eele de P\u00e2ques. Les derni\u00e8res recherches arch\u00e9ologiques contredisent pourtant l\u2019histoire souvent associ\u00e9e \u00e0 cette \u00eele. Dernier exemple, l\u2019utilisation du feu\u00a0: les \u00e9tudes pal\u00e9oenvironnementales r\u00e9centes identifient les premi\u00e8res traces d\u2019impacts anthropiques sur les for\u00eats \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge du fer. Les oscillations climatiques sont consid\u00e9r\u00e9es comme la principale cause des changements environnementaux durant tout le Pl\u00e9istoc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019absence de preuve n\u2019est pas la preuve de l\u2019absence\u00a0\u00bb, certes. Cela \u00e9tant, user de cette id\u00e9e comme d\u2019un argument majeur afin de confondre sp\u00e9culation et certitude rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9marche id\u00e9ologique bien plus que scientifique. Cette vision id\u00e9ologique nie l\u2019importance de la diversit\u00e9 des cultures humaines, de leur perception de la nature, de l\u2019impact minime voire n\u00e9gligeable des diff\u00e9rentes activit\u00e9s et techniques dont elles font usage. Ainsi minimise-t-elle la guerre qu\u2019une culture bien sp\u00e9cifique m\u00e8ne depuis des si\u00e8cles contre le sauvage, guerre dont l\u2019impact destructeur est sans pr\u00e9c\u00e9dent. Ces th\u00e9ories valident les mythes qui fondent la civilisation, et masquent l\u2019ali\u00e9nation que l\u2019apparition de l\u2019\u00c9tat et de la marchandisation a impos\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 des humains, ainsi que la mani\u00e8re dont cette ali\u00e9nation a consid\u00e9rablement modifi\u00e9 notre perception de la nature et du monde. Fid\u00e8les \u00e0 une conception supr\u00e9matiste et ethnocentr\u00e9e de l\u2019esp\u00e8ce humaine, ces th\u00e9ories font fi de toute critique du syst\u00e8me politique, technologique et \u00e9conomique qui constitue notre culture. L\u2019id\u00e9ologie qui les informe favorise la suj\u00e9tion des masses. Elle ignore ou nie que les peuples indig\u00e8nes, que l\u2019on nous a appris \u00e0 m\u00e9priser ou \u00e0 ignorer, ont d\u00e9velopp\u00e9 des cultures humaines en mesure de pr\u00e9server et respecter la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e8s de la r\u00e9serve de gibier du Kalahari, une grand-m\u00e8re indig\u00e8ne r\u00e9v\u00e8le \u00e0 un ethnologue que les girafes sont les sages-femmes des acacias et qu\u2019il est imprudent de les chasser, soulignant ainsi la relation qui unie la girafe et l\u2019acacia\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ethno\u00e9cologues qui analysent les relations intimes entre des groupes humains indig\u00e8nes et un \u00e9cosyst\u00e8me remarquable exposent la mani\u00e8re dont ces relations se d\u00e9veloppent sur de nombreuses observations empiriques, v\u00e9rifi\u00e9es et accumul\u00e9es sur de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations. Les connaissances sont partag\u00e9es entre un nombre important de personnes permettant ainsi de conserver des donn\u00e9es concernant d\u2019importantes zones g\u00e9ographiques. Les observateurs d\u00e9vou\u00e9s, telle cette grand-m\u00e8re vis-\u00e0-vis des girafes, peuvent expliquer et d\u00e9montrer que certaines id\u00e9es et pratiques donnent de meilleurs r\u00e9sultats que d\u2019autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les esp\u00e8ces que l\u2019on consid\u00e8re aujourd\u2019hui comme des \u00ab\u00a0nuisibles\u00a0\u00bb n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme tels. Le gibier n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme un stock de carne. Les humains ont v\u00e9cu pendant des mill\u00e9naires parmi les autres esp\u00e8ces sans s\u2019en rendre ma\u00eetres et\/ou protecteurs. L\u2019apparition de la s\u00e9dentarit\u00e9 et de l\u2019agriculture elles-m\u00eames ne rompent pas avec une vision animiste de la nature. Les historiens ont clairement \u00e9tabli un lien entre l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat et d\u2019une guerre contre le sauvage dont les principaux repr\u00e9sentants sont les nuisibles. C\u2019est ainsi que de nombreuses traditions pastorales accordent au loup un r\u00f4le important dans le maintien de l\u2019\u00e9quilibre naturel\u00a0: dans l\u2019Yonne une brebis du troupeau \u00e9tait offerte au loup, en Lorraine, lors des f\u00eates calendaires, on offrait la \u00ab\u00a0part du loup\u00a0\u00bb en jetant rituellement une palette de porc accompagn\u00e9e d\u2019une incantation au pr\u00e9dateur lui demandant de favoriser les cultures. En Europe de l\u2019Ouest, de nombreuses traditions orales racontent que le loup, autrefois semblable \u00e0 un chien, gardait les brebis et se nourrissait de pain que lui offraient les hommes mais ces derniers l\u2019ont un jour n\u00e9glig\u00e9, et c\u2019est depuis qu\u2019il a re\u00e7u de Dieu le droit de se nourrir dans les troupeaux. Selon une autre tradition, Dieu a cr\u00e9\u00e9 le loup pour prot\u00e9ger les r\u00e9coltes, obligeant les bergers \u00e0 surveiller leurs troupeaux pour qu\u2019ils ne d\u00e9vorent pas toutes les b\u00eates. De nombreux contes \u00e9tiologiques reconnaissent l\u2019importance du loup dans l\u2019ordre de la nature, ordre toujours rompu par l\u2019homme jamais par le loup, ce qui explique pourquoi certains rituels ont pour objet d\u2019entretenir un pacte avec lui, les bergers lui adressant des incantations pour qu\u2019il garde leurs brebis au lieu de les attaquer. Dans les soci\u00e9t\u00e9s paysannes, pastorales et indig\u00e8nes, le rapport au pr\u00e9dateur est individualis\u00e9, aucun n\u2019aurait l\u2019id\u00e9e stupide de partir en exp\u00e9dition pour exterminer des loups inconnus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation de terres ou de b\u00e9tail par une minorit\u00e9 qui ne travaille pas elle-m\u00eame participe \u00e0 l\u2019extermination du sauvage comme en t\u00e9moignent les recherches en M\u00e9sopotamie o\u00f9 des propri\u00e9taires citadins poss\u00e8dent des troupeaux soign\u00e9s par des bergers qu\u2019ils emploient. La relation \u00e0 l\u2019animal est alors modifi\u00e9e, les propri\u00e9taires des troupeaux ne vivent pas avec eux, n\u2019en partagent pas l\u2019habitat, n\u2019en retirent aucune connaissance r\u00e9ciproque, limitant la relation \u00e0 une relation juridique. La plus ancienne trace de lutte syst\u00e9matique pour \u00e9radiquer le loup nous vient de la cit\u00e9 d\u2019Ath\u00e8nes au VIe si\u00e8cle avant J.-C. et la louveterie, institution mise en place pour lutter contre le loup, appara\u00eet dans l\u2019Antiquit\u00e9 romaine. Les propri\u00e9taires terriens romains emploient des bergers pour garder leurs troupeaux, et des louvetiers pour \u00e9liminer le pr\u00e9dateur. Au cours du Moyen \u00c2ge, la chasse devient aristocratique et royale, les paysans \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme inaptes \u00e0 g\u00e9rer les for\u00eats. Un syst\u00e8me de primes est alors mis en place. Sous Charlemagne, le loup devient un criminel dont le ch\u00e2timent est d\u00e9termin\u00e9 par le roi, la louveterie devient alors une institution publique et les battues sont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par des d\u00e9cisions de justice. En 1768, Nicolas de L\u2019Isle de Moncel, lieutenant des mar\u00e9chaux de France et grand louvetier, publie <em>M\u00e9thodes et projets pour parvenir \u00e0 la destruction des loups dans le royaume<\/em>. Il bl\u00e2me le \u00ab\u00a0d\u00e9faut d\u2019intelligence du peuple\u00a0\u00bb, contraint de participer, sous peine d\u2019amende, aux battues exig\u00e9es par le roi. La mani\u00e8re dont les monarques per\u00e7oivent le sauvage diff\u00e8re de celle dont le peuple le per\u00e7oit. Ce dernier poss\u00e8de encore, au XVIIIe si\u00e8cle, une relation plus personnelle avec le pr\u00e9dateur, proche de ce qui existe toujours chez les peuples indig\u00e8nes. C\u2019est l\u2019\u00c9tat qui est en guerre contre le loup, contre le sauvage, et non le peuple m\u00eame si, pour son malheur, il finira par croire que l\u2019ennemi de son ennemi est aussi son ennemi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l\u2019ali\u00e9nation comme arme de destruction massive<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le loup illustre malheureusement trop bien le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et de la marchandisation ou mon\u00e9tarisation dans la lutte contre les nuisibles. Cette lutte s\u2019inscrit dans la perp\u00e9tuation de l\u2019id\u00e9ologie d\u2019une \u00e9lite ali\u00e9n\u00e9e, ayant abandonn\u00e9, par m\u00e9pris, sa propre puissance d\u2019autosubsistance, et devenue d\u00e9pendante de ses serviteurs. \u00c9lite qui n\u2019a d\u2019autre choix, quand elle ne peut plus maintenir l\u2019illusion de sa grandeur, de sa puissance et de ses promesses, que d\u2019imposer son obsession s\u00e9curitaire et une surveillance illimit\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accomplissement de son projet d\u2019ali\u00e9nation totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l\u2019industrialisation, la d\u00e9localisation et l\u2019abondance de marchandises, les peuples du Nord \u00e9conomique, et plus particuli\u00e8rement les citadins, se sont eux aussi peu \u00e0 peu ali\u00e9n\u00e9s en se soumettant, plus ou moins volontairement selon les \u00e9poques et les cas, \u00e0 une technologie qui les prive de toute autonomie et donc de toute libert\u00e9. Il n\u2019y a pas si longtemps, les populations du Nord \u00e9conomique pouvaient encore \u00eatre autonomes d\u2019un point de vue alimentaire, mais la possibilit\u00e9 d\u2019une souverainet\u00e9 alimentaire se r\u00e9duit chaque jour. La nourriture que nous consommons aujourd\u2019hui, et la plupart des objets que nous utilisons, ne sont plus produits de nos mains mais par des esclaves, salari\u00e9s ou non, \u00e0 diff\u00e9rents endroits du globe, au moyen de diverses machines. La production de la quasi-totalit\u00e9 des objets que nous utilisons au quotidien implique aujourd\u2019hui le fonctionnement d\u2019un syst\u00e8me technique et social incroyablement complexe et opaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suite sur le site de partage-le<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6875","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6875","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6875"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6875\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6876,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6875\/revisions\/6876"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6875"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6875"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6875"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}