{"id":695,"date":"2017-06-25T00:15:40","date_gmt":"2017-06-24T22:15:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=695"},"modified":"2018-08-06T11:10:40","modified_gmt":"2018-08-06T09:10:40","slug":"en-chine-les-terres-rares-tuent-des-villages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2017\/06\/25\/en-chine-les-terres-rares-tuent-des-villages\/","title":{"rendered":"En Chine, les terres rares tuent des villages"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le plus grand site de production de ces min\u00e9raux strat\u00e9giques provoque un d\u00e9sastre environnemental et sanitaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Baotou, en Chine, est devenue la capitale mondiale des terres rares. Mais \u00e0 quel prix. Ses usines traitent pr\u00e8s de 70 % de la production mondiale et rejettent des milliers de litres de d\u00e9chets toxiques dans un lac qui recouvre aujourd\u2019hui 10 km\u00b2. Les paysans voisins ont tout perdu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vu du ciel, on dirait un grand lac, aliment\u00e9 par de nombreux affluents. Sur place, on d\u00e9couvre une \u00e9tendue opaque, o\u00f9 ne vit aucun poisson, o\u00f9 aucune algue n&rsquo;affleure \u00e0 la surface. Ses bords sont recouverts d&rsquo;une cro\u00fbte noir\u00e2tre, si \u00e9paisse que l&rsquo;on peut marcher dessus. Il s&rsquo;agit en fait d&rsquo;un immense d\u00e9versoir de 10 km<sup>2<\/sup>, dans lequel les usines environnantes rejettent des eaux charg\u00e9es de produits chimiques qui ont servi au traitement de 17 min\u00e9raux recherch\u00e9s sur toute la plan\u00e8te : les \u00ab\u00a0terres rares\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">La ville de Baotou, en Mongolie- Int\u00e9rieure, est le plus grand site chinois de production de ces mat\u00e9riaux strat\u00e9giques, indispensables \u00e0 toute l&rsquo;industrie high-tech, des smartphones aux GPS, mais aussi aux \u00e9nergies vertes, \u00e9oliennes et surtout aux voitures \u00e9lectriques. Ils sont extraits du gisement minier de Bayan Obo, situ\u00e9 120 km plus au nord, d&rsquo;o\u00f9 ils sont achemin\u00e9s ici pour \u00eatre trait\u00e9s. La concentration des terres rares dans la roche est en effet tr\u00e8s faible, et il faut les s\u00e9parer et les purifier, par des proc\u00e9d\u00e9s hydrom\u00e9tallurgiques et des bains d&rsquo;acides. La Chine r\u00e9alise 97 % de la production mondiale, dont 70 % sont trait\u00e9es \u00e0 Baotou.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans les eaux troubles du bassin d&rsquo;effluents, on trouve donc toutes sortes de substances chimiques toxiques, mais aussi des \u00e9l\u00e9ments radioactifs, comme du thorium, dont l&rsquo;ingestion provoque des cancers du pancr\u00e9as, du poumon et du sang.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Avant l&rsquo;arriv\u00e9e des usines, il n&rsquo;y avait que des champs ici, \u00e0 perte de vue ! A la place de ces boues radioactives, on pouvait voir des past\u00e8ques, des aubergines, des tomates&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, soupire Li Guirong. C&rsquo;est en 1958 &#8211; dix ans apr\u00e8s sa naissance, se souvient-il &#8211; que l&rsquo;entreprise d&rsquo;Etat Baogang, num\u00e9ro un sur ce march\u00e9, a commenc\u00e9 \u00e0 produire des terres rares. Le lac est alors apparu. <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, nous ne nous sommes pas aper\u00e7us de la pollution engendr\u00e9e. Comment aurions-nous pu savoir ?\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, raconte le vieux paysan au visage creus\u00e9 de rides. Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la section locale du Parti communiste, il est l&rsquo;une des rares personnes \u00e0 oser parler.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">LES L\u00c9GUMES NE POUSSAIENT PLUS<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vers la fin des ann\u00e9es 1980, relate-t-il, les habitants des villages environnants ont observ\u00e9 d&rsquo;\u00e9tranges anomalies sur leurs cultures : <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Les plantes poussaient mal. Elles donnaient bien des fleurs, mais parfois sans fruit, ou alors petits et sentant mauvais.\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\"> Dix ans plus tard, il a fallu se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : les l\u00e9gumes ne poussaient plus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans le village de Xinguang Sancun, comme dans tous ceux avoisinant les usines de Baotou, les paysans abandonnent alors certains champs, ne plantent plus, partout ailleurs, que du bl\u00e9 et du ma\u00efs. Une \u00e9tude du bureau municipal de protection de l&rsquo;environnement leur r\u00e9v\u00e8le, finalement, que les terres rares sont la source de leurs maux. Les terres rares, mais aussi les dizaines d&rsquo;usines nouvelles qui ont pouss\u00e9 autour des installations de traitement, qu&rsquo;elles fournissent en produits divers, ainsi qu&rsquo;une centrale \u00e9lectrique au charbon alimentant le nouveau tissu industriel de Baotou, autoproclam\u00e9e <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0capitale mondiale des terres rares\u00a0\u00bb.<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\"> En plus des vapeurs de solvants, notamment d&rsquo;acide sulfurique, les villageois respirent les poussi\u00e8res de charbon que l&rsquo;on peut voir voler entre les maisons.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis quelques ann\u00e9es, la pollution ambiante s&rsquo;est encore accrue, les sols et les nappes phr\u00e9atiques \u00e9tant satur\u00e9s de produits toxiques. Il y a cinq ans, Li a d\u00fb se s\u00e9parer de ses cochons malades, derniers survivants d&rsquo;un petit cheptel de vaches, de chevaux, de poulets et de ch\u00e8vres, d\u00e9cim\u00e9s par ces poisons.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les paysans ont fui. Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 Xinguang Sancun, la plupart des petites maisons de briques brunes, agglutin\u00e9es les unes aux autres, tombent en ruine. En une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, le village est pass\u00e9 de 2 000 \u00e0 300 habitants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0JE N&rsquo;ARRIVAIS PLUS \u00c0 NOURRIR MA FAMILLE\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lu Yongqing, 56 ans, fait partie des premiers \u00e0 s&rsquo;\u00eatre exil\u00e9s. <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Je n&rsquo;arrivais plus \u00e0 nourrir ma famille\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, raconte-t-il. Il a tent\u00e9 sa chance \u00e0 Baotou, comme ma\u00e7on, puis transporteur de briques dans une usine, avant de se lancer dans un commerce de l\u00e9gumes sur les march\u00e9s, compl\u00e9t\u00e9 par de petits travaux. <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais eu de contrat fixe\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, dit-il. Maintenus dans le statut de paysans figurant sur leur livret de famille, les r\u00e9fugi\u00e9s de Xinguang Sancun sont devenus des citoyens de seconde zone, corv\u00e9ables \u00e0 merci.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceux qui sont rest\u00e9s au village, plusieurs fois morcel\u00e9 et redessin\u00e9 au gr\u00e9 des installations d&rsquo;usines et de la redistribution agraire, ont l&rsquo;habitude de se retrouver pr\u00e8s de la salle de mah-jong. <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai mal aux jambes comme beaucoup de gens dans le village. Il y a aussi beaucoup de diab\u00e8te, d&rsquo;ost\u00e9oporose, de probl\u00e8mes pulmonaires. Aucune famille n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9e par les maladies\u00a0\u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, affirme He Guixiang, camp\u00e9e au milieu du rassemblement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette sexag\u00e9naire conna\u00eet bien les multiples cons\u00e9quences de la pollution, pour avoir fait partie des repr\u00e9sentants de Xinguang Sancun qui ont os\u00e9 porter les r\u00e9clamations des habitants aupr\u00e8s du gouvernement local. <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Voil\u00e0 pr\u00e8s de vingt ans que je tape \u00e0 la porte des autorit\u00e9s, <\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">dit-elle<\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">. Au d\u00e9but, j&rsquo;y allais tous les jours, sauf le dimanche !\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">A force de se battre, les villageois ont fini par obtenir des promesses de compensations financi\u00e8res&#8230; qui n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que partiellement tenues. Ainsi des nouveaux logements qu&rsquo;on leur avait fait miroiter. A quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;ouest de Xinguang Sancun, se dressent des tours bien ordonn\u00e9es. Elles ont \u00e9t\u00e9 construites avec une indemnisation vers\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 Baogang au gouvernement local. Mais les b\u00e2timents sont d\u00e9serts. En cinq ans, sur les 5 000 occupants pr\u00e9vus &#8211; ils devaient venir des cinq villages proches du d\u00e9versoir -, aucun n&rsquo;a emm\u00e9nag\u00e9. Car le gouvernement leur demande d&rsquo;acheter un droit de concession sur leur logement, qu&rsquo;ils ne pourront l\u00e9guer \u00e0 leurs enfants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le vieux Li Guirong, He Guixiang et tous ceux qui n&rsquo;ont pu partir n&rsquo;ont, pour survivre, que les quelques indemnit\u00e9s que leur a accord\u00e9es l&rsquo;entreprise et une maigre pension. Certains ont tent\u00e9 de vendre les d\u00e9chets du lac, encore tr\u00e8s riches en terres rares, aux usines de traitement. Ils gagnaient ainsi 2 000 yuans (un peu plus de 250 euros) la tonne. Mais depuis quelques mois, l&rsquo;Etat les prive de cette ultime ressource. L&rsquo;un de ces revendeurs est en proc\u00e8s et risque plus de dix ans de prison.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le monde<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-760 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/SalonDames-170618-05-196x300.jpg\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/SalonDames-170618-05-196x300.jpg 196w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/SalonDames-170618-05.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plus grand site de production de ces min\u00e9raux strat\u00e9giques provoque un d\u00e9sastre environnemental et sanitaire.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":764,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[15,17,26,33],"class_list":["post-695","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-environnement","tag-agriculture","tag-amenagement","tag-environnement","tag-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=695"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":768,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/695\/revisions\/768"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/764"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=695"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=695"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=695"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}