{"id":6971,"date":"2020-04-02T02:37:21","date_gmt":"2020-04-02T00:37:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=6971"},"modified":"2020-03-30T11:31:53","modified_gmt":"2020-03-30T09:31:53","slug":"de-la-convivialite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/04\/02\/de-la-convivialite\/","title":{"rendered":"De la convivialit\u00e9"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\">Comment penser nos rapports aux objets techniques et plus largement aux institutions utiles \u00e0 la vie collective ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-6981\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Coronavirus-04-300x276.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"276\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Coronavirus-04-300x276.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Coronavirus-04.jpg 531w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quels sont ceux qui nous \u00e9mancipent ; quels sont ceux qui, au contraire, nous ali\u00e8nent ? Tout au long de son parcours, Ivan Illich n&rsquo;a cess\u00e9 de se poser ces questions au regard leur actualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.terrestres.org\/2020\/03\/10\/de-la-convivialite\/\">https:\/\/www.terrestres.org\/2020\/03\/10\/de-la-convivialite\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>extraits<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot de \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb est \u00e0 la mode. On l\u2019associe \u00e0 un comportement bienveillant, \u00e0 des relations apais\u00e9es, sympathiques ou cordiales. L\u2019adjectif \u00ab convivial \u00bb qualifie aussi bien un pot de d\u00e9part \u00e0 la retraite, qu\u2019une action culturelle, un mobilier urbain, un r\u00e9seau social, une voiture\u2026 <em>Le Grand Dictionnaire universel du XIXe si\u00e8cle<\/em> (1869) de Pierre Larousse le d\u00e9finissait de la mani\u00e8re suivante : \u00ab Go\u00fbt des r\u00e9unions joyeuses et des festins \u00bb, L\u2019origine du mot serait la francisation de l\u2019anglais <em>conviviality<\/em>, \u00ab go\u00fbt des r\u00e9unions \u00bb. Introduit en France par Anthelme Brillat-Savarin, puis tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, il rena\u00eet avec la parution en 1973 d\u2019un essai d\u2019Ivan Illich (1926-2002) qui porte ce titre. Le <em>Larousse<\/em> en cinq volumes (1997) propose cette pr\u00e9sentation : \u00ab (angl. <em>Conviviality<\/em>).<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>Capacit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 favoriser la tol\u00e9rance et les \u00e9changes r\u00e9ciproques des personnes et des groupes qui la composent.<\/li>\n<li>Facilit\u00e9 d\u2019emploi d\u2019un syst\u00e8me informatique. \u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illich serait-il en accord avec cette d\u00e9finition, lui qui attribuait \u00e0 ce terme une autre dimension, li\u00e9e \u00e0 l\u2019autonomie de chacun ? Il est vrai que depuis les ann\u00e9es 1970, la soci\u00e9t\u00e9 a profond\u00e9ment chang\u00e9. La convivialit\u00e9 ne serait-elle qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment correctif \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un fonctionnement social trop inhumain ? De la premi\u00e8re \u00e9nonciation de ce qu\u2019est la convivialit\u00e9 \u2013 il y a presque cinquante ans \u2013 et \u00e0 pr\u00e9sent, il convient d\u2019en r\u00e9ajuster le sens et d\u2019en circonscrire les conditions de son d\u00e9ploiement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De Brillat-Savarin au \u00ab convivialisme \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Les dictionnaires mentionnent toujours une phrase ou deux d\u2019Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826) pour illustrer le terme de \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb. Magistrat puis d\u00e9put\u00e9 et maire, il est l\u2019auteur de la <em>Physiologie du go\u00fbt ou M\u00e9ditations de gastronomie transcendante, ouvrage th\u00e9orique, historique et \u00e0 l\u2019ordre du jour, d\u00e9di\u00e9 aux gastronomes parisiens, par un professeur, membres de plusieurs soci\u00e9t\u00e9s savantes<\/em>, publi\u00e9 anonymement en 1825 un an avant sa mort. La convivialit\u00e9 est d\u2019abord un \u00e9tat d\u2019esprit, une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre avec autrui qui efface les diff\u00e9rences socio-\u00e9conomiques et rassemble aimablement des individus en une m\u00eame communaut\u00e9 quasi \u00e9galitaire. Elle n\u2019homog\u00e9n\u00e9ise pas mais pacifie et socialise. C\u2019est ce sens que l\u2019on retrouvera plus tard dans les travaux men\u00e9s par Alain Montandon et ses co-auteurs, par exemple <em>Convivialit\u00e9 et politesse<\/em> (1993), <em>Les espaces de civilit\u00e9<\/em> (1995) ou encore le <em>Dictionnaire raisonn\u00e9 de la politesse et du savoir-vivre du Moyen-\u00c2ge \u00e0 nos jours<\/em> (1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ivan Illich ambitionne d\u2019\u00e9crire un \u00ab \u00e9pilogue de l\u2019\u00e2ge industriel \u00bb, pour cela il s\u2019attache \u00e0 \u00e9tudier les \u00ab outils \u00bb (par ce terme, il d\u00e9signe ce qui conditionne la production industrielle de biens et de services et non pas seulement un tournevis ou un escabeau) et la mani\u00e8re dont ils sont utilis\u00e9s et ce faisant interviennent ou pas dans le degr\u00e9 d\u2019autonomie de chacun ou \u00e0 l\u2019inverse de sa d\u00e9pendance\u2026 Dans <em>La Convivialit\u00e9<\/em> il \u00e9crit : \u00ab Lorsqu\u2019une activit\u00e9 outill\u00e9e d\u00e9passe un <em>seuil<\/em> d\u00e9fini par l\u2019\u00e9chelle <em>ad hoc<\/em>, elle se retourne d\u2019abord contre sa fin, puis menace de destruction le corps social tout entier. \u00bb (<em>Oeuvres compl\u00e8tes [O.C]<\/em>, t 1, Paris, Fayard, 2001, p.454) Il convient de trouver la taille au-del\u00e0 de laquelle un outil, une institution, se retourne contre celui qui le manie, l\u2019utilise. Il poursuit : \u00ab On d\u00e9terminera les seuils de nocivit\u00e9 des outils, lorsqu\u2019ils se retournent contre leur fin ou qu\u2019ils menacent l\u2019homme ; on limitera le pouvoir de l\u2019outil. On inventera les formes et le rythmes d\u2019un mode de production postindustriel et d\u2019un nouveau monde social. \u00bb (<em>O.C.1<\/em>, p.455) \u00ab J\u2019appelle <em>conviviale<\/em>, pr\u00e9cise-t-il, une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019outil moderne est au service de la personne int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la collectivit\u00e9, et non au service d\u2019un corps de sp\u00e9cialistes. Conviviale est la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019homme contr\u00f4le l\u2019outil. \u00bb (<em>O.C.<\/em>1, p.456)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le voit, avec Ivan Illich, la convivialit\u00e9 a une port\u00e9e philosophique qui d\u00e9passe la simple courtoisie, ce qui est convivial n\u2019est pas un rapport entre humains mais l\u2019outil et le syst\u00e8me \u00e9cologico-social qui le propose. Ainsi la convivialit\u00e9 qualifie-t-elle une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019<em>aust\u00e9rit\u00e9 <\/em>au sens de Thomas d\u2019Aquin, c\u2019est-\u00e0-dire entendue comme \u00ab une vertu qui n\u2019exclut pas tous les plaisirs, mais seulement ceux qui d\u00e9gradent une situation personnelle. \u00bb (<em>O.C.1<\/em>, p.457) Ainsi le mot \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb et l\u2019adjectif \u00ab convivial \u00bb si r\u00e9pandus de nos jours, y compris dans la publicit\u00e9, ne correspondent plus du tout \u00e0 l\u2019usage qu\u2019en faisait Ivan Illich. Ils ont perdu leurs dimensions politique et \u00e9thique. Pourquoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une part, parce que \u00ab Nos r\u00eaves sont standardis\u00e9s, notre imaginaire industrialis\u00e9, notre fantaisie programm\u00e9e \u00bb liste Ivan Illich (<em>O.C.1<\/em>, p.475). Et d\u2019autres part, parce que \u00ab La d\u00e9saccoutumance de la croissance sera douloureuse. Elle sera douloureuse pour la g\u00e9n\u00e9ration de transition, et surtout pour les plus intoxiqu\u00e9s de ses membres. \u00bb (<em>O.C.1.<\/em>, p.549). La radicalit\u00e9 du changement qu\u2019exige la soci\u00e9t\u00e9 conviviale effraie certainement de nombreuses personnes attir\u00e9es par une alternative \u00ab douce \u00bb, se contentant d\u2019une ambiance \u00ab bon enfant \u00bb et h\u00e9sitant \u00e0 rompre d\u00e9finitivement avec le monde enchant\u00e9 de la marchandise. Il y a donc deux convivialit\u00e9s, l\u2019une qui se veut \u00ab sympathique \u00bb et l\u2019autre, plus exigeante, qui r\u00e9clame un \u00ab art de vivre \u00bb caract\u00e9ris\u00e9 par la survie, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019autonomie cr\u00e9atrice (<em>O.C.<\/em>1, p.473), trois attitudes qui r\u00e9unies d\u00e9passent largement ce que chacune promet. L\u00e0, le \u00ab monopole radical \u00bb (l\u2019\u00e9cole pour apprendre, l\u2019h\u00f4pital pour se soigner, les transports publics pour se d\u00e9placer\u2026) et les \u00ab professions mutilantes \u00bb<sup>1<\/sup> s\u2019effacent, laissant la place \u00e0 l\u2019auto-organisation d\u00e9centralis\u00e9e de petits groupes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la publication de l\u2019essai d\u2019Ivan Illich, le mot continue son chemin. En 1979, trois jeunes membres du mouvement des Radicaux de gauche publient \u201cLa r\u00e9volution conviviale\u201d<sup>2<\/sup>, sans mentionner une seule fois le nom d\u2019Illich. Ils d\u00e9crivent ce que serait une entreprise, une ville, une r\u00e9gion, un droit, la d\u00e9mocratie et l\u2019\u00e9cologie, revus et corrig\u00e9s par la convivialit\u00e9. Ils s\u2019inspirent de nombreuses mesures \u00ab novatrices \u00bb mises en place \u00e0 La Rochelle, sous la mandature de Michel Cr\u00e9peau maire de 1971 \u00e0 1999, pour \u00e9laborer un programme en trois temps : \u00ab conqu\u00e9rir le quotidien, imaginer une \u00e9conomie qualitative et choisir le bonheur \u00bb. R\u00e9gionalisme, autogestion, \u00e9cologie, temps choisi, droit \u00ab d\u00e9pollu\u00e9 \u00bb, toutes les id\u00e9es de la \u00ab deuxi\u00e8me gauche \u00bb sont r\u00e9unies (il manque curieusement la parit\u00e9 femme\/homme) afin de rendre applicable ce qui ne s\u2019appelle pas encore \u00ab convivialisme \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce terme surgit sous la plume d\u2019Alain Caill\u00e9 (fondateur et animateur du MAUSS, \u00ab Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales \u00bb) en 2013 lorsqu\u2019il r\u00e9dige le premier jet du <em>Manifeste convivialiste. D\u00e9claration d\u2019interd\u00e9p<\/em>endance<sup>3<\/sup> qui sera compl\u00e9t\u00e9 par une quarantaine de personnalit\u00e9s, parmi lesquelles, Claude Alphand\u00e9ry, Genevi\u00e8ve Azam, Jean-Baptiste de Foucauld, Susan George, Jean-Claude Guillebaud, Herv\u00e9 Kempf, Jean-Louis Laville, Patrick Viveret\u2026 Ce document liste les \u00ab menaces \u00bb et les \u00ab promesses \u00bb pr\u00e9sentes, pose quatre questions (morale, politique, \u00e9cologique, \u00e9conomique) en y ajoutant de mani\u00e8re facultative une cinqui\u00e8me (religieuse ou spirituelle), avant de fonder le convivialisme : \u00ab nom donn\u00e9 \u00e0 tout ce qui dans les doctrines existantes, la\u00efques ou religieuses, concourt \u00e0 la recherche des principes permettant aux \u00eatres humains \u00e0 la fois de rivaliser et de coop\u00e9rer, dans la pleine conscience de la finitude des ressources naturelles et dans le souci partag\u00e9 du soin du monde. \u00bb Les signataires ne se r\u00e9clament nullement d\u2019Illich et conf\u00e8rent au convivialisme, terme d\u00e9riv\u00e9 de \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb, un autre sens avec d\u2019autres perspectives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un <em>Second Manifeste convivialiste. Pour un monde post-n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>, mis au point par Alain Caill\u00e9 et ses ami-e-s du Club des convivialistes est publi\u00e9 en 2020 chez Actes Sud. Il, se veut plus international dans ses soutiens, il est cosign\u00e9 par les co-auteurs du premier auxquels s\u2019ajoutent Bruno Latour, Barbara Cassin, Chantal Mouffe, Jean-Claude Mich\u00e9a, Edgar Morin, Jean Ziegler\u2026 On peut y lire cette d\u00e9finition du convivialisme, qui s\u2019inspire de la pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab nom donn\u00e9 \u00e0 tout ce qui dans les doctrines et sagesses, existantes ou pass\u00e9es, la\u00efques ou religieuses, concourt \u00e0 la recherche des principes permettant aux \u00eatres humains \u00e0 la fois de rivaliser sans se massacrer pour mieux coop\u00e9rer, et de nous faire progresser en humanit\u00e9 dans la pleine conscience de la finitude des ressources naturelles et dans le souci partag\u00e9 du soin du monde. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ind\u00e9pendamment du convivialisme, une anthropologue am\u00e9ricaine, Lisa Peattie (1924-2018, petite-fille du <u><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_E._Park\">sociologue am\u00e9ricain Robert Park<\/a><\/u>), qui a aussi bien travaill\u00e9 dans et sur les bidonvilles v\u00e9n\u00e9zueliens que sur la participation des habitants lors d\u2019op\u00e9rations d\u2019urbanisme aux \u00c9tats-Unis, oppose \u00e0 la \u00ab planification urbaine \u00bb ax\u00e9e sur la d\u00e9fense de la communaut\u00e9 (sa stabilit\u00e9, sa localisation, ses r\u00e8gles, ses leaders, etc.), la convivialit\u00e9 qui valorise un \u00ab mode d\u2019\u00eatre ensemble \u00bb, plut\u00f4t festif et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, sans faire pour autant \u00ab communaut\u00e9 \u00bb<sup>4<\/sup>. Elle \u00e9crit joliment que la communaut\u00e9 r\u00e9pond au besoin de \u00ab racines \u00bb et la convivialit\u00e9 \u00e0 celui de \u00ab fleurs \u00bb. L\u2019architecte Silvia Gr\u00fcning-Iribarren analyse la place de l\u2019urbanisation et de la ville dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Ivan Illich et sugg\u00e8re des pistes pour cr\u00e9er une cit\u00e9 conviviale<sup>5<\/sup>. De leurs c\u00f4t\u00e9s des \u00e9codesigners s\u2019\u00e9vertuent \u00e0 introduire la dimension conviviale \u00e0 leurs cr\u00e9ations d\u2019un design, \u00e0 la fois \u00e9cologique, social et esth\u00e9tique<sup>6<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un riche parcours<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e d\u2019Illich proc\u00e8de d\u2019un parcours existentiel riche et mouvement\u00e9<sup>7<\/sup>. N\u00e9 \u00e0 Vienne, il passe une partie de son enfance en France, puis la fin de son adolescence \u00e0 Florence, il \u00e9tudie l\u2019histoire \u00e0 Salzburg, la cristallographie \u00e0 Florence et la th\u00e9ologie et la philosophie \u00e0 Rome. Ordonn\u00e9 pr\u00eatre, il souhaite poursuivre ses \u00e9tudes postdoctorales \u00e0 Princeton. Aux \u00c9tats-Unis, il d\u00e9cide d\u2019officier dans une paroisse portoricaine de New York o\u00f9 il est nomm\u00e9 en 1951. En 1956 il devient vice-recteur de l\u2019universit\u00e9 catholique de Porto-Rico et commence \u00e0 analyser \u00e0 la fois le syst\u00e8me scolaire et l\u2019\u00c9glise catholique (une v\u00e9ritable entreprise \u00ab multinationale \u00bb qui emploie plus d\u2019un million de collaborateurs et collaboratrices\u2026). Il publie divers articles critiques de l\u2019institution eccl\u00e9siastique, dont certains sont sign\u00e9s du pseudonyme de Peter Canon, ce qui l\u2019obligent en 1960 \u00e0 quitter son poste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019installe \u00e0 Cuernavaca (Mexique) et fonde en 1961 le Centro de investigaciones cultural (CIC) et en 1966 le Centro Intercultural de Documentacion (CIDOC), les deux fonctionnant parall\u00e8lement. De lieu de formation de \u00ab coop\u00e9rants \u00bb, \u00ab missionnaires \u00bb et autres \u00ab volontaires de la paix \u00bb am\u00e9ricains envoy\u00e9s en Am\u00e9rique du sud pour contrer le marxisme et le castrisme, le CIDOC devient une \u00e9cole de langue et un laboratoire de la critique du \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb produisant d\u2019innombrables \u00e9tudes remarquablement document\u00e9es sur les changements qui affectent les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles et les am\u00e9ricanisent. C\u2019est l\u00e0 que mijote ce qu\u2019il rassemblera plus tard sous la commune appellation de \u00ab pamphlets \u00bb : <em>Lib\u00e9rer l\u2019avenir <\/em>(1971), <em>Une soci\u00e9t\u00e9 sans \u00e9cole<\/em> (1971, le titre anglais est <em>Deschooling Society<\/em>), <em>La Convivialit\u00e9<\/em> (1973), <em>\u00c9nergie et \u00e9quit\u00e9<\/em> (1975) et <em>N\u00e9m\u00e9sis m\u00e9dicale <\/em>(1976). En 1976, il d\u00e9cide, avec l\u2019accord de celles et ceux qui y travaillent, de le fermer afin d\u2019\u00e9viter son institutionnalisation teint\u00e9e d\u2019acad\u00e9misme \u00ab alternatif \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers l\u2019analyse des services (\u00e9cole, transport, sant\u00e9, entreprise, \u00e9nergie\u2026), Ivan Illich formule, avec Jean-Pierre Dupuy, la loi de la contre-productivit\u00e9. Que dit-elle ? Pass\u00e9 un certain seuil, ces services ne satisfont plus leurs buts : l\u2019\u00e9cole d\u00e9sapprend, les transports ralentissent et congestionnent les d\u00e9placements, l\u2019h\u00f4pital rend malade, etc. Il faut donc rompre avec eux et les \u00ab inverser \u00bb, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9scolarisation de la soci\u00e9t\u00e9, la d\u00e9nonciation des professions \u00ab mutilantes \u00bb (enseignant, travailleurs sociaux, m\u00e9decins\u2026) et le \u00ab r\u00e9-outillage \u00bb de toutes les activit\u00e9s humaines\u2026 Ces ouvrages sont traduits en plusieurs langues et se vendent tr\u00e8s bien, plusieurs centaines de milliers d\u2019exemplaires, selon les langues. Particuli\u00e8rement sollicit\u00e9, Ivan Illich donne des conf\u00e9rences partout dans le monde, ce qui lui permet de cultiver un incroyable plurilinguisme. Il rencontre d\u2019autres savants, militants et activistes et constitue ainsi un r\u00e9seau de correspondant-e-s, qu\u2019il ne cesse de mobiliser et d\u2019\u00e9tendre. Avec un groupe de travail \u00e0 Cuernavaca, il construit une bibliographie autour d\u2019un sujet, r\u00e9dige des notes de lecture, \u00e9labore une conf\u00e9rence, qui deviendra un article, qui s\u2019enrichira pour faire un livre, qui en deviendra un autre lorsqu\u2019il est traduit, etc. Cette m\u00e9thode repose sur l\u2019\u00e9change, le travail d\u2019\u00e9quipe, l\u2019\u00e9criture collective, autant dire qu\u2019elle s\u2019av\u00e8re conviviale ! Le texte final r\u00e9sulte toujours de sa seule \u00e9criture, il prend soin n\u00e9anmoins de remercier celles et ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019ouvrage en question. \u00c9criture fluide, vive, sans aucun jargon qui vise la plus grande clart\u00e9 d\u2019exposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0\u00ab Inverser les institutions \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1971 Ivan Illich commence \u00e0 travailler sur ce qui deviendra un an plus tard <em>Tools for Conviviality <\/em>dont un long extrait est publi\u00e9 dans <em>Esprit<\/em> en mars 1972, \u00ab Inverser les institutions \u00bb, suivi de remarques et d\u2019appr\u00e9ciations critiques. Il annonce d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il a choisi le terme de \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb en opposition \u00e0 celui de \u00ab productivit\u00e9 \u00bb. \u00ab Je veux dire par l\u00e0, pr\u00e9cise-t-il, des rapports autonomes et cr\u00e9ateurs entre les personnes d\u2019une part et des rapports entre les personnes et leur environnement d\u2019autre part. Ceci s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e et efficace des personnes aux exigences de leur entourage et de leur cadre de vie. Je consid\u00e8re que la convivialit\u00e9, c\u2019est la libert\u00e9 individuelle r\u00e9alis\u00e9e dans une interd\u00e9pendance mutuelle et personnelle, et ayant, comme telle, une valeur \u00e9thique intrins\u00e8que. Je crois que sans convivialit\u00e9 la vie perd son sens et les hommes d\u00e9p\u00e9rissent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019en suit une d\u00e9nonciation du \u00ab progr\u00e8s technique \u00bb pour lui-m\u00eame au nom de l\u2019accroissement de la production de biens et services destin\u00e9s \u00e0 satisfaire des \u00ab besoins \u00bb cr\u00e9\u00e9s de toute pi\u00e8ce par une \u00e9conomie dont l\u2019id\u00e9ologie est celle de la croissance, entendue comme un bienfait. Or, celle-ci saccage d\u2019innombrables ressources non renouvelables, d\u00e9truit des paysages, pollue l\u2019air, les mers et le sol, d\u00e9valorise des savoir-faire et des fabrications vernaculaires, impose des \u00ab professions mutilantes \u00bb aux langages cod\u00e9s, emprisonne chacun dans des d\u00e9pendances technologiques et institutionnelles dont il ne peut s\u2019\u00e9chapper, etc. La victoire de cette soci\u00e9t\u00e9 productiviste s\u2019accomplit avec l\u2019addiction de tous les consommateurs de d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 des \u00ab institutions \u00bb (\u00e9cole, h\u00f4pital, transports, promoteur, etc.), en les r\u00e9mun\u00e9rant, ce qu\u2019auparavant ils ma\u00eetrisaient, avec leurs moyens et \u00e0 leur rythme, leur formation, habitation, sant\u00e9, d\u00e9placement\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ivan Illich d\u00e9nonce \u00e9galement celles et ceux qui, sans r\u00e9cuser la productivit\u00e9, en appellent \u00e0 des droits des consommateurs, qui \u00e0 ses yeux, sont des droits \u00e0 d\u00e9truire l\u2019environnement et surtout \u00e0 s\u2019autod\u00e9truire. Ainsi r\u00e9serve-t-il quelques \u00ab piques \u00bb au Club de Rome, qui cette ann\u00e9e-l\u00e0 en 1972 publie son rapport <em>Halte \u00e0 la croissance<\/em>, \u00e0 Ralph Nader (n\u00e9 en 1934), un avocat de la cause des consommateurs et \u00e0 Richard Buckminster Fuller (1895-1983), architecte et selon lui, \u00ab ing\u00e9nieux technosophe \u00bb. \u00ab Ma proposition d\u2019une politique nouvelle, conclut-il, fixant une limite sup\u00e9rieure \u00e0 la consommation n\u2019est pas un simple n\u00e9o-luddisme. Je ne propose pas la diminution des outils de la vie en nombre et en quantit\u00e9. Ce que je propose c\u2019est une d\u00e9valuation radicale du r\u00f4le de ce que les outils et leur production doivent jouer dans la soci\u00e9t\u00e9 et la vie sociale de l\u2019individu. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 en juger par les r\u00e9actions globalement n\u00e9gatives publi\u00e9es dans ce num\u00e9ro d\u2019<em>Esprit<\/em>, la r\u00e9ception de la notion de convivialit\u00e9 suscite des r\u00e9sistances parmi les \u00ab progressistes \u00bb. Par exemple, Yves Goussault, sp\u00e9cialiste du Tiers-Monde, ne comprend pas pourquoi Illich renvoie dos \u00e0 dos \u00ab les soci\u00e9t\u00e9 capitalistes et marxistes \u00bb, alors que l\u2019Union sovi\u00e9tique ou la Chine \u00ab font de l\u2019\u00e9ducation r\u00e9form\u00e9e une arme (\u2026) contre les m\u00e9canismes de \u2018reproduction sociale\u2019 \u00bb et qu\u2019il entend par \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb un pass\u00e9 qui ignore \u00ab les r\u00e9alisations en cours \u00bb et craint qu\u2019il ne conduise \u00e0 une \u00ab d\u00e9politisation \u00bb. Jean-William Lapierre, sociologue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nice, n\u2019ose imaginer une ville dont les maisons seraient construites par les habitants (que des Sam\u2019suffit !), trouve qu\u2019Illich id\u00e9alise les relations de voisinage, ne croit pas que chacun puisse autolimiter ses besoins, reproche \u00e0 l\u2019auteur d\u2019ignorer les classes sociales, les ethnies, les castes, les groupes sociaux, qu\u2019inverser les institutions est un projet politique quelque peu na\u00eff, v\u00e9ritable apologie du self-service et du do it yourself. Ivan Illich r\u00e9pond \u00e0 ces critiques dans <em>La Convivialit\u00e9<\/em> o\u00f9 il \u00e9crit afin de clarifier sa pens\u00e9e : \u00ab Je crois qu\u2019il faut <em>inverser<\/em> radicalement les institutions industrielles, <em>reconstruire<\/em> la soci\u00e9t\u00e9 de fond en comble. Pour \u00eatre efficient et satisfaire les besoins humains qu\u2019il d\u00e9termine aussi, un nouveau syst\u00e8me de production doit retrouver la dimension personnelle et communautaire. \u00bb (<em>0.C.1<\/em>, p.470)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un an plus tard, <em>Esprit <\/em>consacre son num\u00e9ro de juillet-ao\u00fbt \u00e0 \u00ab Avancer avec Illich \u00bb. <em>Retooling society<\/em> r\u00e9dig\u00e9 en 1972, publi\u00e9 dans une version d\u00e9velopp\u00e9e en 1973 <em>Tools for conviviality<\/em>, sortira en automne en fran\u00e7ais dans une traduction compl\u00e9t\u00e9e sous le titre, La Convivialit\u00e9. Cette fois les articles sont plut\u00f4t favorables, seule Martha Reed Herbert (alors \u00e9tudiante new-yorkaise) regrette que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre les sexes ne figure que dans une note de bas de page. Serait-ce une telle r\u00e9action qui entra\u00eenera Ivan Illich \u00e0 r\u00e9diger <em>Le genre vernaculaire<\/em>, ouvrage majeur, dans lequel, il r\u00e9cuse pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes et souhaite la reconnaissance pleine et enti\u00e8re des diff\u00e9rences genr\u00e9es ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l\u2019\u00e2ge des outils\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e8ses convivialistes d\u2019Illich ne sont pas discut\u00e9es mais ridiculis\u00e9es dans le premier dossier <em>d\u2019Esprit <\/em>et compl\u00e9t\u00e9es dans le second. Ivan Illich participe activement \u00e0 la traduction fran\u00e7aise qui devient plus riche que l\u2019\u00e9dition am\u00e9ricaine. Avec <em>La Convivialit\u00e9<\/em> Ivan Illich d\u00e9montre que \u00ab les deux tiers de l\u2019humanit\u00e9 peuvent \u00e9viter de traverser l\u2019\u00e2ge industriel s\u2019ils choisissent d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent un mode de production fond\u00e9 sur un \u00e9quilibre postindustriel \u2013 celui-l\u00e0 m\u00eame auquel les nations sur-industrialis\u00e9es vont \u00eatre accul\u00e9es par la menace du chaos. \u00bb Afin d\u2019\u00e9chapper au contr\u00f4le de la \u00ab m\u00e9gamachine \u00bb et de la \u00ab technobureaucratie \u00bb qui la conforte, il convient, pensait-il alors, de faire \u00e9clore une soci\u00e9t\u00e9 conviviale. Celle-ci est \u00ab une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019outil moderne est au service de la personne int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la collectivit\u00e9, et non au service d\u2019un corps de sp\u00e9cialistes. Conviviale est la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019homme contr\u00f4le l\u2019outil \u00bb (je souligne). Pour Illich, l\u2019outil est aussi bien un marteau que la main qui l\u2019emploie, une seringue que le dispensaire o\u00f9 un m\u00e9decin l\u2019utilise, une craie que l\u2019\u00e9cole dans laquelle les tableaux des classes ne cessent de la solliciter, etc. Il distingue \u00ab l\u2019outil maniable \u00bb (dont l\u2019\u00e9nergie m\u00e9tabolique r\u00e9sulte de son utilisateur) de \u00ab l\u2019outil manipulable \u00bb (qui use d\u2018une \u00e9nergie ext\u00e9rieure). Seul \u00ab l\u2019outil convivial \u00bb s\u2019av\u00e8re \u00ab conducteur de sens, traducteur d\u2019intentionnalit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9crit et analyse tour \u00e0 tour la nouvelle conception du travail et la d\u00e9professionnalisation qui l\u2019accompagne, les conditions d\u2019\u00e9quilibre qui r\u00e9clament la fin du monopole de certaines institutions, le refus de la polarisation et de nouvelles modalit\u00e9s d\u2019usure des biens fabriqu\u00e9s pour ne plus saccager la nature et mettre en p\u00e9ril les fragiles \u00e9cosyst\u00e8mes, etc. Il esquisse des pistes philosophiques, plus que pragmatiques, pour sortir du \u00ab tout croissance \u00bb et pr\u00e9vient : \u00ab La d\u00e9saccoutumance de la croissance sera douloureuse. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1977, Illich publie <em>Le ch\u00f4mage cr\u00e9ateur<\/em> qu\u2019il pr\u00e9sente comme une \u00ab postface \u00bb \u00e0 <em>La Convivialit\u00e9 <\/em>ayant trois objectifs : \u00ab 1. D\u00e9crire le caract\u00e8re d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 hyperproductrice de marchandises dans laquelle c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019abondance des produits h\u00e9t\u00e9ronomes qui paralyse la cr\u00e9ation autonome de valeur d\u2019usage ; 2. montrer que les professions jouent un r\u00f4le occulte dans ce type de soci\u00e9t\u00e9 en modelant les besoins ; 3. D\u00e9noncer certaines illusions et proposer quelques strat\u00e9gies pour mettre des bornes au pouvoir des professionnels qui perp\u00e9tuent la suj\u00e9tion \u00e0 l\u2019\u00e9gard des produits qu\u2019ils normalisent. \u00bb (<em>O.C.2<\/em>, p.27) Il revient sur la \u00ab m\u00e9tamorphose des besoins \u00bb dans une \u00ab civilisation de la marchandise \u00bb \u00e0 l\u2019aide des \u00ab professions mutilantes \u00bb qui contr\u00f4lent une \u00ab pauvret\u00e9 modernis\u00e9e \u00bb et milite pour une \u00ab aust\u00e9rit\u00e9 conviviale \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u2026 \u00e0 l\u2019\u00e2ge des syst\u00e8mes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Interrogeant Ivan Illich sur <em>La Convivialit\u00e9<\/em>, David Caley<sup>8<\/sup> obtient en 1988, la r\u00e9ponse suivante : \u00ab \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0, j\u2019utilisais encore des mots tels que \u2018dans la soci\u00e9t\u00e9\u2019. Je ne les utiliserais plus aujourd\u2019hui. Les concepts que j\u2019ai forg\u00e9s alors sont difficiles \u00e0 saisir aujourd\u2019hui. La plupart des certitudes sur lesquelles les gens se reposaient en 1973 se sont envol\u00e9es. (\u2026) Vous me posez des questions sur un homme qui n\u2019existe plus. (\u2026) Mais ces textes sont morts, ce sont des \u00e9crits d\u2019un autre temps.\u00a0 \u00bb (p.161) Illich ne les renie pas pour autant, il ne veut pas les actualiser car il a d\u2019autres chantiers. En 1992, il ajoute : \u00ab En 1971, quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire <em>La Convivialit\u00e9<\/em> et \u00e0 parler de seuils multidimensionnels au-del\u00e0 desquels l\u2019humain s\u2019efforce de devenir destructeur du mode de vie, je me suis effondr\u00e9. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois de ma vie que je me trouvais dans cet \u00e9tat que l\u2019on appelle \u2018d\u00e9pression\u2019. Je ne crois pas que j\u2019aurais continu\u00e9 \u00e0 \u00e9crire si j\u2019avais tenu un fils de ma propre chair dans mes bras. (\u2026) Je pense qu\u2019il est indispensable, pour pouvoir penser et r\u00e9fl\u00e9chir, pour avoir des id\u00e9es claires et pr\u00e9cises et les exprimer avec des mots significatifs et sensuels, de savoir que nous n\u2019avons pas de futur. \u00bb\u00a0 (p.347)<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment penser nos rapports aux objets techniques et plus largement aux institutions utiles \u00e0 la vie collective ?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6971","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6971"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6971\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6983,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6971\/revisions\/6983"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}