{"id":7151,"date":"2020-04-23T03:51:36","date_gmt":"2020-04-23T01:51:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=7151"},"modified":"2020-04-18T06:47:29","modified_gmt":"2020-04-18T04:47:29","slug":"un-etrange-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/04\/23\/un-etrange-silence\/","title":{"rendered":"Un \u00e9trange silence"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Peut-on faire un parall\u00e8le avec la catastrophe de Tchernobyl ?<\/strong><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7145 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Coronavirus-153-217x300.jpg\" alt=\"\" width=\"355\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Coronavirus-153-217x300.jpg 217w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Coronavirus-153.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contaminations, menaces invisibles, confinements, les territoires de l\u2019interdit&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019ont-ils de commun ces lieux d\u00e9sert\u00e9s, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s inhumains, quadrillages urbains vides de sens ? Lieux stigmatis\u00e9s, porteurs de mort, o\u00f9 rode une menace invisible. Qu\u2019il s\u2019agisse de Prypiat(2), en Ukraine, ville abandonn\u00e9e, ou de celles que le coronavirus hante. Un chemin inattendu relie ces espaces, dans un \u00e9trange silence qui tombe sur ces territoires de l\u2019interdit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les laboratoires, le virus, la science, la centrale, ont en commun les notions de myst\u00e8re, de secret, renforc\u00e9s par le caract\u00e8re impalpable de l&rsquo;atome, ou celui invisible du virus. La centrale atomique appartient ainsi au fabuleux, au myst\u00e9rieux et \u00e0 l&rsquo;incontr\u00f4lable. Le virus a droit \u00e0 une repr\u00e9sentation simplifi\u00e9e, et une personnalisation qui fait de lui un guerrier qui cherche \u00e0 d\u00e9truire l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y aura 34 ans que la catastrophe a eu lieu. Le 26 avril 1986. Mais nous-m\u00eames ne sommes- nous pas en \u00e9tat de catastrophe ? Alors que la pand\u00e9mie touche la moiti\u00e9 du monde. En 1986 c\u2019\u00e9tait un nuage toxique qui faisait le tour de la terre, menace invisible pour la sant\u00e9 des populations. A Tchernobyl ce fut la d\u00e9sesp\u00e9rance, la peur de la contamination, la fin d\u2019un monde. Il a fallu fuir, monter dans les bus, les camions militaires, tout laisser derri\u00e8re soi. La vie s\u2019est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Prypiat et dans les villages ukrainiens et bi\u00e9lorusses de la \u00ab zone interdite \u00bb. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s dans le cadre de l\u2019aide internationale, l\u2019Unesco a mis en place des programmes de sauvegarde du patrimoine et de soutien \u00e0 la population, avec des \u00ab <em>centres de soutien psychologique<\/em> \u00bb. Qu\u2019est-ce qui nous rapproche actuellement, qu\u2019est-ce qui peut y avoir de commun entre ceux qui ont d\u00fb fuir \u00e0 tout jamais et ceux qui sont confin\u00e9s, qui doivent aussi s\u2019en remettre aux autorit\u00e9s pour leur sauvegarde. Je ressors quelques carnets de terrain de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Carnets \u2013 Avril 1994- Slavutich<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Centre de r\u00e9habilitation psychologique. Soir\u00e9e anim\u00e9e par la psychologue Natalia, traducteur Sergue\u00ef. Notes de r\u00e9union Groupe de parole inter-\u00e2ges de 10 personnes dont 2 v\u00e9t\u00e9rans et 1 liquidateur(3), 3 filles et 2 gar\u00e7ons d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es dessinent dans un coin de la salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un adolescent en rupture de bans qui prend la parole. Il habite \u00e0 Slavoutich, il sait qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans la ville reconstruite il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de conditions de vie meilleures que celles offertes par d\u2019autres villes(4). Mais la proximit\u00e9 de la centrale est v\u00e9cue comme mortif\u00e8re par tous, dit-il dans son langage, \u00ab <em>m\u00eame par mes parents<\/em> \u00bb. Une femme de 30 ans : \u00ab <em>je ne crois pas \u00e0 l\u2019affichage continuel de mesures de pollution sur les panneaux<\/em> \u00bb. Une femme de 47 ans, ouvri\u00e8re : \u00ab <em>J\u2019ai peur de voir se fermer la centrale, avec tout ce que cela veut dire comme privations, il faudra alors vivre comme tous les sans travail, dans la peur du lendemain et dans l\u2019inconfort<\/em> \u00bb. \u00ab <em>Mon p\u00e8re est technicien, j\u2019ai peur aussi<\/em> \u00bb, dit l\u2019adolescent. L\u2019amertume de ses parents qui ont d\u00fb quitter leur cadre de vie, qui se sentent stigmatis\u00e9s par l\u2019accident nucl\u00e9aire et qui craignent d\u2019\u00eatre r\u00e9duits au ch\u00f4mage. La perspective \u00e9conomique faite de r\u00e9cession, la fin des croyances dans un syst\u00e8me susceptible d\u2019organiser les lendemains les mettent dans un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 importante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis une petite fille vient nous montrer son dessin : la feuille est partag\u00e9e en deux, par un barbel\u00e9 auquel est accroch\u00e9 un symbole du danger nucl\u00e9aire ; sa maison avec des fleurs et des jolies couleurs est entour\u00e9e par un barbel\u00e9. Elle dit : \u00ab <em>c\u2019est ma maison d\u2019avant<\/em> \u00bb. Alors on parle vraiment : j\u2019ai peur la nuit, j\u2019ai tout perdu, je suis tellement triste, la centrale me fait peur, ma fille crie la nuit, le grand p\u00e8re r\u00e9p\u00e8te sans arr\u00eat quand on est mont\u00e9s dans le camion, je voudrais que \u00e7a n\u2019ai jamais eu lieu. Et il y a des larmes aussi. Et les enfants apportent leurs dessins, avec les maisons d\u2019avant, pleines de fleurs et de papillons. Les conflits avec la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente sont alors insurmontables, chacun se murant dans l\u2019hostilit\u00e9 et le silence. Chez les jeunes et chez leurs parents on voit se mettre en place beaucoup de conduites addictives, et le jeune en rupture choisit ou croit choisir le territoire contamin\u00e9 comme refuge ; la transgression consiste \u00e0 retourner sur le lieu de l\u2019interdit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant cette soir\u00e9e ils parlent du malheur, qui a bris\u00e9 les vies, le r\u00eave du progr\u00e8s, la fiert\u00e9 du travail et de la comp\u00e9tence, le technicien du nucl\u00e9aire comme embl\u00e9matique d\u2019un homme nouveau dans une soci\u00e9t\u00e9 de progr\u00e8s. Un territoire infamant. La peur que l\u2019on a de mettre en danger la sant\u00e9 de ses enfants, la culpabilit\u00e9 m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Carnets, avril 1994, un village de Bi\u00e9lorussie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour celle-ci, entre rester ou partir, elle a choisi de rester, car ici elle pouvait survivre, avec ses poules et son jardin. Ses enfants sont partis, mais elle craint pour leur sant\u00e9, m\u00eame si on affirme qu\u2019ailleurs il n\u2019y a plus de pollution, pour elle c\u2019est aussi pollu\u00e9 qu\u2019ici. Les personnes \u00e2g\u00e9es qui sont revenues chez elles, comme elle, \u00a0s\u2019occupent de leur jardin, elles ont essay\u00e9 de retrouver des objets pour remplacer ceux que les pilleurs ont emport\u00e9s pour les vendre dans d\u2019autres r\u00e9gions. Certaines fois elles ont d\u00fb refaire portes et volets, car tout avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9. Elles d\u00e9molissent d\u2019autres maisons pour r\u00e9cup\u00e9rer de quoi se chauffer l\u2019hiver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle r\u00e9cuse toutes les mesures, qu\u2019elles lui montrent l\u2019innocuit\u00e9 ou la dangerosit\u00e9 de l\u2019environnement. Elle m\u2019emm\u00e8ne au cimeti\u00e8re, elle pose un bouquet de fleurs sur la tombe de son mari : si je partais qui est- ce qui le ferait ? Dans le village tout est contamin\u00e9, tout est interdit, alors il faut bien vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Interdire : le savant et le politique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce qui peut relier ces deux catastrophes, on retrouve des acteurs communs qui prennent en charge la gestion de crise, seul le savant sait et d\u00e9cr\u00e8te le permis et l\u2019interdit. D\u00e9limite avec ses techniciens le p\u00e9rim\u00e8tre de l\u2019interdit. La limite du permis. Puis l\u2019autorit\u00e9, les autorit\u00e9s, s\u2019appuyant sur ces savoirs d\u00e9cideront, d\u00e9cr\u00e8teront, feront appliquer les textes, les autorisations, les interdictions, les permissions. La police, la gendarmerie, les gardes de toute nature, l\u2019arm\u00e9e, les porteurs d\u2019uniformes et d\u2019armes, et quelquefois simplement porteurs d\u2019uniformes et d\u2019un carnet de contraventions vont surveiller et s\u00e9vir. En peu de temps le l\u00e9gislateur est all\u00e9 dans les d\u00e9tails du kilom\u00e9trage autoris\u00e9, des moments o\u00f9 l\u2019on peut sortir, de ce que l\u2019on a le droit de faire, m\u00eame compter le nombre de baguettes de pain auxquelles un individu peut et doit pr\u00e9tendre. Les amendes tombent. Certains plus \u00e9nergiques, Rodrigo Dutertre, le pr\u00e9sident des Philippines ordonne \u00ab <em>Tuez- les par balles<\/em> \u00bb, pour ce qui est des contrevenants qui oseraient sortir par temps de confinement. \u00ab <em>Est-ce bien compris ? Morts. Au lieu de causer des troubles je vous enterrerai<\/em> \u00bb (le 2 avril 2020).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que lorsque l\u2019on traverse ces rues d\u00e9sertes la pr\u00e9sence d\u2019un homme en armes n\u2019a rien de rassurant. Mais quand m\u00eame !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s Tchernobyl dans les espaces d\u00e9vast\u00e9s, abandonn\u00e9s, qui font cr\u00e9piter les compteurs Geiger, ce sont les animaux qui sont abattus, comme susceptibles de transporter la contamination. Un camion passe et ramasse les cadavres. Conduit par un liquidateur. Dont la vie est menac\u00e9e par la contamination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Territorialisation de l\u2019interdit<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des points communs entre la zone interdite de Tchernobyl et la ville dont les habitants doivent se confiner concerne la territorialisation de l\u2019interdit. Ces territoires sont mis en place par zonage. L\u2019exclusion est d\u00e9finie selon les crit\u00e8res externes de l\u2019expert. Il s\u2019agit d\u2019un quadrillage spatial, de m\u00eame nature que les circonscriptions d\u2019action sociale, zones sensibles et autres &#8211; p\u00e9rim\u00e8tres divers de lieux stigmatis\u00e9s, plac\u00e9s sous la vigilance de sp\u00e9cialistes des sciences humaines ou du travail social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils partagent certaines caract\u00e9ristiques, ce sont des lieux qui engendrent la peur, des lieux de l\u2019\u00e9trange, dans lesquels la fiction de la catastrophe qui a rendu la terre inhabitable par la folie des hommes prend corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont un repoussoir. Gard\u00e9s comme des places fortes, entour\u00e9s de barbel\u00e9s, ou bien coup\u00e9s d\u2019acc\u00e8s par des chicanes, sur eux s\u2019exerce un contr\u00f4le policier. On a ici la mise en sc\u00e8ne d\u2019un \u00e9tat s\u00e9curitaire qui brutalise les rapports sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Ukraine ou en Bi\u00e9lorussie la route qui conduit vers la zone interdite(5) est long\u00e9e de villages d\u00e9serts, fantomatiques, dont les habitations d\u00e9truites sont envahies par la v\u00e9g\u00e9tation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rester-partir<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit de deux mouvements de nature inverse mais qui ont en commun d\u2019\u00eatre tous les deux obligatoires. En Ukraine il faut partir, apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019h\u00e9sitation on envoie une colonne de blind\u00e9s et plus de 1200 autocars pour \u00e9vacuer la population. Lorsque la pand\u00e9mie frappe, l\u00e0 encore apr\u00e8s un moment d\u2019h\u00e9sitation, la population est assign\u00e9e \u00e0 r\u00e9sidence de fa\u00e7on plus ou moins ferme en fonction des pays. On peut noter que \u00ab <em>l\u2019Etat d\u2019urgence sanitaire<\/em> \u00bb d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 en France met entre parenth\u00e8ses les m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques qui organisent habituellement la vie sociale. Pour se d\u00e9placer il faut \u00eatre en possession d\u2019une autorisation d\u00e9rogatoire, concepts n\u00e9buleux qui rappellent cependant les \u00e9poques d\u2019occupation. La bureaucratie retrouve de vieux mod\u00e8les, on recycle de vieux formulaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Int\u00e9rieur-ext\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que ces deux situations ont aussi en commun, c\u2019est la relation int\u00e9rieur\u2013ext\u00e9rieur. L\u2019int\u00e9rieur c\u2019est la maison, l\u2019appartement, des refuges. L\u2019ext\u00e9rieur c\u2019est la menace de mort, d\u2019une mort port\u00e9e par une contamination, dans un cas virale, dans l\u2019autre nucl\u00e9aire. On est dans des situations marqu\u00e9es par un destin obscur qui a d\u2019un coup emprisonn\u00e9 ses personnages, annihilant tout projet, \u00e9touffant tout espoir, ils ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par un sort injuste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Territoires de l\u2019abandon<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement le zonage d\u00e9termine les territoires de l\u2019interdit mais aussi frappe d\u2019une d\u00e9sesp\u00e9rance accrue certains lieux. Ainsi en France au cours de la pand\u00e9mie les EHPAD(6). Dans un premier temps les r\u00e9sidents ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s du monde, sans visite, priv\u00e9s des derniers liens avec leur vie d\u2019avant, d\u2019avec leurs proches. Et puis quelque temps apr\u00e8s ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de relations \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019EHPAD au nom d\u2019une prophylaxie extr\u00eame, assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence dans leur chambre dans laquelle ils doivent aussi prendre leurs repas. Prisonniers, mais quelle peine ont-ils \u00e0 purger ? Seuls et abandonn\u00e9s, \u00e0 quelle vie ont-ils droit et pourquoi ? Les vivants perdent pied, il ne reste que le bateau fant\u00f4me, et le fleuve s\u2019appelle Ach\u00e9ron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La mort, le deuil<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La catastrophe comme bouleversement de l\u2019existant, nous sommes dans un Etat d\u2019exception, une parenth\u00e8se sanitaire qui rend poreuses les limites entre le permis et l\u2019interdit, entre le d\u00e9sarroi et la d\u00e9cision. Le Rivotril sort du confinement hospitalier, la s\u00e9dation profonde glisse dans la Cit\u00e9. La \u00ab <em>d\u00e9tresse respiratoire<\/em> \u00bb des patients fait peur, on passe \u00e0 une \u00ab <em>s\u00e9dation longue<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Covid-19 fait des ravages, et enl\u00e8ve plus de vies que les pompes fun\u00e8bres ne peuvent en g\u00e9rer. Dans tous les pays il faut trouver des subterfuges, stocker les morts en attendant de pouvoir les br\u00fbler ou les enterrer. Lorsque la ville de Wuhan en Chine a repris des activit\u00e9s, on a vu de longues files devant les fun\u00e9rariums, les familles voulant r\u00e9cup\u00e9rer les urnes mortuaires. Des esprits curieux ont d\u2019ailleurs fait un bref calcul : compte tenu du nombre d\u2019urnes par fun\u00e9rarium, et de fun\u00e9rariums dans la ville, il y a sans doute bien plus de morts que les autorit\u00e9s chinoises ont voulu le dire. En dehors de cette pol\u00e9mique \u2013 quoi qu\u2019elle rejoigne un des points que nous \u00e9voquons, \u00e0 savoir la notion d\u2019incertitude, ici dans le cadre d\u2019un mensonge d\u2019\u00c9tat \u2013 nous pouvons constater que cette fonction anthropologique du traitement de la mort par le vivant est un des facteurs communs dans les deux espaces concern\u00e9s, le ici et maintenant et la zone interdite il y a 34 ans. Nous retrouvons la m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un rite \u00e0 rendre aux disparus, dans l\u2019absurdit\u00e9 du stockage des corps dans les espaces r\u00e9frig\u00e9r\u00e9s de Rungis ou d\u2019ailleurs. La pand\u00e9mie bouscule les codes sociaux les fun\u00e9railles. Ainsi sur la terre contamin\u00e9e de Bi\u00e9lorussie des personnes \u00e2g\u00e9es sont revenues pour rendre hommage \u00e0 leurs morts, laissant les jeunes aller s\u2019installer en ville et essayer de refaire leur vie. Eux, les vieux, se consacrent \u00e0 ce qui est essentiel, le lien avec les disparus, sur une terre qui de ce fait est sacralis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019incertitude<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la catastrophe nous rentrons dans l\u2019\u00e8re de l\u2019incertitude. Le monde de la science s\u2019estompe, l\u2019incertitude colore nos repr\u00e9sentations. Le nucl\u00e9aire se caract\u00e9rise par l\u2019incontr\u00f4lable et le secret. La pand\u00e9mie par l\u2019incontr\u00f4lable et la propagation mortif\u00e8re. Les errements des politiques et des scientifiques d\u00e9stabilisent les populations. Port de masques. Inutilit\u00e9 de cette pratique. Obligation, \u00e7a d\u00e9pend des pays, \u00e7a d\u00e9pend des moments\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La contamination du territoire par le virus, la nucl\u00e9arisation des terres par le nuage sont dites en langage savant. Un langage commun, pseudo scientifique qui peut masquer le d\u00e9sarroi va s\u2019\u00e9laborer. Mais : Becquerel (Bq) &#8211; Gray (Gy) &#8211; Sievert (Sv) &#8211; Curie (Ci) -Rad (rad) -Rem (rem), radioactivit\u00e9, dose absorb\u00e9e, effet biologique, quelles \u00e9quivalences, de quoi parle-t-on ? Le virus aussi est dit en termes de Covid-19, de la famille des coronavirus, cousin du SRAS avec quelque chose \u00e0 voir avec H1N1, mais encore ? La peur qu\u2019ils inspirent \u00e0 celui qui n\u2019est pas un expert est peut-\u00eatre leur d\u00e9nominateur commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A la lisi\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9viants sont ceux qui s\u2019installent sur le territoire interdit, ceux qui circulent sur les terres du confinement. De nouveaux trafics s\u2019instaurent dans les interstices, de nouvelles composantes d\u00e9lictueuses vont s\u2019\u00e9tablir, A la lisi\u00e8re circule un trafic de drogues ou d\u2019objets vol\u00e9s. Ou de masques et de gel hydroalcoolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le territoire du malheur, le territoire de l\u2019oubli<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La zone interdite pourrait devenir le territoire de l\u2019oubli. Les objets contamin\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ensevelis, la v\u00e9g\u00e9tation recouvre les \u00e9boulis des maisons abandonn\u00e9es, dans quelques d\u00e9cennies, on pourrait ne plus savoir qu\u2019il y avait l\u00e0 ville, villages et cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nature \u00ab <em>reprend ses droits<\/em> \u00bb, mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une \u00e9trange nature, comme dans ces tableaux du douanier Rousseau, pour lesquels la v\u00e9g\u00e9tation rev\u00eat un caract\u00e8re insolite. Cette nature est presque semblable \u00e0 celle d\u2019avant, plus giboyeuse, profonde, mortif\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un bouleversement du temps, le temps qui se fige dans le silence Sans futur, un temps au temps pr\u00e9sent. Dans un espace vide de vie, tout au moins d\u2019humains. Ceux qui restent sans autorisation se cachent, le SDF, le r\u00e9fugi\u00e9, le zonard, l\u2019exclu, l\u2019oubli\u00e9, le perdu\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si un air devait r\u00e9sonner dans cette rue vide ce serait \u00ab Sola, perduta, abbandonata(7) \u00bb, ou le solo de trompette de Gelsomina(8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le caract\u00e8re commun de ces deux espaces c\u2019est bien d\u2019\u00eatre cette terre d\u00e9sol\u00e9e(9), sans vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ce que l\u2019on partage dans les catastrophes c\u2019est la peur, le trauma, la souffrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Psycho-sociologue sp\u00e9cialiste des catastrophes, Marie-Th\u00e9r\u00e8se Neuilly a \u00e9t\u00e9 consultante pour le programme Unesco &#8211; Tchernobyl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/reflets.info\/articles\/un-etrange-silence-2\">https:\/\/reflets.info\/articles\/un-etrange-silence-2<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Sola perduta abbandonata (Manon Lescaut) In landa desolata! Orror! Intorno a me. S&rsquo;oscura il ciel&#8230; Ahim\u00e8, son sola! E nel profondo deserto io cado, Strazio crudel. Ah! Solo&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) Prypiat, Ukraine, ville nouvelle de l\u2019ex- Union Sovi\u00e9tique, situ\u00e9e \u00e0 3 kms de la centrale de Tchernobyl, et \u00e9vacu\u00e9e en 1986 apr\u00e8s l\u2019accident nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) Les \u00ab liquidateurs \u00bb sont ceux qui sont intervenus sur le site de l&rsquo;accident pour en traiter les cons\u00e9quences. Faiblement \u00e9quip\u00e9s et prot\u00e9g\u00e9s beaucoup ont eu ensuite de graves probl\u00e8mes de sant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) Car dans la cit\u00e9 reconstruite en 1987-1988, apr\u00e8s l\u2019accident de Tchernobyl pour remplacer Prypiat, l\u2019Union Sovi\u00e9tique a r\u00e9alis\u00e9 une cit\u00e9 scientifique, moderne et confortable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) Zone interdite apr\u00e8s l\u2019accident nucl\u00e9aire : depuis avril 1986 un territoire de 30 kilom\u00e8tres de diam\u00e8tre en Ukraine est compl\u00e8tement ferm\u00e9 ; si pour cette zone il y a eu accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9vacuer les 115.000 personnes qui r\u00e9sidaient l\u00e0, il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 de m\u00eame lorsqu\u2019il a fallu fixer les crit\u00e8res des zones contr\u00f4l\u00e9es qui concernent 7 millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) Etablissement d\u2019h\u00e9bergement pour personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) Puccini, Manon Lescaut, 1893<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) In La strada, film de F. Fellini. Musique de Nino Rota 1954<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) In landa desolata!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peut-on faire un parall\u00e8le avec la catastrophe de Tchernobyl ?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7151","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7151","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7151"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7151\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7152,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7151\/revisions\/7152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7151"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7151"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7151"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}