{"id":7706,"date":"2020-06-20T02:05:47","date_gmt":"2020-06-20T00:05:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=7706"},"modified":"2020-06-18T06:08:21","modified_gmt":"2020-06-18T04:08:21","slug":"la-sobriete-une-idee-en-pleine-croissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/06\/20\/la-sobriete-une-idee-en-pleine-croissance\/","title":{"rendered":"La sobri\u00e9t\u00e9, une id\u00e9e en pleine croissance"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Un dossier de Lib\u00e9ration<\/strong><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7701 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lejourdapres-71-300x287.jpg\" alt=\"\" width=\"476\" height=\"455\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lejourdapres-71-300x287.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Lejourdapres-71.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 476px) 100vw, 476px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deux extraits<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>**********\u00a0\u00a0\u00a0 **********<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mathilde Szuba : \u00abIl faut r\u00e9guler politiquement l\u2019ensemble de la consommation \u00e0\u00a0des fins de justice\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019enseignante-chercheuse Mathilde Szuba d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019imposer le rationnement pour\u00a0organiser le\u00a0partage et\u00a0prot\u00e9ger les\u00a0plus fragiles.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Mathilde Szuba est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sciences politiques \u00e0 Sciences-Po Lille et membre de l\u2019institut Momentum, laboratoire d\u2019id\u00e9es fran\u00e7ais consacr\u00e9 aux enjeux de l\u2019Anthropoc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous travaillez sur la notion de rationnement. De quoi s\u2019agit-il ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; C\u2019est une r\u00e9ponse collective \u00e0 la p\u00e9nurie pour prot\u00e9ger les plus fragiles en organisant le partage, quand un produit de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 vient \u00e0 manquer. Rationner, cela veut dire emp\u00eacher certains de surconsommer pour s\u2019assurer que tout le monde puisse en avoir un minimum. Ce n\u2019est pas punir les gens en les privant, c\u2019est s\u2019assurer que chacun puisse avoir une quantit\u00e9 minimale d\u2019un produit n\u00e9cessaire. Pour cela, il faut forc\u00e9ment r\u00e9guler l\u2019ensemble de la consommation et la surconsommation. C\u2019est une intervention du politique, donc du collectif, dans l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 des fins de justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous auriez un exemple de rationnement mis en place ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Dans la m\u00e9moire collective fran\u00e7aise, les histoires de rationnement les plus vives remontent \u00e0 la Seconde Guerre mondiale. Ce fut une exp\u00e9rience tr\u00e8s dure de privations pour la plupart, v\u00e9cue comme injuste puisque la p\u00e9nurie alimentaire \u00e9tait li\u00e9e certes \u00e0 l\u2019effort de guerre qui concentrait les forces productives, mais aussi aux r\u00e9quisitions organis\u00e9es au profit de l\u2019Allemagne. A\u00a0la m\u00eame p\u00e9riode cependant, le rationnement est v\u00e9cu en Grande-Bretagne comme un moyen de s\u2019organiser collectivement pour faire face \u00e0 l\u2019ennemi allemand, on parle de <em>\u00abpulling together\u00bb,<\/em> l\u2019id\u00e9e de se serrer les coudes. Plus r\u00e9cemment, on en a un autre exemple au moment du choc p\u00e9trolier de\u00a01973 avec le rationnement du p\u00e9trole aux Pays-Bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; A\u00a0Cuba, il y a un rationnement depuis les ann\u00e9es\u00a060 pour certains produits alimentaires de base : le sucre, le riz, les haricots et la viande peuvent s\u2019acheter dans un magasin d\u2019Etat avec un carnet qui donne droit \u00e0 quelques kilos de ces produits \u00e0 tarif subventionn\u00e9. Pour en acheter plus, il faut aller sur le march\u00e9 libre, o\u00f9 ce sera plus cher. Ce syst\u00e8me permet de s\u2019assurer que chacun a acc\u00e8s \u00e0 un minimum de produits de base \u00e0 des tarifs accessibles. Encore plus r\u00e9cemment, dans les ann\u00e9es\u00a090, des chercheurs britanniques ont con\u00e7u l\u2019id\u00e9e d\u2019une carte carbone : chacun aurait une quantit\u00e9 limit\u00e9e de cr\u00e9dits d\u2019\u00e9nergie pour ses pleins d\u2019essence, ses billets d\u2019avion, l\u2019\u00e9nergie de sa maison\u2026 Cela a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 s\u00e9rieusement au minist\u00e8re de l\u2019Environnement dans les ann\u00e9es\u00a02000, sous les gouvernements Blair et Brown. Il y a eu plusieurs \u00e9tudes de faisabilit\u00e9, mais la crise de\u00a02008 a mis fin aux discussions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>On peut imaginer que de tels sc\u00e9narios soient mis en place \u00e0 l\u2019avenir\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette question car je consid\u00e8re qu\u2019on va au-devant de situations de crises dans lesquelles on sera certainement tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s par ces possibilit\u00e9s d\u2019organisation du partage. Que ce soit parce qu\u2019on manquera de quelque chose, comme d\u2019eau ou d\u2019\u00e9nergie, ou pour organiser volontairement l\u2019autolimitation des consommations. En France, nous nous sommes engag\u00e9s \u00e0 diviser par quatre nos \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, voire \u00e0 atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici \u00e0\u00a02050. Bien s\u00fbr, le secteur \u00e9conomique est responsable de la plupart des \u00e9missions, mais un effort de r\u00e9duction aussi cons\u00e9quent ne pourra pas se faire sans que la population y contribue aussi. Alors comment va-t-on s\u2019y prendre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les politiques publiques doivent-elles s\u2019organiser en fonction de la finitude des ressources ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Je n\u2019ai pas l\u2019impression qu\u2019il y ait des signes pour aller dans cette direction actuellement mais d\u2019un point de vue \u00e9cologique, ce serait essentiel. Il faudrait inscrire la finitude des ressources comme architecture de notre fonctionnement \u00e9conomique et social. On peut donc choisir de limiter l\u2019utilisation des ressources pour anticiper et \u00e9viter les crises. Mais il est plus probable que la prochaine fois qu\u2019on fera du rationnement, ce sera en catastrophe, en r\u00e9action \u00e0 dans une crise \u00e9norme et pressante, et reconnue comme\u00a0telle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous dites qu\u2019il faut <em>\u00abpolitiser l\u2019enjeu du partage\u00bb\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; La crise \u00e9cologique est un probl\u00e8me de surconsommation des soci\u00e9t\u00e9s industrielles. Dans ce contexte, elle doit conduire \u00e0 un partage des efforts d\u2019autolimitation et de sobri\u00e9t\u00e9. On a bien compris la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019injustice que cela repr\u00e9sente pour les plus fragiles. Mais les enjeux de justice, c\u2019est aussi voir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du gradient ceux qui surconsomment de mani\u00e8re incontr\u00f4l\u00e9e et font du tort \u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Or l\u2019indicateur le plus pr\u00e9dictif des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre d\u2019une personne, c\u2019est son revenu : plus les gens gagnent de l\u2019argent, plus ils \u00e9mettent des gaz \u00e0 effet de serre. Politiser le partage, c\u2019est se rendre compte que les politiques publiques ne doivent pas seulement prot\u00e9ger les plus faibles, mais aussi faire en sorte que les gros consommateurs soient limit\u00e9s dans leur consommation, car ce sont des dangers publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ces limites impos\u00e9es r\u00e9veillent tr\u00e8s vite le spectre d\u2019une \u00abdictature verte\u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; La \u00abdictature verte\u00bb est vraiment un fantasme. L\u2019\u00e9cologie est une des id\u00e9ologies les plus attach\u00e9es \u00e0 la d\u00e9mocratie et ces d\u00e9cisions sont impossibles \u00e0 prendre sans le consentement de la population. Par ailleurs, contrainte ne veut pas dire dictature : on accepte sans probl\u00e8me certaines contraintes, comme l\u2019instruction obligatoire jusqu\u2019\u00e0 16\u00a0ans, car on estime que c\u2019est l\u00e9gitime pour le bien de la soci\u00e9t\u00e9. Il serait temps qu\u2019on per\u00e7oive le climat comme un enjeu d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et m\u00eame de survie. Pendant une courte p\u00e9riode de l\u2019histoire, on a pris l\u2019habitude d\u2019\u00eatre les rois du p\u00e9trole, donc il est certain qu\u2019on va devoir passer par une p\u00e9riode de sevrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*************\u00a0\u00a0\u00a0 **********<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Tourisme : \u00abLa sobri\u00e9t\u00e9 passe par une forme de relocalisation de notre temps libre\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour le sociologue Rodolphe Christin, le tourisme a \u00abliquid\u00e9 l\u2019aspect exceptionnel du voyage en le banalisant\u00bb. Sa mise \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat contrainte peut \u00eatre l&rsquo;occasion de repenser ce mod\u00e8le.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sociologue Rodolphe Christin, auteur notamment de <em>Manuel de l\u2019antitourisme<\/em> (Ecosoci\u00e9t\u00e9, 2017) et de <em>La vraie vie est ici &#8211; Voyager encore\u00a0?<\/em> (Ecosoci\u00e9t\u00e9, 2020), d\u00e9nonce depuis plusieurs ann\u00e9es les ravages du tourisme. Il appelle \u00e0 (re)trouver le go\u00fbt du voyage, celui du temps long, de la sobri\u00e9t\u00e9 et de l\u2019\u00e9merveillement, ailleurs, mais aussi pr\u00e8s de chez soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En quoi le tourisme vous para\u00eet-il d\u00e9vastateur ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Il contribue \u00e0 artificialiser les territoires, de mani\u00e8re \u00e0 accueillir le plus de personnes possible. La cr\u00e9ation d\u2019infrastructures routi\u00e8res et d\u2019h\u00e9bergements transforme les territoires en galeries commerciales \u00e0 ciel ouvert. Aucune latitude ni aucune longitude n\u2019y \u00e9chappe aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Cela m\u00e8ne \u00e0 une standardisation du monde. Car pour pouvoir accueillir les touristes dans des conditions optimales de confort, de s\u00e9curit\u00e9 psychique, l\u2019industrie touristique applique une sorte de \u00abd\u00e9marche qualit\u00e9 universelle\u00bb qui cr\u00e9e des standards d\u2019accueil tr\u00e8s similaires o\u00f9 que l\u2019on se trouve sur la plan\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; A mon sens, le tourisme est un laboratoire de l\u2019anthropoc\u00e8ne, de cette \u00e9poque dans laquelle nous serions entr\u00e9s, marqu\u00e9e par l\u2019influence humaine sur son environnement. Plus cette industrie cr\u00e9e des mondes de synth\u00e8se, des bulles organis\u00e9es comme des esp\u00e8ces de paradis o\u00f9 vous \u00eates bien accueillis, o\u00f9 on vous sert, o\u00f9 on vous permet d\u2019oublier le reste du monde, plus elle devient embl\u00e9matique de cet anthropoc\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un monde sous contr\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Avec la crise sanitaire, cette industrie est aujourd\u2019hui quasiment \u00e0 l\u2019arr\u00eat. N\u2019est-ce pas l\u2019occasion de repenser le tourisme\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Pour moi, c\u2019est m\u00eame une occasion de sortir du capitalisme, le tourisme \u00e9tant le pur produit de celui-ci. Le tourisme fait syst\u00e8me, il est au c\u0153ur de toutes les probl\u00e9matiques li\u00e9es au capitalisme, \u00e0 l\u2019expansion tous azimuts de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Lorsqu\u2019il devient tr\u00e8s important pour un territoire, il a tendance \u00e0 mettre sous sa d\u00e9pendance tous les autres secteurs d\u2019activit\u00e9, toute l\u2019\u00e9conomie locale\u00a0: l\u2019h\u00e9bergement, la restauration, les travaux publics, les transports, le petit commerce, m\u00eame l\u2019artisanat, le plombier qui intervient pour r\u00e9parer les conduites dans les h\u00f4tels\u2026 Du coup, dans ces r\u00e9gions qui en sont d\u00e9pendantes, quand le tourisme s\u2019arr\u00eate, \u00e9norm\u00e9ment d\u2019activit\u00e9s en p\u00e2tissent. Avec la pand\u00e9mie de Covid-19, on a vu cela \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Donc oui, puisque cette pand\u00e9mie le remet en cause, c\u2019est sans doute le moment de repenser le tourisme. Mais la politique actuelle du gouvernement serait plut\u00f4t de refaire d\u00e9marrer la machine \u00abcomme avant\u00bb. Il est de bon ton de critiquer les industries qui polluent, qui sentent mauvais et font du bruit. Mais qu\u2019on soit de gauche ou de droite, l\u2019industrie touristique b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut un peu particulier, pr\u00e9serv\u00e9, et la critiquer ne va toujours pas vraiment de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vers quoi faudrait-il tendre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Vers une sobri\u00e9t\u00e9 dans nos d\u00e9placements. C\u2019est-\u00e0-dire se d\u00e9placer moins souvent, mais plus longtemps, de mani\u00e8re \u00e0 ce que le voyage (re)devienne une exp\u00e9rience rare donc exceptionnelle, initiatique, avec un \u00abavant\u00bb et un \u00abapr\u00e8s\u00bb, d\u2019o\u00f9 l\u2019on revient un peu chamboul\u00e9. Cela suppose aussi de se d\u00e9placer plus lentement, en utilisant des moyens de locomotion le moins am\u00e9nageur de territoires possible et le moins consommateur d\u2019\u00e9nergies fossiles possible. Mais la sobri\u00e9t\u00e9 reste une notion relative. Prenons le v\u00e9lo\u00a0: on voit beaucoup de voies vertes se mettre en place, avec une offre tr\u00e8s particuli\u00e8re destin\u00e9e au voyage \u00e0 v\u00e9lo. Cependant, le cyclotouriste d\u00e9pense plus que la moyenne, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait croire. Donc si tous les gens qui pratiquent le tourisme se mettaient \u00e0 faire du v\u00e9lo, cela ne r\u00e9duirait pas la marchandisation du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Le point de d\u00e9part est de r\u00e9fl\u00e9chir aux raisons pour lesquelles on a autant besoin de se d\u00e9placer. Ne pourrait-on pas organiser la d\u00e9croissance de cette esp\u00e8ce de conformisme li\u00e9 au fait de partir en vacances d\u00e8s qu\u2019on a un peu de temps libre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Peut-on aussi voyager pr\u00e8s de chez soi, voire en soi, sur place\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Oui. C\u2019est pour cela que mon dernier livre s\u2019appelle <em>La vraie vie est ici<\/em> : c\u2019est une invitation \u00e0 regarder le monde autour de soi et \u00e0 le red\u00e9couvrir. Beaucoup de gens, pendant le confinement, ont retrouv\u00e9 le silence en ville, ont pu entendre les oiseaux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Une certaine sobri\u00e9t\u00e9 passerait donc aussi par une forme de relocalisation de notre temps libre\u00a0: que signifie celui-ci, est-on oblig\u00e9 de le coloniser avec des activit\u00e9s ? S\u2019ennuyer, contempler\u2026 La vacance, au singulier, permet de r\u00e9fl\u00e9chir, penser, cr\u00e9er. Notre soci\u00e9t\u00e9 valorise l\u2019activit\u00e9\u00a0: l\u2019individu dynamique est quelqu\u2019un qui bouge tout le temps. Mais on pourrait aussi valoriser le fait de savoir s\u2019asseoir sous un arbre pour regarder le monde, y compris peut-\u00eatre pour le critiquer et faire d\u2019autres propositions. Cela veut dire qu\u2019il y a aussi une dimension politique derri\u00e8re tout cela. Une autre mani\u00e8re de consid\u00e9rer l\u2019ici. Quand le confinement a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9, 17% des Parisiens ont quitt\u00e9 la capitale. C\u2019est significatif de quelque chose. L\u2019ailleurs est constamment repr\u00e9sent\u00e9 sous des formes paradisiaques alors que l\u2019ici serait le lieu de la peine et du labeur. N\u2019y aurait-il pas une autre mani\u00e8re d\u2019organiser l\u2019existence pour que ce soit moins le cas\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Nous avons toujours eu la bougeotte, un d\u00e9sir d\u2019ailleurs, d\u2019\u00e9vasion.\u00a0<em>\u00abLa tentation du voyage est enracin\u00e9e en nous\u00bb,<\/em> \u00e9crivez-vous dans votre dernier livre\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Je ne remets pas en cause le voyage, c\u2019est une exp\u00e9rience importante. Beaucoup de voyageurs, comme Jack Kerouac, ont m\u00eame pratiqu\u00e9 le voyage comme un acte de subversion. C\u2019\u00e9tait une forme de contre-culture, on allait voir et trouver ailleurs des choses qu\u2019on n\u2019avait pas chez soi, on allait trouver d\u2019autres fa\u00e7ons de vivre, un rapport \u00e0 la nature plus intense, chez des populations qui le vivaient encore. Aujourd\u2019hui, tout cela est remis en cause car les peuples qui vivaient autrement sont de moins en moins nombreux, donc l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 culturelle qui \u00e9tait au bout de la route devient de plus en plus difficile \u00e0 trouver. En le massifiant, en le rendant conforme \u00e0 l\u2019air du temps, et contribue \u00e0 l\u2019uniformisation des cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Si le tourisme venait \u00e0 s\u2019\u00e9crouler durablement, que pourrait-on imaginer pour les territoires qui en \u00e9taient devenus d\u00e9pendants\u00a0? Il y a des emplois en jeu, des familles\u2026 Comment penser l\u2019apr\u00e8s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&gt; &gt; Je con\u00e7ois tout \u00e0 fait qu\u2019avec la crise, les \u00e9lus et d\u00e9cideurs se posent la question de sauver ce qui est encore sauvable. C\u2019est de la gestion \u00e0 court terme. Par contre, l\u2019id\u00e9e de repartir comme avant ou d\u2019essayer de le faire me para\u00eet probl\u00e9matique\u00a0: \u00e0 un moment, il va falloir r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e9laborer une strat\u00e9gie. Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir, dit-on. C\u2019est-\u00e0-dire organiser une transition vers autre chose, un autre mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019une vraie question politique\u00a0: quelles sont les activit\u00e9s qui nous paraissent int\u00e9ressantes \u00e0 garder, \u00e0 d\u00e9velopper, ou pas. Cela devrait faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique, citoyenne. Les solutions seront locales, d\u00e9pendront au moins partiellement de chaque territoire, car les ressources de la Corse ne sont pas les m\u00eames que celles du nord de la France. Chacun peut et doit mener une r\u00e9flexion individuelle, se demander s\u2019il est bien raisonnable de partir un week-end en avion \u00e0 l\u2019autre bout du monde. Mais cela ne suffira pas. La sobri\u00e9t\u00e9, c\u2019est aussi une organisation collective, donc la question politique, au sens de la gestion des affaires communes, doit \u00eatre forc\u00e9ment pos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">************\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 *******<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour lire le dossier complet\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-sobri\u00e9t\u00e9.docx\">La sobri\u00e9t\u00e9<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un dossier de Lib\u00e9ration<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7706","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7706","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7706"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7706\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7707,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7706\/revisions\/7707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7706"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}