{"id":7842,"date":"2020-07-27T02:35:50","date_gmt":"2020-07-27T00:35:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=7842"},"modified":"2020-07-25T07:37:40","modified_gmt":"2020-07-25T05:37:40","slug":"le-macronisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/07\/27\/le-macronisme\/","title":{"rendered":"Le macronisme"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>C\u2019est la maladie s\u00e9nile du socialisme <\/strong><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7838 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Lejourdapres-33-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"347\" height=\"441\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Lejourdapres-33-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Lejourdapres-33.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 347px) 100vw, 347px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment d\u2019anciens cadres socialistes peuvent-ils participer \u00e0 un gouvernement conservateur conduit par un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, aux c\u00f4t\u00e9s de ministres de la m\u00eame sensibilit\u00e9\u00a0? La question invite \u00e0 revenir aux sources du macronisme, un mouvement qui, loin de r\u00e9sulter d\u2019un accident politique, a \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par le Parti socialiste et sa lente mais irr\u00e9m\u00e9diable d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au lendemain de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017 qui lui a permis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, c\u2019est Emmanuel Macron lui-m\u00eame qui a accr\u00e9dit\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il avait pris le pouvoir par <em>\u00ab\u00a0effraction\u00a0\u00bb.<\/em> Et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, chacun avait bien compris le sous-entendu\u00a0: du fait de l\u2019\u00e9chec calamiteux du quinquennat de Fran\u00e7ois Hollande qui a interdit au chef de l\u2019\u00c9tat sortant de se repr\u00e9senter, du fait aussi du naufrage de la candidature de Fran\u00e7ois Fillon, dont la victoire paraissait pourtant certaine, l\u2019ancien ministre de l\u2019\u00e9conomie a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une configuration politique des astres totalement exceptionnelle. Et par ce jeu de co\u00efncidences inou\u00ef, il a donc gagn\u00e9, lui qui n\u2019avait pourtant aucune exp\u00e9rience \u00e9lectorale, aucun parti ni appareil militant \u00e0 son service. En somme, il a gagn\u00e9 par un concours exceptionnel de circonstances absolument impr\u00e9visibles, tel qu\u2019il n\u2019en arrive quasiment jamais dans la vie politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois ans plus tard, au lendemain du remaniement minist\u00e9riel, on pourrait donc \u00eatre enclin \u00e0 regarder la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise avec la m\u00eame sid\u00e9ration. Alors que la vie politique est rythm\u00e9e depuis des lustres par des alternances entre la gauche et la droite, qui aurait pu penser que la France puisse un jour disposer d\u2019un gouvernement compos\u00e9 d\u2019une grosse cohorte de dignitaires socialistes ou ex-socialistes, marchant main dans la main avec une cohorte tout aussi importante de dignitaires sarkozystes, sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un nouveau premier ministre, Jean Castex, ayant soutenu peu avant la candidature de Fran\u00e7ois Fillon\u00a0? Inimaginable\u00a0! Qui aurait pu croire que l\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint de Fran\u00e7ois Hollande \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, devenu le ma\u00eetre des lieux, puisse un jour nommer comme premier ministre l\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint de Nicolas Sarkozy \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e\u00a0? Tout aussi impensable\u00a0! On pourrait donc toujours \u00eatre enclin \u00e0 penser que c\u2019est la m\u00eame co\u00efncidence qui se prolonge et que la France vit une longue parenth\u00e8se politique radicalement improbable, du fait de ces accidents politiques de la campagne pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 en tout cas ce que sont les apparences\u00a0: une cascade d\u2019accidents politiques invraisemblables lors de la campagne pr\u00e9sidentielle, ouvrant la voie \u00e0 un quinquennat totalement improbable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant, non\u00a0! De hasard, en politique, il n\u2019y en a pas souvent. Et en tout cas, pour comprendre cette folle embard\u00e9e que conna\u00eet la vie publique fran\u00e7aise, il faut la resituer dans une perspective longue qui la rend d\u2019un seul coup intelligible. Car le macronisme, c\u2019est tout sauf un accident politique. C\u2019est le prolongement implacable de ce long affaissement du socialisme fran\u00e7ais auquel on a assist\u00e9 depuis pr\u00e8s de 40 ans \u2013 depuis sans doute la <em>\u00ab\u00a0parenth\u00e8se\u00a0\u00bb<\/em> de la rigueur qui, selon le mot de Lionel Jospin, s\u2019est ouverte en 1982-1983, et qui ensuite ne s\u2019est plus jamais referm\u00e9e, contrairement \u00e0 ce qu\u2019en pensait l\u2019auteur. C\u2019est le produit de l\u2019abandon progressif des valeurs auxquelles la gauche se r\u00e9f\u00e9rait dans le pass\u00e9\u00a0; le produit de la conversion \u00e0 une politique \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9rale instaurant une tyrannie de plus en plus pesante du capital sur le travail. Disons les choses de mani\u00e8re encore plus nette\u00a0: le macronisme, c\u2019est la maladie s\u00e9nile du socialisme\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il faut inscrire le macronisme dans cette filiation socialiste, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019elle est la source de toute cette histoire. Il y a d\u2019abord Emmanuel Macron lui-m\u00eame qui vient de ce s\u00e9rail\u00a0: c\u2019est Fran\u00e7ois Hollande qui le prend \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s comme conseiller pour la campagne pr\u00e9sidentielle de 2012, puis l\u2019installe \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e comme secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint, avant de faire de lui son ministre de l\u2019\u00e9conomie. Nul accident, donc, dans cette histoire\u00a0: Emmanuel Macron est indiscutablement la \u00ab\u00a0cr\u00e9ature\u00a0\u00bb de Fran\u00e7ois Hollande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00eatre encore plus pr\u00e9cis, Fran\u00e7ois Hollande n\u2019est pas seul en cause dans la promotion d\u2019Emmanuel Macron. Cette histoire s\u2019inscrit, l\u00e0 encore, dans une filiation plus longue, qui met en cause la responsabilit\u00e9 d\u2019autres hi\u00e9rarques socialistes. On peut en particulier faire remonter l\u2019histoire au moins jusqu\u2019\u00e0 Lionel Jospin, puisque c\u2019est lui, l\u2019un des premiers, qui prend \u00e0 Matignon, comme directeur adjoint de cabinet, charg\u00e9 du p\u00f4le \u00e9conomique et social, un haut fonctionnaire, Jean-Pierre Jouyet, qui, par toutes les fibres de son \u00eatre, est li\u00e9 \u00e0 la droite et aux milieux d\u2019affaires. Et c\u2019est le m\u00eame Jean-Pierre Jouyet qui, plus tard, rep\u00e9rera le jeune Emmanuel Macron et proposera \u00e0 son ami intime, Fran\u00e7ois Hollande, de le prendre \u00e0 son service.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il faut \u00e9tablir les responsabilit\u00e9s des uns et des autres, il n\u2019y a donc pas que Fran\u00e7ois Hollande qu\u2019il faille interpeller, pour avoir offert un tel marchepied \u00e0 Emmanuel Macron. On pourrait tout autant interpeller Lionel Jospin qui, d\u00e8s 1997, installe au c\u0153ur du pouvoir un Jean-Pierre Jouyet que tout rattache \u00e0 la vie des affaires et rien aux combats \u00e9mancipateurs de la gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc sous ce prisme qu\u2019il faut observer ce nouveau gouvernement\u00a0: certains des ministres qui y si\u00e8gent ne sont pas des enfants perdus du socialisme, sinon m\u00eame des tra\u00eetres ou des ren\u00e9gats. Ce sont des cadres du Parti socialiste qui n\u2019ont fait que suivre la pente mortif\u00e8re sur laquelle leurs dirigeants les ont install\u00e9s depuis si longtemps. Car le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que les membres de ce gouvernement issus du Parti socialiste, ou issus de la haute technocratie li\u00e9e au Parti socialiste, sont pour le moins nombreux\u00a0: par ordre protocolaire, on y trouve ainsi Jean-Yves Le Drian (affaires \u00e9trang\u00e8res) qui a fait toute sa longue carri\u00e8re au PS et qui est un ami proche de Fran\u00e7ois Hollande\u00a0; Florence Parly (arm\u00e9es), qui fut secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat dans le gouvernement Jospin\u00a0; \u00c9lisabeth Borne (travail), qui fut directrice de cabinet de S\u00e9gol\u00e8ne Royal\u00a0; Olivier V\u00e9ran (sant\u00e9), qui fut d\u00e9put\u00e9 socialiste\u00a0; Julien Denormandie (agriculture), qui fut conseiller dans des cabinets minist\u00e9riels socialistes \u00e0 Bercy, avant d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9 par Emmanuel Macron et de devenir l\u2019un de ses fid\u00e8les\u00a0; Brigitte Bourguignon (autonomie), qui fut secr\u00e9taire nationale du PS\u00a0; Gabriel Attal (porte-parole), qui lui aussi a fait ses premiers pas au PS\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce ne sont donc pas des d\u00e9rives individuelles qui expliquent ces cheminements. C\u2019est la triste histoire d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui a accompagn\u00e9 les d\u00e9rives du Parti socialiste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. Jusqu\u2019\u00e0 finir par travailler, main dans la main, avec ceux qui repr\u00e9sentaient auparavant le camp adverse\u00a0: le camp du patronat ou des milieux d\u2019affaires, dont la droite a longtemps eu le monopole de repr\u00e9sentation. Au total, le seul ministre que l\u2019on serait tent\u00e9 d\u2019inscrire dans une histoire plus personnelle, c\u2019est Olivier Dussopt (comptes publics), qui a r\u00e9ussi le tour de force de passer du jour au lendemain de l\u2019aile gauche du Parti socialiste que f\u00e9d\u00e9rait Beno\u00eet Hamon, avec son courant Nouvelle gauche, au macronisme. De lui seul, on serait donc tent\u00e9 de dire, compte tenu de ce grand \u00e9cart aussi soudain, qu\u2019il n\u2019y a dans son parcours aucune coh\u00e9rence. Sauf sans doute l\u2019ambition personnelle ou le calcul de carri\u00e8re. Mais pour tous les autres, il faut bien s\u00fbr se garder d\u2019un tel proc\u00e8s. Car il y a \u00e9videmment dans leur cas une logique de cheminement, qui les conduit \u00e0 faire route commune avec des ministres conservateurs ou r\u00e9actionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait d\u2019ailleurs poursuivre ce tour d\u2019horizon en observant qu\u2019une bonne partie des postes cl\u00e9s de la R\u00e9publique sont tenus par d\u2019anciens hauts fonctionnaires qui \u00e9taient li\u00e9s au Parti socialiste et qui accompagnent d\u00e9sormais sans la moindre g\u00eane la politique d\u2019Emmanuel Macron. Au nombre de ces hauts fonctionnaires, on peut ainsi citer \u00c9ric Lombard, qui dirige la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignations, et dont le parcours a longtemps \u00e9t\u00e9 index\u00e9 sur celui de Michel Sapin, dont il a \u00e9t\u00e9 le conseiller. On pourrait encore citer le tr\u00e8s conservateur gouverneur de la Banque de France, Fran\u00e7ois Villeroy de Galhau, dont le parcours a longtemps \u00e9t\u00e9 index\u00e9 sur celui de Dominique Strauss-Kahn.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle est donc la logique du cheminement de tous ces responsables qui, pour beaucoup, doivent les postes prestigieux qu\u2019ils occupent aujourd\u2019hui aux liens qu\u2019ils ont eus dans le pass\u00e9 avec le Parti socialiste\u00a0? La r\u00e9ponse coule de source\u00a0: ils n\u2019ont en rien trahi ni chang\u00e9 de camp. C\u2019est le parti auquel ils doivent leur carri\u00e8re qui a mut\u00e9, qui a abandonn\u00e9 ses id\u00e9aux en m\u00eame temps que ses ambitions de transformation sociale, pour pr\u00e9coniser une politique \u00e9conomique et sociale quasi identique \u00e0 celle de la droite conservatrice, dont Jean Castex est aujourd\u2019hui le porte-\u00e9tendard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Quelques d\u00e9bris intacts \u00e0 la surface de la cuve dissolvante\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que l\u2019on veuille bien observer les priorit\u00e9s de la politique \u00e9conomique et sociale d\u2019Emmanuel Macron, qui ne risque gu\u00e8re de changer malgr\u00e9 la crise sanitaire \u2013 c\u2019est ce que sugg\u00e8re le choix du nouveau premier ministre\u00a0: elles sont quasi identiques \u00e0 celles qui \u00e9taient en vigueur sous Fran\u00e7ois Hollande. Le cap est le m\u00eame\u00a0; tout juste est-ce la cadence des r\u00e9formes qui a peut-\u00eatre chang\u00e9 d\u2019un quinquennat \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les privatisations\u00a0: aucun changement\u00a0! Emmanuel Macron n\u2019a fait que poursuivre le programme qui avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 sous Fran\u00e7ois Hollande, tout juste avec un peu plus d\u2019entrain, puisque la Fran\u00e7aise des jeux a aussi \u00e9t\u00e9 croqu\u00e9e par les march\u00e9s financiers, alors qu\u2019avant 2017, cette cession \u00e9tait encore consid\u00e9r\u00e9e comme un tabou. Mais cette diff\u00e9rence n\u2019en est m\u00eame plus une, puisque l\u2019\u00e9tat des march\u00e9s financiers interdit pour un bon moment de nouvelles privatisations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la politique salariale, m\u00eame aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9galement d\u2019un quinquennat \u00e0 l\u2019autre\u00a0: ni hausse des r\u00e9mun\u00e9rations publiques, ni coup de pouce au Smic (sauf une mesure purement symbolique sous Hollande). Pour le droit du travail, aucun changement de cap \u00e9galement\u00a0: Fran\u00e7ois Hollande a engag\u00e9 une politique de d\u00e9r\u00e9gulation n\u00e9olib\u00e9rale et de flexibilit\u00e9, qu\u2019Emmanuel Macron a poursuivie avec ses ordonnances. M\u00eame chose pour la r\u00e9forme des retraites\u00a0: le Parti socialiste \u00e9tait depuis longtemps acquis au syst\u00e8me par points, qui est au c\u0153ur de la r\u00e9forme voulue par Emmanuel Macron. Et la ministre socialiste des affaires sociales et de la sant\u00e9 Marisol Touraine avait fait passer un dispositif dans la loi du 20\u00a0janvier 2014 visant \u00e0 allonger progressivement le nombre de trimestres ouvrant droit \u00e0 une retraite \u00e0 taux plein, plus discr\u00e8te qu\u2019une mesure de recul de l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part \u00e0 la retraite mais sur le fond strictement \u00e9quivalente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, Emmanuel Macron n\u2019a rien invent\u00e9. Il a juste pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0\u00a0l\u2019extr\u00eame la politique \u00e9conomique et sociale tr\u00e8s in\u00e9galitaire conduite sous Fran\u00e7ois Hollande, et dont les premi\u00e8res d\u00e9rives remontent bien avant, sous le gouvernement de Lionel Jospin en 1997-2002, et m\u00eame sous la houlette de Pierre B\u00e9r\u00e9govoy (1925-1993). M\u00eame si Fran\u00e7ois Hollande pousse de-ci de-l\u00e0 quelques borborygmes pour faire croire qu\u2019il d\u00e9sapprouve quelques facettes des mesures prises par son ancien collaborateur, cela ne trompe personne\u00a0: le macronisme a pris son envol sous son quinquennat. C\u2019est lui qui l\u2019a install\u00e9 au minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie et s\u2019est r\u00e9joui des mesures n\u00e9olib\u00e9rales qu\u2019il a d\u00e8s cette \u00e9poque concoct\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au tribunal de l\u2019histoire, on aurait donc l\u2019envie de convoquer tous ces responsables \u2013 toute cette g\u00e9n\u00e9ration de hi\u00e9rarques socialistes\u00a0: Lionel Jospin, qui a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 Matignon sur la base d\u2019un programme tr\u00e8s ancr\u00e9 \u00e0 gauche et qui n\u2019a ensuite cess\u00e9 de d\u00e9river sur sa droite pour finir par faire l\u2019aveu en 2002 que son projet n\u2019\u00e9tait pas socialiste, Laurent Fabius, \u00e0 qui incombe la tr\u00e8s grave responsabilit\u00e9 d\u2019avoir lanc\u00e9 en f\u00e9vrier 2002 la plus scandaleuse des privatisations, celle des autoroutes, et qui coule d\u00e9sormais une retraite dor\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil constitutionnel, et quelques autres dirigeants encore. Pour les interpeller sur le registre que l\u2019on devine\u00a0: votre h\u00e9ritage d\u00e9sastreux, le voici, c\u2019est Emmanuel Macron qui en est le symbole. Car tout est l\u00e0\u00a0: au cours de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, les socialistes n\u2019ont cess\u00e9 de se rapprocher de la droite, au point de se confondre avec elle. Et dans cette d\u00e9rive mortif\u00e8re, ils ont finalement enfant\u00e9 le macronisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le constat est sans doute encore plus accablant que cela, puisque le rapprochement des camps autrefois oppos\u00e9s est m\u00eame all\u00e9 au-del\u00e0 de la politique \u00e9conomique et sociale pour contaminer jusqu\u2019aux questions d\u00e9mocratiques. Il est en effet frappant de constater que le clivage ancien entre les partisans de l\u2019ordre et les d\u00e9fenseurs des libert\u00e9s publiques a progressivement disparu, et que dans la p\u00e9riode r\u00e9cente, d\u2019un quinquennat \u00e0 l\u2019autre, les libert\u00e9s publiques ont \u00e9t\u00e9 de plus en plus gravement menac\u00e9es. C\u2019est sous le quinquennat de Fran\u00e7ois Hollande, par exemple, que des dispositions liberticides de la loi d\u2019urgence contre le terrorisme ont \u00e9t\u00e9 instill\u00e9es dans le droit ordinaire \u2013 une grave r\u00e9gression qui s\u2019est encore approfondie sous le quinquennat d\u2019Emmanuel Macron. C\u2019est sous le quinquennat de Fran\u00e7ois Hollande \u00e9galement, sous la f\u00e9rule du tr\u00e8s r\u00e9actionnaire ministre de l\u2019int\u00e9rieur Manuel Valls, que les forces de l\u2019ordre ont pris des allures de Robocops dangereux, mena\u00e7ant les citoyens, les pla\u00e7ant dans des nasses, comme dans des pi\u00e8ges, au lieu d\u2019assumer leur mission r\u00e9publicaine, qui est de d\u00e9fendre les libert\u00e9s publiques, dont le droit de manifester\u00a0; et c\u2019est sous le quinquennat d\u2019Emmanuel Macron, sous la f\u00e9rule d\u2019un autre ex-socialiste, ancien membre des cabinets minist\u00e9riels de Catherine Trautmann et de Michel Sapin sous le gouvernement Jospin, Christophe Castaner \u2013 digne successeur de Manuel Valls\u00a0\u2013, que la politique r\u00e9pressive a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en des violences polici\u00e8res indignes d\u2019un \u00c9tat de droit, mais dignes d\u2019un \u00c9tat policier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, le Parti socialiste a d\u00e9riv\u00e9 aussi loin que possible. Au point de se confondre avec les partis de la droite conservatrice fran\u00e7aise et de conduire la m\u00eame politique in\u00e9galitaire. Avec Jean Castex, c\u2019est donc le terme de cette interminable descente aux enfers. Le Parti socialiste n\u2019est plus qu\u2019une petite secte, qui n\u2019a plus gu\u00e8re, ici ou l\u00e0, qu\u2019une existence municipale \u2013 qui est le legs du pass\u00e9. Et au plan national, les ex-socialistes qui survivent encore viennent de se ranger, sans g\u00eane aucune, derri\u00e8re un premier ministre qui, voil\u00e0 peu de temps encore, \u00e9tait l\u2019une des chevilles ouvri\u00e8res du sarkozysme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019aspect path\u00e9tique de cette histoire du socialisme fran\u00e7ais. Dans la longue histoire de ce parti, il y a certes d\u00e9j\u00e0 eu des pages sombres, sinon honteuses. Mais \u00e0 chaque \u00e9tape, il y a eu des socialistes qui ont sauv\u00e9 l\u2019honneur de leur parti. Face \u00e0 la capitulation du Front populaire, qui, au plan international, abandonne les R\u00e9publicains espagnols \u00e0 leur tragique destin\u00e9e et qui, en France, c\u00e8de face aux puissances d\u2019argent, il y a Marceau Pivert (1895-1958) qui fait front et qui, d\u00e9non\u00e7ant la <em>\u00ab\u00a0pause sociale\u00a0\u00bb<\/em> voulue par L\u00e9on Blum (1872-1950), r\u00e9plique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Non, je ne serai pas un complice silencieux et prudent. Non, je n\u2019accepte pas de capituler devant le capitalisme et les banques. Non, je ne consens ni \u00e0 la paix sociale, ni \u00e0 l\u2019union sacr\u00e9e. Et je continuerai \u00e0 le dire, quoi qu\u2019il puisse m\u2019en co\u00fbter.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques ann\u00e9es plus tard, nouvelle page honteuse\u00a0: le 10\u00a0juillet 1940, c\u2019est le Parlement du Front populaire, celui qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en juin 1936, qui vote les pleins pouvoirs \u00e0 P\u00e9tain \u00e0 une \u00e9norme majorit\u00e9\u00a0(569 pour et 80 voix contre), pour le plus grand malheur de la R\u00e9publique. Mais, pr\u00e9cis\u00e9ment, il y a ces 80 \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb, dont beaucoup de la SFIO,\u00a0parmi lesquels L\u00e9on Blum (1872-1950), qui sauvent l\u2019honneur de leur camp. Terrible s\u00e9ance parlementaire dont L\u00e9on Blum t\u00e9moignera dans ces termes\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tel camarade qui, \u00e0 mon entr\u00e9e dans la salle, s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 vers moi la main tendue, m\u2019\u00e9vitait visiblement au bout d\u2019une heure. <\/em>[\u2026]<em> De moment en moment, je me voyais plus seul, je me sentais plus suspect. Il ne surnageait plus que quelques d\u00e9bris intacts \u00e0 la surface de la cuve dissolvante. <\/em>[\u2026]<em> Le sentiment cruel de ma solitude ne m\u2019avait pas tromp\u00e9\u00a0; j\u2019avais bien eu raison de me juger d\u00e9sormais comme un \u00e9tranger, comme un suspect au sein de mon propre parti.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, dans ce m\u00eame registre, on pourrait encore citer les heures sombres de la guerre en Alg\u00e9rie, o\u00f9 de nombreux socialistes se discr\u00e9ditent, en d\u00e9fendant le recours \u00e0 la torture ou en fermant les yeux sur elle, \u00e0 commencer par Fran\u00e7ois Mitterrand (1916-1996) qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque garde des Sceaux en 1956-1957,\u00a0est parfaitement inform\u00e9 des pratiques abominables de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, et en alerte m\u00eame\u00a0Guy Mollet (1905-1975), mais se montre solidaire du gouvernement et privil\u00e9gie sa carri\u00e8re. Pourtant, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, il y a encore des socialistes qui sauvent l\u2019honneur de leur parti. Des dignitaires comme \u00c9douard Depreux (1898-1981), ex-ministre de la IV<sup>e<\/sup>\u00a0R\u00e9publique, appuy\u00e9 par des cadres connus comme Daniel Mayer ou le vieux Marceau Pivert, mais aussi le jeune Pierre B\u00e9r\u00e9govoy qui, en protestation, d\u00e9missionnent de la SFIO, avant de fonder le Parti socialiste autonome (PSA), lequel fusionnera rapidement avec deux autres petites organisations pour donner naissance au PSU\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contraste,\u00a0la singularit\u00e9 de la p\u00e9riode que l\u2019on vient de vivre, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a eu personne, au sein de ce parti, pour s\u2019indigner de ce qu\u2019il est devenu. Sans doute existe-t-il encore quelques vieux militants ou responsables \u2013 on pense immanquablement \u00e0 Pierre Joxe\u00a0\u2013 qui ne s\u2019expriment plus gu\u00e8re sur le Parti socialiste ou qui ont pris leur distance, mais qui doivent \u00e9prouver une formidable amertume en observant le g\u00e2chis de cette histoire. Il faudra pourtant un jour dresser l\u2019inventaire pr\u00e9cis de cette p\u00e9riode \u2013 comme Lionel Jospin le souhaitait dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du mitterrandisme\u00a0\u2013 pour comprendre comment le Parti socialiste \u2013 parti \u00e0 l\u2019origine parlementaire et r\u00e9formiste\u00a0\u2013 a pu, dans son d\u00e9clin, engendrer son exact contraire\u00a0: un pouvoir conservateur et autoritaire, li\u00e9 aux puissances d\u2019argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce n\u00e9cessaire inventaire est un jour \u00e9tabli, sans doute fera-t-il appara\u00eetre que les choses se sont d\u00e9lit\u00e9es, petit \u00e0 petit. Pour reprendre la formule terrible de L\u00e9on Blum, le Parti socialiste a \u00e9t\u00e9 plong\u00e9 depuis trente ans dans <em>\u00ab\u00a0la cuve dissolvante\u00a0\u00bb<\/em> du capitalisme financiaris\u00e9. Et tout a \u00e9t\u00e9 corrod\u00e9, au point qu\u2019il ne surnage <em>\u00ab\u00a0plus que quelques d\u00e9bris intacts \u00e0 la surface\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela pourrait \u00eatre la meilleure d\u00e9finition du macronisme\u00a0: les derniers remugles d\u2019une histoire qui a connu des heures glorieuses mais qui est maintenant en train de se clore de la plus d\u00e9solante des fa\u00e7ons\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mediapart<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*********\u00a0\u00a0 **********<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Commentaire re\u00e7u<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Article int\u00e9ressant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais L\u00e9on Blum est bizarrement valoris\u00e9 alors qu\u2019il a le sang des R\u00e9publicains espagnols sur les mains. Il fait partie de la d\u00e9rive d\u00e9nonc\u00e9e. C\u2019est le r\u00f4le historique de la social-d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019oublions pas que le SPD allemand a utilis\u00e9 les corps-francs pour tirer sur la population d\u00e8s 1918\u2026 Cela explique historiquement la haine de classe contre la social-d\u00e9mocratie par les membres du KPD qui utilisaient le terme de social-fascisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est la maladie s\u00e9nile du socialisme<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7842","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7842","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7842"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7842\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7843,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7842\/revisions\/7843"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7842"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7842"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7842"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}