{"id":8129,"date":"2020-11-05T02:24:47","date_gmt":"2020-11-05T01:24:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=8129"},"modified":"2020-10-30T06:46:57","modified_gmt":"2020-10-30T05:46:57","slug":"covid-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2020\/11\/05\/covid-19\/","title":{"rendered":"Covid-19"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>Des syst\u00e8mes de soins \u00e0 bout de souffle au service de la finance mondiale <\/strong><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des d\u00e9cennies de privatisation et financiarisation des services de sant\u00e9 ont provoqu\u00e9 une catastrophe sanitaire dont le SRAS-CoV-2 n&rsquo;est que le r\u00e9v\u00e9lateur. France, USA, UK: d\u00e9c\u00e8s par milliers, soignants \u00e9puis\u00e9s, gestion calamiteuse. A quand un front commun des soignants et usagers pour exiger un syst\u00e8me public de sant\u00e9 r\u00e9organis\u00e9 en fonction, non des dividendes, mais des besoins de la population ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Extraits de l&rsquo;intervention d&rsquo;Annie Th\u00e9baud-Mony<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong>Lutte-t-on vraiment contre la pand\u00e9mie de COVID-19\u00a0? Des syst\u00e8mes de soins \u00e0 bout de souffle au service de la finance mondiale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui se souvient du slogan mobilisateur de l\u2019OMS, lanc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970\u00a0: <em>\u00ab\u00a0la sant\u00e9 pour tous en l\u2019an 2000\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>? Cet appel \u00e0 la strat\u00e9gie des Soins de Sant\u00e9 Primaires (Alma Ata) comportait trois dimensions\u00a0: l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 par un d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique susceptible de mettre chacun \u00e0 l\u2019abri des risques sanitaires\u00a0; l\u2019acc\u00e8s universel et gratuit aux soins de sant\u00e9\u00a0; la r\u00e9duction drastique des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, depuis quatre d\u00e9cennies, comme beaucoup d\u2019autres pays, le Royaume-Uni, la France et les \u00c9tats-Unis ont pris la direction oppos\u00e9e. Rejetant les demandes de syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique solides et de services publics universels et complets fond\u00e9s sur des soins de sant\u00e9 primaires gratuits g\u00e9r\u00e9s d\u00e9mocratiquement, ces pays ont poursuivi, \u00e0 des vitesses diff\u00e9rentes, la privatisation d&rsquo;abord, puis la commercialisation et enfin la financiarisation des services de sant\u00e9. Celle-ci tire parti des sources priv\u00e9es de capitaux et transforme les \u00e9changes de biens et services en instruments financiers au profit des actionnaires. Enracin\u00e9e dans une philosophie du n\u00e9olib\u00e9ralisme m\u00e9dical, la financiarisation a conduit au fiasco de la r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie COVID-19, qui ne cesse de creuser les in\u00e9galit\u00e9s de sant\u00e9 et d\u2019acc\u00e8s aux soins tant pour les malades atteints du COVID 19 que pour les autres. Sur fond de p\u00e9nurie en personnel et en moyens, la crise pr\u00e9-existante \u00e0 la pand\u00e9mie est aujourd\u2019hui exacerb\u00e9e privant la population de soins indispensables et mettant en danger les communaut\u00e9s dans leur ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Evolution des syst\u00e8mes de sant\u00e9 : Royaume-Uni, France et \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Royaume-Uni a cr\u00e9\u00e9 en 1948 le <em>National Health Service<\/em> (NHS), un syst\u00e8me de soins financ\u00e9 et administr\u00e9 par l&rsquo;\u00c9tat. Depuis, il a d\u00e9vi\u00e9 loin de sa trajectoire. Dans les ann\u00e9es 1980, Margaret Thatcher a jet\u00e9 les bases de la gestion du secteur priv\u00e9 et de la commercialisation du NHS. La sous-traitance a \u00e9t\u00e9 introduite en 1983, obligeant les autorit\u00e9s sanitaires \u00e0 mettre en place des appels d&rsquo;offres pour leurs services de nettoyage, de restauration et de blanchisserie &#8211; et certains services de protection sociale. La loi de 1990 sur le NHS et les soins communautaires pr\u00e9voyait que les h\u00f4pitaux du NHS et les services de sant\u00e9 communautaire seraient g\u00e9r\u00e9s comme des entreprises. La financiarisation est venue avec l&rsquo;introduction de l&rsquo;Initiative de Financement Priv\u00e9 (PFI) en 1992. Ainsi, au nom du gouvernement, un consortium de banquiers, de constructeurs et d&rsquo;op\u00e9rateurs de services l\u00e8ve des fonds en \u00e9change de contrats d\u2019une dur\u00e9e de 30 ans pour la conception et la construction d&rsquo;h\u00f4pitaux ainsi que l&rsquo;exploitation des installations. Chaque h\u00f4pital ainsi construit est responsable de la dette contract\u00e9e, au profit des consortiums PFI. En 2012, la loi sur la sant\u00e9 et la protection sociale a d\u00e9mantel\u00e9 le NHS et l&rsquo;a remplac\u00e9 par une nouvelle agence, <em>Public Health England<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me de sant\u00e9 fran\u00e7ais est construit sur la base d\u2019une assurance maladie nationale obligatoire qui, formellement, assure une couverture sant\u00e9 \u00e0 tous les r\u00e9sidents l\u00e9gaux. Il combine financement public, assurance-maladie et ressources priv\u00e9es, avec une mixit\u00e9 public-priv\u00e9 dans la fourniture de services de sant\u00e9. Le financement de l\u2019assurance-maladie repose sur les cotisations salariales pay\u00e9es solidairement par employeurs et salari\u00e9s. Or, depuis 30 ans les gouvernements successifs n\u2019ont cess\u00e9 de dispenser les employeurs du paiement de leurs cotisations (re-baptis\u00e9es \u00ab\u00a0charges sociales\u00a0\u00bb), produisant ainsi une dette ind\u00e9finiment augment\u00e9e. L\u2019exon\u00e9ration continue de cotisations a oblig\u00e9 l\u2019Etat et l\u2019assurance-maladie \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019emprunt priv\u00e9 pour assurer a minima les charges incompressibles de personnel, d\u2019\u00e9quipement et de fonctionnement, et surtout honorer le remboursement de la dette qui est celle des entreprises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la s\u00e9curit\u00e9 sociale dans son ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1990, le recours aux acteurs et instruments financiers a transform\u00e9 le syst\u00e8me, ceux-ci devenant les principaux pourvoyeurs de fonds pour le refinancement de la dette, les besoins \u00e0 court terme et les d\u00e9penses en capital ; ils ont \u00e9galement introduit un langage financier, des param\u00e8tres et des priorit\u00e9s pour permettre et soutenir les changements de financement. Avec la tarification \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019acte\u00a0\u00bb (T2A), l\u2019h\u00f4pital public a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en entreprise de service. Ces changements ont min\u00e9 la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me, qui faisait face en 2020 \u00e0 une dette estim\u00e9e \u00e0 \u20ac32 milliards, justifiant toutes les fermetures d\u2019\u00e9tablissement et r\u00e9ductions d\u2019effectifs. En juin 2019, avant m\u00eame que la pand\u00e9mie COVID-19 ne r\u00e9v\u00e8le de fa\u00e7on dramatique les p\u00e9nuries en personnel et en moyens mais aussi les grandes disparit\u00e9s sociales d\u2019acc\u00e8s aux soins, des gr\u00e9vistes dans plus de 50 h\u00f4pitaux \u00e0 travers tout le pays alertaient sur le caract\u00e8re critique de la situation, les coupes budg\u00e9taires conduisant le syst\u00e8me de sant\u00e9 au bord de l&rsquo;effondrement et mettant la vie des patients en danger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00c9tats-Unis ont rejet\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises la l\u00e9gislation \u00e9tablissant soit un service de sant\u00e9 national, soit une assurance maladie nationale, conservant \u00e0 leur place un m\u00e9lange d&rsquo;assureurs et de prestataires de soins de sant\u00e9 publics et priv\u00e9s, \u00e0 but lucratif et \u00ab \u00e0 but non lucratif \u00bb. La loi de 2010 sur les soins accessibles (<em>ACA<\/em> ou <em>Obamacare<\/em>) a cr\u00e9\u00e9 un syst\u00e8me commercialis\u00e9 bas\u00e9 sur une assurance maladie priv\u00e9e subventionn\u00e9e par le gouvernement. Les bourses d&rsquo;assurance maladie de l&rsquo;<em>ACA <\/em>ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des vagues successives de fusions sur le march\u00e9 de l&rsquo;assurance maladie, diminuant la concurrence entre les assureurs et augmentant les primes d&rsquo;assurance maladie, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;<em>ACA <\/em>supposait. Selon une r\u00e9cente \u00e9tude de la <em>Rand Corporation<\/em>, les assureurs priv\u00e9s ont pay\u00e9 en moyenne 247% plus cher les prestations hospitali\u00e8res que ce que <em>Medicare<\/em> aurait pay\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 l&rsquo;<em>ACA<\/em>, en 2019, 29,2 millions de citoyen.e.s am\u00e9ricain.e.s de moins de 65 ans n&rsquo;avaient pas d&rsquo;assurance maladie (soit 10,8% de la population). Les fusions dans le secteur des soins de sant\u00e9 ont suivi l&rsquo;abrogation en 1999 de la loi Glass-Steagall de 1933 qui stipulait qu\u2019aucune institution financi\u00e8re ou holding financier n\u2019a le droit de cumuler les activit\u00e9s de banque de d\u00e9p\u00f4t et de banque d\u2019affaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 mesure que les banques commerciales, les banques d&rsquo;investissement, les soci\u00e9t\u00e9s de placement et les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;assurance se sont consolid\u00e9, les soci\u00e9t\u00e9s de capital-investissement ont construit des empires m\u00e9dicaux dans tout le pays, entra\u00eenant des fermetures d&rsquo;h\u00f4pitaux et de fortes augmentations des prix, tandis que de tr\u00e8s nombreux malades restaient sans acc\u00e8s \u00e0 des soins m\u00e9dicaux indispensables, en particulier dans les communaut\u00e9s mal desservies<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La pand\u00e9mie COVID 19 \u00e0 l\u2019heure de la financiarisation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pand\u00e9mie qui frappe la plan\u00e8te enti\u00e8re, n\u2019est pas vraiment une surprise. Depuis des ann\u00e9es, de la part de tous ceux et celles, scientifiques et militant.e.s en lutte pour la vie, la sant\u00e9 et le respect des \u00e9cosyst\u00e8mes, des alertes sont lanc\u00e9es sur les cons\u00e9quences catastrophiques du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb \u00e9conomique \u00e0 la mode n\u00e9o-lib\u00e9rale, baptis\u00e9 \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb. L\u2019immense pillage des ressources naturelles des continents non occidentaux, la d\u00e9forestation, les trafics plus ou moins ill\u00e9gaux d\u2019animaux sauvages et autre pratiques pr\u00e9datrices, l\u2019extension d\u2019un mod\u00e8le agro-industriel destructeur de la biodiversit\u00e9 sur tous les continents sont reconnus, au moins depuis l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de SIDA des ann\u00e9es 1980, comme vecteurs de nouvelles menaces infectieuses (grippe H1N1, grippe H5N1, SRAS, mais aussi maladie de Lyme li\u00e9e \u00e0 la multiplication des tiques vecteurs d\u2019agents infectieux issus des rongeurs, etc\u2026). Nous sommes donc pr\u00e9venus depuis au moins 40 ans\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais chaque pand\u00e9mie a sa propre histoire, inscrite de fa\u00e7on diff\u00e9rente dans celle de chaque pays. Le contexte dans lequel elle survient peut permettre d\u2019en limiter l\u2019\u00e9tendue et les effets ou, au contraire, lui donner un boulevard pour une contamination extensive. C\u2019est ce dernier cas de figure qui s\u00e9vit aux Etats-Unis, en France et au Royaume Uni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;actuelle pand\u00e9mie COVID-19 met pleinement en \u00e9vidence la folie de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, une politique n\u00e9olib\u00e9rale centrale, qui a drastiquement r\u00e9duit les budgets de sant\u00e9 des gouvernements, et plus encore mis \u00e0 jour la r\u00e9alit\u00e9 suicidaire des cons\u00e9quences de la financiarisation des politiques publiques de sant\u00e9 transformant l\u2019offre de soins en objet de sp\u00e9culation boursi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La mort dans les EHPAD\u00a0: fruit de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie\u00a0COVID-19 ou du cynisme n\u00e9olib\u00e9ral\u00a0? <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les syst\u00e8mes de sant\u00e9 de ces trois pays ont en commun la privatisation croissante des \u00e9tablissements de soins aux personnes \u00e2g\u00e9es. Les politiques de d\u00e9r\u00e9glementation ont permis la transformation du service public pour les personnes \u00e2g\u00e9es en une entreprise \u00e0 but lucratif. Fortement privatis\u00e9 et financiaris\u00e9, le march\u00e9 mondial des soins de longue dur\u00e9e \u00e9tait de 85 milliards\u20ac en 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les restrictions de personnel et de moyens d\u2019\u00e9tablissements soumis \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif financier des dividendes \u00e0 verser aux actionnaires ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la catastrophe sanitaire v\u00e9cue dans ces maisons de retraite, dans lesquelles un nombre disproportionn\u00e9 de d\u00e9c\u00e8s par COVID-19 est survenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 20 octobre 2020, les \u00c9tats-Unis sont en t\u00eate du monde avec 8 212 981 cas confirm\u00e9s de COVID-19 et 220 119 d\u00e9c\u00e8s (environ 67 d\u00e9c\u00e8s pour 100 000 habitants) ; en France, 952 500 cas et 33 647 d\u00e9c\u00e8s (50 pour 100 000) ; et au Royaume-Uni, 744 122 cas et 43 816 d\u00e9c\u00e8s (66 pour 100 000) (donn\u00e9es de l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins). Bien qu&rsquo;il soit difficile de trouver des chiffres pr\u00e9cis, les r\u00e9sidents et soignants des maisons de retraite pourraient repr\u00e9senter 50% des d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s au coronavirus dans chacun des trois pays. Le financement de ces \u00e9tablissements pour personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes permet de mieux comprendre ce qui se passe que les affirmations selon lesquelles cette surmortalit\u00e9 serait due \u00e0 la vieillesse et aux probl\u00e8mes de sant\u00e9 pr\u00e9-existants. Dans ce secteur,\u00a0 le Royaume-Uni vient en t\u00eate de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui fournit 84% des lits. Aux \u00c9tats-Unis, 70% des \u00e9tablissements dits \u00ab\u00a0de soins infirmiers certifi\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e9taient \u00e0 but lucratif. En France, 30% des EHPAD (\u00c9tablissement d&rsquo;h\u00e9bergement pour personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes), le type de soins r\u00e9sidentiels le plus courant pour les seniors, rel\u00e8vent du secteur priv\u00e9 \u00e0 but lucratif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant le nombre \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9c\u00e8s dus au coronavirus dans ces maisons, trois facteurs sont d\u00e9terminants : le fonctionnement \u00e0 but lucratif, l&rsquo;incapacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 faire appliquer les r\u00e9glementations, et une mauvaise gestion. Les liens entre la financiarisation et la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 des services sont connus. Pour obtenir de faibles co\u00fbts et des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9lev\u00e9s, les \u00e9tablissements \u00e0 but lucratif manquent de personnel, sous-r\u00e9mun\u00e8rent leurs travailleurs et fournissent des soins de mauvaise qualit\u00e9. Depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie, les r\u00e9gulateurs n&rsquo;ont pas appliqu\u00e9 les normes de contr\u00f4le de la pr\u00e9vention et des soins face aux infections. Les responsables ne fournissent pas une formation ou une protection ad\u00e9quate au personnel et aux patients. Ces carences sont pr\u00e9sentes dans les trois pays, telles qu\u2019illustr\u00e9es ci-dessous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un fonctionnement \u00e0 but lucratif<\/em> : \u00e0 partir de 1990, le Royaume-Uni a exig\u00e9 des conseils locaux qu&rsquo;ils consacrent 85% de leur financement \u00e0 l&rsquo;achat de services de soins aupr\u00e8s de prestataires priv\u00e9s. Dans le m\u00eame temps, le gouvernement a choisi de cibler le secteur des soins pour les politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, laissant les prestataires de service sans leur principale source de financement face \u00e0 l&rsquo;effondrement financier. Le capital-investissement est entr\u00e9 dans la br\u00e8che, et les maisons de retraite ont commenc\u00e9 \u00e0 emprunter massivement, \u00e0 utiliser des structures d&rsquo;entreprise complexes et des mesures de r\u00e9duction des co\u00fbts telles que l&rsquo;\u00e9vasion fiscale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mod\u00e8le \u00e9conomique prot\u00e8ge de la responsabilit\u00e9 du remboursement de la dette les \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s en participation\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s un succ\u00e8s initial, ces choix ont laiss\u00e9 les \u00e9tablissements instables et sujets \u00e0 des turbulences financi\u00e8res \u00e0 long terme. Lorsqu&rsquo;une entreprise fait faillite, elle met les gens en danger. En 2011, <em>Southern Cross<\/em>, un important fournisseur national de maisons de retraite qui d\u00e9tenait 9% du march\u00e9 national et 30% de toutes les places dans le nord-est de l\u2019Angleterre, a fait faillite, laissant les conseils locaux sous-financ\u00e9s alors que 37 000 personnes devraient \u00eatre accueillies dans les \u00e9tablissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9chec de la r\u00e9glementation gouvernementale<\/em> : le gouvernement am\u00e9ricain supervise la plupart des maisons de retraite, qui comptent environ 2,5 millions de r\u00e9sidents \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale, car <em>Medicaid<\/em> finance environ 60% des soins de longue dur\u00e9e. Lorsque l&rsquo;administration Trump est entr\u00e9e en fonction en janvier 2017, toute avanc\u00e9e concernant de nouvelles r\u00e9glementations f\u00e9d\u00e9rales a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e, y compris celles qui auraient oblig\u00e9 le secteur de la sant\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 une pand\u00e9mie de maladies infectieuses a\u00e9roport\u00e9es comme le COVID-19. Il n&rsquo;existe toujours pas de r\u00e9glementation f\u00e9d\u00e9rale sp\u00e9cifique pour prot\u00e9ger les travailleurs de la sant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le secteur des \u00ab\u00a0maisons de soins infirmiers\u00a0\u00bb est une cible du programme de d\u00e9r\u00e9glementation agressif de l&rsquo;administration Trump, alors m\u00eame que ce secteur conna\u00eet une r\u00e9glementation r\u00e9duite, des inspections peu fr\u00e9quentes, des amendes plus faibles en cas d\u2019infraction, tout en subissant une diminution des d\u00e9penses r\u00e9glementaires. Dans le m\u00eame temps, l&rsquo;industrie des maisons de retraite d\u00e9ploie une batterie de lobbyistes, dont beaucoup ont des liens \u00e9troits avec l&rsquo;administration Trump, dans sa qu\u00eate d&rsquo;all\u00e9gements fiscaux, d&rsquo;infusion de liquidit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales et de protection contre les poursuites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en mai 2020 que le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a commenc\u00e9 \u00e0 suivre les contaminations et les d\u00e9c\u00e8s au COVID-19 dans les \u00ab\u00a0maisons de soins infirmiers\u00a0\u00bb. Chacune des cinq plus grandes entreprises \u00e0 but lucratif &#8211; <em>Genesis HealthCare, Life Care Centers of America, Ensign Group, SavaSeniorCare<\/em> et <em>Consulate Health Care<\/em> &#8211; qui exploitent plus de 850 \u00e9tablissements dans 40 \u00c9tats, a vu se multiplier les cas de coronavirus dans leurs \u00e9tablissements. <em>Genesis HealthCare<\/em>, le plus grand exploitant de maisons de soins infirmiers du pays, a signal\u00e9 plus de 1 500 d\u00e9c\u00e8s dans 187 \u00e9tablissements. En mai 2020, <em>Genesis <\/em>a re\u00e7u \u20ac256 millions de subventions et de pr\u00eats du gouvernement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le facteur le plus critique pour la qualit\u00e9 des soins aux r\u00e9sidents est la dotation en personnel. Les travailleurs, en nombre insuffisant, se plaignent aussi du fait que <em>Genesis<\/em> fournit des soins infirmiers en mode d\u00e9grad\u00e9 par rapport aux normes en vigueur. Les \u00ab\u00a0maisons de soins infirmiers\u00a0\u00bb \u00e0 capitaux priv\u00e9s pr\u00e9sentent un taux disproportionn\u00e9 de cas de COVID-19 et de d\u00e9c\u00e8s parmi le personnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mauvaise gestion<\/em> : En France, <em>\u00ab la n\u00e9gligence du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire a pris une tournure tragique dans ces \u00e9tablissements \u00bb<\/em>, \u00e9crit Philippe Baqu\u00e9 \u00e0 propos des d\u00e9c\u00e8s par coronavirus dans les EHPADs. Ceux-ci sont depuis longtemps confront\u00e9s \u00e0 un manque de ressources ; dans la crise actuelle, la p\u00e9nurie de tests et d&rsquo;\u00e9quipements de protection individuelle et le refus d&rsquo;acc\u00e8s des patients \u00e0 un traitement sp\u00e9cialis\u00e9 ont fait grimper les taux de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement fran\u00e7ais a sous-estim\u00e9 la gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie et a pris tr\u00e8s tardivement en compte la propagation rapide du virus dans les maisons de retraite. En outre, les EHPAD ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme ne relevant pas de la cat\u00e9gorie des structures de soins, donc non prioritaires dans l\u2019attribution d\u2019\u00e9quipements de protection. Dans ces lieux ferm\u00e9s, l\u2019absence totale de tests, de masques, de blouses, a eu des cons\u00e9quences effroyables d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie\u00a0: soignant.e.s et r\u00e9sident.e.s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9.e.s par le COVID19, ou, pour ces derniers, par l\u2019absence de soins dans le cas d\u2019autres pathologies non soign\u00e9es pendant la premi\u00e8re p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique. La seconde vague en cours fait monter l\u2019inqui\u00e9tude puisqu\u2019en dehors des \u00ab\u00a0gestes barri\u00e8res\u00a0\u00bb, aucune mesure structurelle n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise pour rem\u00e9dier au manque criant d\u2019effectifs et de moyens dans ces \u00e9tablissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les plus grands groupes priv\u00e9s g\u00e9rant des EHPAD en France sont <em>Korian<\/em> (environ 25 000 lits), <em>Orpea<\/em> (20 000 lits) et <em>DomusVi <\/em>(17 000 lits). <em>Korian <\/em>est le leader et parmi les plus rentables : au premier semestre 2020, son chiffre d&rsquo;affaires a augment\u00e9 de 6,2% (\u20ac1,88 millions), son portefeuille immobilier est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 plus de \u20ac2,3 milliards. Les informations faisant \u00e9tat de graves carences dans les maisons de retraite Korian ont fait la une des journaux fran\u00e7ais au plus fort de la pand\u00e9mie en avril. <em>Korian <\/em>a refus\u00e9 de reconna\u00eetre l&rsquo;existence de cas de COVID-19 \u00e0 Clamart.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la suite\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/annie-thebaud-mony\/blog\/221020\/covid-19-des-systemes-de-soins-bout-de-souffle-au-service-de-la-finance-mondiale\">https:\/\/blogs.mediapart.fr\/annie-thebaud-mony\/blog\/221020\/covid-19-des-systemes-de-soins-bout-de-souffle-au-service-de-la-finance-mondiale<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des syst\u00e8mes de soins \u00e0 bout de souffle au service de la finance mondiale<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8129"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8130,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8129\/revisions\/8130"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}