{"id":8597,"date":"2021-01-19T02:00:48","date_gmt":"2021-01-19T01:00:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=8597"},"modified":"2021-01-15T17:10:30","modified_gmt":"2021-01-15T16:10:30","slug":"desormais-on-se-leve-et-on-se-barre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2021\/01\/19\/desormais-on-se-leve-et-on-se-barre\/","title":{"rendered":"D\u00e9sormais on se l\u00e8ve et on se barre"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>Un texte de Virginie Despentes \u00e9crit en mars\u00a0; apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sar qui a vu le triomphe de Polanski et le d\u00e9part tr\u00e8s majestueux d\u2019Ad\u00e8le Haenel signifiant qu\u2019elle en a marre de cette mascarade voulue par les puissants.<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-8592 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Lundiam-04-300x266.jpg\" alt=\"\" width=\"475\" height=\"421\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Lundiam-04-300x266.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Lundiam-04.jpg 536w\" sizes=\"auto, (max-width: 475px) 100vw, 475px\" \/><br \/>\n<\/strong><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Ce texte date mais il est encore d\u2019actualit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">**********\u00a0 *****<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais commencer comme \u00e7a : soyez rassur\u00e9s, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : \u00e7a fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous conna\u00eetre, on a beau l\u2019avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, \u00e7a fait toujours aussi mal. Tout ce week-end \u00e0 vous \u00e9couter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu\u2019on vous oblige \u00e0 passer vos lois \u00e0 coups de 49.3 et qu\u2019on ne vous laisse pas c\u00e9l\u00e9brer Polanski tranquilles et que \u00e7a vous g\u00e2che la f\u00eate mais derri\u00e8re vos j\u00e9r\u00e9miades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous \u00eates les vrais patrons, les gros ca\u00efds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. O\u00f9 serait le fun d\u2019appartenir au clan des puissants s\u2019il fallait tenir compte du consentement des domin\u00e9s ? Et je ne suis certainement pas la seule \u00e0 avoir envie de chialer de rage et d\u2019impuissance depuis votre belle d\u00e9monstration de force, certainement pas la seule \u00e0 me sentir salie par le spectacle de votre orgie d\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a rien de surprenant \u00e0 ce que l\u2019acad\u00e9mie des c\u00e9sars \u00e9lise Roman Polanski meilleur r\u00e9alisateur de l\u2019ann\u00e9e 2020. C\u2019est grotesque, c\u2019est insultant, c\u2019est ignoble, mais ce n\u2019est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions \u00e0 un mec pour faire un t\u00e9l\u00e9film, le message est dans le budget. Si la lutte contre la mont\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme int\u00e9ressait le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, \u00e7a se verrait. Par contre, la voix des opprim\u00e9s qui prennent en charge le r\u00e9cit de leur calvaire, on a compris que \u00e7a vous so\u00fblait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la probl\u00e9matique d\u2019un cin\u00e9aste chahut\u00e9 par une centaine de f\u00e9ministes devant trois salles de cin\u00e9ma et Dreyfus, victime de l\u2019antis\u00e9mitisme fran\u00e7ais de la fin du si\u00e8cle dernier, vous avez saut\u00e9 sur l\u2019occasion. Vingt-cinq millions pour ce parall\u00e8le. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les cr\u00e9dits d\u2019imp\u00f4ts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI\u2026 la main \u00e0 la poche, et g\u00e9n\u00e9reux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous d\u00e9fendez l\u2019un des v\u00f4tres. Les plus puissants entendent d\u00e9fendre leurs pr\u00e9rogatives : \u00e7a fait partie de votre \u00e9l\u00e9gance, le viol est m\u00eame ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les m\u00e9dias vous appartiennent. Et c\u2019est exactement \u00e0 cela que \u00e7a sert, la puissance de vos grosses fortunes : avoir le contr\u00f4le des corps d\u00e9clar\u00e9s subalternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l\u2019histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu\u2019on leur doit s\u2019\u00e9tendra d\u00e9sormais jusqu\u2019\u00e0 leurs bites tach\u00e9es du sang et de la merde des enfants qu\u2019ils violent. Que \u00e7a soit \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale ou dans la culture &#8211; marre de se cacher, de simuler la g\u00eane. Vous exigez le respect entier et constant. \u00c7a vaut pour le viol, \u00e7a vaut pour les exactions de votre police, \u00e7a vaut pour les c\u00e9sars, \u00e7a vaut pour votre r\u00e9forme des retraites. C\u2019est votre politique : exiger le silence des victimes. \u00c7a fait partie du territoire, et s\u2019il faut nous transmettre le message par la terreur vous ne voyez pas o\u00f9 est le probl\u00e8me. Votre jouissance morbide, avant tout. Et vous ne tol\u00e9rez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n\u2019y a rien de surprenant \u00e0 ce que vous ayez couronn\u00e9 Polanski : c\u2019est toujours l\u2019argent qu\u2019on c\u00e9l\u00e8bre, dans ces c\u00e9r\u00e9monies, le cin\u00e9ma on s\u2019en fout. Le public on s\u2019en fout. C\u2019est votre propre puissance de frappe mon\u00e9taire que vous venez aduler. C\u2019est le gros budget que vous lui avez octroy\u00e9 en signe de soutien que vous saluez &#8211; \u00e0 travers lui c\u2019est votre puissance qu\u2019on doit respecter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait inutile et d\u00e9plac\u00e9, dans un commentaire sur cette c\u00e9r\u00e9monie, de s\u00e9parer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune diff\u00e9rence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d\u2019\u00eatre exclusivement le domaine des hommes, puisque le message de fond est : rien ne doit changer. Les choses sont tr\u00e8s bien telles qu\u2019elles sont. Quand Foresti se permet de quitter la f\u00eate et de se d\u00e9clarer \u00ab\u00e9c\u0153ur\u00e9e\u00bb, elle ne le fait pas en tant que meuf &#8211; elle le fait en tant qu\u2019individu qui prend le risque de se mettre la profession \u00e0 dos. Elle le fait en tant qu\u2019individu qui n\u2019est pas enti\u00e8rement assujetti \u00e0 l\u2019industrie cin\u00e9matographique, parce qu\u2019elle sait que votre pouvoir n\u2019ira pas jusqu\u2019\u00e0 vider ses salles. Elle est la seule \u00e0 oser faire une blague sur l\u2019\u00e9l\u00e9phant au milieu de la pi\u00e8ce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur Ad\u00e8le Haenel. On d\u00eene tous ensemble, dans ce milieu, on conna\u00eet les mots d\u2019ordre : \u00e7a fait des mois que vous vous agacez de ce qu\u2019une partie du public se fasse entendre et \u00e7a fait des mois que vous souffrez de ce qu\u2019Ad\u00e8le Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d\u2019enfant actrice, de son point de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors tous les corps assis ce soir-l\u00e0 dans la salle sont convoqu\u00e9s dans un seul but : v\u00e9rifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne les aime pas malgr\u00e9 le viol et parce qu\u2019ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu\u2019ils sont des violeurs. On les aime pour \u00e7a. Pour le courage qu\u2019ils ont de r\u00e9clamer la morbidit\u00e9 de leur plaisir, leur pulsion d\u00e9bile et syst\u00e9matique de destruction de l\u2019autre, de destruction de tout ce qu\u2019ils touchent en v\u00e9rit\u00e9. Votre plaisir r\u00e9side dans la pr\u00e9dation, c\u2019est votre seule compr\u00e9hension du style. Vous savez tr\u00e8s bien ce que vous faites quand vous d\u00e9fendez Polanski : vous exigez qu\u2019on vous admire jusque dans votre d\u00e9linquance. C\u2019est cette exigence qui fait que lors de la c\u00e9r\u00e9monie tous les corps sont soumis \u00e0 une m\u00eame loi du silence. On accuse le politiquement correct et les r\u00e9seaux sociaux, comme si cette omerta datait d\u2019hier et que c\u2019\u00e9tait la faute des f\u00e9ministes mais \u00e7a fait des d\u00e9cennies que \u00e7a se goupille comme \u00e7a : pendant les c\u00e9r\u00e9monies de cin\u00e9ma fran\u00e7ais, on ne blague jamais avec la susceptibilit\u00e9 des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d\u2019enfant c\u2019\u00e9tait l\u2019homme de m\u00e9nage alors l\u00e0 pas de quartier : police, prison, d\u00e9clarations tonitruantes, d\u00e9fense de la victime et condamnation g\u00e9n\u00e9rale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarit\u00e9. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les castings ni pendant les pr\u00e9pas ni sur les tournages ni pendant les promos. \u00c7a se raconte, \u00e7a se sait. Tout le monde sait. C\u2019est toujours la loi du silence qui pr\u00e9vaut. C\u2019est au respect de cette consigne qu\u2019on s\u00e9lectionne les employ\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et bien qu\u2019on sache tout \u00e7a depuis des ann\u00e9es, la v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est qu\u2019on est toujours surpris par l\u2019outrecuidance du pouvoir. C\u2019est \u00e7a qui est beau, finalement, c\u2019est que \u00e7a marche \u00e0 tous les coups, vos salet\u00e9s. \u00c7a reste humiliant de voir les participants se succ\u00e9der au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s\u2019identifie forc\u00e9ment &#8211; pas seulement moi qui fais partie de ce s\u00e9rail mais n\u2019importe qui regardant la c\u00e9r\u00e9monie, on s\u2019identifie et on est humili\u00e9 par procuration. Tant de silence, tant de soumission, tant d\u2019empressement dans la servitude. On se reconna\u00eet. On a envie de crever. Parce qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019exercice, on sait qu\u2019on est tous les employ\u00e9s de ce grand merdier. On est humili\u00e9 par procuration quand on les regarde se taire alors qu\u2019ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne re\u00e7oit aucun des grands prix de la fin, c\u2019est uniquement parce qu\u2019Ad\u00e8le Haenel a parl\u00e9 et qu\u2019il s\u2019agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu\u2019elles feraient bien de r\u00e9fl\u00e9chir avant de rompre la loi du silence. Humili\u00e9 par procuration que vous ayez os\u00e9 convoquer deux r\u00e9alisatrices qui n\u2019ont jamais re\u00e7u et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure r\u00e9alisation pour remettre le prix \u00e0 Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n\u2019avez d\u00e9cid\u00e9ment honte de rien. Vingt-cinq millions, c\u2019est-\u00e0-dire plus de quatorze fois le budget des Mis\u00e9rables, et le mec n\u2019est m\u00eame pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l\u2019ann\u00e9e. Et vous le r\u00e9compensez. Et vous savez tr\u00e8s bien ce que vous faites &#8211; que l\u2019humiliation subie par toute une partie du public qui a tr\u00e8s bien compris le message s\u2019\u00e9tendra jusqu\u2019au prix d\u2019apr\u00e8s, celui des Mis\u00e9rables, quand vous convoquez sur la sc\u00e8ne les corps les plus vuln\u00e9rables de la salle, ceux dont on sait qu\u2019ils risquent leur peau au moindre contr\u00f4le de police, et que si \u00e7a manque de meufs parmi eux, on voit bien que \u00e7a ne manque pas d\u2019intelligence et on sait qu\u2019ils savent \u00e0 quel point le lien est direct entre l\u2019impunit\u00e9 du violeur c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ce soir-l\u00e0 et la situation du quartier o\u00f9 ils vivent. Les r\u00e9alisatrices qui d\u00e9cernent le prix de votre impunit\u00e9, les r\u00e9alisateurs dont le prix est tach\u00e9 par votre ignominie &#8211; m\u00eame combat. Les uns les autres savent qu\u2019en tant qu\u2019employ\u00e9s de l\u2019industrie du cin\u00e9ma, s\u2019ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. M\u00eame pas une blague, m\u00eame pas une vanne. \u00c7a, c\u2019est le spectacle des c\u00e9sars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de gr\u00e8ve pour protester contre une r\u00e9forme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C\u2019est le m\u00eame message venu des m\u00eames milieux adress\u00e9 au m\u00eame peuple : \u00abTa gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j\u2019ai toute la thune, parce que c\u2019est moi le boss.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors quand Ad\u00e8le Haenel s\u2019est lev\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le sacril\u00e8ge en marche. Une employ\u00e9e r\u00e9cidiviste, qui ne se force pas \u00e0 sourire quand on l\u2019\u00e9clabousse en public, qui ne se force pas \u00e0 applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Ad\u00e8le se l\u00e8ve comme elle s\u2019est d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9e pour dire voil\u00e0 comment je la vois votre histoire du r\u00e9alisateur et son actrice adolescente, voil\u00e0 comment je l\u2019ai v\u00e9cue, voil\u00e0 comment je la porte, voil\u00e0 comment \u00e7a me colle \u00e0 la peau. Parce que vous pouvez nous la d\u00e9cliner sur tous les tons, votre imb\u00e9cillit\u00e9 de s\u00e9paration entre l\u2019homme et l\u2019artiste &#8211; toutes les victimes de viol d\u2019artistes savent qu\u2019il n\u2019y a pas de division miraculeuse entre le corps viol\u00e9 et le corps cr\u00e9ateur. On trimballe ce qu\u2019on est et c\u2019est tout. Venez m\u2019expliquer comment je devrais m\u2019y prendre pour laisser la fille viol\u00e9e devant la porte de mon bureau avant de me mettre \u00e0 \u00e9crire, bande de bouffons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ad\u00e8le se l\u00e8ve et elle se casse. Ce soir du 28 f\u00e9vrier on n\u2019a pas appris grand-chose qu\u2019on ignorait sur la belle industrie du cin\u00e9ma fran\u00e7ais par contre on a appris comment \u00e7a se porte, la robe de soir\u00e9e. A la guerri\u00e8re. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait d\u00e9molir le b\u00e2timent entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de col\u00e8re et les \u00e9paules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de c\u00e9r\u00e9monie &#8211; Ad\u00e8le Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu\u2019elle vous applaudit et d\u00e9sormais on sait comment \u00e7a marche, quelqu\u2019un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80 % de ma biblioth\u00e8que f\u00e9ministe pour cette image-l\u00e0. Cette le\u00e7on-l\u00e0. Ad\u00e8le je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon t\u00e9l\u00e9phone pour cette sortie-l\u00e0. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humili\u00e9es, oui on n\u2019a qu\u2019\u00e0 fermer nos gueules et manger vos coups, vous \u00eates les boss, vous avez le pouvoir et l\u2019arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n\u2019aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. C\u00e9l\u00e9brez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, d\u00e9foncez tout ce qui vous passe sous la main. On se l\u00e8ve et on se casse. C\u2019est probablement une image annonciatrice des jours \u00e0 venir. La diff\u00e9rence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre domin\u00e9s et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs d\u00e9cisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C\u2019est la seule r\u00e9ponse possible \u00e0 vos politiques. Quand \u00e7a ne va pas, quand \u00e7a va trop loin ; on se l\u00e8ve on se casse et on gueule et on vous insulte et m\u00eame si on est ceux d\u2019en bas, m\u00eame si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous m\u00e9prise on vous d\u00e9gueule. Nous n\u2019avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilit\u00e9. Votre monde est d\u00e9gueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous \u00eates une bande d\u2019imb\u00e9ciles funestes. Le monde que vous avez cr\u00e9\u00e9 pour r\u00e9gner dessus comme des minables est irrespirable. On se l\u00e8ve et on se casse. C\u2019est termin\u00e9. On se l\u00e8ve. On se casse. On gueule. On vous emmerde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Virginie Despentes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de Virginie Despentes \u00e9crit en mars\u00a0; apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sar qui a vu le triomphe de Polanski et le d\u00e9part tr\u00e8s majestueux d\u2019Ad\u00e8le Haenel signifiant qu\u2019elle en a marre de cette mascarade&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8597","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8597"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8597\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8598,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8597\/revisions\/8598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}