{"id":8712,"date":"2021-02-06T02:15:13","date_gmt":"2021-02-06T01:15:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=8712"},"modified":"2021-02-05T06:42:57","modified_gmt":"2021-02-05T05:42:57","slug":"socio-psychanalyse-dune-crise-sanitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2021\/02\/06\/socio-psychanalyse-dune-crise-sanitaire\/","title":{"rendered":"Socio-psychanalyse d\u2019une crise sanitaire"},"content":{"rendered":"<h2><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-8694 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Rassemblement-210206-300x144.jpg\" alt=\"\" width=\"609\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Rassemblement-210206-300x144.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Rassemblement-210206.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px\" \/><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>Cela fait pr\u00e8s d\u2019un an que le monde est contamin\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par un virus, mais aussi par la peur. L\u2019ambition de ce texte ne sera pas de contester la morbidit\u00e9 du nouvel agent pathog\u00e8ne. Il partagera une pr\u00e9occupation qui anime son auteur avec toujours plus de poids \u00e0 mesure que l\u2019on avance dans l\u2019ombre du malaise civilisationnel en cours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que notre inqui\u00e9tude s\u2019oriente moins vers la dramatique situation que conna\u00eet actuellement le secteur hospitalier (bien que nous inviterons le lecteur \u00e0 examiner avec nous un facteur silencieux, mais potentiellement responsable de la quasi-saturation des h\u00f4pitaux) que vers la gestion globale de la crise sanitaire par le monde politique et technoscientifique et de ce que celle-ci peut nous enseigner sur la situation pathologique des soci\u00e9t\u00e9s du progr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de continuer \u00e0 cultiver la pens\u00e9e dans un environnement qui convie les individus \u00e0 n\u00e9gliger cette inestimable facult\u00e9 de l\u2019\u00eatre, nous proposerons au lecteur une tentative d\u2019analyse socio-psychanalytique des derniers \u00e9v\u00e8nements. C\u2019est \u00e0 ce titre que nous tenterons d\u2019illustrer, dans un premier temps, la diff\u00e9rence rep\u00e9r\u00e9e par la psychanalyse entre le <em>normal <\/em>et le <em>pathologique<\/em>. Cet \u00e9claircissement nous permettra, par la suite, de questionner la condition actuelle d\u2019une civilisation toujours plus virtuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le psychanalyste Sigmund Freud adopta, d\u00e8s le d\u00e9but de ses recherches, une ing\u00e9nieuse m\u00e9taphore pour rendre compte de la diff\u00e9rence \u2212 quantitative et non pas exclusivement qualitative \u2212 qu\u2019il avait d\u00e9cel\u00e9e entre une personnalit\u00e9 dite \u00ab saine \u00bb et la dimension psycho-pathologique de l\u2019existence : cette derni\u00e8re agirait, selon notre penseur, comme une loupe grossissant des processus psychiques \u00ab normaux \u00bb, ce qui signifie que le <em>normal <\/em>et le <em>pathologique <\/em>appartiennent \u00e0 un m\u00eame continuum. Un \u00e9branlement de l\u2019\u00e2me tel que la psychose, avec son floril\u00e8ge de d\u00e9lires et d\u2019hallucinations v\u00e9cus par le sujet, pourrait de la sorte \u00eatre per\u00e7u comme une amplification de ph\u00e9nom\u00e8nes observables chez tout individu dit \u00ab sain \u00bb (les r\u00eaves sont des exemples particuli\u00e8rement \u00e9loquents de d\u00e9lires passagers). Nous souhaiterions emprunter cette m\u00e9taphore de la loupe grossissante que Freud nous a l\u00e9gu\u00e9e afin d\u2019analyser certaines particularit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 qui enflent depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie. En effet, l\u2019arriv\u00e9e du nouveau coronavirus semble r\u00e9v\u00e9ler, avec encore plus de clart\u00e9 qu\u2019auparavant, des processus qui s\u2019agitaient depuis quelque temps d\u00e9j\u00e0 en son sein.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que le lecteur veuille bien dor\u00e9navant orienter son attention sur quelques caract\u00e9ristiques \u00ab psychiques \u00bb du capitalisme que nous croyons avoir rep\u00e9r\u00e9es. Nous tenterons, dans le m\u00eame mouvement, de montrer de quelle mani\u00e8re les propri\u00e9t\u00e9s essentiellement morbides de ce syst\u00e8me se sont exacerb\u00e9es depuis le d\u00e9but de la crise sanitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019analyse que nous faisons du capitalisme nous indique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une doctrine qui fonde sa logique sur la mise en acte d\u2019un fantasme d\u2019accumulation illimit\u00e9e de richesses par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une (pseudo-)ma\u00eetrise (pseudo-)rationnelle des hommes sur l\u2019environnement qui les entoure et des hommes sur eux-m\u00eames. Cette inclination \u00e0 ma\u00eetriser les ressources terrestres s\u2019\u00e9taye sur un principe crucial : la r\u00e9ification des substances naturelles et humaines, c\u2019est-\u00e0-dire la transformation du vivant en choses susceptibles de servir le processus d\u2019accumulation sans fin. Le capitalisme est un syst\u00e8me fa\u00e7onn\u00e9 par les hommes, il ne peut donc trouver ses fondements qu\u2019au sein de leurs psych\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire sur les reliques d\u2019un fantasme de toute-puissance \u2212 infantile \u2212 perceptible dans le progr\u00e8s sans borne auquel ils aspirent, ainsi que sur le d\u00e9ni \u2212 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u2212 n\u00e9cessaire \u00e0 la chosification du vivant. La force de travail (manuelle et intellectuelle) des individus qui le composent est ainsi r\u00e9duite en marchandises \u00e9changeables sur le march\u00e9 de la consommation et de la production. Mais les marchandises ne sont pas simplement vou\u00e9es \u00e0 \u00eatre consomm\u00e9es. Elles devront \u00eatre ingurgit\u00e9es en grand nombre, en tout lieu et en tout temps (autrement dit d\u00e8s que le sujet en formule le souhait) afin de maximiser l\u2019expansion des profits. La potentielle multiplication illimit\u00e9e de ceux-ci repose par cons\u00e9quent sur la facult\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 souscrire \u00e0 la jouissance, c\u2019est-\u00e0-dire sur son aptitude \u00e0 s\u2019abandonner \u00e0 un \u00e9lan qui cherche \u00e0 satisfaire d\u2019une mani\u00e8re imm\u00e9diate la pulsion, comme s\u2019il \u00e9tait non seulement possible, mais aussi souhaitable de combler d\u2019une mani\u00e8re absolue le manque, support d\u2019un d\u00e9sir qui, lui, repose sur l\u2019attente. La jouissance en tout temps et en tout lieu des marchandises repr\u00e9sente selon nous une compulsion de r\u00e9p\u00e9tition attis\u00e9e par la pulsion de mort, dont le but inconscient est d\u2019atteindre le Nirvana par la suppression de la tension interne per\u00e7ue comme d\u00e9sagr\u00e9able par l\u2019organisme. Il s\u2019agit d\u2019un processus qui vise l\u2019extinction du d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe derri\u00e8re cette agitation collective une vaste conspiration, mais pas comme le lecteur pourrait entendre le terme dans le langage courant (rappelons \u00e0 ce titre que le mot <em>conspiration <\/em>vient du latin <em>con spirare <\/em>: <em>respirer avec, \u00eatre anim\u00e9 du m\u00eame esprit<\/em>). Tout individu, qu\u2019il soit salari\u00e9, patron d\u2019entreprise ou pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, trouve dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une jouissance maximale un \u00e9cho au plus profond de lui-m\u00eame. Tous aspirent, dans un m\u00eame esprit, \u00e0 s\u2019octroyer un confort complet. L\u2019\u00eatre qui se d\u00e9veloppera dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste sera convi\u00e9 \u00e0 refuser les limites de l\u2019impossible et \u00e0 acter les v\u0153ux de toute-puissance infantile par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un acc\u00e8s sans borne \u00e0 la jouissance. Pour ce faire, il sera implicitement encourag\u00e9 \u00e0 instrumentaliser les relations afin de les rentabiliser. Bref, l\u2019adulte social sera invit\u00e9 \u00e0 se maintenir en enfance psychique afin de garder intacte l\u2019illusion d\u2019omnipotence autrefois \u00ab fantasm\u00e9e \u00bb. En p\u00e9rennisant de cette fa\u00e7on la p\u00e9riode infantile de l\u2019\u00eatre, la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne favorise aucunement l\u2019advenue d\u2019un individu pensant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gestion de la crise sanitaire nous montre avec une finesse sans pr\u00e9c\u00e9dent ce m\u00e9canisme de r\u00e9ification des \u00e2mes humaines. Citons, en guise d\u2019exemple, le terme \u00ab <em>cas Covid <\/em>\u00bb employ\u00e9 pour rendre compte des personnes contamin\u00e9es par le virus. Ce vocable est non seulement trompeur (en effet, un \u00ab <em>cas <\/em>\u00bb n\u2019est pas forc\u00e9ment une personne symptomatique ou malade comme le mot le laisse sugg\u00e9rer), mais est redoutablement r\u00e9ducteur. Voici l\u2019individu singulier noy\u00e9 derri\u00e8re les bilans chiffr\u00e9s. Nous proposons la m\u00eame sentence critique pour les autres \u00ab <em>outils de mesure <\/em>\u00bb qui ont pour vocation \u00e0 r\u00e9pertorier le nombre de personnes hospitalis\u00e9es en soins intensifs, ou encore ceux qui comptabilisent le nombre de personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. Tels qu\u2019ils sont instrumentalis\u00e9s depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie, ces outils de calcul dissimulent l\u2019existence d\u2019un sujet masqu\u00e9 derri\u00e8re les chiffres. Nos soci\u00e9t\u00e9s semblent incapables de rendre compte des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res du virus autrement que par des donn\u00e9es r\u00e9barbatives qui ont pour effet de massacrer le r\u00e9el humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ification de l\u2019individu singulier malm\u00e8ne in\u00e9vitablement les relations que celui-ci tisse avec ses semblables. Une rencontre v\u00e9ritable n\u00e9cessite en effet la pr\u00e9sence de deux individus qui se consid\u00e8rent tels quels. Elle repose sur la reconnaissance de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et non sur son effacement. \u00c0 ce titre, la <em>num\u00e9risation des rencontres<\/em>, les <em>bulles<\/em>, les <em>gestes barri\u00e8res <\/em>et autre <em>distanciation sociale <\/em>estompent l\u2019intensit\u00e9 et la v\u00e9racit\u00e9 de liens sociaux si importants pour notre esp\u00e8ce. Le lecteur pourrait nous objecter que les mesures sanitaires dont nous parlons ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es dans et pour le respect d\u2019autrui et que celui-ci est donc reconnu dans sa diff\u00e9rence, dans son humanit\u00e9. Mais comme nous le soulignions dans un pr\u00e9c\u00e9dent texte, nous pensons que l\u2019\u00e9laboration des protocoles utilis\u00e9s est anim\u00e9e par une pulsion de mort qui se pare des oripeaux de la solidarit\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le monde scientifique et politique constate que le virus a tendance \u00e0 impacter plus particuli\u00e8rement les personnes \u00e2g\u00e9es qui ont des facteurs de comorbidit\u00e9. De l\u2019autre, il refuse d\u2019adopter une strat\u00e9gie diff\u00e9rente pour chaque cat\u00e9gorie de la population afin d\u2019\u00e9viter de les discriminer entre elles. Ce double mouvement psychique qui consiste \u00e0 reconna\u00eetre une r\u00e9alit\u00e9 tout en faisant comme si elle n\u2019existait pas se nomme le <em>d\u00e9ni<\/em>. D\u00e9ni de la diff\u00e9rence, de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La survenue d\u2019un nouveau virus poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s traumatisantes pour la communaut\u00e9 \u2013 de par la dangerosit\u00e9 d\u2019un agent infectieux jusque-l\u00e0 inconnu, mais aussi par ce que le signifiant \u00ab <em>virus <\/em>\u00bb v\u00e9hicule comme repr\u00e9sentation de la mort dans l\u2019imaginaire collectif. Dans le cas qui nous concerne, le traumatisme initial a \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9 par la folie gestionnaire qui s\u2019est empar\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. Les individus qui la composent, psychiquement morcel\u00e9s dans un premier temps par le premier traumatisme (dont l\u2019effraction de la mort dans la psych\u00e9 en est la trace la plus perceptible), sont incapables, \u00e0 cause du confinement, de recoller les morceaux \u00e9pars d\u2019eux m\u00eame comme ils le feraient g\u00e9n\u00e9ralement en temps de crise en communiant avec leurs semblables. \u00c9parpill\u00e9, chacun est invit\u00e9 \u00e0 \u00eatre cr\u00e9atif (sic) en exploitant au maximum les fantastiques possibilit\u00e9s de r\u00e9union que le num\u00e9rique propose. L\u2019intime \u00e9tant per\u00e7u comme potentiellement dangereux, les liens sociaux se d\u00e9sincarnent in\u00e9vitablement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La folie gestionnaire \u00e0 laquelle nous assistons n\u2019a que peu d\u2019\u00e9gal en termes de d\u00e9mesure. C\u2019est ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 aux citoyens de ne plus rendre visite \u00e0 leurs a\u00een\u00e9s afin de prot\u00e9ger ceux-ci de la mort dans les derniers instants de leur vie. De la m\u00eame mani\u00e8re que la soci\u00e9t\u00e9, les maisons de repos sont barricad\u00e9es afin de pr\u00e9server leurs r\u00e9sidents de l\u2019agent infectieux. Peu importe si certains d\u2019entre eux doivent passer les ultimes moments de leur existence enferm\u00e9s dans une chambre, avec comme unique possibilit\u00e9 de \u00ab connexion \u00bb avec leurs proches un \u00e9cran dont beaucoup \u00e9prouvent bien des peines \u00e0 en discerner la beaut\u00e9 des reflets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment ne pas s\u2019apercevoir, quand on r\u00e9fl\u00e9chit un tant soit peu sur la mani\u00e8re dont la crise a \u00e9t\u00e9 g\u00e9r\u00e9e dans les foyers de repos, que cette gestion soi-disant raisonn\u00e9e est int\u00e9gralement d\u00e9raisonnable, insens\u00e9e ? Un interdit qui fait loi avec autant d\u2019ardeur ne peut \u00eatre questionn\u00e9. Comment pourrait-il l\u2019\u00eatre alors qu\u2019il est formul\u00e9 et mis en pratique pour le soi-disant bien-\u00eatre de tous ? Les conditions sont ainsi r\u00e9unies afin que la loi devienne asphyxiante pour la pens\u00e9e. Se dessinent dangereusement les contours d\u2019une dictature sanitaire dans le but d\u2019assurer \u00e0 la collectivit\u00e9 une hygi\u00e8ne ainsi qu\u2019une sant\u00e9 sans failles. Les mesures \u00e9dict\u00e9es contre la mort impactent la mort elle-m\u00eame, non seulement au moment o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain exp\u00e9rimente la vie lors de ses derniers soubresauts, mais aussi dans la fa\u00e7on dont il avait pris l\u2019habitude de comm\u00e9morer le d\u00e9funt avec ses semblables. Avec l\u2019interdiction de se r\u00e9unir comme il se doit afin de dig\u00e9rer la perte d\u2019un \u00eatre cher, c\u2019est toute la tentative de symbolisation de l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus traumatique qui soit dans la vie d\u2019un homme qui est rudoy\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment en sommes-nous arriv\u00e9s l\u00e0 ? Nous allons tenter de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question. Mais avant cela, nous proposerons au lecteur un r\u00e9sum\u00e9 de nos propos compl\u00e9t\u00e9 par quelques r\u00e9flexions suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme a tendance \u00e0 prolonger la p\u00e9riode infantile de l\u2019\u00eatre humain. Ce mod\u00e8le \u00e9conomique et social repose sur plusieurs postulats inconscients, notamment l\u2019id\u00e9e de l\u2019illimitation de la jouissance n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019expansion des profits, ainsi que l\u2019actualisation d\u2019un fantasme de ma\u00eetrise globale de l\u2019environnement. Cette tentative effr\u00e9n\u00e9e de ma\u00eetriser le non-vivant, mais aussi le vivant ne peut se d\u00e9ployer qu\u2019en encourageant les hommes \u00e0 d\u00e9nier la singularit\u00e9 de leurs \u00eatres. Ceux-ci sont d\u00e8s lors r\u00e9ifi\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire transform\u00e9s en choses aptes \u00e0 produire et \u00e0 jouir des bienfaits de la production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce proc\u00e8s occulte le fait que l\u2019exp\u00e9rience de la vie d\u2019un homme repose sur du vide. En actualisant dans le r\u00e9el les fantasmes de toute-puissance infantile, il \u00e9clipse la finitude de l\u2019\u00eatre, c\u2019est-\u00e0-dire la dimension mortelle de sa condition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, c\u2019est avec une particuli\u00e8re violence que le Covid est venu rappeler, \u00e0 des individus ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s selon un id\u00e9al niant la finitude, que la mort existe bel et bien. De fait, la monstruosit\u00e9 de la mort fait brutalement effraction dans la psych\u00e9, occasionnant une angoisse dont l\u2019intensit\u00e9 \u00e9quivaut \u00e0 celle avec laquelle elle \u00e9tait jusque-l\u00e0 \u00e9vacu\u00e9e de l\u2019esprit. Cette angoisse provoque une sid\u00e9ration dont les cons\u00e9quences sont perceptibles dans la panne de l\u2019appareil \u00e0 penser (cet appareil \u00e9tait, \u00e0 vrai dire, d\u00e9j\u00e0 bien esquint\u00e9 avant l\u2019apparition du virus). Des d\u00e9fenses psychiques sont d\u00e8s lors agenc\u00e9es, individuellement et collectivement, afin de pr\u00e9server l\u2019\u00e2me d\u2019un malaise trop cons\u00e9quent. Comme nous l\u2019avons soulign\u00e9, ces m\u00e9canismes d\u00e9fensifs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fortement pr\u00e9sents dans la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9-Covid et se manifestaient jusque-l\u00e0 par l\u2019interm\u00e9diaire, notamment, de l\u2019\u00e9nonciation de discours paradoxaux. Outre ces \u00e9nonc\u00e9s propres \u00e0 rendre l\u2019autre fou, nous pensons avoir rep\u00e9r\u00e9 trois d\u00e9fenses typiquement psychotiques qui s\u2019agitent dans le social depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier m\u00e9canisme que nous souhaiterions aborder est le <em>clivage<\/em>. Ce dispositif, d\u00e9crit par la psychanalyste M\u00e9lanie Klein, est \u00ab <em>consid\u00e9r\u00e9 par elle comme la d\u00e9fense la plus primitive contre l\u2019angoisse : l\u2019objet est scind\u00e9 en un \u00ab bon \u00bb et un \u00ab mauvais \u00bb objet qui auront des destins relativement ind\u00e9pendants<\/em>\u00bb. Le sujet qui usera de cette d\u00e9fense clivera un objet total (qui poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s gratifiantes et potentiellement frustrantes) en deux parties distinctes : une <em>bonne <\/em>et une <em>mauvaise <\/em>afin de les s\u00e9parer entre elles. Le lecteur pourrait se demander en quoi ceci concerne notre analyse de la pand\u00e9mie ? Depuis l\u2019apparition du virus, il aura certainement constat\u00e9, tout comme nous, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle terminologie dont les concepts sont scind\u00e9s en fonction de leur positivit\u00e9 ou de leur n\u00e9gativit\u00e9. Citons tout d\u2019abord l\u2019utilisation des tests de d\u00e9tection du virus qui ont pour effet de cliver la population en deux entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es, <em>bonnes <\/em>et <em>mauvaises <\/em>: les cas positifs au Covid et les cas n\u00e9gatifs au Covid. La premi\u00e8re cat\u00e9gorie est compos\u00e9e d\u2019individus qui sont fantasmatiquement per\u00e7us comme de <em>mauvais objets <\/em>vecteurs de transmission de l\u2019agent infectieux. Ils sont par cons\u00e9quent \u00e9vacu\u00e9s du social par l\u2019interm\u00e9diaire de la mise en quarantaine afin d\u2019\u00e9viter qu\u2019ils ne contaminent les <em>bons objets<\/em>. La seconde cat\u00e9gorie est, quant \u00e0 elle, constitu\u00e9e de personnes qui sont per\u00e7us positivement de par leur n\u00e9gativit\u00e9 au test. Ce sont de <em>bons objets <\/em>qui peuvent encore se rendre utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et qui b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une libre circulation au sein de cette derni\u00e8re (du moins selon les r\u00e8gles en vigueur). \u00c7a, c\u2019est ce qui se passe quand le virus est quelque peu assoupi, comme lors du dernier \u00e9t\u00e9. Car quand le foutu germe s\u2019embrase de nouveau, tous les individus sont susceptibles de virer du c\u00f4t\u00e9 des <em>mauvais objets <\/em>\u00e0 tout moment. De l\u00e0 s\u2019installe une ambiance parano\u00efaque au sein de la soci\u00e9t\u00e9, chacun \u00e9tant amen\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer autrui comme un objet potentiellement dangereux, <em>mauvais<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>clivage <\/em>op\u00e8re notamment dans deux autres compartiments du social : (1) celui des marchandises et donc dans les lieux o\u00f9 celle-ci sont \u00e9coul\u00e9es (les commerces) et (2) dans celui des professions. Le lecteur aura certainement constat\u00e9 que les marchandises sont dor\u00e9navant fragment\u00e9es en deux cat\u00e9gories : les <em>biens essentiels <\/em>et les <em>biens non essentiels<\/em>. Un produit <em>essentiel <\/em>(et donc l\u2019endroit o\u00f9 il est vendu) sera appr\u00e9ci\u00e9 comme <em>bon objet<\/em>. Les produits <em>non essentiels<\/em>, quant \u00e0 eux, sont de <em>mauvais objets<\/em>, ce qui entra\u00eenera la fermeture des commerces qui en assurent la vente aux consommateurs. Un m\u00eame produit pourra \u00eatre estim\u00e9 <em>essentiel <\/em>ou non en fonction des p\u00e9riodes. Les livres par exemple, jug\u00e9s <em>non essentiels <\/em>en mars, sont devenus <em>essentiels <\/em>en octobre ; les masques, consid\u00e9r\u00e9s comme <em>non essentiels <\/em>en mars, sont pass\u00e9s dans la case <em>essentielle <\/em>en mai. Tout comme les cas, les produits sont cliv\u00e9s par le discours social en <em>mauvais objets <\/em>et en <em>bons objets<\/em>. La logique voudra que les professions le soient \u00e9galement. Les m\u00e9decins, infirmiers et autres membres du personnel m\u00e9dical sont h\u00e9ro\u00efs\u00e9s depuis le d\u00e9but de la crise. Ce sont de <em>bons objets essentiels <\/em>\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Pourtant, quelques mois auparavant, ces professionnels \u2212 tout un secteur dans son enti\u00e8ret\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 \u2212 \u00e9taient d\u00e9valoris\u00e9s (les coupes budg\u00e9taires r\u00e9alis\u00e9es dans le secteur des soins depuis des d\u00e9cennies pourront en t\u00e9moigner). Mais ce ne sont pas seulement les professionnels de la sant\u00e9 qui sont glorifi\u00e9s ; les caissiers, les pr\u00e9parateurs de commandes ou encore les \u00e9boueurs re\u00e7oivent eux aussi les \u00e9loges de l\u2019\u00c9tat alors qu\u2019ils \u00e9taient autrefois ignor\u00e9s lorsqu\u2019ils endossaient de fluorescents gilets jaunes. Pendant ce temps, les philosophes (les grands absents des plateaux TV depuis le d\u00e9but de la crise alors que l\u2019on aurait bien besoin de leur lanterne afin de r\u00e9insuffler du sens au sein de l\u2019insens\u00e9), les enseignants, les tenanciers de cin\u00e9ma ou de th\u00e9\u00e2tres et les autres protagonistes du milieu culturel sont grossi\u00e8rement jug\u00e9s comme des acteurs <em>non essentiels <\/em>pour le social (ce qui constitue, du reste, un non moins grossier aveu de la part de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste quant \u00e0 la pauvret\u00e9 de la vision du monde qu\u2019elle propose).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abordons maintenant plus sp\u00e9cifiquement un deuxi\u00e8me m\u00e9canisme d\u00e9fensif que nous avons d\u00e9j\u00e0 effleur\u00e9 un peu plus haut dans ce texte : le <em>d\u00e9ni<\/em>. Celui-ci renvoie \u00e0 un \u00ab <em>terme employ\u00e9 par Freud dans un sens sp\u00e9cifique : mode de d\u00e9fense consistant en un refus du sujet de reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une perception traumatisante. Essentiellement celle de la castration<\/em> \u00bb. Avant de nous aventurer un peu plus loin dans l\u2019analyse de ce m\u00e9canisme et de ses retomb\u00e9es soci\u00e9tales, nous jugeons utile d\u2019expliciter ce que nous entendons par castration afin d\u2019\u00e9viter \u00e0 nos lecteurs de possibles confusions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un point de vu psychanalytique, la castration est un acte symbolique qui consiste \u00e0 sevrer le sujet (particuli\u00e8rement le petit enfant) du caract\u00e8re fusionnel qu\u2019il entretient avec son objet maternant (dans la grande majorit\u00e9 des cas la m\u00e8re). Le sevrage du sein est un exemple \u00e9loquent de castration (tout comme l\u2019interdit formul\u00e9 au niveau de l\u2019inceste). La naissance \u00e9galement, tant elle prive l\u2019enfant de l\u2019onctuosit\u00e9 des \u00e9changes autrefois v\u00e9cus dans le ventre maternel. La castration a pour effet d\u2019engager le petit homme dans un douloureux deuil : celui de sa toute-puissance imag\u00e9e. Elle est essentielle au processus d\u2019individuation. La castration ampute le sujet d\u2019une illusion qui le ber\u00e7ait jusque-l\u00e0 et suscite par cons\u00e9quent une intense peine en lui. Elle est traumatisante et sera d\u00e8s lors refoul\u00e9e chez le n\u00e9vros\u00e9 et d\u00e9ni\u00e9e par le pervers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre civilisation s\u2019apparentait, d\u00e9j\u00e0 bien avant l\u2019arriv\u00e9e du Covid, \u00e0 une communaut\u00e9 de d\u00e9ni, \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 perverse. D\u00e9ni de l\u2019environnement naturel tout d\u2019abord, exploit\u00e9 comme une ressource \u00e0 m\u00eame de favoriser l\u2019inexorable marche en avant du progr\u00e8s et de la croissance. D\u00e9ni du sujet \u00e9galement, celui-ci \u00e9tant r\u00e9ifi\u00e9, transform\u00e9 en ressource prompte \u00e0 faciliter l\u2019accumulation du capital ainsi que la jouissance des marchandises. Si nous employons autant d\u2019\u00e9nergie \u00e0 discuter de ce th\u00e8me, c\u2019est parce que le Covid semble avoir pour cons\u00e9quence de fortifier le d\u00e9ni de la castration qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fort vigoureux au sein du social. De la m\u00eame mani\u00e8re que le sevrage, le virus (du moins, rappelons-le, ce que le signifiant <em>virus <\/em>v\u00e9hicule au sein des imaginaires des hommes en tant que repr\u00e9sentation de la mort) intervient comme un agent castrateur : c\u2019est dans un rappel cinglant qu\u2019il vient signifier au sujet que celui-ci n\u2019est pas tout-puissant \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il est susceptible de mourir. Ce rappel est d\u2019autant plus traumatisant que le capitalisme a tendance \u00e0 camoufler l\u2019angoisse de mort en v\u00e9hiculant l\u2019id\u00e9e d\u2019une toute-puissance de l\u2019\u00eatre par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une jouissance de la marchandise qui ne favorise par la sortie du sein maternel, ainsi que par la facult\u00e9 octroy\u00e9e par ce mod\u00e8le \u00e0 la raison de l\u2019homme de rendre ce dernier \u00ab <em>comme ma\u00eetre et possesseur de la nature <\/em>\u00bb (Ren\u00e9 Descartes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le confinement instaur\u00e9 et d\u2019autres mesures sanitaires t\u00e9moignent du refus, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment du d\u00e9ni, de la condition mortelle de l\u2019homme par l\u2019homme. Confiner l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pour endiguer la propagation d\u2019un virus dont le taux de l\u00e9talit\u00e9 est situ\u00e9 entre 0,5 et un 0,7% n\u2019est pas raisonnable. En \u00e9non\u00e7ant ceci, nous ne d\u00e9nions pas nous-m\u00eames le caract\u00e8re mortel du virus. Nous ne pensons pas non plus qu\u2019il aurait fallu le laisser circuler au sein de la population sans tenter de le canaliser un minimum. Bref, nous ne critiquons par le proc\u00e8s de ma\u00eetrise dans son absolu, mais les proportions int\u00e9gralement d\u00e9mesur\u00e9es qu\u2019il prend au sein de nos civilisations, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9duire drastiquement le deuxi\u00e8me proc\u00e8s ancestral en jeu dans l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 savoir le proc\u00e8s d\u2019autonomie (celui-ci \u00e9tait d\u00e9j\u00e0, il est vrai, pas mal \u00e9reint\u00e9). Finalement, nous percevons les mesures sanitaires comme autant de passages \u00e0 l\u2019acte de la part du monde politique (et scientifique) afin de garder intacte la croyance en l\u2019omnipotence de l\u2019homme (par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un proc\u00e8s de ma\u00eetrise exag\u00e9r\u00e9ment exerc\u00e9 sur le virus) gravement \u00e9rafl\u00e9e par le caract\u00e8re impr\u00e9visible de la nature. Ne pouvons-nous pas penser par ailleurs que les gouvernants n\u2019\u00e9prouvent pas un minimum de jouissance qui, comme toute jouissance, a pour effet d\u2019apaiser momentan\u00e9ment l\u2019angoisse de mort, dans le fait de r\u00e9gler comme ils le font actuellement en d\u00e9tail la vie de leurs concitoyens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons enfin aborder le troisi\u00e8me et dernier m\u00e9canisme d\u00e9fensif que nous avons rep\u00e9r\u00e9 : la <em>projection<\/em>. Celle-ci consiste \u00e0 se d\u00e9barrasser d\u2019\u00e9l\u00e9ments internes d\u00e9sagr\u00e9ables (d\u00e9sirs, affects ou pens\u00e9es inconscientes) en les projetant sur autrui comme s\u2019il en \u00e9tait lui-m\u00eame le d\u00e9positaire. Prenons l\u2019exemple d\u2019un individu qui aurait commis un meurtre et dont le sentiment de culpabilit\u00e9 inh\u00e9rent \u00e0 cet acte est tel qu\u2019il en devient insupportable. Notre meurtrier pourrait d\u00e8s lors, dans le but d\u2019all\u00e9ger sa conscience, avoir recours \u00e0 trois m\u00e9canismes d\u00e9fensifs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) d\u00e9nier la r\u00e9alit\u00e9 de son meurtre ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) cliver son moi en deux entit\u00e9s, bonnes et mauvaises (la meurtri\u00e8re) ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3) projeter cette partie mauvaise de lui-m\u00eame sur un objet externe afin de s\u2019en expurger. Un individu qui utiliserait de cette fa\u00e7on la projection finirait par percevoir les personnes qui l\u2019entourent comme autant de meurtriers potentiellement coupables d\u2019un acte qu\u2019ils n\u2019ont pas commis. Nous pensons que ce m\u00e9canisme projectif est crucial si l\u2019on veut comprendre la raison pour laquelle nos politiques ont impos\u00e9 \u00e0 la population des mesures sanitaires particuli\u00e8rement restrictives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous avons accord\u00e9 jusqu\u2019ici \u00e0 l\u2019angoisse de mort une place importante dans notre analyse, un autre \u00e9l\u00e9ment semble \u00eatre en jeu depuis le d\u00e9but de la crise : la place pr\u00e9pond\u00e9rante que l\u2019image de soi a prise au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Que le lecteur veuille bien nous accorder encore un peu de son inestimable patience afin que nous puissions nous expliquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019indicateur principal qui est utilis\u00e9 afin de juger l\u2019\u00e9volution positive (ou n\u00e9gative) de la propagation du virus a toujours \u00e9t\u00e9 le nombre de personnes hospitalis\u00e9es (et en cons\u00e9quence le nombre de lits disponibles au sein des structures de soin). Cet indicateur est particuli\u00e8rement surveill\u00e9 par les experts afin de juger l\u2019opportunit\u00e9 de restreindre les mesures sanitaires, dont le confinement de la population fait partie. C\u2019est en respectant les saintes injonctions que la population aurait le pouvoir de ma\u00eetriser la propagation du virus (mentionnons qu\u2019il est accord\u00e9 au confinement une forme de toute-puissance magique, aucune \u00e9tude scientifique n\u2019\u00e9tant venue attester jusqu\u2019 ici de sa pertinence dans la gestion d\u2019une pand\u00e9mie. Ce fait aurait tendance \u00e0 nous indiquer que le confinement a bien \u00e9t\u00e9 inconsciemment \u00e9dict\u00e9 afin de r\u00e9tablir la toute-puissance d\u2019un \u00eatre gravement \u00e9branl\u00e9 par le virus). Le citoyen devient d\u00e8s lors un agent responsable de l\u2019\u00e9volution de la pand\u00e9mie. Il sera donc jug\u00e9 coupable dans le cas o\u00f9 les chiffres repartiraient \u00e0 la hausse. En somme, si les h\u00f4pitaux s\u2019approchent de la saturation malgr\u00e9 les mesures mises en \u0153uvre, cela veut dire, aux yeux du monde politique et scientifique m\u00e9diatis\u00e9, que celles-ci n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es par la population (et non pas que leurs effets ne sont pas si importants qu\u2019on l\u2019eut souhait\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, en \u00e9pluchant d\u2019autres chiffres, on peut se demander si les id\u00e9aux de croissance sans borne incarn\u00e9e par les diverses familles politiques n\u2019ont pas jou\u00e9, dans l\u2019apr\u00e8s-coup, un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le fait que les h\u00f4pitaux risquent aujourd\u2019hui la saturation. Soci\u00e9t\u00e9 du profit oblige, l\u2019\u00c9tat s\u2019ent\u00eate, depuis plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 r\u00e9duire le nombre de lits au sein des structures hospitali\u00e8res afin d\u2019\u00e9viter des d\u00e9penses excessives pour un milieu initialement non propice \u00e0 la marchandisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est habituel de distinguer deux secteurs au sein de la soci\u00e9t\u00e9 : le marchand et le non marchand. Le but du secteur marchand est d\u2019engranger un maximum de b\u00e9n\u00e9fices, alors que le secteur non marchand propose des services \u00e0 la population (par exemple au niveau de la sant\u00e9 ou de l\u2019\u00e9ducation) qui excluent toute possibilit\u00e9 d\u2019enrichissement personnel. Cette distinction initiale ne nous emp\u00eache pas d\u2019assister \u00e0 une marchandisation du soin pour que les structures hospitali\u00e8res deviennent les plus rentables possibles. Ce secteur se transforme en lieu de production comme un autre o\u00f9 les malades sont trait\u00e9s \u00e0 la cha\u00eene. Il est utile de mentionner que l\u2019ancien gouvernement belge, la Su\u00e9doise (Maggie De Block en \u00e9tait alors la ministre de la Sant\u00e9), aurait r\u00e9alis\u00e9 des coupes budg\u00e9taires de 900 millions \u20ac dans la sant\u00e9 lors de son mandat. N\u00e9anmoins, comme nous l\u2019a appris le journal de la RTBF, l\u2019argent que l\u2019\u00c9tat d\u00e9pense dans le secteur du soin augmente chaque ann\u00e9e. Comment, d\u00e8s lors, expliquer le manque de moyens financiers que l\u2019on peut constater au niveau des h\u00f4pitaux ? En fait, ces moyens augmentent moins que les besoins. En effet, le vieillissement de la population s\u2019amplifie chaque ann\u00e9e. Cette augmentation n\u00e9cessiterait tout logiquement une hausse \u00e9quivalente de moyens. Pourtant, cette donn\u00e9e essentielle n\u2019est pas prise en compte lorsque le gouvernement \u00e9dicte son budget. Finalement, les moyens financiers allou\u00e9s au secteur du soin diminuent, ce qui se traduit par des fermetures de lits d\u2019h\u00f4pitaux jug\u00e9s trop on\u00e9reux, ou encore par des r\u00e9ductions du personnel hospitalier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Covid-19 n\u2019affaiblit pas v\u00e9ritablement les h\u00f4pitaux. Il d\u00e9voile une fragilit\u00e9 hospitali\u00e8re pr\u00e9existante. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 r\u00e9sulte de normes budg\u00e9taires pr\u00e9alablement fix\u00e9es par la doctrine capitaliste. Tout semble indiquer que les mesures de confinement ont pour obligation d\u2019occulter les carences des politiques au niveau de leur gestion, non pas de la pand\u00e9mie, mais des budgets de la sant\u00e9. Coupables de ne pas avoir suffisamment investi dans le secteur, ils projettent inconsciemment cette mauvaise partie d\u2019eux m\u00eame sur les diff\u00e9rentes couches de la population afin de se d\u00e9barrasser d\u2019un affect inacceptable. Tout le poids de leur culpabilit\u00e9 est alors r\u00e9parti sur l\u2019ensemble des citoyens, ces derniers \u00e9tant suspect\u00e9s de ne pas avoir respect\u00e9 les mesures lorsque les indicateurs repartent \u00e0 la hausse. En organisant de cette fa\u00e7on la vie des gens, le monde politique et scientifique reprend la main et r\u00e9habilite un narcissisme particuli\u00e8rement bless\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9 du virus. Cela leur octroie la possibilit\u00e9 de garder indemne l\u2019\u00e9ternelle illusion de toute-puissance et de perp\u00e9tuer la croyance en la capacit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 se comporter tel un dieu, \u00ab <em>comme ma\u00eetre et possesseur de la nature <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur combat acharn\u00e9 contre la mort d\u00e9montre paradoxalement qu\u2019ils l\u2019occultent avec une force sans pr\u00e9c\u00e9dent. De plus, notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tant agenc\u00e9e par le culte de l\u2019image, et le politique n\u2019\u00e9tant pas un homme qui pense, mais un homme qui ne doit son salut qu\u2019\u00e0 l\u2019image a priori clinquante qu\u2019il traduit de lui-m\u00eame, le confinement de la population devient crucial afin d\u2019\u00e9viter une saturation hospitali\u00e8re qui affaiblirait in\u00e9vitablement le reflet qu\u2019il renvoie. L\u2019engorgement agirait d\u00e8s lors comme une loupe grossissante, d\u00e9voilant avec nettet\u00e9 les impitoyables d\u00e9faillances de nos soci\u00e9t\u00e9s du \u00ab progr\u00e8s \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Kenny Cadinu<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait pr\u00e8s d\u2019un an que le monde est contamin\u00e9<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8712","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8712"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8712\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8718,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8712\/revisions\/8718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}