{"id":9688,"date":"2021-06-09T02:11:55","date_gmt":"2021-06-09T00:11:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/?p=9688"},"modified":"2021-06-07T08:12:50","modified_gmt":"2021-06-07T06:12:50","slug":"la-commune-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/2021\/06\/09\/la-commune-de-paris\/","title":{"rendered":"La Commune de Paris"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: left;\"><strong>Elle fut la matrice d\u2019une \u00e9cologie r\u00e9volutionnaire<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9685 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/CDroits-210604-1-300x292.jpg\" alt=\"\" width=\"505\" height=\"492\" srcset=\"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/CDroits-210604-1-300x292.jpg 300w, https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/CDroits-210604-1.jpg 573w\" sizes=\"auto, (max-width: 505px) 100vw, 505px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a 150 ans s\u2019achevait le dernier jour de la Commune de Paris. On a souvent cantonn\u00e9 cet \u00e9pisode r\u00e9volutionnaire \u00e0 une exp\u00e9rience urbaine et ouvri\u00e8re. Pourtant, Louise Michel, \u00c9lis\u00e9e Reclus et les autres communards avaient une \u00ab\u00a0appr\u00e9hension visionnaire de la nature anti-\u00e9cologique du capitalisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le philosophe Walter Benjamin disait qu\u2019il est des moments dans l\u2019histoire o\u00f9 un \u00e9v\u00e9nement ou un combat particuliers entrent avec force dans <em>\u00ab\u00a0la figurabilit\u00e9 du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb<\/em>. Il semblerait que cela soit le cas aujourd\u2019hui avec la <a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/JDD-Paris\/quest-ce-que-la-commune-de-paris-4030475\">Commune de Paris<\/a>. Son h\u00e9ritage a travers\u00e9 le si\u00e8cle et malgr\u00e9 son intense r\u00e9pression, l\u2019utopie qu\u2019elle portait en germe est toujours vivante. Sa r\u00e9f\u00e9rence nous hante et nous habite. Cet \u00e9pisode r\u00e9volutionnaire a beau s\u2019\u00eatre \u00e9panoui seulement 72 jours \u2014 de mars \u00e0 mai 1871 \u2014 150 ans plus tard, il r\u00e9sonne encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2016, au c\u0153ur du mouvement Nuit debout, la place de la R\u00e9publique a ainsi \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9e, le temps de quelques nuits incandescentes, <em><a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Nuit-debout-comment-etre-offensif-ensemble-sans-idealiser-la-violence-ni-la-non\">\u00ab\u00a0place de la Commune\u00a0\u00bb<\/a><\/em>. En 2018, certains Gilets jaunes y faisaient directement \u00e9cho, en organisant \u00e0 <a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Pres-de-Commercy-l-assemblee-des-Gilets-jaunes-refonde-la-democratie\">Commercy<\/a>, dans la Meuse, les rencontres de la <em>\u00ab\u00a0Commune des communes\u00a0\u00bb<\/em>. <a href=\"https:\/\/reporterre.net\/A-la-Zad-on-experimente-la-societe-sans-Etat\">\u00c0 Notre-Dame-des-Landes<\/a>, aussi, les zadistes se sont r\u00e9appropri\u00e9 son imaginaire, celui de territoires lib\u00e9r\u00e9s o\u00f9 les habitants suspendent l\u2019action du gouvernement et les contraintes \u00e9conomiques. Lors de la COP21, <a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Joyeux-et-mobilises-les-cyclistes-de-la-Tracto-Velo-arrivent-a-Paris\">des convois de cyclistes<\/a> venus de la Zad avaient envahi symboliquement le parterre du ch\u00e2teau de Versailles. <em>\u00ab\u00a0En 1871, les Versaillais avaient \u00e9cras\u00e9 la Commune de Paris. Les Zad sont aujourd\u2019hui comme autant de nouvelles communes libres\u00a0\u00bb<\/em>, affirmaient-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pass\u00e9 ressurgit de mani\u00e8re \u00e9ruptive. Il s\u2019\u00e9crit sur les murs. Il se scande en manifestation et se crie \u00e0 la face du pouvoir. Au gr\u00e9 des cort\u00e8ges, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2021\/03\/LARRERE\/62866\">de nombreux tags<\/a> lui ont rendu hommage\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Vive la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0Moins de Blanquer, plus de <a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/tribunes\/auguste-blanqui-1805-1881-l%E2%80%99insurge-au-fusil-%3Fet-la-plume-d%E2%80%99acier-31-477897\">Blanqui<\/a>\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a01871\u00a0raisons de niquer Macron\u00a0\u00bb<\/em>. La Commune est une arme. C\u2019est une puissance d\u2019\u00e9vocation, un mythe d\u2019espoir l\u00e0 o\u00f9 il vient \u00e0 manquer. Elle offre un horizon \u00e9mancipateur, \u00e0 tous celles et ceux qui ont h\u00e2te, comme l\u2019\u00e9crivait la communarde Louise Michel, <em>\u00ab\u00a0d\u2019\u00e9chapper au vieux monde\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019heure du capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral, son regain d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant. Pour l\u2019historienne Kristin Ross, autrice du livre <em><a href=\"https:\/\/lafabrique.fr\/limaginaire-de-la-commune\/\">L\u2019imaginaire de la Commune<\/a><\/em> (\u00e9d. La Fabrique, 2015), la d\u00e9t\u00e9rioration du march\u00e9 du travail et l\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s font <em>\u00ab\u00a0que le monde des communards nous est en r\u00e9alit\u00e9 bien plus proche que celui de nos parents\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Il est normal que ceux qui veulent exp\u00e9rimenter des mani\u00e8res de vivre diff\u00e9remment, dans une \u00e9conomie capitaliste ravag\u00e9e par la crise, puissent trouver int\u00e9ressantes les discussions qui occupaient la Commune\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces r\u00e9flexions stimulent aussi la recherche. Des dizaines de livres sont sortis \u00e0 l\u2019occasion de son 150<sup>e<\/sup> anniversaire. Une <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/r1848_1265-1354_1997_num_14_1_2277_t1_0229_0000_2\">bibliographie<\/a> \u00e9tablie en 2006 par Robert Le Quillec \u00e9valuait \u00e0 cinq mille le nombre de publications qui lui \u00e9taient consacr\u00e9es. La Commune est scrut\u00e9e de toutes parts, sous tous les angles\u00a0: son rapport aux femmes, \u00e0 la d\u00e9mocratie, au travail, \u00e0 l\u2019art, au pouvoir, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, en 72 jours, la vie avait enti\u00e8rement bascul\u00e9. L\u2019historien Henri Lefebvre qualifie l\u2019\u00e9v\u00e9nement de <em>\u00ab\u00a0r\u00e9volution totale\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019\u00e9cole la\u00efque, gratuite et obligatoire fut instaur\u00e9e, tout comme la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, la libert\u00e9 d\u2019association, la suspension des loyers ou le droit au travail pour les femmes. La population s\u2019\u00e9tait autorepr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9mocratique et avait tent\u00e9 de se r\u00e9approprier les moyens de production, en renversant les r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9 et de commerce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des milliers de pages ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur le sujet mais un enjeu essentiel a \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9\u00a0: tr\u00e8s peu de chercheurs se sont int\u00e9ress\u00e9s au rapport \u00e0 la nature des communards. Dans l\u2019historiographie dominante ou dans le courant marxiste-l\u00e9niniste, le sujet a pu sembler anecdotique, voire anachronique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il est difficile de trouver ne serait-ce qu\u2019une allusion au r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience et la culture de la Commune dans le d\u00e9veloppement de cette sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, reconna\u00eet Kristin Ross. On a souvent cantonn\u00e9 la Commune \u00e0 une exp\u00e9rience urbaine et ouvri\u00e8re o\u00f9 la question \u00e9cologique \u00e9tait absente. On trouve, en effet, tr\u00e8s peu de traces de ces questionnements dans les archives ou les comptes rendus des Assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. En guerre, dans une capitale meurtrie et affam\u00e9e, pris dans l\u2019\u00e9tau entre les Prussiens et l\u2019arm\u00e9e de Thiers, on imagine que les communards avaient d\u2019autres urgences \u00e0 traiter et qu\u2019ils n\u2019ont pas eu le temps de disserter sur leur lien \u00e0 la nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, penser qu\u2019ils \u00e9taient herm\u00e9tiques \u00e0 cette question serait faire fausse route. La Commune n\u2019a rien d\u2019un caprice parisien ou d\u2019une r\u00e9volution hors-sol. Des r\u00e9cents travaux, dont celui de Kristin Ross, ont montr\u00e9 les passerelles et les solidarit\u00e9s tiss\u00e9es entre la Commune et certains pr\u00e9curseurs de l\u2019\u00e9cologie comme William Morris ou <a href=\"https:\/\/reporterre.net\/La-cooperation-fait-plus-pour-l-evolution-que-la-competition\">Pierre Kropotkine<\/a>. Cette derni\u00e8re a nourri leur imaginaire \u00e0 l\u2019aube de l\u2019\u00e8re productiviste. Ainsi, on retrouve dans les mots d\u2019ordre de la Commune une attention \u00e0 l\u2019autosuffisance locale, une r\u00e9flexion sur des unit\u00e9s de production plus petites ou la propri\u00e9t\u00e9 collective des terres agricoles. Des enjeux loin d\u2019\u00eatre secondaires pour l\u2019\u00e9cologie politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En avril 1871, plusieurs communards, comme Beno\u00eet Malon ou la romanci\u00e8re f\u00e9ministe Andr\u00e9 L\u00e9o, avaient aussi tent\u00e9 de renforcer leur lien avec la paysannerie. Dans <a href=\"https:\/\/macommunedeparis.com\/2016\/06\/02\/la-commune-sadresse-aux-paysans-frere-on-te-trompe\/\">un c\u00e9l\u00e8bre manifeste<\/a>, imprim\u00e9 \u00e0 100\u00a0000 exemplaires (un exploit \u00e0 l\u2019\u00e9poque), ils interpellaient le peuple des campagnes\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Fr\u00e8re on te trompe, nos int\u00e9r\u00eats sont les m\u00eames\u00a0\u00bb<\/em>. Ils r\u00e9clamaient <em>\u00ab\u00a0la terre \u00e0 ceux qui la travaillent\u00a0\u00bb<\/em> et d\u00e9non\u00e7aient la destruction des biens communs par la bourgeoisie, la privatisation des for\u00eats, des bois ou des champs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains communards ont \u00e9galement fait preuve d\u2019une grande pr\u00e9cocit\u00e9 dans leur rapport \u00e0 la nature. On peut penser au g\u00e9ographe libertaire \u00c9lis\u00e9e Reclus. Ce conteur, \u00e0 la fois po\u00e8te et scientifique, est connu pour \u00eatre l\u2019un des anc\u00eatres de l\u2019\u00e9cologie sociale. Si son r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 marginal dans la Commune puisqu\u2019il fut captur\u00e9 le 5\u00a0avril 1871, elle n\u2019en a pas moins \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moments les plus intenses de son existence, \u00e9crira-t-il trente ans plus tard, \u00e0 la veille de sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lis\u00e9e Reclus est l\u2019un des premiers \u00e0 montrer comment le capitalisme est la principale cause de la d\u00e9gradation non seulement de l\u2019humanit\u00e9 mais aussi des \u00e9cosyst\u00e8mes. Il est visionnaire. D\u00e8s 1866, il affirmait que <em>\u00ab\u00a0l\u2019homme vraiment civilis\u00e9 doit comprendre que son int\u00e9r\u00eat propre se confond avec l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et celui de la nature elle-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ses nombreux ouvrages, il soulignait les d\u00e9g\u00e2ts provoqu\u00e9s par la r\u00e9volution industrielle. Il parlait tr\u00e8s bien des dangers de la diminution de la biodiversit\u00e9 et d\u00e9veloppait une approche sensible de l\u2019\u00e9cologie, sachant appr\u00e9cier <em>\u00ab\u00a0les courbes des ruisselets\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0les grains de sable de la dune\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0les rides de la plage\u00a0\u00bb<\/em>. Son attention \u00e9tait passionn\u00e9e, son amour inconditionnel. Il voulait penser l\u2019humain et le monde en m\u00eame temps et se d\u00e9solait de l\u2019enlaidissement de la Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0Une harmonie secr\u00e8te s\u2019\u00e9tablit entre la terre et les peuples qu\u2019elle nourrit et quand les soci\u00e9t\u00e9s imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beaut\u00e9 de leur domaine, elles finissent toujours par s\u2019en repentir<\/em>, alertait-il. <em>L\u00e0 o\u00f9 le sol s\u2019est enlaidi, l\u00e0 o\u00f9 toute po\u00e9sie a disparu du paysage, les imaginations s\u2019\u00e9teignent, les esprits s\u2019appauvrissent, la routine et la servilit\u00e9 s\u2019emparent des \u00e2mes et les disposent \u00e0 la torpeur et \u00e0 la mort\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lis\u00e9e Reclus r\u00e9cusait le mot environnement, connotant un monde naturel con\u00e7u comme trop ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019humain. Il lui pr\u00e9f\u00e9rait le mot <em>\u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb<\/em>, qui a le m\u00e9rite de plonger l\u2019humain directement en interaction avec le vivant. Il soulignait souvent la n\u00e9cessit\u00e9 de traiter avec respect les autres esp\u00e8ces et suivit toute sa vie un r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien, se nourrissant seulement de pain et de fruits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lis\u00e9e Reclus n\u2019\u00e9tait pas le seul communard \u00e0 \u00eatre touch\u00e9 par ces questions. On retrouve chez Louise Michel cette sensibilit\u00e9, assez d\u00e9concertante pour l\u2019\u00e9poque. Dans ses <em><a href=\"https:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/memoires-9782707138125\">M\u00e9moires<\/a><\/em> (\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2002), cette figure embl\u00e9matique de la Commune relie le respect de l\u2019animal \u00e0 celui des humains. <em>\u00ab\u00a0Au fond de ma r\u00e9volte contre les forts, je trouve du plus loin qu\u2019il me souvienne l\u2019horreur des tortures inflig\u00e9es aux b\u00eates<\/em>, \u00e9crit-elle. <em>On m\u2019a souvent accus\u00e9e de plus de sollicitude pour les b\u00eates que pour les gens\u00a0: pourquoi s\u2019attendrir sur les brutes quand les \u00eatres raisonnables sont si malheureux\u00a0? C\u2019est que tout va ensemble, depuis l\u2019oiseau dont on \u00e9crase la couv\u00e9e jusqu\u2019aux nids humains d\u00e9cim\u00e9s par la guerre. La b\u00eate cr\u00e8ve de faim dans son trou, l\u2019homme en meurt au loin des bornes\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019arriver \u00e0 Paris et d\u2019embrasser l\u2019effervescence de la Commune, Louise Michel a \u00e9t\u00e9 institutrice dans un petit village de Haute-Marne, \u00e0 Audeloncourt. Elle y a exp\u00e9riment\u00e9, avant l\u2019heure, une sorte d\u2019\u00e9cole de la nature. Refusant de pr\u00eater serment \u00e0 l\u2019Empire \u2014 ce qui \u00e9tait obligatoire pour tous les professeurs des \u00e9coles communales \u2014 elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 enseigner de mani\u00e8re quasi clandestine dans la salle \u00e0 manger d\u2019une maison familiale. Elle utilisait alors des p\u00e9dagogies novatrices fond\u00e9es sur l\u2019exp\u00e9rience et le raisonnement. Elle refusait les ch\u00e2timents. Elle faisait \u00e9tudier la g\u00e9ologie en allant ramasser des pierres. Elle faisait comprendre aux enfants la vie des plantes en cultivant un jardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0La classe \u00e9tait pleine de vie, on lisait, on comptait, on faisait du th\u00e9\u00e2tre<\/em>, raconte sa biographe Claude R\u00e9tat, interrog\u00e9e par <em>Reporterre<\/em>. <em>Avec un si\u00e8cle d\u2019avance, on peut dire que Louise Michel a invent\u00e9 les classes nature. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la question \u00e9cologique ne se posait pas de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, ajoute-t-elle. <em>Pour Louise Michel, il \u00e9tait \u00e9vident que le vivant \u00e9tait ab\u00eem\u00e9 par les exploiteurs et qu\u2019il fallait inventer un autre rapport \u00e0 la nature.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa sensibilit\u00e9 s\u2019est exprim\u00e9e aussi lors de son long exil en Nouvelle-Cal\u00e9donie apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la Commune. Elle y est rest\u00e9e plus de six ans et a \u00e9t\u00e9 subjugu\u00e9e par la beaut\u00e9 des for\u00eats et les traditions des peuples autochtones kanaks. Elle en a tir\u00e9 un livre. Pour elle, <em>\u00ab\u00a0la compr\u00e9hension qu\u2019ont les Kanaks de la nature \u00e9tait bien meilleure que celle des Europ\u00e9ens. Leur connexion avec la terre et la mer \u00e9tait tr\u00e8s importante\u00a0\u00bb<\/em>, rapporte Carolyn Eichner, professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Wisconsin Milwaukee, aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9port\u00e9e a ensuite d\u00e9fendu <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Grande_r%C3%A9volte_kanak_de_1878\">la r\u00e9volte Ata\u00ef<\/a> en 1878, et pris parti pour les Kanaks. Elle d\u00e9crochera aussi une mission pour la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de botanique afin d\u2019\u00e9tudier une nature encore peu r\u00e9pertori\u00e9e, qui la fascine. Son po\u00e8me <em><a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/M%C3%A9moires_de_Louise_Michel\/Texte_entier\">\u00ab\u00a0Au bord des flots\u00a0\u00bb<\/a><\/em> donne l\u2019ampleur de son attachement au vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Toute ta puissance, \u00f4 nature,<br \/>\nEt tes fureurs et ton amour,<br \/>\nTa force vive et ton murmure,<br \/>\nOn te les prendra quelque jour.<br \/>\nComme un outil pour son ouvrage,<br \/>\nOn portera de plage en plage<br \/>\nEt tes fureurs et ton amour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas surprenant de voir, aujourd\u2019hui, les \u00e9cologistes se r\u00e9approprier peu \u00e0 peu ce pan de l\u2019histoire.\u00a0Avec sa th\u00e9orie du <em>\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/En-France-le-municipalisme-libertaire-trace-son-chemin\">municipalisme libertaire<\/a>\u00a0\u00bb<\/em>, le penseur de l\u2019\u00e9cologie sociale <a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Murray-Bookchin-l-utopie-anarchiste-au-prisme-de-l-ecologie\">Murray Bookchin<\/a> avait d\u00e9j\u00e0 ouvert la voie dans les ann\u00e9es 1980 en faisant directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Commune, tout en prenant soin de s\u2019en d\u00e9tacher sur certains points.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9cemment, \u00c9ric Piolle, le maire de Grenoble, a m\u00eame \u00e9crit une <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/idees-et-debats\/tribunes\/les-communardes-sont-les-premieres-ecologistes-20210320_ZBLH6QYHCNG55FIKWUWLRRCTQM\/\">tribune dans <em>Lib\u00e9ration<\/em><\/a> pour affirmer que <em>\u00ab\u00a0les\u00a0communard.e.s sont les premier.e.s \u00e9cologistes\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0La Commune de Paris est l\u2019un des \u00e9v\u00e8nements que nous avons besoin de reconqu\u00e9rir<\/em>, \u00e9crivait-il. <em>Elle est un socle pour notre travail de renaissance.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00e9investissement politique est salutaire. Prenons garde n\u00e9anmoins \u00e0 \u00e9viter une instrumentalisation ou m\u00eame une neutralisation de la pens\u00e9e de nos anc\u00eatres. <em>\u00ab\u00a0Le sentiment de nature\u00a0\u00bb<\/em> que d\u00e9crivait \u00c9lis\u00e9e Reclus et que vivaient d\u2019autres communards comme Louise Michel n\u2019avait rien d\u2019un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me. Il \u00e9tait \u00e0 la source de leur engagement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Kristin Ross, c\u2019est peut-\u00eatre, d\u2019ailleurs, l\u2019apport principal de la Commune, <em>\u00ab\u00a0son appr\u00e9hension visionnaire de la nature anti-\u00e9cologique du capitalisme\u00a0\u00bb<\/em>. Pour aucun des penseurs de l\u2019\u00e9poque, qui avaient v\u00e9cu l\u2019aspiration de la Commune aussi bien que la sauvagerie de son an\u00e9antissement, il n\u2019\u00e9tait question de r\u00e9forme ou de solution partielle. <em>\u00ab\u00a0La r\u00e9paration de la nature ne pouvait venir que du d\u00e9mant\u00e8lement complet du commerce international et du syst\u00e8me capitaliste<\/em>, \u00e9crit l\u2019historienne. <em>Un probl\u00e8me syst\u00e9mique exigeait une solution syst\u00e9mique.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/reporterre.net\/La-Commune-de-Paris-fut-la-matrice-d-une-ecologie-revolutionnaire\"><strong>https:\/\/reporterre.net\/La-Commune-de-Paris-fut-la-matrice-d-une-ecologie-revolutionnaire<\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle fut la matrice d\u2019une \u00e9cologie r\u00e9volutionnaire<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-9688","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9688"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9689,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9688\/revisions\/9689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9688"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.quieryavenir.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}