Méfaits et bienfaits annexes à cette crise

Un nouvel article d’Alain Vandevoorde     

Cette crise sanitaire mondiale a bousculé nos vies, provoquant des situations inédites, imprévues qui nous ont fortement impacté, et notamment ce confinement obligatoire et généralisé. Du coup nous assistons à des comportements, situations, actions, décisions qui peuvent être très contrastés.

         Il n’est pas possible de tout aborder, ce serait trop long, et en second lieu nombre d’actions, décisions, tendances, valeurs – qu’elles proviennent du gouvernement ou de la société civile – ont une portée forte qui se projette dans l’avenir. Elles sont donc porteurs d’inquiétude mais aussi d’espoir, celui d’un autre monde, plus solidaire, respectueux de l’humain et de la nature.

Au niveau des comportements

         Après le choc de l’arrêt brutal de toute activité, déplacement, nous sommes passés de la course, du toujours  vite à des rythmes plus lents. Nous avons pris le temps de nous parler entre voisins, écouter, lire, cuisiner, se faire des petits plats, marcher, observer la nature … …

         Bref, nous avons renoué avec des pratiques parfois oubliées ou insuffisamment pratiquées, ce qui nous a permis de retrouver du sens, du bien-être et de la satisfaction.

         De même, nous avons découvert qu’il est possible de vivre sans aller courir les magasins et acheter un tas d’objets à l’utilité incertaine. Bref ce fut l’occasion pour nombre de personnes de revoir leur rapport à la société de consommation, mais aussi de développer des liens avec l’humain et la nature.

         Du fait du confinement et afin de pouvoir communiquer, avoir des relations avec nos proches, mais aussi sociales, nous avons assisté à une explosion du trafic Internet, via les réseaux. Nombre de personnes ont acheté ou changé d’ordinateur ou de smartphone, et on a assisté au fort développement d’applications permettant de tenir des réunions à distance, se parler, telles Zoom  qui a connu un énorme succès.

         Parallèlement, notre empreinte numérique, déjà forte a encore augmenté, déjà responsable de près de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

         Autre revers de cette situation, les personnes non équipées d’ordinateurs ou smartphones ont été laissées pour compte, c’est le cas des personnes âgées, mais aussi des précaires, pauvres, SDF …

         Face à ces oubliés, un énorme mouvement de solidarité et d’humanité s’est développé qui a suppléé les carences et absences de l’état. Des personnes se sont occupées de leurs proches : voisins,  personnes âgées afin de leur faire des courses, leur parler, les soutenir … De même des réseaux se sont formés pour aider les démunis, sans abris, migrants, … leur donner de la nourriture, des masques, voire faire des repas.

         Toujours dans ces réflexes de spontanéité, aide, solidarité, il convient de signaler le nombre incroyable de petites mains qui ont fabriqué des masques, bientôt suivies   d’entreprises de couture. Bravo et merci à vous, à nous  société civile !

         Par contre, quelle ingratitude du pouvoir qui ne les a pas reconnues pour ce qu’elles ont fait. De nombreuses couturières sont en colère :

https://radioparleur.net/2020/06/16/cout

 et cela d’autant que l’état a commandé par la suite des masques, provenant de surcroît de l’étranger, souvent de mauvaise qualité, et dont une bonne partie sont jetables.

         Cette crise était l’occasion, hélas ratée de relancer une filière Française, afin d’assurer notre autonomie, sécurité sanitaire. Et cela d’autant, que nous étions totalement nus, démunis n’ayant même pas de quoi donner à notre personnel médical.

         Face à la peur de la contamination, de nombreuses personnes ont décidé de fuir les grandes surfaces pour faire leurs courses dans de petits magasins, circuits courts, de proximité, marchés ouverts.

         Il s’agit là de mesures de bon sens, vertueuses qui permettent à de petites structures, producteurs, de vivre, et par là même développer des activités et du lien dans nos territoires.

         Ces petites structures sont porteuses d’autres valeurs  et fournissent généralement des produits de qualité, contrairement à la grande distribution qui ne vise qu’à faire des profits, et nous vend de la malbouffe.

         D’autres personnes ont opté pour la commande et la livraison à domicile. Revers de cette situation, nous avons assisté à une explosion de la consommation d’objets et emballages plastiques, notamment en provenance des grandes enseignes.

         En matière de déplacements, là encore afin d’éviter la foule et la proximité physique, nombre de personnes ont choisi et redécouvert  l’usage du vélo. Se rendant compte de son intérêt face à la pandémie, le gouvernement a débloqué un plan vélo, tant vers les particuliers que les infrastructures :

https://demarchesadministratives.fr/actualites/un-cheq

         Par contre en vue des vacances, et pour les mêmes motifs, il ne s’est jamais autant vendu de camping-cars. Cela pose problème, car ces derniers utilisent l’énergie fossile et vont faire augmenter nos émissions, et donc le réchauffement climatique !

Au niveau de l’environnement

         Du fait de l’arrêt du trafic routier, mais aussi de l’économie, le bruit omniprésent s’est arrêté, nous permettant de redécouvrir le silence, le calme, le chant des oiseaux, de mieux dormir … Ce n’est pas rien, car le bruit est responsable de nombreuses pathologies, stress.

         De même, du fait de l’arrêt des émissions polluantes, la qualité de l’air s’est considérablement améliorée, ce qui a permis ici et ailleurs dans le monde de sauver des millions de vies – pour mémoire la pollution de l’air c’est chaque année 48,000 morts par an en France-

         En chine, cette spectaculaire amélioration est visible depuis l’espace. Toutes les grandes villes ont également assisté à une baisse impressionnante des teneurs en Oxydes d’azote.

Par contre le niveau des particules fines est resté élevé. S’agissant de notre situation régionale, voir le rapport d’Atmo Hauts de France :

https://www.atmo-hdf.fr/joomlatools-files/docman-file

Le confinement, labo test

         Le confinement entraînant de nombreux changements a permis d’adopter de nouvelles pratiques, ou de les augmenter fortement, et notamment le « sans contact » possible grâce aux outils numériques, qui ont aussi comme finalité de nous surveiller, mesurer notre productivité :

https://reporterre.net/Le-confinement-amplifie-la

         L’usage s’est développé de faire ses courses par Internet, de travailler à distance, de tenir des réunions virtuelles, d’enseigner là encore à distance aux élèves et étudiants …

         Ces pratiques existaient déjà par le passé : suppression de nombre de personnes dans les guichets, points d’accueil … pour les remplacer par des machines, automates, distributeurs, boîtes vocales.

Cette crise permet à nos dirigeants de passer à la vitesse supérieure. Cela présente à leurs yeux maints intérêts :
En développant le chacun tout seul dans son coin, face à un ordinateur on supprime toute relation sociale, humaine, où il est impossible de discuter, et où nous sommes obligés d’entrer dans un moule, nous soumettre aux dictats énoncés.

         En individualisant là encore les travailleurs face à l’ordinateur ou au télétravail – à domicile- on affaiblit le pouvoir des salariés et des syndicats.

Enfin, cela permet de faire encore et toujours des gains de productivité, ce qui par ricochet entretient un fort taux de chômage propice à mettre la pression sur les salariés, mais qui dégage aussi de substantiels profits pour les entreprises, plateformes, Amazon et consorts.

Quand le gouvernement tire parti de cette situation

         Prenant prétexte de la situation hors norme existante – alors que le confinement n’était pas inéluctable, s’ils avaient fait leur travail dès le début au lieu de ne rien faire pendant deux mois- l’état et le gouvernement ont profité de cette situation pour adopter des projets, mesures qui n’auraient jamais vu le jour en temps normal.

         Il en est ainsi du code du travail qui a subi une attaque en règle provocant de graves reculs, mais aussi de la décision de lancer la 5G. Cette dernière est  très contestée ici et ailleurs car elle vise à tout connecter, et par là instituer une « dictature » numérique par surveillance et contrôle total de tous nos faits et gestes.

 Alors qu’un certain nombre de pays ont mis le holà ou décidé un moratoire, nos dirigeants ont décidé de précipiter les choses.

         Notre démocratie aussi a été mise à mal où un certain nombre de décisions ont été prises autoritairement, permises par l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, et cela sans concertation. Il en est ainsi de la décision de nombreux préfets en matière de pesticides de réduire la largeur des ZNT – Zones de Non Traitement- et cela alors que l’opposition aux pesticides est particulièrement forte qui s’exprime par le mouvement « Nous voulons des Coquelicots »