On a écouté “La dernière”

La nouvelle émission de Guillaume Meurice sur Radio Nova

Deux heures durant, devant un public conquis, l’humoriste licencié de France Inter et sa nouvelle bande ont fustigé le pouvoir et l’extrême droite, bien aidés par leur invité, l’historien Johann Chapoutot.

«Ça fait plaisir de revoir un micro », commence Guillaume Meurice, tout en laissant entendre que celui-ci pourrait n’être que temporaire : « On va se retrouver toutes les semaines jusqu’à ce qu’on soit virés. » C’est le mot d’ordre de La dernière, nouvelle émission qu’il anime désormais sur Nova le dimanche à 18 heures, un horaire auquel il officiait encore l’an dernier sur France Inter. Deux heures durant, il a fait le show devant le public de l’Européen, à Paris – des spectateurs qui ont cette fois dû débourser 17 euros. Autour du trublion, deux autres rescapés de la « bande à Charline » : la chroniqueuse littéraire Juliette Arnaud et l’humoriste Aymeric Lompret. Pour compléter la bande, une autre ancienne voix de France Inter, Pierre-Emmanuel Barré. Il avait claqué la porte de la station en 2017, quand une de ses chroniques défendant le point de vue des abstentionnistes dans le face-à-face Macron-Le Pen avait, dans un premier temps, été refusée.

L’une des lignes directrices de ce nouveau rendez-vous, politique mais pas que satirique, est d’« inviter d’autres personnes ; avec comme défi de nous rendre moins cons ». Pour cette première, la nouvelle bande boit les paroles de l’historien Johann Chapoutot, spécialiste du nazisme, qui ne se fait pas prier pour tracer de nombreux parallèles entre la situation politique actuelle de la France et celle de l’Allemagne avant l’accession au pouvoir de Hitler. Il explique notamment retrouver en Vincent Bolloré le magnat des médias Alfred Hugenberg, actif dans les années 1920 et 1930 et « qui a complètement nazifié l’opinion publique allemande ». « C’est une comparaison méliorative : Hugenberg était intelligent », commente-t-il, devant un public conquis.

Au fil de l’émission, la nouvelle « bande » n’hésite pas à lever les lièvres liés à son passage sur une radio privée, propriétaire de Matthieu Pigasse. « Il est dans la salle d’ailleurs, peut-être pour nous virer au milieu, on sait pas », s’est amusé Guillaume Meurice au sujet du banquier d’affaires, ironisant : « J’aurais jamais cru prononcer cette phrase dans ma vie, mais des banquiers d’affaires, il y en a des bien. »

L’humoriste a aussi parfaitement joué sa partition du sale gosse qui n’hésite pas à critiquer la main qui le nourrit : la question délicate de la publicité, qui, depuis peu, est gérée pour Nova par Lagardère, propriété du groupe Bolloré, a été évacuée dans le lancement de la première page de pub : « Nous, on s’est dit, en vrai, c’est pas mal, a-t-il lancé à Johann Chapoutot. Pour que t’aies du taf à l’avenir, pour que les historiens du futur, ils aient du taf, il faut financer un peu le fascisme aujourd’hui. Voilà, ça va comme lancement de pub ou pas ? »

En toute fin d’émission, Pierre-Emmanuel Barré s’est quant à lui chargé de railler les faibles audiences de leur nouvelle maison : « On pense à vous, Quentin, Sébastien et Marjorie », se moque-t-il en évoquant « les fidèles » de l’antenne. Aucune mention, en revanche, du « grand ménage » qui a été fait à l’été 2023 par la chaîne, qui s’est alors séparée de nombreuses voix historiques, suscitant l’inquiétude des aficionados quant à la perte de « l’esprit Nova ».

L’actualité de la bande FM a tout de même beaucoup inspiré les chroniqueurs invités de cette première émission : l’humoriste Florence Mendez a commenté le passage sur Europe 1 de l’influenceuse d’extrême droite Thaïs d’Escufon, que la station du groupe Bolloré n’a finalement gardée qu’une semaine. « Jugée trop raciste pour Europe 1, c’est comme être trop chauve pour Monsieur Propre, trop bourré pour les chasseurs, ou trop jeune pour Matzneff », a ironisé celle qui avait dénoncé un « harcèlement » subi dans l’émission d’Inter La bande originale après son départ, en 2022.

De son côté, la neuroscientifique Samah Karaki s’arrête sur la mauvaise plaisanterie d’un chroniqueur des Grandes gueules sur RMC, qui avait tenté une salve d’humour noir sur le fait que la diffusion de musique classique dans les parkings, « ça fait un viol moins déplaisant ». « Cet humour me pose problème parce qu’il fait appel au mythe de la liberté d’expression qui serait hermétique aux influences du contexte, qui serait neutre et apolitique », a entamé la chercheuse d’un ton monocorde, évoquant « de nombreuses études expérimentales » qui montrent que « l’humour mobilisant les stéréotypes a bel et bien le pouvoir de promouvoir la discrimination et de la permettre ». Les auditeurs fidèles de Guillaume Meurice ont-ils été surpris de ce discours, qui prône la limitation de la liberté d’expression au nom de la science ?

Entrecoupée de quatre pages de publicités, l’émission décoche quelques flèches – à l’humoriste Sophia Aram, au philosophe essayiste Raphaël Enthoven – et aligne ses séquences : Aymeric Lompret fait une météo un peu rigolote mais trop longue, puis on répond à de fausses questions d’auditeurs.

Vient une rubrique maligne intitulée la « panique morale de la semaine » (la décision d’Anne Hidalgo de garder les anneaux olympiques sur la tour Eiffel), puis la chronique littéraire de Juliette Arnaud. Un peu longue aussi, la séquence « l’invité de l’invité » donne la parole à l’historienne Maud Chirio, venue parler de l’extrême droite en Amérique latine. On termine avec le billet de l’humoriste Akim Omiri, jeune pousse repérée par Guillaume Meurice et qui avait déjà eu la difficile mission d’intervenir dans Le grand dimanche soir après la suspension de son « mentor ». « On va tester les limites », a-t-il lancé, juste après avoir glissé que « peut-être que les racistes, ce qu’ils aiment dans le catholicisme, c’est pas le message de paix et d’amour, mais le fait de porter un arabe mort sur une croix ».

Finalement, les propos les plus violents entendus au cours de ces deux heures pourraient bien être ceux de Johann Chapoutot qui, lui, n’est pas sur le registre du second degré. Dans une longue tirade comparant l’exercice du pouvoir en France et outre-Rhin, il se montre plus que véhément envers Emmanuel Macron. « Ce sont les plus médiocres qui sont arrivés au sommet, ceux qui se sont fait marcher dessus, cracher dessus, qui ont avalé des couleuvres, etc. Résultat, contrairement à l’Allemagne, on a en France une politique qui est faite par un type qui est un masculiniste influenceur d’extrême droite qui fait des photos de boxe, et un type qui s’appelle Bruno Roger-Petit qui est le fond de cuve du journalisme depuis quarante ans. Et par ailleurs, Brigitte Macron, c’est vous dire le niveau. » Des propos chaudement acclamés par le public. « Voilà, c’était La dernière », s’amuse Aymeric Lompret en écoutant le discours choc de l’historien. « Et ce sera même pas la faute de Guillaume », rigole Juliette Arnaud.

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