Des chercheurs parviennent à relier des majors pétro-gazières aux dommages climatiques qu’elles ont provoqués, une première
Des chercheurs américains ont mis au point le premier cadre scientifique qui permet de relier les émissions de différentes entreprises à des dommages climatiques spécifiques. Selon leurs calculs, les plus grandes entreprises au monde ont provoqué 28 000 milliards de dollars de dommages à l’économie mondiale rien que pour la chaleur liée au changement climatique.
La science peut-elle relier les émissions d’une entreprise au changement climatique ? La réponse est oui. Une équipe de recherche du Dartmouth College, dans le nord-est des États-Unis, a mis au point le premier cadre scientifique qui permet en effet de relier les émissions de différentes entreprises à des dommages climatiques spécifiques.
« En utilisant les données d’émissions des scopes 1 et 3 (émissions directes et indirectes) des principales entreprises, des méthodes d’attribution évaluées par des pairs et les avancées de l’économie climatique empirique, nous illustrons les milliers de milliards de pertes économiques attribuables à la chaleur extrême causée par les émissions de chaque entreprise », expliquent les auteurs.
28 000 milliards de dollars
Ainsi, selon leur étude publiée le 23 avril dans la revue Nature, la chaleur extrême liée au dioxyde de carbone et au méthane émis par 111 entreprises mondiales a coûté 28 000 milliards de dollars à l’économie mondiale entre 1991 et 2020, dont plus de la moitié est imputable à dix majors pétro-gazières : Saudi Aramco, Gazprom, Chevron, ExxonMobil, BP, Shell, National Iranian Oil Co., Pemex, Coal India et British Coal Corporation.
Par exemple, les émissions liées à Chevron, la plus émettrice dans les données utilisées, ont très probablement causé entre 791 et 3 600 milliards de dollars de pertes dues à la chaleur sur la période 1991-2020, « affectant de manière disproportionnée les régions tropicales les moins responsables du réchauffement », estiment les chercheurs. Et participé à augmenter la température de la Terre de 0,025°C.
Saudi Aramco et Gazprom ont de leur côté causé un peu plus de 2 000 milliards de dollars de dégâts dus à la chaleur au fil des décennies chacune. Les chercheurs ont également estimé que chaque pourcentage de gaz à effet de serre rejeté dans l’atmosphère depuis 1990 a causé 502 milliards de dollars de dégâts dus à la seule chaleur, sans compter les coûts engendrés par d’autres phénomènes météorologiques extrêmes tels que les ouragans, les sécheresses et les inondations. « Le voile du déni plausible n’existe plus scientifiquement. Nous pouvons désormais remonter jusqu’aux principaux émetteurs », a déclaré Justin Mankin, climatologue à Dartmouth et co-auteur de l’étude.
Lever un obstacle dans les actions en justice
Cela devrait donc aider les tribunaux à mieux évaluer les demandes de responsabilité pour les pertes et perturbations résultant du changement climatique d’origine humaine. « Nous présentons un cadre transparent, reproductible et flexible qui formalise la manière dont l’attribution de bout en bout pourrait éclairer les litiges en évaluant les émissions responsables et les préjudices causés. Il est désormais possible d’établir des liens quantitatifs entre les émetteurs individuels et les préjudices particuliers, ce qui fait que la science ne constitue plus un obstacle à la justiciabilité des actions en responsabilité climatique », confirment les chercheurs.
Selon le cabinet d’études Zero Carbon Analytics, 68 poursuites judiciaires ont été intentées dans le monde concernant les dommages causés par le changement climatique, dont plus de la moitié aux États-Unis. Mais nombre de ces actions sont contestées ou retardées devant les tribunaux, en partie en raison de la difficulté de démontrer que des impacts climatiques spécifiques sont imputables aux émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise en particulier.
« La prospérité de l’économie occidentale repose sur les combustibles fossiles, explique Christopher Callahan, auteur principal de l’étude. Mais tout comme une société pharmaceutique ne serait pas absoute des effets négatifs d’un médicament par les avantages de ce médicament, les sociétés de combustibles fossiles ne devraient pas être excusées des dommages qu’elles ont causés par la prospérité que leurs produits ont générée. »
Un article de Novethic
anorenvironnement.wordpress.com